Logotipo de Levant Time

Un Œil sur l'évènement

Guerre ouverte... Les négociations, vers où?
Por
Hisham Dibsi
Publicado
avr. 11, 2026 - 16:18

Pour la première fois, la Chine engage tout son poids politique international dans le sillage du Pakistan, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et de l’Égypte, afin de préparer un théâtre de négociations américano-iranien susceptible de produire une solution fondée sur un cessez-le-feu, et non sur la fin de la guerre comme l’avait exigé Téhéran. L’entreprise semble avoir porté ses fruits, puisqu’Islamabad a commencé, dès hier, vendredi 10 avril, à accueillir les deux délégations dans le même hôtel. Ce glissement dans l’initiative de médiation dit beaucoup sur la capacité de Pékin à influer directement sur la décision iranienne, et révèle en même temps la convergence de sa position stratégique avec celle des quatre pays autour d’un objectif commun : mettre fin à la guerre sans renverser le régime à Téhéran et sans laisser la violence déborder vers des extrémités qu’aucun acteur ne serait en mesure de maîtriser. Sans le contrepoids chinois, pourtant, les quatre pays seraient incapables d’assurer la présence iranienne à la table des négociations ou d’offrir les garanties nécessaires à leur succès. Ce constat renvoie à son tour à la nature des équilibres qui prévalent au Moyen-Orient entre les puissances régionales — Israël, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Iran et la Turquie — des équilibres qui ne sont ni tranchés ni suffisamment structurés pour générer une solution moyen-orientale indépendante de Washington d’abord, puis de la Chine, de la Russie et de l’Union européenne ensuite. C’est précisément ce qu’on pourrait désigner par l’expression de «fluidité géopolitique»: une configuration qui autorise le terrain à produire des faits nouveaux pesant sur l’équation régionale et internationale dans sa globalité, et qui permet également d’ajuster les priorités que Washington, en tant que pôle dominant, entend faire valoir, lui qui a projeté sa puissance militaire depuis l’Extrême-Orient vers la région pour préserver un statut auquel il n’est pas disposé à renoncer, quand bien même il lui en coûterait une guerre sans terme. La queue qui remue le chien Lors d’un entretien accordé à CNN le 3 avril, le prince saoudien Turki al-Fayçal a qualifié le conflit de «guerre de Netanyahu», une guerre destinée, selon lui, à détourner l’attention des agissements intérieurs du Premier ministre israélien à Gaza et en Cisjordanie occupée, avant d’invoquer l’image de la queue qui remue le chien pour suggérer que c’est le Premier ministre israélien qui aurait entraîné le président américain dans cette bataille, et non l’inverse. La métaphore est sévère, et elle pointe un dysfonctionnement profond au sein de l’appareil politique américain, car pareille situation contredit la logique que l’on est en droit d’attendre d’un État comme les États-Unis lorsqu’il engage une guerre au Moyen-Orient, ce cœur du vieux monde que l’on dit désormais nouveau. Après les propos du prince saoudien, homme chevronné des affaires sécuritaires et politiques, la déclaration du secrétaire d’État Marco Rubio au New York Times du 8 avril a décrit Netanyahu comme «un vendeur habile, passé maître dans l’esquive», qui aurait «trompé une nouvelle fois l’administration» en faisant miroiter la possibilité d’un renversement du régime à Téhéran plutôt qu’une stratégie de confinement. Parallèlement, la presse israélienne a révélé que le Département d’État, la CIA et les états-majors du Pentagone n’avaient pas souscrit aux évaluations de Netanyahu ni aux rapports du Mossad, ce qui a conduit aux démissions et aux révocations que l’on sait, et a alimenté une confusion politique de plus en plus visible dans les prises de parole présidentielles. C’est ainsi que la politique définitive de la Maison-Blanche a fini par confier la conduite des négociations à Karachi au vice-président J.D. Vance, précisément celui que l’on connaît pour son opposition de principe à la guerre. On comprend dès lors sans peine que le prince Turki al-Fayçal ait tiré cette sonnette d’alarme, cherchant à attirer l’attention sur la gravité de ce qui se tramait à Washington et sur le rôle singulier que s’était arrogé Netanyahu. Il donnait également un signal ferme quant à la constance des orientations officielles du royaume, qui n’a nullement abandonné sa stratégie visant à produire une solution fondée sur l’équilibre des intérêts, en réponse à l’ambition hégémonique de Netanyahu sur la région. Maintenant que Netanyahu a été court-circuité par Trump, il vaut la peine de rattacher cette inflexion des priorités au sommet de la hiérarchie américaine, en premier lieu à la personnalité du président Trump, en second lieu à la répartition des pouvoirs dans le système politique américain, et enfin à l’équilibre des forces qui animent cet État avec ses institutions politiques, militaires et sécuritaires d’une ampleur considérable — ce qui fait de la décision politique le produit complexe d’équilibres internes à tous les niveaux. C’est ainsi que la question des négociations s’est résolue par un retour à la politique de confinement du régime iranien. L’outrecuidance d’un ambassadeur C’est depuis Koweït City que l’ambassadeur iranien dans ce pays, Mohammad Toutounji, s’est révélé au grand public par sa déclaration à l’AFP du 7 avril, appelant à déployer tous les efforts possibles «pour prévenir la catastrophe», au motif que Téhéran répondrait aux menaces extérieures par des mesures touchant à «la sécurité et à la stabilité des États du Golfe». Cette rhétorique fait écho à l’outrecuidance du même ambassadeur qui, à Beyrouth, n’avait jamais été accrédité et n’avait pourtant pas quitté le pays, en dépit de la décision formelle des autorités libanaises. Il s’agit là d’une pratique courante dans la diplomatie milicienne de l’Iran, qui consiste à couvrir le recul de la direction suprême sur ses positions premières, tout en maintenant un double langage, l’un destiné à l’administration américaine, l’autre au peuple iranien et aux peuples de la région. Les documents remis à la Maison-Blanche ont dévoilé un visage officieux que l’on ne donne pas à voir. Si Téhéran avait véritablement campé sur ses positions et refusé de satisfaire aux demandes essentielles figurant dans le document américain, le vice-président des États-Unis ne se serait pas déplacé pour rencontrer le président du parlement iranien, d’autant que la guerre a épuisé les capacités globales du régime et ne lui a laissé qu’une partie de son stock de missiles et de drones, ainsi que quelques millions de partisans capables de combattre le peuple iranien chaque fois qu’il descend dans la rue pour manifester. Le mercredi noir La réussite des médiateurs a représenté un revers cuisant pour Netanyahu, désormais court-circuité par Trump, qui a tranché conformément à l’intérêt américain en premier lieu, sans même consulter son interlocuteur israélien cette fois-ci, se contentant de l’en informer après coup. C’est ce moment précis qui a, je crois, poussé la direction israélienne à lâcher sa folie sur la ville de Beyrouth, déversant ainsi sa frustration politique dans une journée criminelle qui ressortit à la «guerre d’extermination à Gaza». Sans la position adoptée par l’État libanais, la direction israélienne à ses trois niveaux, politique, militaire et sécuritaire, aurait cherché à faire basculer la guerre de son mode précédent vers le mode gazaoui d’extermination. C’est pourquoi le sort des négociations au Pakistan, qu’elles aboutissent ou qu’elles échouent, importe moins pour le Liban que la réussite de sa démarche visant à séparer sa cause existentielle du dossier des «arènes», selon la terminologie qu’affectionne Téhéran. Il s’agit désormais de la bataille des négociations directes avec Israël pour le salut du Liban et sa délivrance, à travers une vision globale de ce que doit être l’État libanais et de la manière de mettre fin à cette guerre sur la base d’une victoire de la souveraineté et de la garantie de la sécurité des personnes et d’une vie digne. Ce jour-là, nous pourrons dire que le discours d’investiture et la déclaration ministérielle auront été la sage-femme qui a mis au monde la nouvelle République telle que son peuple la souhaite et l’accepte.

