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Un Œil sur l'évènement

Entente et réconciliation
Par
Hisham Dibsi
Publié
juin 23, 2026 - 13:11

Le président Trump a réagi avec une rapidité inattendue après l’annonce, une nouvelle fois, par les Gardiens de la révolution de la fermeture du détroit d’Ormuz. Cette fois, il a dirigé sa colère contre son allié Netanyahu, lui imposant un cessez le feu au Liban-Sud afin de préserver le bon déroulement des négociations engagées dans leur étape suisse. Pourtant, cette nouvelle journée de fermeture n’a pas empêché cinquante cinq superpétroliers de rejoindre les marchés mondiaux sous protection américaine, selon les données du Commandement militaire central, ainsi que les déclarations du président Trump et de son vice président, J. D. Vance. À présent, il importe peu de s’interroger sur la sincérité des deux parties, pas plus qu’il n’est nécessaire de rechercher la vérité dans chaque détail, puisque le «mémorandum d’entente» autorise chacun à le présenter de la manière qui répond le mieux à ses propres besoins. Toutefois, le simple fait que Téhéran annonce à nouveau la fermeture du détroit, même sans passer à l’acte, constitue désormais un événement politique en soi, suffisamment important pour pousser l’administration américaine à agir, quitte à le faire aux dépens de l’armée israélienne, fleuron de l’industrie militaire américaine au Moyen-Orient. Le président Trump a sans doute quelque peu exagéré en annonçant la destruction des forces aériennes et navales iraniennes, sans réaliser qu’il n’était pas parvenu à détruire l’arme essentielle de Téhéran, celle de la négociation, et qu’il ne souhaitait d’ailleurs pas le reconnaître, au moment même où les Iraniens démontraient des capacités de négociation sans rapport avec leur situation actuelle et dépassant largement les rapports de force existants. Mojtaba Le nouveau Guide continue de s’exprimer derrière un voile et son public attend toujours de le voir apparaître. Ses proches collaborateurs, quant à eux, connaissent mieux que lui l’état de la République après les destructions massives qui ont frappé les infrastructures, les capacités militaires et les arsenaux. Ils savent également à quel point ils ont besoin de répit, d’argent et de temps, précisément ce que leur a offert le «mémorandum d’entente», devenu la porte d’entrée vers une réconciliation avec le «Grand Satan». Ils savent cependant qu’une telle réconciliation peut provoquer des secousses internes, d’autant que les politiques de Washington ne les ont pas convaincus, pas plus qu’Israël, qui s’oppose au «mémorandum d’entente», lequel demeure pourtant leur unique garantie. Si le Guide suprême l’accepte, le régime perd une partie de sa marge de manœuvre ; s’il le refuse, les pertes s’alourdiront davantage encore. Dans les deux cas, le choix s’avère douloureux. C’est pourquoi il a résumé ses instructions à ses partisans et à son peuple en deux mots qui expriment une acceptation dénuée de conviction. Hier, dans le complexe hôtelier suisse, après le succès obtenu par le Pakistan grâce à une contribution décisive du Qatar, la première rencontre directe entre les deux délégations a débouché sur un message positif. Seules les déclarations des courants les plus radicaux à Téhéran, auxquelles se sont ajoutées les réactions précipitées du président Trump, sont venues troubler cette dynamique, rappelant à chacun la fragilité du processus politique et sa vulnérabilité à un nouvel effondrement. L’esprit politique iranien demeure en effet prisonnier de la théorie de l’«immaculée conception», surtout lorsqu’il s’agit d’un mariage avec une administration dirigée par un promoteur immobilier au langage brutal et volontiers outrancier. Les limites du jeu Quelles que soient les réserves formulées par les détracteurs du texte du « mémorandum d’entente », dont certaines sont fondées, sa fonction essentielle ne réside pas dans son contenu apparent, mais dans les annexes secrètes qui l’accompagnent, qu’elles soient écrites ou orales. Leur véritable rôle consiste à faire entrer les Iraniens dans la chambre noire des négociations bilatérales directes, en face à face avec les Américains. Une fois les médiateurs parvenus à mettre en place ce cadre de négociations bilatérales directes, plus personne ne se souviendra des lacunes et des failles du «mémorandum d’entente», car le processus des négociations irano américaines, lorsqu’il sera engagé et consolidé, ne fera que traduire les rapports de force réels et non les jeux de ruse ou les artifices tactiques. Dans ce contexte, la théorie de l’«immaculée conception» n’aura plus sa place. Les dirigeants iraniens le savent parfaitement. Leur principale préoccupation consiste à préserver le régime et à obtenir la garantie de ne plus subir des attaques ayant menacé leur existence et leur pouvoir. Cela ne signifie pas que les responsables iraniens renonceront à obtenir un accord favorable à leurs intérêts, mais plutôt que les règles du jeu évoluent, passant de la confrontation, de l’hostilité et des rivalités à une phase d’ententes provisoires pouvant déboucher, à terme, sur une réconciliation. C’est à cette lumière qu’il convient de relire l’expérience égyptienne de la réconciliation avec les États-Unis à travers les accords de Camp David avec Israël, ainsi que l’expérience palestinienne incarnée par les accords d’Oslo, afin de mesurer l’écart considérable entre les résultats obtenus dans le cas égyptien et ceux du cas palestinien, lorsque prévaut la logique des rapports de force réels plutôt qu’imaginaires. Aujourd’hui, l’Iran se trouve confronté à sa propre expérience, avec l’héritage de la République islamique et, derrière elle, celui de l’État impérialiste perse qui demeure encore présent, sans oublier l’héritage des guerres ininterrompues depuis l’arrivée au pouvoir de l’imam Khomeiny, qu’il s’agisse des guerres menées contre les peuples d’Iran ou contre les peuples arabes et musulmans, de l’Afghanistan jusqu’au Yémen. La dernière guerre contre Israël et les États-Unis figure parmi les plus courtes, mais elle constitue la plus dangereuse pour le régime et pour l’État. Parce qu’elle porte cette dimension particulière, la partie a atteint ses limites extrêmes. Il ne reste aujourd’hui de l’État iranien qu’un peuple confronté à la faim et à la maladie, une armée qui dispose encore de missiles, et des dirigeants qui se soucient peu de leur propre population comme de leurs voisins. Une nouvelle dynamique À l’heure de l’étape négociatoire suisse, le compte à rebours des deux mois prévus par le «mémorandum d’entente» a commencé. Les véritables enjeux du dialogue ne se limitent pas aux dossiers officiellement annoncés, qu’il s’agisse du nucléaire, des sanctions, des avoirs gelés ou d’autres questions similaires. Ils portent avant tout sur les fondements des relations bilatérales irano-américaines, d’abord sur le plan sécuritaire, ensuite sur le plan économique, avant d’aboutir à une réconciliation politique. Ces trois dimensions, la sécurité, l’économie et la politique, englobent l’ensemble des dossiers litigieux et exigent une nouvelle dynamique de négociation qui n’a plus grand chose à voir avec celle ayant permis l’élaboration du «mémorandum d’entente». Elles obéissent également à une hiérarchie précise destinée à rendre possible une réconciliation politique durable, à commencer par la mise en place de politiques sécuritaires profondes susceptibles de rassurer le régime iranien et de satisfaire les États-Unis, qui considèrent toujours l’Iran comme une faille sécuritaire au sein de la zone d’opérations du Commandement central américain au Moyen-Orient élargi. Cette question englobe également la sécurité régionale du Golfe et des pays arabes, ainsi que celle des États d’Asie centrale au sein du vaste espace eurasiatique. Cela suppose aussi de trancher la question de l’économie iranienne, deuxième économie de la région après celle de l’Arabie saoudite. Il convient de rappeler ici que, selon les propres déclarations du président Trump, sa décision de se retirer de l’accord sur le nucléaire était motivée d’abord par des considérations économiques avant les considérations sécuritaires. Le temps demeure relativement court pour traiter les questions fondamentales si les négociations continuent à osciller comme un pendule. Il reste néanmoins suffisant si l’administration Trump accepte de tirer quelques leçons de négociation de son adversaire le plus acharné, ce qui, en politique, ne constitue nullement une faiblesse. La responsabilité américaine apparaît ici bien plus importante que la responsabilité iranienne. À défaut, les États-Unis devraient reconnaître qu’ils ont cessé d’être une grande puissance pour n’être plus qu’un acteur régional, contrairement à l’image qu’ils revendiquent et cherchent à projeter. Il convient également de souligner le rôle des quatre pays médiateurs, le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie, dont l’action reflète le poids politique issu des sommets arabes et islamiques, ainsi que leur capacité à influencer efficacement les capitales du monde, de Pékin à Moscou, jusqu’aux pays d’Europe occidentale et à l’Amérique latine. Cette influence a même atteint les États-Unis, comme le président Trump l’a lui même reconnu. Il devient dès lors impossible d’ignorer des réalités objectives qui ont démontré leur efficacité. Durant la période à venir, ces pays médiateurs pourront jouer un rôle déterminant dans les équilibres régionaux et internationaux, et ils l’affichent ouvertement. Les déclarations précises et convergentes des ministres des Affaires étrangères des quatre pays lors de leur dernière réunion au Caire ne sauraient être réduites à un simple exercice diplomatique ni à une conviction abstraite autour de la médiation. Islamabad, Riyad, Ankara et Le Caire ne s’engagent pas à la légère après des décennies de confrontations politiques, sécuritaires et diplomatiques sur de multiples dossiers. Aujourd’hui, c’est l’avenir même de la région qui se joue, et ces États en constituent à la fois le cœur et l’un des principaux enjeux. Le Brésil comme modèle Le Brésil fait partie des puissances émergentes de la scène internationale à travers le G20 et les BRICS. Avec sa population considérable et une économie de plusieurs milliers de milliards de dollars, il dispose des moyens qui lui permettent, en tant que grande puissance d’Amérique latine, de concrétiser