La condition palestinienne… La diaspora
Por
Hisham Dibsi
Publicado
avr. 6, 2026 - 23:24

La résolution de partage de la Palestine, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 29 novembre 1947 et connue sous le numéro 181, donna naissance à l'État d'Israël sur une superficie de quinze mille kilomètres carrés, dont la population ne dépassait pas alors un demi-million de colons. Le même texte appelait à la création d'un État arabe sur onze mille kilomètres carrés, alors même que le peuple palestinien comptait un million quatre cent mille habitants. La résolution prévoyait par ailleurs de placer Jérusalem et Bethléem sous tutelle internationale. Le rejet arabe et palestinien de ce partage entraîna l'éclatement de la guerre de Palestine, dont les conséquences furent catastrophiques : Israël put ainsi occuper 78 % du territoire et contraindre au départ quelque sept cent cinquante mille habitants. Parmi ces derniers, ceux qui se dirigèrent vers la Jordanie, la Syrie et le Liban ne représentaient que la moitié de ce nombre, l'autre moitié s'établissant dans les camps de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Autrement dit, plus d'un million de Palestiniens ne quittèrent jamais leur terre, en dépit de leur déplacement interne. Le paradoxe veut que la conscience collective les ait néanmoins traités comme un peuple de réfugiés, et ce largement grâce à la loi jordanienne sur la nationalité et à la loi israélienne sur la naturalisation. Quant à la bande de Gaza, l'administration égyptienne distribua des cartes d'identité de réfugié aux populations des villes gazaouies elles-mêmes, qui n'avaient jamais quitté leur sol, les transformant ainsi, à leur tour, en réfugiés. Trêve Le Liban accueillit quelque cent mille Palestiniens, auxquels s'ajoutèrent à peu près autant de Libanais résidant alors en Palestine et qui revinrent au pays. Une partie d'entre eux figure encore dans les statistiques de l'UNRWA, qui avait défini le réfugié comme toute personne ayant résidé en Palestine avant la Nakba. Mais lorsque les réfugiés palestiniens apprirent la conclusion des accords d'armistice entre Israël d'une part, l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban de l'autre, ils comprirent que la défaite militaire venait d'être officiellement consacrée, de même que la nouvelle réalité israélienne, en dépit de tous les slogans creux que l'on continuait de brandir. Une fois la vie quelque peu stabilisée dans les camps ainsi que dans certains villages et villes, la réflexion sur le destin et sur l'avenir commença à s'imposer. Une décennie et quelques années s'écoulèrent ainsi depuis la Nakba dans ce que certaines élites désignèrent comme une période d'errance et de perte de repères. Dans les années cinquante, des individus tentèrent de regagner leur patrie par leurs propres moyens, tandis que d'autres se constituèrent en groupes armés dont certains réussirent leurs opérations et d'autres échouèrent, la plupart finissant par être intégrés aux armées arabes pour des missions de reconnaissance militaire. La majorité des réfugiés, toutefois, accepta l'autorité de l'État d'accueil et se soumit à ses lois, notamment en Syrie et en Égypte, où la cause palestinienne fut instrumentalisée pour asseoir la légitimité des régimes en place. Au Liban, en revanche, les autorités traitèrent les réfugiés comme un cas particulier confié à la gestion des services de sécurité, appliquant des lois d'isolement, restreignant les déplacements, interdisant toute construction, même l'aménagement d'un simple cabinet d'aisance pour une famille, sans compter une ingérence sécuritaire brutale dans la vie quotidienne des individus, sous prétexte de contenir la propagation des courants nationalistes nassériste, baasiste et autres au sein de la génération de la Nakba. L'accord du Caire Ce n'est pas la seule misère qui poussa les réfugiés palestiniens du Liban à prendre les armes. Le rôle joué par l'Égypte et la Syrie après la déroute humiliante de juin 1967 eut une influence déterminante dans la fourniture d'armes, la formation militaire et l'organisation des voies d'accès aux fronts entourant Israël, au premier rang desquels le sud du Liban. Lorsque la crise du double pouvoir éclata en Jordanie, entre la révolution palestinienne et le trône hachémite lors des événements de septembre 1970, le président Gamal Abdel Nasser joua le rôle de sauveur des fedayyin en assurant leur retrait sécurisé d'Amman, lançant le mot d'ordre selon lequel «la résistance existe pour durer», ce qui signifiait, en d'autres termes, que les régimes arabes officiels continuaient d'en avoir besoin. Yasser Arafat, président de l'Organisation de libération de la Palestine, compléta pour sa part ce mot d'ordre en proclamant que «la résistance existe pour durer et pour triompher». C'est ce qui explique le rôle joué par Nasser dans la conclusion de l'accord du Caire de 1969, lequel répondait au besoin persistant de l'ordre arabe officiel de disposer d'une résistance armée depuis les États du pourtour, une situation qui se prolongea jusqu'à la guerre d'octobre 1973. Dans une lecture critique palestinienne tardive de cet épisode déterminant de l'histoire contemporaine du Liban, le texte de l'excuse adressée au peuple libanais et connu sous le nom de «Déclaration de Palestine au Liban» énonçait notamment: «…Mais l'honnêteté commande de reconnaître que la présence palestinienne au Liban, par son ampleur humaine, politique et militaire, a pesé lourdement sur ce pays frère et lui a imposé des charges qui ont excédé ses forces et sa capacité d'endurance… au point d'infliger à son État, à son économie, à son tissu social et à sa formule de coexistence des blessures profondes que plus personne n'ignore. Il est tout aussi juste de dire que l'implication palestinienne au Liban, telle qu'elle s'est déroulée, et notamment durant les guerres de 1975 à 1982, procédait dans sa quasi-totalité d'une contrainte exercée par des circonstances internes et externes s'apparentant à la force majeure.» Loin de relever d'un simple exercice moral , cette décision découlait d'une évolution profonde et d'un véritable tournant dans la pensée politique palestinienne, qu'avaient successivement nourri la déclaration d'indépendance de l'État de Palestine lors du Conseil national réuni à Alger en 1988, qui ancra le projet de paix palestinien dans le cadre plus large du projet de paix arabe, puis la conclusion des accords d'Oslo en 1993 et la formation consécutive de l'Autorité nationale palestinienne. Tout cela, conjugué au rétablissement des relations palestino-libanaises en 2005 après la fin de la tutelle syrienne, fit que la nouvelle politique palestinienne se définit désormais dans la logique de l'État et non plus dans celle de la révolution. L'excuse palestinienne acquit ainsi sa portée politique et morale, et sa crédibilité dans la pratique avant même de s'exprimer en paroles, comme en témoigne ce passage: «…Ouvrant la porte à la révision, et nous aidant nous tous à purifier notre mémoire… nous prenons pour notre part l'initiative de présenter nos excuses pour tout préjudice que nous avons causé au Liban bien-aimé, sciemment ou non, et ces excuses sont inconditionnelles, sans attendre d'excuses en retour.» — 7 janvier 2008 La décision du Parlement libanais d'abroger l'accord du Caire en 1987, quant à elle, s'inscrivait moins dans une logique de reconstruction de l'État libanais sur la base du monopole des armes qu'elle ne reflétait la lutte menée par le régime Assad contre la direction de l'OLP pour le contrôle et la mainmise sur les camps, le Liban servant une fois de plus de scène à cet affrontement après le retrait palestinien de 1982. (La guerre des camps, la guerre de la dissidence, les événements de l'est de Saïda, etc.) On peut donc conclure désormais avec clarté que lorsque l'administration actuelle, à travers le discours inaugural et le programme de son gouvernement, prit la décision de concentrer les armes entre les mains de l'État, l'Organisation de libération de la Palestine lançait simultanément, par l'intermédiaire de son ambassade à Beyrouth, son initiative politique et pratique pour mettre en œuvre cette même décision. Ce qui s'est déroulé dans les camps l'année dernière concernant la remise des armes lourdes et semi-lourdes témoigne de la crédibilité de la politique palestinienne dans l'édification d'une relation de confiance avec la légitimité libanaise, relation fondée sur le respect de l'intérêt national libanais et le souci de ne pas y porter atteinte, dans le cadre de la résolution des problèmes accumulés au sein de la communauté réfugiée palestinienne, envisagés comme faisant partie des défis libanais devant être traités selon une perspective nouvelle, sans causer davantage de tort au pays. Parole d'honneur L'occupation des Lieux saints en Palestine eut des répercussions douloureuses sur les croyants, qui se virent interdire l'accès à l'Église du Saint-Sépulcre, à l'Église de la Nativité ainsi qu'à la mosquée Al-Aqsa. Dans cette perspective, le Saint-Siège multiplia les initiatives, notamment à travers les visites papales en Palestine au cours des deux dernières décennies, rejoignant en cela des démarches analogues émanant d'Al-Azhar, de Marrakech, d'Abou Dhabi, ainsi que des initiatives locales au Liban, tant officielles que civiles. La plupart de ces initiatives partageaient deux affirmations fondamentales. La première voulait que la Palestine constitue la terre et la géographie du message chrétien ; la seconde proclamait que le christianisme libanais avait incarné, dans cette région, le dialogue civilisationnel, culturel et humain, demeurant ainsi le phare le plus éclatant de la présence chrétienne en Orient. Si l'émigration des chrétiens représente un défi majeur pour l'ensemble du Levant, il l'est encore davantage pour le Liban et pour la Palestine, où la présence chrétienne ne cesse de se réduire sous l'effet d'une occupation israélienne qui entend voir une Palestine débarrassée de cette présence. De 13 % qu'elle représentait autrefois, celle-ci est tombée aujourd'hui à moins de 2 %, à travers des politiques méthodiques visant à exclure le rôle chrétien dans la résistance à l'occupation. En ces jours bénis du Carême et des fêtes de Pâques, le 29 avril 2008, une large délégation palestinienne comprenant des responsables venus de Ramallah, conduite par l'ambassadeur de Palestine au Liban et accompagnée de la quasi-totalité des dirigeants locaux, se rendit au siège patriarcal de Bkerké. Elle remit à Sa Béatitude le Patriarche Nasrallah Sfeir ainsi qu'à toutes les familles chrétiennes du Liban un document issu de la direction palestinienne, intitulé: «Nous, Palestiniens, musulmans et chrétiens, nous considérons, nous en Palestine comme vous au Liban, comme une partie authentique d'une majorité arabe appelée à jouer aujourd'hui, comme elle l'a fait dans le passé récent, un rôle pionnier dans une renaissance générale, pour répandre le message de paix, d'amour, de progrès et d'ouverture… Et en exprimant nos choix et nos orientations dans ce pays généreux, à travers une révision sincère et franche, nous vous adressons cette parole d'honneur et nous nous engageons, envers nous-mêmes comme envers vous: «Premièrement: respecter pleinement votre spécificité libanaise et levantine, et nous tenir à vos côtés pour écarter tout danger qui menacerait le Liban bien-aimé en tant qu'entité indépendante et État souverain. «Deuxièmement : résister à toute tentative de régler le problème des réfugiés palestiniens au Liban au détriment de ce pays, ou en dehors des dispositions de la légalité internationale, au premier rang desquelles le droit au retour tel que le prévoit la résolution 194. «Troisièmement : œuvrer à la guérison des âmes et à la purification de la mémoire, et consolider l'esprit de réconciliation, afin que votre patrie le Liban et notre patrie la Palestine demeurent une source de rayonnement spirituel et une tribune d'expression civilisationnelle et culturelle, comme elles l'ont été à travers les âges. «Telle est la parole d'honneur et le serment de fidélité que nous espérons sceller par des actes dignes de Dieu et de notre conscience nationale.» Signé : l'Ambassadeur de l'État de Palestine auprès de la République libanaise Cette initiative, parmi d'autres, a tracé un nouveau sillon pour la réconciliation et la purification de la mémoire. Sur le plan politique, ce qu'on peut affirmer aujourd'hui, c'est que le gouvernement libanais actuel, dans le cadre de ses décisions visant à concentrer les armes entre les mains de l'État, a confié à la «Commission du dialogue libano-palestinien», chargée de traiter les questions de la communauté réfugiée, la mission d'élaborer un document politique préliminaire intitulé: «Le Plan national libanais pour la gouvernance des camps palestiniens au Liban». Il s'agit de la première initiative du genre à l'échelle de l'État libanais, avec pour objectif de faire sortir les camps de la sphère de la gestion sécuritaire pour les placer sous la protection de l'État, d'étendre sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire, de procéder au retrait des armes palestiniennes des camps et d'assurer aux réfugiés une vie digne jusqu'au moment de leur retour. On peut dire enfin que l'avenir porte en lui la promesse de transcender le passé.

La condition palestinienne... Les «Arabes de l’intérieur»
Por
Hisham Dibsi
Publicado
mars 30, 2026 - 04:52

Ma grand-mère Aïcha vit le jour dans la dernière décennie du XIXe siècle, à l’heure même où le mouvement sioniste mondial prenait naissance. Ses deux premiers fils naquirent avant la Grande Guerre et pendant elle ; après l’armistice vinrent sa fille et son dernier garçon. Un an avant la défaite de juin 1967, on la trouvait chaque matin au sérail de Saïda, heureuse d’avoir obtenu de la Croix-Rouge internationale l’autorisation de rendre visite à son fils aîné Toufic, devenu israélien sans avoir jamais quitté Acre. Ce sésame ne suffisait pourtant pas à lui seul. Pour que cet événement exceptionnel dans une vie comme la sienne devînt possible, il lui fallait produire en sus une demande d’invitation émanant de sa fille Maryam la Jordanienne, établie à Naplouse en Cisjordanie, sous souveraineté hachémite. Or cette demande de visite familiale ne valait rien auprès de la Sûreté générale libanaise sans un laissez-passer spécial qu’elle avait obtenu de son fils réfugié à Damas, où celui-ci avait trouvé du travail, un toit, et s’était finalement ancré. Quand Aïcha, en sa septième décennie, reçut enfin la dernière pièce du dossier, elle dit qu’il fallait fêter ça. Elle fit ses bagages dans son petit sac pour ce voyage de Saïda à Damas, puis Amman, puis Naplouse, afin d’arriver avant l’heure convenue. Le jour du rendez-vous, elle prit la route depuis Naplouse vers Jérusalem-Est, accompagnée de Maryam et de tous les membres de la famille qui purent se libérer, un trajet court, sans permis cette fois. Elle pria d’abord à Al-Aqsa, puis se rendit avec les siens jusqu’aux barbelés à l’ouest de la ville, où elle retrouva son fils et sa famille du matin jusqu’à midi, sans franchir le point de séparation. En fin de journée, elle repartit sans hâte vers Naplouse. Il lui restait à passer deux jours à Amman chez les fils de ma tante pour serrer ses petits-enfants dans ses bras, puis quelques jours à Damas où s’était établie la majeure partie de sa famille dispersée, avant de rentrer à Saïda où vivait son fils cadet, qui travaillait à Beyrouth dans une fabrique de papier sur le corniche du Nahr, dans ce quartier qui allait devenir Beyrouth-Est. Il y mourut quand un obus s’abattit sur l’usine, que le papier s’embrasa et qu’il quitta la vie avec lui. Mais la vieille femme ne le pleura pas, car elle l’avait précédé dans son adieu au voyage de misère, dans son lit, loin de toute guerre civile. « Les Arabes de l’intérieur » Ce nom désigne les Palestiniens qui, pour des raisons diverses, ne quittèrent pas leurs villes et villages au moment où ceux-ci devinrent israéliens, à l’instant de la proclamation d’indépendance du 15 mai 1948, que nous appelons la Nakba. La ligne de démarcation que ma grand-mère avait rejointe porte le nom de Ligne verte, et j’ignore pourquoi on l’appela ainsi. Des hommes comme mon oncle Toufic reçurent le nom d’«Arabes de l’intérieur» '(Arab el-dakhil), ou d’«Arabes de derrière la Ligne verte», tandis que le gouvernement de David Ben Gourion les désignait comme les «Arabes d’Israël», à l’heure même où la radio Voix des Arabes et celle de Damas les appelaient «Arabes des terres occupées». Les gouvernements israéliens successifs rebaptisèrent ensuite ces populations selon leurs appartenances religieuses ou ethniques, parlant de «Druzes d’Israël», de «Bédouins d’Israël», de «Musulmans», de «Chrétiens d’Israël», de «Circassiens d’Israël», ou encore des «minorités en Israël». Toutes ces appellations, quelles qu’elles fussent, procédaient d’une même logique d’effacement et de négation de l’identité palestinienne. Car ces hommes et ces femmes constituaient le peuple autochtone, celui qui n’avait pas quitté sa terre un seul instant, et que le gouvernement de Ben Gourion contraignit pourtant au déplacement intérieur une fois la guerre de Palestine achevée et l’État d’Israël consolidé par les accords d’armistice avec les États voisins. Ce fut alors une découverte embarrassante pour les nouvelles autorités, qui se trouvèrent à devoir administrer quelque 156 000 habitants originels du pays dans leur jeune démocratie. Lorsque l’armée israélienne s’emparait des grandes villes, elle en chassait les habitants par la force, comme à Jaffa d’où quelque 71 000 personnes prirent la fuite ou furent expulsées avant que quelque 400 résidents soient regroupés dans le quartier d’Al-Ajami ; à Haïfa, 75 000 personnes furent chassées par voie terrestre et maritime, et environ 3 200 résidents restants rassemblés dans le quartier de Wadi Nisnas. Le schéma se répéta dans les villes, les bourgades et les villages. C’est ce qui amena le Premier ministre à émettre des directives qualifiant les Palestiniens demeurés sur place de cinquième colonne, danger sécuritaire pour l’État naissant et bombe démographique qu’il fallait neutraliser. Le gouvernement ordonna leur placement sous régime militaire, à la discrétion de l’armée, en vertu des lois d’urgence britanniques de 1946. Sur cette période, le docteur Yaïr Baumel apporte un éclairage précieux dans une conférence intitulée «Motivations et contraintes de la politique de gouvernement militaire». «Les autorités israéliennes, écrit-il, adoptèrent, au cours de la première décennie du régime militaire, une politique de transfert à l’égard des citoyens arabes, qui atteignit son paroxysme lors du massacre de Kafr Qasim, le 29 octobre 1956 [...]. Ce n’est qu’au cours de la décennie suivante que la politique de l’État hébreu changea de cap, lorsqu’il apparut que le transfert n’était plus ni réaliste ni faisable [...] et que s’amorça l’encerclement des citoyens arabes et leur mise à l’écart [...] au titre de menace pour la sécurité de l’État.¹» Il ajoute que le premier Premier ministre israélien ordonna que le calendrier hébreu ne figure que sur les cartes d’identité des citoyens juifs, afin de distinguer visuellement les citoyens arabes² ; que les Arabes furent exclus de la planification des projets touchant à leur propre vie et que l’émergence d’un capital arabe fut délibérément entravée³ ; et qu’on s’empressa d’empêcher la tentative du président du conseil municipal de Kafr Yasif, Yanni Yanni, de créer une association des présidents des collectivités locales arabes, au début des années soixante.⁴ Le recrutement des Druzes La communauté druze de Palestine traversait une situation économique désastreuse, marquée par une pauvreté profonde, dans les années qui suivirent la proclamation de l’État d’Israël. Le gouvernement israélien y vit une ouverture et exerça une pression constante pour contraindre la communauté à composer avec lui, en l’utilisant comme levier dans ses relations avec les Druzes de Syrie et du Liban. C’est en travaillant sur les archives israéliennes que le professeur Qays Firro mit à nu ces mécanismes, dans des articles présentés lors de la même journée d’étude à Nazareth. Il y établit que le ministre de la Défense Moshe Dayan convoqua les chefs druzes en 1954, dans la localité de Nesher, et leur proposa le service militaire comme débouché économique susceptible de les sortir de leur crise.