les aspirations de son peuple aux origines multiples et de devenir un pôle à part entière dans un monde multipolaire. Cette ambition transparaît dans le bref communiqué publié par son ministère des Affaires étrangères le 19 juin dernier, qui salue la signature du «mémorandum d’entente» en vue de mettre fin au conflit, exhorte les parties à respecter pleinement les dispositions convenues et appelle explicitement à un arrêt total des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi qu’à la poursuite des négociations afin de parvenir à un accord de paix global. Le Brésil y réaffirme également son attachement à une stabilité et une sécurité durables au Moyen Orient, en particulier dans l’État de Palestine, à Gaza comme en Cisjordanie . Par ces termes simples, précis et sans ambiguïté, le Brésil a exprimé une position qu’aucun citoyen libanais ou palestinien ne saurait rejeter. Une véritable approche étatique du «mémorandum d’entente» s’y est ainsi manifestée, alors même que les médias locaux étaient saturés d’interprétations contradictoires, venues de tous les horizons politiques, qui dépassaient largement la fonction provisoire de ce texte. Ces lectures ont surtout révélé une forme de fébrilité politique chez ceux dont les ambitions, les désirs, les illusions ou le désespoir face à une réalité complexe ne coïncident pas avec le contenu du mémorandum, alors même qu’une occasion s’offre aujourd’hui aux institutions légitimes libanaises de démontrer leur capacité d’action et qu’une opportunité demeure offerte au peuple palestinien de défendre son droit politique et son État indépendant. Le Brésil a apporté son soutien à l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice contre Israël et a accordé une contribution financière à l’UNRWA, tandis que l’Iran des Gardiens de la révolution n’a jamais reconnu l’État de Palestine et n’a offert à nos peuples que la mort et la destruction.

Au point de rupture
Par
Hisham Dibsi
Publié
juin 16, 2026 - 12:10

Le titre est un slogan placé par la direction iranienne sur un immense panneau publicitaire au cœur de la place Enqelab à Téhéran, qui représente le détroit d'Ormuz au-dessus de la bouche de Donald Trump, président de l'État du «Grand Satan» qu'il convient de vaincre, tout comme il s'agit d'anéantir l'État du «Petit Satan» qu'est Israël. Mais les faits nous apprennent cette semaine qu'un accord se profile, justement «au point de rupture», avec les deux Satans, le Grand et le Petit, un accord qui pourrait être signé vendredi prochain. Il n'est pas venu à l'esprit de la machine médiatique iranienne que la rupture pouvait aussi frapper ses propres dirigeants, et pas seulement ses ennemis, même si la direction iranienne croit avoir accompli une victoire divine sans précédent à ce point de rupture — que ce soit dans le détroit ou au Liban-Sud. Si les intentions américaines et iraniennes s'avèrent sincères et que le «mémorandum d'entente» ou l'«accord-cadre» américano-iranien visant à cesser les hostilités et à lever le blocus sur le détroit fermé vient à être signé, nous nous retrouverons face à une situation dans laquelle Téhéran aura réussi à saisir à la gorge pour arracher la victoire escomptée par une asphyxie totale des économies mondiales, tandis que Washington aura réussi à empoigner le nez et la bouche pour contraindre la tête iranienne à plonger sous l'eau, au moyen du blocus naval et de la paralysie complète du trafic portuaire. Ainsi le facteur temps s'est-il retourné contre celui qui ne tient que la gorge, comme le dit et le montre le panneau publicitaire. En attendant que la signature intervienne dans le courant de cette semaine, il est possible de formuler quelques observations étroitement liées à cet accord. Première observation: le mémorandum d'entente annoncé ne saurait être accepté à sa seule valeur apparente, dans la mesure où les médiateurs ont réussi à constituer une doublure solide propice à la réussite de l'accord en fournissant des solutions non déclarées d'un poids politique, sécuritaire et économique considérable, solutions qui s'accordent avec la vision des médiateurs fondée sur une lecture stratégique différente de celle des deux parties en conflit. Cela mérite d'être porté au crédit des acteurs de la médiation, même si cela contrarie les partisans de la ligne dure et de la perpétuation de la guerre, car le poids des pays médiateurs et des États qui les soutiennent dans cette bataille ne se mesure plus à leur seul rôle actuel ni aux résultats immédiats que l'on en tirera: ce poids est devenu l'un des piliers de l'équation géopolitique, qu'on ne peut plus contourner ni au niveau stratégique international, ni dans le jeu des puissances régionales du nouveau Moyen-Orient. Ce qui ouvre un espace de compétition civilisationnelle et prospective, en lieu et place de la guerre milicienne avec tout ce qu'elle a charrié de souillure, de destruction et de massacres des peuples. Deuxième observation: ce «mémorandum d'entente» ou cet «accord-cadre» a mis à nu l'étiolement de la puissance iranienne, qui refuse de reconnaître sa défaite et convoque l'arsenal de l'idéologie, son ultime arme pour préserver la cohésion de la tête du régime et du noyau dur qui le compose, fait de Gardiens de la Révolution et de milices doctrinales capables d'arrêter et d'éliminer quiconque émet une opinion dissidente. Car refuser de reconnaître la défaite est au fondement même du plan de maintien au pouvoir, plan lui-même bâti sur une certaine compréhension des politiques américaines et de leurs contradictions internes au sein de l'État profond, une compréhension dans laquelle la direction iranienne a su exploiter au mieux les politiques américaines de containment, là où l'administration Trump a failli dans sa lecture et son assimilation de la mentalité persane, véritable joyau de la couronne du système du velayet-e faqih . L'exemple le plus cru de cet échec réside dans la manière dont Netanyahu a convaincu Trump de lancer l'attaque initiale à l'heure H, celle qui devait faire tomber le régime, ce qui permit à Netanyahu de se prévaloir longtemps du titre de parrain de cette guerre dont aucune requête ne se refusait au président Trump. Mais à mesure que la guerre s'est déployée dans le temps et qu'a grandi l'étendue de ses répercussions sur les nations du monde, une nouvelle équation s'est formée, qui a ramené Netanyahu à sa juste mesure: celle d'un joueur politique irresponsable, indifférent à la chute éventuelle de la Maison-Blanche elle-même. Le spectacle du maître et du serviteur se déroule quotidiennement sous nos yeux: lorsque Trump est contrarié par les dommages causés par Netanyahu, il le tance comme un fils ingrat, et lorsqu'il a besoin de lui, il couvre d'éloges ses exploits, au point que la relation du duo Trump-Netanyahu évoque irrésistiblement la pièce satirique du grand dramaturge Bertolt Brecht, Monsieur Puntila et son valet Matti , où le maître, dans ses heures d'ivresse, affiche une magnanimité débordante, et où, à son réveil lucide dicté par ses intérêts, il retrouve brutalité et autorité. Il eût été plus avisé pour Netanyahu, avant de se proclamer maître, de relire la remarque du ministre de la Défense israélien Moshe Dayan à la lecture des termes du premier accord avec l'Amérique après la guerre de juin, intitulé «Partenariat sécuritaire croissant» : «Israël est un petit État qui signe un accord avec une grande puissance ; cela signifie que nous sommes devenus un État client.» Et lors de la signature du premier partenariat stratégique en 1981 avec le Premier ministre Menahem Begin, le secrétaire d'État américain Alexander Haig déclarait qu' «Israël est un porte-avions américain qu'on ne peut pas couler» . Ironie du réel: Netanyahu lui-même exige aujourd'hui de son gouvernement qu'il œuvre à produire ses propres munitions, afin que ses décisions redeviennent autonomes. Troisième observation: l'«accord-cadre» provisoire repose sur l'incapacité du régime iranien à remporter une victoire nette et convaincante, après les destructions considérables infligées à son appareil militaire, sécuritaire et économique. Il ne lui reste plus que son arsenal de missiles et ses instruments miliciens, nuisibles certes, mais sans réel pouvoir de modifier l'équation. Les États-Unis, de leur côté, ont massé l'essentiel de leur puissance militaire dans l'espoir que le seul déploiement des armes et leur menace suffiraient, avant d'en venir à l'usage, pari relatif échoué qui les a ramenés à chaque fois à participer directement aux combats ; car le surplus de puissance et ses coûts ne sont pas moins dommageables que les batailles elles-mêmes. Lorsque l'incapacité profonde à produire une solution a commencé à manifester ses effets au Congrès, chez les partisans du MAGA et aux stations-service, les tours de passe-passe boursiers et actionnariaux n'ont plus suffi à masquer un déficit dont les gens paient le prix de leur propre poche. Après ces observations, et alors que nous nous acheminons vers un «accord préliminaire», un «accord de principes» dont les dessous restent opaques et dont la surface ne tranche aucune question fondamentale sinon le cessez-le-feu et la consécration de la négociation comme seule voie de résolution des conflits, tout en neutralisant les pratiques de racket milicien iranien et les mécanismes de domination et d'hégémonie américaines absolues, ne sommes-nous pas là devant un rapport de forces entre la République islamique et les États-Unis comparable au rapport de forces qui prévalut jadis entre l'État d'Israël et l'Organisation de libération de la Palestine, laquelle ne disposait que de l'«Intifada des pierres» comme seul moyen de neutraliser l'armée d'occupation et de contraindre le gouvernement Rabin à abandonner sa politique de brisement des os pour négocier un retrait de Cisjordanie et de la bande de Gaza? L'accord de principes préliminaire connu sous le nom d'«accord d'Oslo» n'a-t-il pas été produit selon la même philosophie politique qui préside aujourd'hui à la fabrication de cet «accord-cadre» provisoire? Lors de la signature par l'OLP de son accord avec Israël, le «Petit Satan», cela était interdit, et ses dirigeants furent accusés de trahison. Lors de la signature par la direction iranienne de son accord avec l'Amérique, le «Grand Satan», cela devient licite, et certains célébreront sa victoire. Mais on peut dire, sans grande hésitation, que cet accord est l'Oslo iranien.

Cent jours de guerre
Par
Hisham Dibsi
Publié
juin 9, 2026 - 05:12

La polémique sur la question de l'unité ou de la rupture des dossiers et des volets bat actuellement son plein. La réalité montre que les dossiers politiques s'articulent par nature les uns aux autres, reflétant la complexité de la vie économique et politique, mais leurs poids respectifs diffèrent et leurs influences mutuelles sont loin d'être équivalentes. Traiter séparément tel ou tel dossier relève d'un choix gouverné par les priorités, la gravité des enjeux et leur sensibilité. Dans cet ordre d'idées, Barack Obama estimait que la force de la politique étrangère américaine résidait dans l'art de hiérarchiser les priorités, ce qui permet de gérer la rapidité avec laquelle les affaires les plus complexes sont résolues, avec la possibilité de revoir cet ordonnancement chaque jour selon les résultats recherchés. Après avoir échoué à réunir les fonds nécessaires pour vendre l'accord avec Washington en interne, le directoire iranien est revenu à son antienne, en l'occurrence lier le dossier libanais aux négociations en cours, et a tiré ses missiles vers le nord d'Israël pour signifier sa détermination à imposer l'unité des trajectoires face aux négociations libano-israéliennes. Téhéran avait entre-temps compris que la Maison-Blanche gérait avec une relative sérénité la coexistence entre la poursuite de la trêve, le maintien de l'accalmie et la perpétuation du blocus naval, une équation qui épuise l'économie iranienne tant que le calme relatif perdure et que le blocus tient. Telle est la raison profonde de cette sollicitude tardive affichée par Téhéran pour le Hezbollah et sa base, au moment même où il n'avait obtenu aucun résultat tangible de son agression contre le Koweït, Bahreïn et les Émirats, faute d'avoir pu contraindre ces États à réviser leurs politiques d'endiguement et à renoncer à leurs droits, y compris celui de riposter et d'exiger réparation. On peut résumer la situation ainsi : les revendications fondamentales — le nucléaire et le reste — ne sont pas au cœur du litige ; le désaccord porte sur les exigences financières déclarées, et c'est ce désaccord qui a suscité cette montée des tensions et le retour au couplage du dossier libanais avec l'accord global, sans que cela présage pour autant une capitulation de Washington. Par ailleurs, la pression maintenue par la Maison-Blanche sur la réaction israélienne procède de sa volonté de prolonger la trêve et le blocus jusqu'à ce que la direction iranienne s'incline devant les conditions financières américaines. Si, en guise de réaction, Israël s'emploie d'abord à boucler le périmètre de la bande de Gaza au titre d'une déclaration d'état de guerre, comme l'a fait Netanyahu, et ce alors que les négociations entre le Hamas et les factions qui lui sont affiliées s'intensifient au Caire, il n'en reste pas moins que ce dossier palestinien ne préoccupe guère Washington, du moment que le Premier ministre israélien fait preuve de discipline sur le front libanais, ce qui paraît être l'hypothèse la plus probable pour les jours à venir. Un combat à titre gratuit Yahya Sinouar a déclenché l'opération du 7 octobre sans objectif politique déclaré, si ce n'est ce que le nom de l'opération — «Déluge d'Al-Aqsa» — laisse transparaître d'une ferveur religieuse pour la mosquée Al-Aqsa. Il attendit de longues journées que Téhéran se mobilise pour le soutenir contre le «petit Satan», tout comme il attendit l'appui de la salle des opérations de l'axe à Damas — le régime Assad et la banlieue sud de Beyrouth — sans oublier les Hachd al-Chaabi irakiens et les Houthis au Yémen. Lorsque la guerre de soutien au «Déluge» s'enclencha selon les critères des Gardiens de la Révolution, l'effort militaire déployé ne convainquit pas les dirigeants et cadres du Hamas et des Qassam en plein cœur des combats les plus acharnés — il était manifeste que cet effort n'était pas à la hauteur de ce qui avait été convenu. Aussi les déclarations des commandants des Qassam ne furent-elles pas exemptes de formules et d'appels venant conforter cette appréciation, jusqu'à ce que la désillusion à l'égard de l'axe atteigne le point où l'on n'hésita plus à l'exprimer ouvertement. Une fois que l'état-major américano-israélien eut achevé d'anéantir Gaza et sa population, nous avons été témoins des effets désastreux et foudroyants de l'offensive israélienne sur les capacités combattantes du Hezbollah au Liban, dont elle a atteint le talon d'Achille — sa puissance offensive comme défensive. Et comme la guerre de soutien déclarée ne s'était assigné aucun objectif politique, sinon d'épauler le «Déluge d'Al-Aqsa», l'effort militaire du Hamas et du Hezbollah s'est trouvé happé dans un vide politique, tandis qu'Israël énonçait ses objectifs successifs, articulés à plusieurs agendas — locaux, régionaux, internationaux — sans oublier l'agenda personnel de Netanyahu et de ses alliés au gouvernement. C'est ainsi que l'affrontement entre l'axe de la résistance et de la moumanaa d'une part, et Israël de l'autre, a mis au jour une double insuffisance: politique d'abord, opérationnelle ensuite, à partir du moment où chaque partie fut isolée et neutralisée séparément. Quiconque connaît la nature des relations entre les États et les organisations qui leur sont liées sait que l'équation ne fonctionne que dans un seul sens: la vocation des vassaux ne dépasse pas le service du centre, quelle que soit l'indulgence que celui-ci affiche et quel que soit le soin avec lequel il entretient le récit de l'alliance. Il n'y a donc aucune raison d'inscrire une guerre menée pour venger la mort du Guide suprême iranien Khamenei dans le cadre de la défense de la souveraineté libanaise ou de la résistance à l'agression contre les terres et les populations du Liban-Sud. Les pertes humaines et la destruction immense subies au Liban comme en Palestine ne sauraient être rattachées à quelque objectif politique que ce soit ayant trait à l'intérêt des deux peuples. Le combat des extrémistes ne mérite d'autre qualificatif que celui de combat gratuit. La première opération Litani Tel Aviv s'éveilla, le 11 mars 1978, sur des combats dans ses rues pour reprendre le contrôle d'un autocar dans lequel s'étaient retranchés un groupe de fedayin placé sous le commandement de la jeune Dalal Moghrabi, et plusieurs civils israéliens. Les combats se poursuivirent jusqu'à l'élimination de tous les occupants, conformément aux instructions adressées au général Ehud Barak. Cet événement fut la cause directe de l'invasion du Liban-Sud jusqu'au cours du Litani. Dans le même temps, le président Élias Sarkis réussit à internationaliser la question du Liban-Sud, et la diplomatie libanaise arracha les résolutions 425 et 426, destinées à garantir le retrait complet des forces israéliennes et à permettre la mise en place de la FINUL. Mais au-delà de l'événement immédiat, il s'avère nécessaire de procéder à une lecture du blocage des négociations égypto-israéliennes et de leur enlisement, après la conclusion du premier et du deuxième désengagement, et le refus du gouvernement de Menahem Begin de répondre aux exigences du président Anouar el-Sadate — en dépit de ses initiatives pour la paix, de son discours à la Knesset et de sa proclamation de la chute du mur psychologique. La direction militaire israélienne voulait alors mettre à l'épreuve le comportement égyptien dans l'hypothèse d'un affrontement avec l'armée syrienne et avec les forces de l'OLP au Liban. Fort du succès de cette épreuve de feu consécutive à la première opération Litani, le président américain Jimmy Carter put mener à bien les négociations de Camp David, six mois après l'invasion du Liban. Ces négociations aboutirent à la signature du traité de paix égypto-israélien en mars 1979. En l'espace d'une seule année, la dynamique politico-militaire au Liban s'était transformée sous l'effet des résultats directs de cet essai, depuis le Liban-Sud, devenu