⁵ L’invitation s’étendit également à la communauté circassienne. Pour éviter toute intégration au sein de l’armée israélienne, on créa l’«Unité des minorités», dont les effectifs ne dépassèrent jamais quelques centaines d’hommes. Fait révélateur, cette unité relevait du ministère des Affaires étrangères et non de la Défense. Pour le professeur Qays, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait là d’une unité à vocation propagandiste et politique, destinée à arracher la communauté à ses racines, à son arabité et à son identité palestinienne, en la soumettant et en lui fermant tout chemin de retour. Dans le même temps, le mouvement nationaliste Al-Ard fut pourchassé jusqu’à son éradication, et les journalistes et militants qui avaient continué à exercer individuellement après la Nakba se trouvèrent progressivement réduits au silence. La politique d’encadrement, de fragmentation et de soumission forcée suivait ainsi son cours. La fin du régime militaire Pendant deux décennies, les gouvernements israéliens pratiquèrent l’exclusion totale de la minorité palestinienne des appareils et institutions de l’État. La nationalité israélienne avait certes été octroyée, mais elle demeurait vidée de sa substance, ces populations restant dans les faits sous la tutelle de la police et des services de renseignement. Pour prévenir leur constitution en groupe national autochtone porteur de droits, on les dispersa, on les divisa, on alimenta les identités communautaires secondaires et on attisa les antagonismes entre composantes religieuses, confessionnelles, tribales et familiales, afin de briser toute confiance collective. Des restrictions à la liberté de mouvement et de propriété leur furent imposées, ainsi que des déplacements internes de leurs terres et de leurs maisons vers des lieux assignés par la police et les renseignements. Cet état de choses dura jusqu’à la guerre de juin 1967, au cours de laquelle l’armée israélienne s’empara de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan. Cette nouvelle expansion rendit caduque la gestion par l’état d’urgence, et les lois d’exception furent levées fin 1968, mettant ainsi fin au régime militaire. La condition des Palestiniens de l’intérieur entra alors dans une nouvelle phase. Reconnus désormais comme citoyens, ils bénéficièrent d’un statut juridique rénové leur ouvrant le droit de vote et d’éligibilité, l’accès au marché du travail dans ses différents secteurs, ainsi que les services publics d’éducation, de santé et de protection sociale. Sur les plans économique et social, le changement fut réel et notable par rapport à la décennie précédente. L’écart de revenu entre Palestiniens et Juifs n’a cependant toujours pas été comblé. Les infrastructures des villes, bourgades et villages palestiniens accusent un retard persistant, et les restrictions pesant sur l’expansion urbaine demeurent sévères. De cette évolution surgirent de nouveaux défis pour la minorité palestinienne, liés à la terre, à la démographie, à l’éducation et à l’emploi, mais aussi des questions plus profondes touchant à l’identité et à l’appartenance, la nationalité israélienne leur étant imposée alors qu’ils constituent le peuple autochtone du pays. Une partie d’entre eux a tranché en assumant pleinement cette nationalité, mais la majorité continue de se considérer comme partie intégrante du peuple palestinien, tout en étant citoyenne d’un État qui occupe une autre fraction de ce même peuple. Ces contradictions ont engendré des élites capables d’une pensée profonde et moderne sur des questions que d’autres préfèrent éluder. La criminalité organisée Des gangs armés prolifèrent dans les villes de Lod, Ramle, Nazareth et Oum al-Fahm, recrutant de jeunes sans-emploi et exploitant les situations de marginalisation, de désespoir et d’abattement. En 2024, le nombre de victimes de ces organisations criminelles atteignit 235 morts, en majorité de jeunes hommes. En 2025, le bilan s’alourdit à 252, et les enquêtes ne parvinrent à identifier des responsables que dans moins de 15 % des cas. Les services de sécurité israéliens se retrouvèrent dès lors accusés tantôt de tolérer le phénomène, tantôt de l’alimenter délibérément en se désintéressant de son élucidation. La colère populaire atteignit un seuil critique au sein de la société palestinienne et déborda en manifestations massives dans les villes et villages endeuillés. Ce mouvement de protestation se transforma l’année dernière en pression sur les forces politiques palestiniennes pour qu’elles présentent un front unifié aux élections de la vingt-cinquième Knesset. Cette pression parvint à forcer un accord sur ce qui fut appelé la «Liste commune», réunissant le Mouvement arabe pour le changement du docteur Ahmad al-Tibi, le Front démocratique pour la paix et l’égalité d’Ayman Odeh, le Parti du Rassemblement national démocratique de Sami Abu Shehadeh, et la Liste arabe unifiée islamiste de Mansour Abbas. L’alliance ne tint pas : les listes se présentèrent séparément et n’obtinrent que 10 sièges contre 15 auparavant, enregistrant leur plus cinglant revers à la Knesset. Pendant ce temps, la criminalité organisée continuait sa progression et fit 66 victimes en trois mois, dont quatre femmes et trois adolescents. Les Palestiniens d’Israël récoltèrent ainsi les fruits amers de leurs divisions politiques. Le bloc islamiste de Mansour Abbas avait choisi de s’allier aux partis sionistes et religieux et de participer aux gouvernements, le bloc de gauche communiste poursuivait sa ligne d’opposition et de revendication, le bloc du Rassemblement démocratique avait fait de la lutte contre l’«israélisation» son étendard, et le Mouvement arabe pour le changement restait davantage tourné vers le soutien à ses frères de Cisjordanie et de Gaza. La singularité du bloc islamiste dans son ralliement aux droites israéliennes n’exonère pourtant pas les trois blocs laïcs de leur responsabilité dans cet échec. Leur incapacité à s’unir a amplifié les pertes en sièges et approfondi la marginalisation politique et sociale d’une minorité déjà fragilisée, impuissante face aux enjeux structurels qui la traversent et incapable d’endiguer une criminalité organisée que patronne, dans l’ombre, une bienveillance d’État. Notes 1, 2, 3, 4 — Site Mada : https://www.madarcenter.org/ 5 — Op.cit.