entre-temps une question internationale à part entière. La répétition militaire israélienne avait ainsi fourni la référence opérationnelle qui allait guider l'invasion du Liban en 1982, dont l'objectif était d'en finir avec les forces de l'OLP et de rogner puis de maîtriser le rôle politique, militaire et sécuritaire syrien au Liban. Israël était désormais un acteur direct, par ses propres forces et par l'entremise de l'Armée du Liban-Sud qu'il avait constituée, aux côtés du régime de Hafez el-Assad comme second acteur, et des acteurs locaux positionnés sur la ligne de fracture entre le Mouvement national libanais et son alliée l'OLP d'une part, et le Front libanais avec ses liens à l'Occident et à Israël de l'autre. C'est dans ce terreau que commençait à germer quelque chose de nouveau dans les entrailles du Liban, portant en lui un lien organique avec la révolution islamique à Téhéran, et qui allait prendre corps après l'invasion israélienne. La «Prova d'orchestra» En ce temps-là, il y a plus d'un demi-siècle, la salle Clemenceau dans Beyrouth-Ouest projetait un film qu'il est difficile d'oublier, du réalisateur Federico Fellini: Répétition d’orchestre ou Prova d'orchestra , à l'époque de la montée de la gauche italienne et des groupes armés de toutes obédiences, quand les coups de feu étaient un bruit quotidien et familier à Rome comme dans les autres villes d'Italie. Le film donnait à voir la relation du maestro à ses musiciens, jusqu'au moment où le lourd boulet d'acier surgissait à l'écran pour s'abattre sur l'édifice et le menacer d'effondrement. La discussion tournait autour d'une seule question : dans quelle direction allait le Liban? Quelles étaient les perspectives? Quel marteau allait réveiller les porteurs des différents projets? En ce temps-là, j'attendais la chute de l'impérialisme et la destruction de l'État d'Israël, et ma réponse était toute prête: c'était le marteau vietnamien, ni le russe ni le chinois, qui accomplirait les tâches de la libération nationale et réaliserait le déterminisme historique. Il ne m'effleura pas l'esprit que le président Élias Sarkis avait raison. Lui se trouvait pourtant dans sa geôle dorée du palais de Baabda, attendant d'en sortir un jour avec beaucoup de sérénité et de dignité. Fellini avait su poser ses questions embarrassantes dans cette Prova qui se prolonge jusqu'à présent, au rythme des coups du boulet d'acier rasant hommes et pierres sur toute l'étendue du Liban et de la Palestine, débordant jusqu'aux confins du Grand Moyen-Orient. Hier, pour la première fois dans l'histoire du Liban contemporain, les autorités légales ont pris la direction des affaires du pays, rompu avec la conscience ambiante et avec des années d'attente et d'atermoiements, pour porter une initiative de sauvetage en faveur du Liban et de son peuple — une initiative à même d'arrêter le boulet dans sa course furieuse et d'empêcher l'effondrement de l'édifice libanais dans ce qu'il a d'humain, de politique, de culturel et d'historique. Les missions qui requièrent de s'engager ainsi pour le sauvetage n'appellent pas des décisions visant à contenter tout le monde. Elles n'ont que faire de l'assentiment des amateurs de mort, de destruction et de suicide. Leur seule exigence est le courage de défendre, envers et contre tous, l'intérêt et le bien des gens.

L'Ombre du guerrier
Par
Hisham Dibsi
Publié
juin 2, 2026 - 00:15

Le réalisateur japonais Akira Kurosawa a composé son épopée cinématographique Kagemusha — L'Ombre du guerrier au tournant des années quatre-vingt, pour immortaliser la geste d'un chef courageux qui avait défié les puissances féodales au seizième siècle. Celui-ci périt au combat, alors même que ses soldats n'avaient pas ménagé leurs corps pour le protéger des flèches ennemies. Mais l'état-major prit la décision de dissimuler sa mort et de lui trouver un sosie pour poursuivre la guerre, et le paradoxe voulut que ce double parfait fût tiré de la lie de la société, un vulgaire voleur. À la manière des grands cinéastes, dont le spectacle éblouissant soulève des questions et des problématiques d'une profondeur dérangeante, Kurosawa expose la fragilité de l'édifice militaire, toute sa masse et toute sa violence mises à part, car il suffit que la mort du chef exceptionnel — celui dont l'œil ne cille pas face à la mort — soit annoncée pour que l'ensemble s'effondre. Il met aussi à nu le système de l'illusion politique qui gouverne les masses et les soldats, et peut-être jusqu'aux officiers les plus gradés et aux familiers les plus proches du pouvoir. Mais la tragédie teintée d'ironie survint lorsque le voleur-sosie s'incarna si complètement dans la peau de l'original qu'il entraîna l'armée de perte en perte. À l'époque de la sortie du film, un an s'était écoulé depuis l'accession de l'imam Khomeini à la tête du pouvoir en Iran, et ce pays avait cessé d'être un empire gouverné par un shah pour devenir une république placée sous l'autorité du Guide. Aujourd'hui que le réalisateur a quitté ce monde, il ne sait pas que la mort du second Guide, l'imam Khamenei, a été annoncée sans délai, ni que la direction iranienne a proclamé aussitôt la désignation de son fils, le blessé Mojtaba, comme héritier de la fonction. Ce que les deux situations ont en commun, c'est que les raisons ayant présidé au choix du fils blessé sont exactement celles que Kurosawa avait traitées dans son film, à savoir l'importance de la solidité et de la cohésion du commandement et la nécessité d'en assurer la continuité. Sans quoi l'effondrement serait peut-être inévitable. À cela s'ajoute le principe même de la wilayat al-faqih et la nécessité qu'un porteur d'étendard soit toujours présent, ce qui permet d'éviter l'effondrement politique tout en alimentant la grande illusion qui pousse des millions de fidèles à continuer le combat. Sauf que le nouveau Guide est blessé, dit-on, et se trouve dans l'incapacité de s'adresser à son public par la voix et par l'image pour rassurer ses partisans. Du temps du réalisateur de L'Ombre du guerrier, l'intelligence artificielle générative n'existait pas encore, qui aurait permis de reproduire une personnalité entière capable de parler et de se mouvoir, rendant ainsi superflue la figure du sosie. Mais les partisans du nouveau Guide ont besoin de le voir parmi eux, de l'entendre les haranguer, de lui serrer la main, de recevoir ses prêches et ses directives, plutôt que de n'avoir affaire qu'aux commandants des Gardiens de la Révolution, lesquels mènent ce jeu dans le seul but de préserver la cohésion militaire et la survie du régime. C'est ainsi que les gens, dans l'attente de celui qu'ils chérissent, se dépensent sans compter. Avec Trump Le président américain est parvenu à imposer son style insolite dans le traitement des grandes comme des petites affaires, avec une égalité de traitement assez déconcertante: il lance ses attaques contre son adversaire vénézuélien, cubain ou iranien, et dans le même élan n'oublie pas d'humilier son vieux prédécesseur Biden, ou de menacer un pays ami de la stature de la France ou du sultanat d'Oman. Trump s'efforce aujourd'hui de finaliser le document de propositions relatif à une trêve, en consolidant la partie susceptible d'être vendue aussi bien à l'opinion intérieure qu'à l'extérieur, et en se retournant contre toute clause dont il lui serait difficile de tirer profit ou qu'il lui faudrait défendre, si elle s'avérait moins convaincante que ce qu'avait obtenu Barack Obama une décennie plus tôt. On assiste ainsi à un jeu de ping-pong entre Washington et Téhéran sur les propositions et les amendements, un jeu utile pour prolonger la durée des négociations et ouvrir de nouvelles perspectives aux deux parties. Après sa visite à Pékin, qui le combla de prévenances et de fastes, Trump a pu toucher du doigt les composantes de la puissance douce chinoise et mesurer les limites de la puissance dure américaine. Cela fait que l'impact de ce voyage sur lui dépasse de loin ce qui a été concrètement accompli, lequel reste maigre au regard de ses ambitions de grands accords spectaculaires. Il perçoit désormais les retombées négatives de sa relation avec le président Poutine, notamment sur les alliés européens, ainsi que le rôle combiné que jouent Moscou et Pékin pour empêcher que le régime iranien soit défait ou contraint de capituler facilement devant la volonté de la Maison-Blanche. Ce soutien militaire, sécuritaire et informationnel conjoint a donné à la direction iranienne les moyens de mobiliser son capital d'expérience dans l'art des négociations complexes et imbriquées, comme on l'a observé le mois dernier lors de l'élaboration du mémorandum d'accord et du réagencement des priorités, où le négociateur le plus faible a inscrit des points importants dans les buts du négociateur le plus fort. Le vice-président JD Vance a échoué dans sa mission et est rentré à la Maison-Blanche avec la conviction que l'Iranien ne constituait pas une proie facile, en dépit de ses faiblesses et de ses lourdes pertes. Quant à la flexibilité que Vance avait tentée au Pakistan, elle ne pouvait être défendue à l'intérieur des États-Unis. Les initiatives successives visant à reformuler une feuille de route préliminaire avaient pourtant convaincu Trump de l'envisager comme un nouveau point de départ, perfectible et susceptible d'être mis en œuvre. Mais la précipitation dans laquelle il s'engagea, conjuguée à l'émergence d'une opposition ferme chez certains républicains et chez une majorité de démocrates, poussa Trump à se dérober à ses engagements initiaux, à se retourner contre les médiateurs également, et à déchaîner une tempête de colère contre quiconque se dresserait devant ses désirs pressants ou ne répondrait pas avec la célérité qu'il exige. Avec Trump, il est impossible de se fier ni à la validité d'une position annoncée, ni à sa sincérité, et c'est précisément cette réalité qu'a intégrée la direction iranienne pour entrer dans les négociations avec une disposition permanente à faire face aux revirements, à tout instant et pour n'importe quelle raison. Les commandants des Gardiens de la Révolution ont conservé par-devers eux l'usage de ce qui leur reste comme armement pour des provocations militaires à l'égard des flottes américaines, des provocations calculées sans chercher à causer de véritables dommages, mais qui leur permettent de se prévaloir d'une attitude courageuse, tandis que les représailles sérieuses contre les pays du Golfe, pour infliger des dommages réels, s'exercent sans la moindre hésitation. Ce qui révèle l'indigence de la puissance militaire iranienne, et plus encore l'illusion politique qui lui fait cortège, dès lors que la cible américaine est remplacée par la cible du Golfe. Dans cette posture iranienne transparaissent la bassesse et la couardise des Gardiens de la Révolution, et non point le courage de ce combattant qu'on dirait issu de la tradition des samouraïs. L'horizon demeure néanmoins ouvert à l'élaboration d'un nouveau mémorandum qui pourrait ouvrir la voie à un règlement acceptable, avec la certitude que le prochain échec n'incitera pas Trump à reprendre la guerre, ce dont les Gardiens de la Révolution entendent tirer profit aussi longtemps que possible, du moment qu'ils se soucient peu des pertes et que leur seul désir véritable est d'assurer la pérennité du régime et d'en prévenir l'effondrement. Qui est le vainqueur? La narration de chaque camp vise à démontrer sa propre victoire selon des critères différents et soigneusement ajustés, en forgeant de nouvelles définitions pour des mots usés jusqu'à la corde: trêve, cessez-le-feu, résistance, accomplissement, survie, pertes, manœuvre. Et si le fort ne parvient pas à atteindre les objectifs pour lesquels il a fait la guerre, le faible voit dans cet échec une victoire pour lui-même, de sorte que la résistance dans le détroit devient la compensation de toutes les pertes, quand bien même il aurait accordé des concessions substantielles qui réalisent bel et bien l'un des objectifs de guerre du puissant. C'est ce dont nous avons été témoins durant les deux dernières semaines entre Washington et Téhéran, et cela est susceptible de se poursuivre sous des formes variées avec de nouvelles justifications, jusqu'à ce que la scène soit réduite à un seul élément: le contrôle des Gardiens de la Révolution sur le détroit. Le facteur de puissance déterminant réside ici dans la position américaine et dans un comportement militaire qui s'abstient de l'aventure d'ouvrir le détroit par la force, pour des raisons qui tiennent au calcul du Pentagone avant tout autre considération. C'est précisément cela qui fournit au récit iranien les arguments de sa prétention à la puissance, et non les drones ou les missiles qui lui restent. La direction iranienne a par ailleurs tiré profit de la convergence des intérêts sino-russes pour soutenir la survie d'un régime qui leur convient dans l'axe eurasiatique: Moscou engrange ce que les turbulences du Moyen-Orient lui rapportent, tandis que Pékin peut se permettre de patienter un peu devant ses propres pertes, tant que le maintien du régime lui importe davantage au cœur de l'Asie centrale. Quant au troisième facteur de puissance dont bénéficie l'Iran, il réside dans la stratégie rationnelle et réfléchie des États du Golfe arabe. Ceux-ci ont pratiqué une politique de défense active et mobilisé leur poids politique, tant sur la scène régionale qu'internationale, pour produire une solution diplomatique globale face à la crise internationale et régionale la plus dangereuse de notre temps. On peut donc dire simplement que les facteurs de puissance dont profitent les commandants des Gardiens de la Révolution ne leur appartiennent pas et ne sont pas de leur fabrication, tout comme on peut dire que la stratégie de Washington et le mode de gouvernance du président Trump n'ont pas encore apporté ce qui permettrait d'accréditer la narration d'une victoire américaine tant attendue. De même, la stratégie d'Israël, qui fait flotter ses politiques sur une mer de sang dans la région, et particulièrement en Palestine et au Liban, n'a produit que massacres, destruction et extermination. Et voilà Netanyahu et ses généraux, au comble de la rage contre Trump, lâchant tout ce que l'armée israélienne détient comme puissance destructrice pour arracher une victoire, à Gaza, en Cisjordanie, au Liban. C'est pourquoi l'on peut affirmer avec calme et assurance, à la lumière d'une observation politique concrète du cours des négociations, que la stratégie des États du Conseil de coopération du Golfe et sa convergence avec les stratégies de l'Égypte, de la Turquie et du Pakistan, ainsi que leur capacité commune à interagir directement et efficacement avec les stratégies internationales américaine, chinoise, russe et européenne, ont démontré leur aptitude à produire une médiation efficace, qui a ouvert un nouveau cours des événements et un horizon pacifique vers une solution. Elles ont également permis de réduire l'escalade, de contenir la folie et l'extrémisme iraniens, et d'infléchir le cours des politiques au moment même où le triangle de l'extrémisme, américano-israélo-iranien, avait atteint les confins de la violence la plus hostile à la nature humaine. À relire la scène depuis le moment de la première puis de la seconde frappe américano-israélienne, et à mesurer les catastrophes que cette guerre a infligées à l'humanité, à commencer par les peuples iranien, arabes et musulmans, on comprend que la quête frénétique de la victoire ne se trouvera pas du côté du triangle de l'extrémisme meurtrier, mais bien du côté de ceux qui ont brandi l'étendard de l'opposition à la guerre, supporté la perfidie iranienne, l'impulsivité américaine et la démence israélienne, et persévéré inlassablement dans leur effort pour produire une solution politique et diplomatique sur la voie de la modération et de la fermeté dans les principes.