La situation palestinienne… la Cisjordanie
Por
Hisham Dibsi
Publicado
mars 23, 2026 - 17:51

Elle s'appelait Palestine Au lendemain de la Première Guerre mondiale, et en application des décisions de la conférence de San Remo d'avril 1920, fut proclamée au Proche-Orient une nouvelle entité géopolitique sous le nom d'État de Palestine, constituée des sandjaks de Jérusalem, de Naplouse et d'Acre selon le découpage administratif de l'Empire ottoman vaincu, outre l'annexion du Badiya de Transjordanie. La constitution de l'État de Palestine fut signée le 10 août 1922, et le recensement de la population fut également mené à terme le 23 octobre de la même année. La Société des Nations, gardienne désignée de la civilisation humaine et garante de son épanouissement, avait émis un document précisant les conditions imposées à la Grande-Bretagne, puissance mandataire sur l'État de Palestine, le mandat devant entrer en vigueur le 29 septembre 1923 pour s'achever le 15 mai 1948. Afin de résoudre la question du sandjak d'Acre, qui s'étendait au nord jusqu'au sud du vilayet de Beyrouth, un tracé de frontière fut établi entre les autorités mandataires française et britannique, et les deux parties conclurent l'accord Paulet-Newcombe le 23 décembre 1920, définissant ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de frontière libano-palestinienne, laquelle devint libano-israélienne lors du retrait des troupes britanniques de Palestine, à l'échéance du mandat le 15 mai 1948, et de la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël. Quant à la Palestine mandataire, dont le gouvernement reconnu était placé sous la présidence du Haut-Commissaire britannique, le ministère des Colonies jugea nécessaire de séparer le Badiya de Transjordanie, d'une superficie de 90 000 km², et de créer un émirat doté d'une administration autonome, deux ans après son annexion à l'État de Palestine, en le confiant à l'émir Abdallah ibn Hussein, l'un des fils du chef de la Grande Révolte arabe. Cet émirat se transforma à son tour, sous la tutelle du mandat britannique, en Royaume hachémite de Jordanie. La séparation de l'émirat de Transjordanie répondait, aux yeux de certains historiens, à une nécessité britannique : faciliter l'immigration sioniste vers la Palestine s'étendant entre le fleuve et la mer et favoriser l'émergence du « foyer national du peuple juif », selon la formule employée par le ministre des Affaires étrangères britannique Arthur Balfour dans sa déclaration du 2 novembre 1917. Dans l'État de Palestine sous mandat, le marché du travail se développa et le pays connut une croissance économique accélérée ; Jérusalem s'imposa dans son rang de deuxième capitale après Le Caire, tandis que le port de Haïfa prenait la tête des ports de la Méditerranée orientale. Les différentes sphères de la vie politique, sociale et culturelle s'épanouirent ; des partis, des associations et des chambres de commerce se constituèrent, une partie de l'agriculture adopta des modes de production modernes, et le marché du travail s'élargit pour répondre aux besoins des armées britanniques qui avaient fait de la Palestine leur centre opérationnel pour l'administration de leurs colonies. Dans ce contexte, trois consulats furent ouverts à Jérusalem, Haïfa et Jaffa pour répondre aux besoins de la communauté libanaise et à sa présence remarquable, dont les effectifs atteignaient quelque cent mille résidents, dont la plupart regagnèrent leur patrie lors de la Nakba. S'y ajoutaient des communautés saoudiennes, irakiennes et syriennes d'effectifs comparables, jusqu'à l'heure de la fin du mandat britannique sur la Palestine, l'heure qui marqua la naissance de l'État d'Israël, après la défaite des armées d'Égypte, de Jordanie, d'Arabie saoudite, d'Irak, de Syrie et du Liban. Ces armées avaient mobilisé quelque 25 000 soldats, outre l'Armée de libération arabe dont les rangs comptaient trois mille volontaires sous le commandement de l'officier libanais Fawzi al-Qawuqji, tandis que les mouvements sionistes armés avaient réussi à constituer une armée plus moderne qui entama le combat avec un effectif de 30 000 soldats, que le recrutement opérationnel porta rapidement à quelque 115 000 hommes en l'espace d'une année. La bataille fut ainsi tranchée sur la base de la supériorité israélienne quantitative et qualitative, tandis que les armées arabes demeuraient positionnées en retrait, loin derrière les lignes de partage approuvées par l'Organisation des Nations Unies. Que s'est-il passé à Jéricho ? Jéricho, la terre qui vit naître le premier regroupement humain aspirant à la sédentarité, à la construction et à la production, il y a treize mille ans, au Néolithique. C'est là que commencèrent à se former, dans leur état embryonnaire, le concept de société et le concept de ville, avant que ceux-ci n'apparaissent dans leur pleine maturité dans la civilisation sumérienne. Les Cananéens la bâtirent, les Babyloniens l'habitèrent, les Romains la traversèrent, et elle se fixa finalement chez les Arabes palestiniens. Jéricho, cité de la tiédeur au cœur du froid, riveraine de la mer Morte qui s'enfonce à quatre cents mètres sous le niveau de la Méditerranée, là où reposent les eaux baptismales descendues du mont Hermon — elle est une symphonie de l'histoire, de la géographie et de l'homme, dans toutes les dimensions de son exception singulière. C'est là, à Jéricho, que s'acheva la guerre de Palestine, une partie des villes et des territoires restant sous le contrôle de l'armée jordanienne commandée par le général britannique Glubb Pacha. C'est là que fut tenu, en plusieurs phases, un congrès réunissant les notables palestiniens afin d'acclamer le roi Abdallah ibn Hussein comme souverain sur l'ensemble des territoires palestiniens et de proclamer l'union de toute la Palestine avec l'émirat de Transjordanie. C'était là la première union arabe à l'époque moderne ! Ainsi l'émirat de Transjordanie se transforma-t-il en Royaume hachémite de Jordanie, dont la capitale était Amman et non Jérusalem-Est. Au début de l'année 1949, la loi de jordanisation des Palestiniens fut promulguée pour priver tout détenteur d'un passeport palestinien des droits de la citoyenneté jordanienne. Par cette mesure, les territoires palestiniens à l'ouest du fleuve prirent le nom de « Cisjordanie », le pays se trouvant ainsi nommé d'après le fleuve et non d'après son peuple. Lors de la conclusion des premiers accords d'armistice avec Israël, le 12 décembre 1949, l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban prirent part aux négociations, tandis que le président de l'État de Palestine en exil au Caire, Hajj Amine al-Husseini, et son Premier ministre Ahmad Hilmi Abd al-Baqi se virent interdire de représenter le peuple palestinien, en dépit de la reconnaissance par la Ligue des États arabes du gouvernement de toute la Palestine, issu du Conseil national réuni à Gaza le 30 septembre 1948. C'est ainsi que le général Glubb Pacha l'emporta, que le président palestinien échoua, et que la Palestine devint soit Israël, soit la Jordanie. Elle s'appela Palestine La première décennie qui suivit la Nakba fut consacrée à la reconstruction des communautés du refuge en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans la diaspora, ainsi que dans ce que le langage de l'époque désignait comme les pays du « cordon » — l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban. La condition des Palestiniens en Cisjordanie se transforma également : la dénomination de leurs institutions passa des chambres de commerce palestiniennes aux chambres de commerce jordaniennes, et ce changement s'étendit aux associations, aux clubs, aux journaux — toute enseigne portant le nom de Palestine fut convertie en Jordanie. Il y avait désormais un roi, une couronne, un État et une armée, mais sans le mot Palestine. Le roi jordanien étant protégé par la Couronne britannique et la bienveillance américaine, les esprits de la génération de la Nakba palestinienne se tournèrent vers le chef de la révolution — ou du coup d'État — égyptienne, Gamal Abdel Nasser, au point de voir son image dans la lune. D'autres esprits se portèrent sous la bannière du Baath arabe socialiste, peu importait que la sujétion fût à Damas ou à Bagdad. Dans le contexte du conflit entre la « droite réactionnaire arabe » et les « forces nationales progressistes », une majorité palestinienne s'aligna sur les courants nationalistes et de gauche contemporains de cette époque. Au sein de ce climat, à l'aube de la deuxième décennie de la Nakba, les intérêts de la direction nassérienne dans son bras de fer avec la réaction arabe — Arabie saoudite et Jordanie — rejoignirent l'aspiration palestinienne et la passion pour le recouvrement de la Palestine. C'est ce qui advint lors du sommet arabe de 1964, où fut proclamée une entité politique sous le nom d'Organisation de libération de la Palestine, à laquelle était rattachée une armée organisée, l'Armée de libération de la Palestine, avec l'état-major égyptien aux commandes de la brigade Aïn Jalout, l'état-major syrien à la tête de la brigade du Yarmouk, l'état-major irakien dirigeant la brigade al-Qadisiyya, et l'état-major jordanien commandant la brigade des forces de Badr. De là commença la marche de l'entité palestinienne contemporaine, qui embrassa plusieurs courants nationalistes et de gauche, mais s'appuya dans son essence sur le mouvement Fatah en tant que courant central, traçant un chemin indépendant des capitales arabes et caractérisé par le conservatisme, la modération, l'alliance et l'affrontement en cas de nécessité. Entre deux guerres Entre la défaite humiliante des armées arabes lors de la guerre du 5 juin 1967 et la guerre d'Octobre 1973, guerre du passage du canal de Suez, un besoin urgent s'imposa aux directions arabes : permettre aux organisations palestiniennes d'allumer des incendies dans l'environnement d'Israël, selon la formule du dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser. La direction baassiste de gauche à Damas surenchérissait sur le dirigeant égyptien en réclamant une guerre de « libération populaire prolongée », tandis que les dirigeants du Baath en Irak affichaient une morgue et une condescendance que le général Hafez el-Assad était incapable de supporter. Ainsi fut convoquée la lutte armée palestinienne, émanant d'un peuple avide de combattre pour sa patrie, son identité et son avenir politique, et c'est sur ce rythme que fut entreprise la marche vers la reconquête de la Palestine sur la carte politique, quel qu'en fût le prix. Le prix fut véritablement lourd en sang, en destruction et en combats : la confrontation avec Israël n'en constituait pas la seule dimension, en dépit du vœu du Palestinien ordinaire ; chaque fois que les intérêts d'un État arabe quelconque entraient en collision avec le projet armé palestinien, les résultats se retournaient contre tous, comme ce fut le cas en Jordanie et au Liban : si le régime jordanien parvint en trois ans de conflit à mettre fin à la présence armée palestinienne sur son territoire, le régime libanais connut quant à lui un cours différent au moment de la signature de l'Accord du Caire en 1969, aux termes duquel l'État libanais renonça à sa souveraineté sur une partie de son territoire, que ce fût dans le Sud ou dans les camps de réfugiés. Aussi, sitôt achevée la guerre d'Octobre, le Liban et tous ses habitants, Palestiniens compris, se trouvèrent pris dans les retombées catastrophiques qu'engendrèrent les négociations arabo-israéliennes sous l'enseigne de la « paix » — mais ceci est une autre histoire. Quant au voyage de recouvrement de l'identité nationale palestinienne, il ne s'acheva qu'avec la décision du Royaume hachémite de Jordanie de rompre ses liens avec la Cisjordanie et de reconnaître l'Organisation de libération de la Palestine comme unique représentant légitime. L'Organisation obtint ainsi la reconnaissance officielle jordanienne, sans toutefois recevoir la Cisjordanie arabe — jusqu'aux accords d'Oslo en 1992, au lendemain de la révolution de l'Intifada des pierres. Judée et Samarie Lorsque l'islam politique sunnite — le Hamas — lança sa guerre contre les accords d'Oslo, il n'avança aucun slogan ayant trait à l'identité nationale ni à l'avenir de l'être humain palestinien. Le Hamas fit de la mosquée Al-Aqsa la boussole vers laquelle il orientait ses opérations militaires et politiques, ainsi que le point de polarisation populaire, et la mission centrale, vaste et indéfinie, était de « libérer la mosquée Al-Aqsa » ; rien là de fortuit : le Hamas en fit le couronnement avec l'opération du 7 octobre, à travers laquelle les commandants des Brigades al-Qassam voulaient, selon leurs propres déclarations, atteindre cet objectif ou mourir en le poursuivant. L'opération « Déluge d'Al-Aqsa » est un modèle de la pensée religieuse intégriste, et de l'extrémisme le plus radical dans la conversion du cours de la lutte nationale libératrice en un cours de conflit islamo-judaïque. C'est le chemin même qu'a emprunté l'extrémisme israélien contemporain sur fond de sionisme religieux. J'estime ici que les deux peuples, israélien et palestinien, sont victimes du croisement d'un terrorisme de l'extrémisme religieux qui s'échange des services et s'alimente mutuellement des deux côtés : un terrorisme intellectuel, politique et culturel qui use de la violence et de toujours plus de violence, au service d'un conflit dont la seule issue est la destruction des sociétés de l'intérieur. Ce résultat est apparu rapidement dans le cas palestinien, et se manifeste dans le cas israélien à un rythme plus lent, mais avec une clarté saisissante. L'exemple en est que la première mesure prise par le gouvernement israélien fut de substituer au nom des territoires palestiniens consacré par le droit international lors de la délimitation des accords d'Oslo aux Nations Unies le nom biblique de « Judée et Samarie ». De même que le Hamas avait aboli la définition nationale et laïque du conflit, entraînant une nouvelle fois l'effacement de la Palestine et le retour au vocable de « Judée et Samarie ». Depuis l'opération Déluge d'Al-Aqsa, 44 % de la superficie des territoires palestiniens en Cisjordanie ont été annexés et judaïsés ; 90 000 dounams ont été confisqués sous le nom de propriétés de l'État, tandis que l'armée d'occupation s'est emparée de 27 % des terres au titre de zones militaires ; le nombre de colons a triplé ; la quasi-totalité des campements bédouins et de leurs villages dans les terres communes et la vallée du Jourdain ont été rasés — sans compter le siège des villes, la destruction de trois camps à travers 1 900 agressions armées, la destruction de 1 022 installations résidentielles, agricoles et industrielles, l'émission d'ordres de démolition pour 1 167 bâtiments, et enfin l'arrestation de 11 000 citoyens, la mort de 835 personnes et 6 450 blessés, hommes, femmes et enfants. Tel est le bilan, à ce jour, du croisement de deux extrémismes sur les territoires palestiniens, des territoires qui ont perdu leur nom, l'ont recouvré, et font face à une nouvelle dépossession. Elle s'appelait Palestine, elle s'appela Palestine, mais ils veulent en faire aujourd'hui la Judée et la Samarie.

La situation palestinienne… Gaza
Por
Hisham Dibsi
Publicado
mars 15, 2026 - 13:49

Gaza est l’avenir L’image générée par intelligence artificielle pour le projet «Riviera de Gaza» traduit, dans toute sa séduction, l’imaginaire immobilier du président Trump et de son gendre Kushner. Elle s’étend sur 365 km² de sables dorés que caressent les vagues tièdes de la Méditerranée, sous un climat dont rêvent les nantis des pays froids. De cette image, seuls sont absents les propriétaires des terres, qui n’ont aucune place dans la scène à venir — pas même au titre d’agents d’entretien ou d’ouvriers du bâtiment —, à l’image des esclaves affranchis à la peau sombre qui contribuèrent, de leurs muscles et de leur sueur, à bâtir et entretenir Washington lors de sa fondation, et qui en forment aujourd’hui encore la majorité de la population. Le peuple de Gaza, toutefois, n’a pas seulement été effacé de l’image : il n’a pas non plus obtenu de cessez-le-feu, les morts et blessés se comptant désormais en dizaines par jour — un taux jugé acceptable à l’aune des guerres d’extermination!!! Aussi la guerre est-elle considérée comme achevée du point de vue du président Trump, et ce que mène le gouvernement Netanyahu ne serait que la réponse à la situation telle qu’elle se présente — sans autre qualification ni appellation que celle d’« opérations de nettoyage »?!! Les pères fondateurs de Washington méritent, à ce titre, quelque reconnaissance en tant que libérateurs d’esclaves et employeurs de pauvres pour édifier la capitale des décisions du monde. Ils se sont décidément révélés plus humains et plus civilisés que leurs héritiers contemporains. Mais si l’on quitte Washington pour «Jérusalem-Al-Qods», on obtient peut-être une image différente, générée cette fois à partir des textes de la Torah. Une large frange de politiciens et de ministres, au premier rang desquels les rabbins radicaux, réclame au gouvernement Netanyahu l’expulsion de la population de Gaza vers quelque destination que ce soit, ne tolérant le maintien sur place que d’une centaine de milliers de personnes «élues» triées sur le volet, à des fins de service. Non point en tant qu’esclaves à la peau sombre, mais en tant que «bêtes de somme» — selon la terminologie du texte de la Torah —, des créatures que le Seigneur aurait assignées au service des Fils d’Israël revenant de l’errance vers la Terre promise. En vérité je vous le dis : en tant que Palestiniens, nous ignorions que Dieu nous avait créés à cette fin, et que notre mission sur terre était de les servir !! Si nous l’avions su… nous aurions refusé Sa volonté. L’histoire de «Gaza est l’avenir» n’a rien de neuf: elle est née sous le premier mandat du président Trump, lorsque son gendre Kushner — à l’en croire — passa en revue tous les plans ayant échoué à résoudre le conflit palestino-israélien, ceux qui dormaient dans les tiroirs de la Maison-Blanche. Il estima être en mesure d’en distiller un plan viable, qu’il anonça promptement sous l’appellation de «deal du siècle» — une approche fondée sur l’économie, censée apporter la prospérité aux Palestiniens à l’écart du casse-tête de la politique… Il proposait que la bande de Gaza serve d’assise géographique à la solution, à laquelle se rattacheraient toutes les villes