Leur indépendance... et notre Nakba
Par
Hisham Dibsi
Publié
mai 26, 2026 - 04:26

C’est comme aujourd’hui, en 1948, qu’advint ce à quoi nous avons donné le nom de Nakba… Puis survint un temps où la Palestine ne devint plus qu'un disque usé tournant en boucle dans les cafés de trottoir arabes… Puis un autre temps où la Palestine redevint l'intonation d'un peuple qui avait recouvré sa voix, se redécouvrant une force insoupçonnée… Puis un moment où la cause palestinienne se fit tache d'huile s'étendant sur les eaux, le puits béant dont on avait vidé la substance et autour duquel s'entassaient tous les seaux dans une bousculade et une cohue sans fin… Puis vint un moment où l'on trembla pour le corps palestinien d'un nouvel errement, plus effroyable encore que le premier, car la mère palestinienne était devenue semblable à une chatte déplaçant ses petits d'un lieu vers nulle part… Les temps se succédèrent et se fondirent les uns dans les autres… jusqu'à ce que la Palestine apparût enfin sur sa propre terre comme une composition épique…… mais un solo joué à même la chair vive!! C'est en ces formules d'exception que Mohammad Hussein Chamseddine résuma sa définition et son approche de la commémoration du Jour de la Nakba, lors d'une conférence tenue à Beyrouth sous le titre «De la Nakba à l'État», en 2003, à l'heure même où l'Intifada s'ouvrait sur des perspectives contradictoires, tiraillées entre les tenants de la lutte pacifique et les partisans d'un retour à la violence des armes. L'alternative s'imposait entre la stratégie d'un règlement historique avec l'État d'Israël et le triomphe des projets de violence et de libération intégrale, de la mer au fleuve, avec pour étendard l'abolition des accords d'Oslo, mot d'ordre si cher au cœur de l'axe de la résistance et de son fer de lance, le mouvement Hamas. Plus de deux décennies ont passé pour que revienne, une fois encore, la commémoration de leur indépendance et de notre Nakba, tandis que le monde assiste à une démence sans équivalent qui enveloppe le corps palestinien dans sa propre patrie et dans quelques-uns des camps de la diaspora, en Syrie et au Liban. Et l'opacité du moment international et régional, ouvert sur des perspectives qui ne sont peut-être pas à la mesure de ce à quoi aspire le peuple palestinien pour que sa Nakba se mue en jour d'indépendance, ne cesse de s'épaissir. La folie de la danse La folie de la danse qui sourd de la graine de l'amour vous place en face de ce Zorba du deuil et de la tendresse, tandis que la folie de la danse qui éclate de la graine de la haine, c'est avec Ben Gvir et ses semblables au sein du gouvernement israélien actuel qu'elle se donne à voir. Du temps du ministre des Affaires étrangères Abba Eban, un journaliste lui avait demandé comment ils pouvaient se targuer d'être un État sioniste moderne et démocratique alors que la Knesset voyait passer des rabbins venus d'un âge révolu. Abba Eban avait souri et répondu qu'ils déposaient leur manteau sur le seuil de la Knesset avant d'aller y débattre des politiques de l'État. Mais aujourd'hui, avec Netanyahu et ses comparses dits «laïcs», c'est le manteau religieux qu'ils revêtent pour y pénétrer. La folie de la danse que Ben Gvir pratique avec les «jeunes des collines» à l'intérieur de la mosquée Al-Aqsa et sur la tête même des personnes que la marine israélienne a enlevées au large de Chypre n'a pas encore atteint son terme, car ce qui est poursuivi déborde de loin ce qui s'est accompli depuis l'opération du 7 octobre et la guerre d'extermination. La folie de la danse sur la graine de la haine est l'expression gestuelle d'un délire de grandeur qui accompagne invariablement quiconque se prétend investi par «Dieu», le «Seigneur» ou «Yahvé» de la mission de conduire les peuples sur la terre ferme, sur les mers et dans les cieux. Quand le ministre des Finances Smotrich se fait gloire de ses accomplissements en déclarant qu'au cours de son mandat il a conduit en silence la révolution du changement radical en Cisjordanie et qu'ils y ont édifié cent colonies… dans le berceau de leur éternelle patrie biblique (selon la correspondante Hagit Rozinam pour le site Ba'shevaa, presse du 21/5), la coopération entre Smotrich et la ministre des Colonies Orit Strock a formé ce qu'elle nomme un « mouvement de tenaille » dont l'ambition est de détruire «l'Autorité palestinienne» par l'étranglement économique, d'élargir le périmètre de la mainmise coloniale directe… d'interdire aux travailleurs l'accès au marché du travail israélien et de bâtir une continuité géographique des colonies entre Jérusalem et Hébron . Ce type de gouvernements extrémistes se soucie fort peu des rapports que les institutions internationales élèvent pour documenter, chiffres irréfutables à l'appui, que l'armée israélienne a tué des milliers d'enfants , témoignage retenu par la Cour internationale de Justice et sur lequel ont été fondés les arrêts qui frappent d'infamie cette bande criminelle. Pas davantage n'ont-ils prêté attention au conseil que Henry Kissinger avait prodigué à Rabin au temps de l'Intifada des pierres, alors que celui-ci broyait les os des jeunes Palestiniens: fais ce que tu veux des Palestiniens, mais derrière les caméras, non devant . Le délire de grandeur de ces ministres a atteint un degré tel qu'ils s'arrogent le droit de danser sur les corps des vivants et des morts, sur les places publiques, dans ce qui ressemble à un rituel sanglant et ténébreux célébré à la face du soleil. Ainsi le Jour de l'indépendance israélienne, le 15 mai de chaque année, s'est-il mué en occasion de laisser libre cours au refoulé sans la moindre retenue, dès lors que la puissance destructrice de l'État d'Israël a atteint une cime qui lui permet d'effacer l'Autre palestinien et de proclamer sans détour le programme destiné à parvenir à cette fin. Cette année cependant, ce rituel festif a su innover, les colons des «jeunes des collines» ayant pris pour cibles les écoles d'enfants, une fois épuisé le répertoire des objectifs «bédouins» et «paysans». Se figurent-ils peut-être en mesure d'occuper l'avenir des enfants et d'en interdire l'avènement. C'est un même jour partagé avec ceux que nous appelons nos cousins, le 15 mai de chaque année, qui est pour eux le jour de l'indépendance et pour nous celui de la Nakba. C'est là, peut-être, que résident le secret du délire de grandeur, le secret de la danse violente et le secret de la haine, car l'Autre terrassé par la Nakba continue de vivre ! Ce fait met au jour une équation redoutable entre le fort et le faible, qu'on voit à l'œuvre dès lors que le faible persiste à vivre sous le signe de la Nakba et rappelle au fort que son indépendance demeure inachevée, équation secrète dont seul le fort capable de se guérir lui-même peut se hasarder à confesser l'existence. Notre Nakba continuera ainsi à miner leur indépendance et à transformer la célébration en dérivatif destiné à dissimuler la conscience d'un manque et d'une incomplétude, corrompant la fête jusqu'en ses fondements, car aucune issue n'est pensable sans transcender le trop-plein de puissance et se résoudre à la réconciliation historique entre deux peuples habitant une même terre, dotés de droits égaux. Deux murs Il ne s'agit pas ici du mur de séparation qui a encerclé la Cisjordanie, isolé les colonies et englouti 10 % de sa superficie, soit quelque 560 kilomètres des meilleures terres agricoles, avec leurs sources d'eau et leurs voies de contrôle stratégique global. Il ne s'agit pas davantage du mur dit «Ceinture de Jérusalem», qui isole villages et bourgades des quartiers de Jérusalem-Est et pénètre, au sens propre du terme, fermes, maisons et propriétés privées, s'étendant sur quelque 180 kilomètres, car ces deux murs appartiennent désormais au passé et ont fait l'objet d'un avis de la Cour internationale de Justice concluant que leur édification enfreint le droit international. Les deux murs dont il est question ici sont ceux que le gouvernement israélien entend ériger en s'emparant de la zone connue sous le nom de E1 (East 1), à l'est de la ville arabe de Jérusalem, territoire historique des tribus bédouines d'une superficie de 12 kilomètres carrés, où se trouvent des communautés établies sur le mont Baba et qui sépare la colonie d'Adoumim de la ville de Jérusalem. Cette zone, les consuls des États européens accompagnés de leur homologue américain n'ont cessé de la visiter afin d'empêcher Israël de s'en emparer, non par amour des tribus bédouines, mais parce qu'elle séparerait définitivement le nord de la Cisjordanie de son sud, et Jérusalem-Est de la vallée du Jourdain, c'est-à-dire de la frontière palestino-jordanienne, transformant ainsi la Cisjordanie en cantons isolés, si le premier mur colonial venait à être construit de Jérusalem à la vallée du Jourdain sur quelque 35 kilomètres, en reliant les blocs de colonies et en obturant tout espace entre elles, faisant de la ville de Jérusalem une cité parvenant aux frontières de la Jordanie. Quant au second mur, c'est celui qui relierait par des colonies Jérusalem à la ville d'Hébron, à quelque 40 kilomètres au sud, où quiconque prend un bus palestinien constate que l'accès à l'autoroute réservée aux colons est interdit aux populations autochtones, contraintes d'emprunter de vieilles routes sinueuses atteignant jusqu'à 70 kilomètres, afin de garantir la commodité des colons d'Hébron et la rapidité de leur accès à la capitale. Cette zone E1 constitue le pivot qui assure la continuité du premier mur colonial vers la vallée du Jourdain et du second vers la ville d'Hébron, et c'est précisément de cela que Smotrich se vante sous ce qu'il a appelé le plan de changement radical, élaboré de concert avec Netanyahu. Jusqu'à présent, toutefois, cette zone demeure silencieuse et les bulldozers ne se sont pas encore mis en branle ; les efforts que déploie l'Autorité nationale auprès de Washington et des États qui exercent une influence sur le gouvernement israélien retardent leur mobilisation, de même que les dissensions survenues au sein du gouvernement, lesquelles ont conduit à envisager de nouvelles élections parlementaires anticipées, ouvrant ainsi un délai propice à la prévention de ce projet. Il reste que pour les gouvernements israéliens, suspendre l'exécution ne signifie qu'attendre un moment plus propice, rien de plus. C'est ainsi que les choses se passent là-bas. Les oubliés L'envoyé spécial du Conseil de paix Nikolaï Mladenov a sommé le mouvement Hamas de remettre ses armes afin de pouvoir procéder à l'application du deuxième volet du plan Trump, mais la direction du Hamas a repoussé cette injonction au motif que le nœud du problème ne résidait pas dans les armes, mais dans le retrait de l'armée israélienne de l'ensemble de la bande de Gaza. De son côté, le gouvernement Nétanyahou s'est cramponné à la demande de Mladenov, poursuivant sa politique de blocus et interdisant l'accès des camions à Gaza, tout en bloquant les autorisations de passage aux membres de la commission administrative dans la Bande. Pris entre l'intransigeance d'Israël et l'obstruction du Hamas, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Volker Türk a consigné dans son nouveau rapport, publié par la presse le 19 du mois courant, que les actes accomplis par Israël depuis le déclenchement de la guerre le 7 octobre constituent une violation flagrante du droit international et s'apparentent à des crimes de guerre et à des crimes contre l'humanité . Türk a en outre enjoint à Israël de veiller à ce que ses soldats ne commettent aucun acte de génocide, et de prendre toutes les mesures qui s'imposent pour prévenir toute incitation au génocide et en garantir la répression . De quoi plonger le plan Trump dans une paralysie sur la question des armes, qui bloque l'ensemble des autres pistes, seuls 80 camions étant admis sur les 500 prévus. Dans ce tableau, tandis que les habitants agonisent là-bas d'une famine lente et d'une mort clinique, Mladenov n'a pas adressé au président américain Trump la question qui s'imposait, lui qui a laissé le Hamas s'arc-bouter sur ses armes et a conclu avec ses dirigeants, par l'entremise de ses médiateurs et de ses services de sécurité, des arrangements autorisant le mouvement à continuer de gouverner la partie occidentale de la Bande jusqu'à nouvel ordre, en lien avec les questions de constitution et de financement d'une force internationale. C'est ainsi que le peuple oublié paie, de sa chair, le prix de marchandages inavoués, dont la seule expression publique demeure cette formule indirecte du président Trump laissant entendre qu'il n'est nullement pressé de désarmer le Hamas. Il eût mieux convenu à M. Nikolaï Mladenov de dire la vérité aux oubliés.

Congrès du Fateh: l’année de la démocratie palestinienne
Par
Hisham Dibsi
Publié
mai 19, 2026 - 13:11

C’est dans son discours d’ouverture du huitième congrès du mouvement Fatah que le président Mahmoud Abbas a tracé les contours de la vision officielle de la légitimité palestinienne, ce qu’elle est aujourd’hui et ce à quoi elle aspire dans un proche avenir, alertant sur les dangers que font peser la poursuite de la guerre à Gaza, l’expansion coloniale sans précédent en Cisjordanie, la judaïsation continue de Jérusalem-Est. Et, par-dessus tout, l’obédience résolue du gouvernement israélien à ses objectifs de déplacement et d’épuration ethnique des Palestiniens de leur propre pays. La situation palestinienne actuelle, déclara-t-il, est confrontée à des périls existentiels d’une gravité hors du commun. Il a exigé de la communauté internationale, de ses amis, de ses alliés et de tous ceux qui défendent le droit palestinien, qu’ils s’emploient à permettre à l’Autorité nationale de prendre pleinement en main ses responsabilités dans la bande de Gaza au nom de l’État de Palestine, à travers ses institutions officielles et en coopération avec les organes onusiens et la commission administrative mandatée pour y opérer selon les conclusions du «Conseil mondial de la paix», rejetant catégoriquement tout état de fait qui consacrerait la séparation du secteur d’avec la Cisjordanie ou instituerait un dualisme ne servant ni la solution politique ni l’édification de l’État. Le congrès se tient ces 14, 15 et 16 mai, au moment précis où l’on commémore la Nakba, et le président a tenu à rappeler le rôle pionnier du Fateh comme porteur du projet national, réservant une attention particulière au rôle des femmes et de la jeunesse dans la perspective des élections législatives et présidentielle attendues avant la fin de l’année, qui feront de celle-ci l’année de la restauration du système politique palestinien et du raffermissement de sa légitimité selon des critères constitutionnels, l’année en somme d’une démocratie palestinienne retrouvée. C’est en ces termes que peut se résumer la mission politique du Fateh dans les jours à venir, et c’est à partir de là que peuvent s’esquisser les contours de la prochaine étape, avec les stratégies et plans d’action qu’elle requiert pour sortir la cause de sa faiblesse présente, en relevant les défis d’une manière qui serve à la fois l’homme et la patrie, et relance le cycle de la vie politique. Par acclamation Qui regarde l’estrade du congrès aperçoit vingt-cinq portraits qui dominent la scène, au centre desquels trône la figure symbolique de Yasser Arafat, et à ses côtés les martyrs du Comité central, dont un tiers à peine a eu la grâce de mourir dans son lit, après avoir survécu aux batailles et échappé aux assassins. L’ombre de la direction historique est longue, au point qu’il est impossible de l’enjamber sans discernement ni clairvoyance. Au congrès de Tunis, après le retrait du Liban, le président Arafat avait choisi de ne pas faire compter les voix exprimées pour son élection, sachant qu’après 1982, aucune contestation de son leadership ne pouvait prétendre s’élever à sa hauteur. De même que le retrait du Liban avait été un moment exceptionnel, la dissidence qui s’ensuivit, soutenue par le régime syrien des Assad et financée par l’ancien régime libyen, l’était tout autant. Alors que la bataille pour la légitimité était à son paroxysme, le président Arafat fut élu par acclamation sous une ovation debout, avant même l’élection du Comité central. Cette tradition s’est perpétuée dans les congrès suivants, comme on vient encore de le voir à Ramallah, où tous ont pu témoigner que le président Abbas a porté l’héritage de ses prédécesseurs avec patience et maîtrise, incarnant les étapes de l’évolution du Fateh dans sa lutte pour la survie et la continuité et préservant la place historique du mouvement dans la conscience collective et la vie publique des Palestiniens. Et ce alors que la rupture avec le Hamas avait atteint son degré d’acuité le plus élevé et que les dangers avaient atteint le point qui permit aux ennemis de déclencher leur guerre d’anéantissement, de déplacement et d’effacement. À suivre les travaux du congrès, on observe que la génération des fondateurs est encore là, tout comme celle de l’Intifada des pierres et celle de la deuxième Intifada, et l’on discerne la nouveauté que représente la génération du combat actuel pour la survie. Tout cela relève de trois orientations politiques successives : la première, celle des origines, avec le mot d’ordre de la libération, de la lutte armée et du droit historique ; puis la transition vers celui du droit politique, de l’Autorité et de l’État ; et maintenant, depuis la guerre d’anéantissement qui a suivi l’opération du 7 octobre, c’est le slogan «Baqoun» — «Nous demeurons» — qui résume à lui seul le tableau du huitième congrès du Fateh : nous demeurons pour qu’existe un État pour la génération de demain. Sauvetage L’image de la femme de Gaza qui fouille les décombres de sa maison détruite en quête d’un objet qui lui en rappellerait l’existence, fût-ce une assiette brisée au fond de sa cuisine, ressemble à ce que fait le berger expulsé de sa terre ou le paysan agrippé à l’arbre hérité de son père. C’est pour tous ceux-là que l’on entend la voix du président Abbas s’employer, avec l’administration américaine, à sauver ce qui peut encore l’être des accords d’Oslo, tandis que des membres talmudiques de la Knesset cherchent à faire adopter un texte qui autoriserait l’annulation de ces accords et ouvrirait la voie à la colonisation des villes palestiniennes après la main mise sur la «zone B» soumise à l’autonomie. Un tel tableau réduit les tâches immédiates de la politique palestinienne quotidienne à de pures opérations de sauvetage. Le programme de travail du Comité central nouvellement élu n’y échappera pas davantage. Au vu de la composition et de la diversité des membres du congrès, on comprend que le nouveau Comité central, dont la moitié des neuf membres anciens porte l’héritage de la fondation, du combat armé et de l’Intifada des pierres, voit son autre moitié constituée d’une génération forgée dans la deuxième Intifada, où l’action de masse et la violence armée, à laquelle nous avons ensuite renoncé, s’entremêlaient. Parmi eux, certains portent également la vision de l’État moderne et de ce que la Palestine de demain doit être dans un avenir prévisible. Ces potentialités et ces énergies, aguerries, intermédiaires et nouvelles, ne pourront cependant porter leurs fruits que si leurs membres travaillent en véritable équipe, en faisant évoluer d’abord le mouvement Fateh vers la cohérence politique avec la thèse du président Abbas, puis en ouvrant de nouvelles voies pour amplifier la présence palestinienne dans l’espace américain, afin d’arrêter la guerre israélienne ouverte que l’on nous mène sur l’ensemble des territoires occupés en 1967. Sans y parvenir, il sera vain d’évoquer un quelconque succès dans la protection de nos droits politiques légitimes, reconnus par la grande majorité des États du monde. Le réalisme politique qui caractérise le président Abbas n’est pas une disposition personnelle ; il procède d’une longue sédimentation de la lutte au sein de l’expérience du Fateh et de ses transformations successives, depuis les mots d’ordre généraux qui répondaient aux aspirations du peuple depuis la Nakba de 1948, jusqu’à l’attention portée aux besoins urgents des populations après la guerre d’anéantissement. Si l’Autorité nationale réussit, cette année, à organiser les élections législatives et présidentielles, on pourra alors dire que le slogan «Baqoun» a pris corps à travers le plus fort taux de participation, et que ce que nous pourrons obtenir à l’issue de ces scrutins permettra d’affirmer que le passage à la nouvelle étape est possible, avec une conscience lucide des défis redoutables qui s’imposent au peuple palestinien.