de Cisjordanie, à l’exception de Jérusalem-Est, que Trump avait annexée à Israël, comblant ainsi Netanyahu et son entourage ; le tout dans le but de soustraire les colons aux frictions quotidiennes avec les non-Juifs — les «goïm» — et de leur octroyer les deux tiers de la Cisjordanie en récompense de leur patience à l’égard des autochtones. Mais l’affaire comportait une autre dimension, que M. Kushner découvrit dans les plans du second mandat du président Obama : ce projet portait alors le nom d’«État de Palestine islamique» et avait fait l’objet de négociations avec la direction internationale des Frères musulmans, avec le Hamas ainsi qu’avec le président islamiste élu en Égypte, Mohamed Morsi. Le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza depuis son coup de force contre la légitimité palestinienne en 2007, devait se charger de promouvoir cet «État de Palestine islamique» reconnaissant le «caractère juif» de l’État d’Israël — ce leitmotiv cher à Netanyahu à l’époque —, qui lui permettrait d’envisager l’expulsion de l’ensemble des non-Juifs porteurs de la nationalité israélienne. Le talon d’Achille de ce plan résidait toutefois dans la proposition d’élargir le territoire du secteur au détriment du désert du Sinaï, en compensation de l’annexion des deux tiers de la Cisjordanie. C’est ce qui mit en branle l’État profond égyptien dans son bras de fer avec le président élu, jusqu’à sa destitution. C’est sans doute dans ce contexte que Kushner s’employa à dépouiller sa proposition de toute dimension idéologique, se contentant du seul contenu économique et rebaptisant le projet «deal du siècle» — promesse de prospérité pour tous au Moyen-Orient!!? Il convient dès lors de répondre à des questions qui paraissent simples, presque naïves. Comment peut-on passer outre le droit à la propriété privée et en liquider la protection, lui qui constitue le pilier central de la Constitution des États-Unis?!! Comment peut-on faire abstraction du droit à l’autodétermination politique d’un peuple qui compte, cette année, quinze millions d’âmes — la moitié vivant dans sa patrie, l’autre dans la diaspora?!! Que reste-t-il des hauts faits fondateurs américains au moment de la création des Nations Unies?!! — surtout quand son Secrétaire général et ses équipes se retrouvent dans le viseur quotidien de Trump et Netanyahu!!? Et lequel des deux mériterait le prix de la paix, Donald Trump ou António Guterres!!? Le Conseil de paix Cette instance fut créée en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité, en vue de mettre fin à la guerre d’extermination à Gaza et d’administrer le secteur durant une période de transition dont la durée demeure indéfinie — car cela relève du seul accord entre Washington et Tel-Aviv. Le Conseil avait annoncé ses missions: veiller à l’accord de cessez-le-feu, soutenir la paix et la sécurité dans le secteur par l’entremise d’une force internationale provisoire, et mobiliser des engagements financiers pour la reconstruction et l’aide humanitaire. Le Conseil n’incluant aucune personnalité palestinienne, les compromis trouvés pour sortir de cette impasse prévoyaient la constitution d’un comité administratif composé de technocrates palestiniens dotés d’un pouvoir exécutif placé sous l’autorité du Conseil, afin que le lien puisse être établi avec la population gazaouie — l’Autorité palestinienne légitime ayant été écartée de son rôle naturel sous l’effet du veto israélien. Lorsque le président américain chercha à élargir les prérogatives du Conseil de paix au-delà de ce que prévoyait la résolution onusienne, en l’érigeant en mécanisme de paix plus vaste pour la région et le monde — un mécanisme s’affranchissant du cadre des Nations Unies, de ses règles et de ses normes —, l’Union européenne et plusieurs États arabes et islamiques exprimèrent leur opposition, insistant sur l’impératif du respect du droit international, de la représentation palestinienne et de l’ancrage de tout plan à une solution politique globale visant à la création de l’État palestinien. Dans le même sens, Pékin fit part de ses réserves, tandis que Moscou souligna la nécessité de préserver l’équilibre, de défendre la légitimité des Nations Unies et d’assurer un rôle palestinien actif dans la gestion de la période transitoire. Tout cela aboutit à un retour de l’Autorité palestinienne pour la gestion du passage de Rafah, en vertu de l’accord de partenariat conclu avec l’Union européenne en 2005. Le Conseil de paix ne trouva, par ailleurs, d’autre solution pour assurer une force de police intérieure dans le secteur que de revenir à l’appareil de police palestinien reconnu internationalement. C’est dans ce contexte — que le gouvernement Netanyahu ne reconnut que contraint par les pressions américaines, arabes et internationales — que le Conseil de paix put tenir sa première réunion à Washington à la mi-février dernier. Il en ressortit la mobilisation d’environ dix-sept milliards de dollars, la préparation d’un plan de reconstruction du secteur, la confirmation du rôle du comité administratif palestinien dans le plan de relèvement, la consolidation du cessez-le-feu et l’amorce du passage à la deuxième phase du plan Trump — un plan découpé en vingt étapes. Mais où en sommes-nous aujourd’hui ? Dans le fracas de la guerre avec l’Iran, personne ne prête plus attention à ce qui se passe dans la bande de Gaza, où Netanyahu parvint à bloquer le passage à la deuxième phase du plan de paix, sous prétexte qu’il fallait d’abord obtenir la remise des armes du Hamas — sans révéler l’accord conclu à Doha et annoncé par le président Trump, selon lequel le Hamas aurait été autorisé à poursuivre sa gouvernance sur Gaza et à conserver son armement jusqu’à l’entrée de la force internationale?!! Pendant ce temps, l’armée d’occupation étend sa présence dans la zone tampon jaune, qui couvre désormais plus de la moitié de la superficie du secteur, et mène des opérations militaires quotidiennes qui repoussent les Palestiniens vers la mer, divisant le secteur verticalement du nord au sud selon l’axe de la rue Salah ad-Din — avec une densité de population moindre à l’est de cet axe et bien plus élevée à l’ouest. Tant que la force internationale de maintien de la paix se heurte à des difficultés juridiques quant à sa définition et à ses attributions — et que sa constitution se fait attendre, à l’heure où ces lignes sont écrites —, le gouvernement israélien maintient le rythme de ses opérations militaires pour remodeler le théâtre de la bande de Gaza selon ce qui lui convient au plan sécuritaire sur le long terme. Cette situation a réduit les membres du comité administratif palestinien à ne faire que s’asseoir dans leurs bureaux, songeant à la démission : le comité a son siège provisoire dans la ville égyptienne d’El-Arich, et Israël a interdit à ses membres — ainsi qu’à son principal responsable, l’ingénieur Ali Shaath — d’entrer dans la bande de Gaza. Israël a de même conditionné l’entrée des camions d’aide à une réduction de leur nombre et à une restriction de leur contenu, au moyen de pressions ininterrompues qui débouchent sur une pénurie des vivres distribués gratuitement et l’interdiction de toute tente neuve — alors que 90 % des tentes en usage sont usées jusqu’à la corde. Sans compter l’interdiction d’introduire des engins lourds pour déblayer les décombres des rues — dans le but délibéré de faire obstruction aux recherches des corps de plus de dix mille personnes disparues sous les ruines. À ce jour, aucun calendrier de retrait israélien du secteur n’a été annoncé. Ce qui se passe au contraire, c’est que l’armée d’occupation s’emploie à couper tout lien entre le comité administratif et la population gazaouie — comme l’ont déclaré plusieurs personnalités impliquées dans le processus. Ce qui se passe concrètement, c’est la transformation de la bande de Gaza en zone tampon israélienne, où la vie des Gazaouis en «temps de paix» s’avère plus rude et plus humiliante encore qu’en temps de guerre d’extermination. Pendant ce temps, on procède à l’apprivoisement du Hamas et à l’établissement d’un accord avec ses dirigeants sur leur rôle dans la prochaine phase — laissant son appareil militaro-sécuritaire-administratif poursuivre sa gouvernance sur la partie occidentale du secteur, celle qui regroupe les trois quarts des Gazaouis —, dans l’attente de compromis à venir dont nul ne connaît la nature si l’affaire est laissée aux mains de Washington et de Tel-Aviv. Dans le même temps, le gouvernement Netanyahu réaffirme son exigence d’expulser les Gazaouis vers le désert du Sinaï et son refus de laisser le secteur retrouver sa densité démographique — traitant le Palestinien comme une masse humaine sans identité, sans volonté et sans droit à la décision. Le fait même que le Palestinien reste dans son pays est devenu une obession existentielle pour l’État d’Israël. Ainsi, l’opération du 7 octobre a fait exploser les angoisses les plus profondes — celles qui appellent à l’élimination de l’autre, plutôt qu’à la recherche de la paix avec lui. La haine entre les deux peuples n’a jamais atteint l’intensité qu’elle connaît aujourd’hui. Elle a pris une dimension pathologique dont il sera difficile de guérir dans un avenir prévisible.

La situation palestinienne… Pense aux autres
Por
Hisham Dibsi
Publicado
mars 5, 2026 - 02:15

Ce texte n'est pas un article de plus sur une cause que l'on croit connue, mais une tentative de comprendre — de comprendre comment un peuple qui a porté son rêve pendant des décennies continue de le porter, sur une terre qui ne s'est jamais tue et ne se taira pas. Ce texte est l'introduction d'une étude en plusieurs parties sur la situation palestinienne, dans ses ramifications historiques, politiques et humaines. Parce que ce qui se passe ne supporte pas le raccourci. Et parce que le silence, lui aussi, est une prise de position. Quand tu prépares ton petit-déjeuner, pense aux autres. (N’oublie pas le grain aux colombes.) Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres. (N’oublie pas ceux qui réclament la paix.) Quand tu rentres à la maison, ta maison, pense aux autres. (N’oublie pas le peuple des tentes.) Voilà ce que disait le poète Mahmoud Darwish à la fin du siècle dernier, après son retour dans sa patrie, en vertu de l'accord sur les principes fondamentaux d'une autonomie limitée dans les territoires palestiniens occupés en 1967 — lors de la guerre des Six Jours, comme l'appelle Israël, ou de la guerre de la « Naksa », comme la nomment les Arabes. Le poète, qui n'avait jamais déclaré son soutien aux accords d'Oslo conclus en 1993, pas plus qu'il n'avait proclamé son opposition à leur encontre, s'était contenté de démissionner de son rang éminent au sein du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine — la plus haute autorité politique reconnue — comme s'il avait voulu éprouver les choses à sa façon, par le biais poétique, sur un terrain dont il avait été longtemps absent. Mais Darwish ne tarda pas à exprimer son étonnement et son admiration face aux célébrations populaires ininterrompues que manifestaient les habitants de Gaza et de Cisjordanie lors de l'accueil des exilés de retour, dans la vénération de l'architecte et artisan de l'accord, le symbole Yasser Arafat, et dans la joie débordante suscitée par les transformations profondes et radicales que cet accord avait apportées à la vie quotidienne des gens — le sentiment que la liberté était imminente, que la paix était proche, surtout lorsque l'armée israélienne se retira en premier lieu des grandes villes, et que l'étreinte directe de l'occupation se desserrait sur cinq millions de Palestiniens après plus d'un quart de siècle. Mais la scène décisive fut l'approbation de l'écrasante majorité du peuple et son vote en faveur du président Arafat lors des premières élections qu'ait jamais connues la terre de Palestine en 1996. Et si l'on revient à notre poète si sensible, devenu l'un des piliers de la nouvelle ère, jouissant d'un consensus élitaire et populaire que le président Yasser Arafat lui-même n'avait jamais connu, on peut se risquer à dire que son intuition profonde quant à la marche du processus de paix israélo-palestinien — avec tous les obstacles insurmontables qu'il rencontrait — l'avait rendue fragile et précaire, et nous rappelait à tous la possibilité de son effondrement, depuis que l'extrémisme israélien avait sorti son pistolet pour assassiner Yitzhak Rabin au sommet de sa gloire, lui qui était couronné en tant que «roi». Et les forces de l'extrémisme avaient également, par les urnes, renversé le chevronné Shimon Peres. Dans le même temps, l'extrémisme palestinien aiguisait ses poignards et libérait son énergie suicidaire pour faire exploser «l'accord de la trahison», comme le nomment les acteurs de l'axe de la «résistance et du refus». Et les voilà aujourd'hui qui fêtent leur «victoire» sur le processus de paix, sans se soucier un seul instant de ce qu'a vécu le peuple des tentes à Gaza, ni des habitants de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. L'intuition du poète s'était avérée juste lorsqu'il appelait chacun à penser aux autres. Mais les extrémistes des deux bords ne s'en préoccupent guère. Le terrorisme Quelles que soient les intentions lorsqu'on pense à l'autre — qu'il s'agisse d'un frère, d'un ami, d'un adversaire ou d'un ennemi — et quelle que soit la finalité, coexistence, compromis, réconciliation ou vie commune, le bâtisseur de paix doit d'abord traiter l'extrémisme au sein de son propre environnement avant de pouvoir s'engager avec l'autre. Dans ce contexte, j'invite à renoncer au terme «terrorisme», dont les connotations ont dépassé de loin sa définition technique et linguistique, et qui est devenu un vocable politique que les terroristes eux-mêmes se renvoient comme une accusation toute faite, brandi par les États et les politiciens contre leurs adversaires et leurs ennemis les plus mesurés et les plus modérés — et le président palestinien Mahmoud Abbas en est l'exemple le plus frappant! C'est pourquoi j'estime que «l'arrogance nationale» des grandes puissances, le «fanatisme religieux» et «l'extrémisme politique» sont des termes bien plus objectifs pour décrire et qualifier ce à quoi l'humanité est confrontée que le vocable «terrorisme». Et en complément de ce qui a été dit dans le premier paragraphe, on peut affirmer que sa dimension éthique soulève des défis d'une nature tout à fait différente, qui appartiennent au cœur même des théories politiques contemporaines exprimant l'ordre international de l'après-Seconde Guerre mondiale — une époque qui a connu une ascension exceptionnelle dans les domaines des sciences, de la technologie, des sciences humaines et sociales, et une production des législations les plus avancées en bien des matières. Mais nous avons également été témoins de massacres et de tueries, de la guerre du Vietnam jusqu'à la guerre de génocide dans la bande de Gaza, selon la définition de la Cour internationale de justice. Nous avons également assisté à des actes d'épuration ethnique, des Balkans à la Birmanie en passant par le Haut-Karabakh, sans oublier les déplacements forcés de Syrie, du Soudan et d'autres pays. Et si nous évoquons particulièrement les guerres menées en Afghanistan, en Irak et en Somalie, c'est parce qu'elles ont été conduites dans le seul et unique but d'extirper le terrorisme et d'éliminer les terroristes! Mais le résultat fut la négociation avec ces mêmes terroristes, tandis que le seul accomplissement aura été la destruction des États, des nations et des peuples. Or, la guerre de génocide contre les habitants de Gaza s'est arrêtée sur décision du maître de la Maison-Blanche, alors que les tirs n'ont pas cessé un seul instant jusqu'à ce jour, et que les opérations visant à déplacer des millions de Palestiniens hors de leur terre n'ont pas reculé d'un pouce. Cette réalité appelle un traitement nouveau que l'on peut résumer ainsi: 1. La géographie de la Palestine historique et son peuple constituent un exemple vivant et continu jusqu'à ce moment même, révélant l'incapacité du droit international et des conventions afférentes à garantir les droits les plus élémentaires à la vie — l'eau, la nourriture, les médicaments — sans même parler d'assurer une simple tente... une tente, rien de plus! Qui peut croire que cela se passe à l'ère de la civilisation et des valeurs humaines?! 2. Ce qui se déroule sous nos yeux — un génocide lent, sans artillerie lourde — constitue en réalité une épreuve totale pour la crédibilité des concepts que les gouvernements occidentaux nous ont exportés avec une dose de condescendance et une dose de mépris. 3. La fonction du décret de cessez-le-feu émis par le maître de la Maison-Blanche est de protéger l'ordre politique international et ses mécanismes de fonctionnement selon la vision américaine, et d'empêcher l'érosion du statut de l'État d'Israël, selon les propres déclarations de Trump. Et pour protéger le gouvernement israélien, il a gracieusement accordé aux Palestiniens l'arrêt de la guerre génocidaire, tout en permettant la poursuite de la guerre d'usure. Ainsi la modernité, dans ses plus belles manifestations — à travers l'intelligence artificielle et par son biais également — a-t-elle permis la production du génocide, dont les effets se poursuivent, le gouvernement israélien n'ayant pas renoncé à ses objectifs déclarés d'épuration ethnique, d'annexion des terres et d'écrasement politique de l'entité palestinienne et du tissu sociétal historique. Tout cela émane d'un État moderne, parrainé par la plus grande démocratie laïque de la planète — et pourtant, avec une simplicité déconcertante, on peut bien abandonner la modernité et revenir au mythe biblique pour démontrer que ce qui se passe vise à accomplir la «promesse divine», comme l'a déclaré l'ambassadeur américain en Israël. Mais il ne nous a pas dit si cette promesse biblique avait été écrite avant le Big Bang, après, ou au moment même où il se produisait! L'attaque du 7 octobre L'attaque suicidaire du 7 octobre a provoqué un état d'hystérie collective en Israël. Du sommet de la pyramide politique, en passant par l'armée jusqu'aux colons — l'esprit israélien n'a pas pu assimiler cette chute soudaine des barrières militaires et sécuritaires érigées le long des frontières de la bande de Gaza, et en particulier, l'échec de la barrière électronique ultramoderne à déclencher l'alerte précoce! Il est bien connu que cet événement charnière a engendré un changement profond et qualitatif dans la nature des relations israélo-palestiniennes à tous les niveaux. Rien n'est resté en l'état : la colère, la haine et la volonté directe d'anéantir l'autre ont explosé. Telle est devenue l'équation entre les deux parties, et c'est ce que le monde entier a vu, filmé et documenté sur les écrans. Du côté palestinien, seule une poignée d'élites a condamné l'attaque du Hamas, car la grande majorité des gens y voyait un acte de représailles naturel face à la brutalité et aux sévices de l'armée d'occupation israélienne. D'autres encore y voyaient une confrontation entre le fanatisme religieux juif pratiqué par le gouvernement israélien et le fanatisme religieux islamique pratiqué par le mouvement Hamas. Dans ce débat, il me semble utile de faire la lumière sur la visite du secrétaire d'État américain Antony Blinken, sous l'administration du président Joe Biden, à Ramallah, et sa rencontre avec le président Mahmoud Abbas, où il s'empressa de lui demander de condamner et de dénoncer l'attaque, et de la qualifier de terrorisme… Mais le président Abbas, d'un ton acéré et d'une voix forte, répondit: «C'est vous qui avez créé le mouvement Hamas, c'est vous qui l'avez porté au pouvoir dans la bande de Gaza… La responsabilité vous incombe, et ne me demandez rien.» Après cet épisode, les médias américains et israéliens commencèrent à parler de corruption de l'Autorité, de la nécessité d'un changement, de la vieillesse et de l'incapacité de l'administration palestinienne… allant jusqu'à remettre en cause sa légitimité politique, sans s'arrêter sur la vérité qui révèle que la construction de la paix entre les peuples israélien et palestinien avait cessé depuis que l'équipe de Netanyahu avait pris le pouvoir en Israël sur les décombres du gouvernement Rabin-Peres, à la fin du siècle dernier. Et parce que les administrations américaines, après l'attaque du 11 septembre contre les Tours jumelles du World Trade Center, n'ont réussi qu'à élargir l'usage de la violence qui abolit la justice et consacre la domination par la force — tout en appelant cela «processus de paix» — nous récoltons aujourd'hui les fruits des politiques de cohabitation et d'instrumentalisation de l'islam politique dans ses deux versants sunnite et chiite, avec ce déferlement de violence que nous observons à nouveau sous des titres nouveaux-anciens qui annoncent le redessin de la carte du Grand Moyen-Orient. Et nous ne savons pas quand la guerre posera ses bagages après la liquidation de l'élite dirigeante en Iran, car il ne s'agit pas de savoir qui gouverne l'Iran, mais bien de qui tient les rênes du monde à la Maison-Blanche.

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