Guerre ouverte… Les questions des Gazaouis
Par
Hisham Dibsi
Publié
mai 12, 2026 - 16:44

Au cours d'un entretien à distance avec un militant ayant participé aux élections locales et municipales de la ville de Deir el-Balah, celui-ci a confié les raisons qui l'avaient poussé à voter pour la première fois : il souhaitait éprouver le sentiment d'égalité avec l'électeur juif, dont l'opinion est sollicitée chaque semaine dans tous les domaines de la vie israélienne. Il a également exprimé le désir de ressentir un tant soit peu d'équilibre humain, en tant qu'habitant originel du pays, afin de combler le fossé creusé par la supériorité écrasante d'Israël, forte de son armée moderne et du Dôme de fer qui le protège, tandis que les fils de cette terre ne possèdent, eux, que la capacité de survivre, quelle que soit l'ampleur des sévices, de la brutalité et de l'humiliation. Cette réalité gazaouie trouve son pendant en Cisjordanie, avec en sus l'annexion des terres et leur judaïsation, sans compter la construction des colonies. Mais la deuxième question difficile tient à l'approche de la ligne jaune séparant l'est de l'ouest du territoire, une approche qui conduit à la mort «par intelligence artificielle». Ce danger découle du déplacement permanent des contours de cette ligne au gré des besoins quotidiens de l'armée d'occupation, besoins toujours définis comme existentiels, devant lesquels la sacralité de la vie s'efface. Quant à la troisième question, elle porte sur l'entrée de l'aide alimentaire et médicale, que la surveillance israélienne comptabilise à l'aune des calories pénétrant dans le territoire. Ce n'est pas une exagération : c'est une réalité annoncée officiellement, afin que le gouvernement israélien ne soit pas tenu pour responsable d'une famine qu'il provoquerait sur une population déjà plongée dans le dénuement le plus profond. Solidarité Le spectacle révoltant de la politique de famine systématique a servi de puissant détonateur au lancement de la «Flotte de la résistance mondiale», le mois d'avril dernier, portant avec elle une constellation de militants internationaux, un peu de nourriture et beaucoup de compassion. Ses navires ont quitté les ports d'Espagne et de France sous un cri retentissant pour briser le siège hermétique imposé à Gaza. Mais le porte-parole du département d'État américain, Tommy Pigott, a jugé inacceptable ce qui se passait, affirmant, selon les journaux du 5 mai, que « conformément au droit international, les ports sont considérés comme des eaux intérieures sur lesquelles les États exercent leur souveraineté ». C'était là une critique du comportement des gouvernements français et espagnol et de leur complaisance sur une question qu'il qualifiait de « souveraine », faisant fi du fait que le port de Gaza n'est pas israélien, comme il n'a pas semblé remarquer que les cent soixante-quinze militants avaient parfaitement le droit d'exprimer leurs opinions, sans qu'aucun d'entre eux ne soit recherché par la justice pour terrorisme. Le Premier ministre israélien, pour sa part, n'a pas hésité un instant à lancer une opération navale et aérienne contre vingt navires pacifiques dans les eaux internationales au large de la Crète, se livrant ensuite à une démonstration de force où il se targuait d'avoir « réussi à empêcher la flotte d'atteindre sa destination » et que ses passagers n'avaient plus qu'à « regarder Gaza sur YouTube », selon ses propres déclarations du 20 avril. Dans leurs témoignages sur le déroulement des arrestations, les militants de la campagne de solidarité ont décrit les méthodes employées par les commandos israéliens, notamment le recours au « bâton à décharge électrique » pour paralyser toute résistance physique. L'un d'eux a néanmoins lancé un cri réclamant au gouvernement israélien de se doter d'un « Dôme moral » pour les protéger, en lieu et place du Dôme de fer. Destin Les grandes opérations militaires dans la bande de Gaza ont officiellement pris fin le 10 octobre de l'année dernière avec l'annonce du plan du président Trump en vingt points. Sept mois se sont pourtant écoulés et nous en sommes toujours à l'application du premier. Plus de sept mille victimes ont péri durant cette période, tandis qu'environ quatre-vingt-cinq pour cent de la population, soit un million neuf cent mille déplacés, continuent de vivre dans des abris de fortune, faute de tentes neuves que la surveillance israélienne interdit d'acheminer, laquelle refuse également toute entrée de matériel lourd permettant de déblayer les décombres, outre la limitation du nombre de camions d'aide alimentaire autorisés à passer. Lors des dernières négociations du Caire, Israël a conditionné le passage au deuxième point du plan Trump au désarmement préalable du Hamas, ce que le mouvement a refusé, exigeant de son côté un retrait israélien en premier lieu. La population du territoire observe ainsi l'évolution des négociations sans que quiconque ne daigne répondre à la question fondamentale qui la hante, celle de son propre destin et non de celui des armes. La direction du Hamas, de son côté, paraît assurée de sa position malgré l'assassinat, la semaine dernière, de son chef local Azzam al-Hayya, fils du premier responsable du mouvement. La plupart des habitants de Gaza ignorent que l'actuel chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a obtenu un accord de la Maison-Blanche, du Qatar et de la Turquie permettant aux appareils policiers et gouvernementaux du mouvement d'exercer leur autorité dans la partie occidentale du territoire en attendant l'arrivée des « forces de paix », lesquelles se trouvent elles-mêmes dans l'impasse, incapables d'accomplir la mission qui leur est assignée en raison des divergences entre les pays membres du « Conseil de paix » sur la définition de leur mandat, des conditions israéliennes délibérément inacceptables et des atermoiements dans l'exécution des engagements de la première phase. L'armée israélienne est parvenue dans le même temps à imposer des faits sur le terrain en matière de désarmement en équipant et en armant des groupes de délinquants marginaux et de criminels professionnels, auxquels elle assure également leur protection, tandis que les familles et les clans ont eu recours à l'armement individuel et que certaines factions continuent d'acquérir des armes légères suffisantes pour exercer une certaine influence locale. En définitive, se retrouvent désormais dans ce territoire l'arsenal israélien dans toute sa pesanteur, ce qu'il reste des armes du Hamas et de ses appareils sécuritaires, les armes des groupes collaborationnistes, et enfin celles des familles, des clans et des autres factions. C'est précisément ce qui fait que le débat sur la priorité du désarmement remplit une fonction bien déterminée, celle de perpétuer l'état armé dans la bande de Gaza comme prétexte au maintien du statu quo, au bénéfice du gouvernement Netanyahu, qui peut ainsi exploiter politiquement les armes du Hamas et d'autres groupes pour pérenniser l'occupation à une échéance indéfinie, au cours de laquelle se poursuivent les opérations de contrôle et d'annexion de la partie orientale de Gaza. Et c'est ce qui confère aujourd'hui à la question du destin des habitants de Gaza une dimension véritablement centrale. Où est l'Autorité ? Depuis le coup de force sanglant mené par le Hamas contre l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza en 2007, le mouvement a bâti ses propres appareils gouvernementaux et policiers parallèles. L'Autorité nationale à Ramallah, pour sa part, a continué à verser les salaires d'environ trente-sept mille fonctionnaires civils et militaires, qui demeurent néanmoins en dehors du service effectif dans le territoire. Dans la mesure où la question de l'ouverture des passages à la frontière palestino-égyptienne est régie par un accord formel entre Israël et l'Autorité sous médiation américano-européenne, le retour de l'Autorité à son rôle dans la gestion du passage de Rafah, conjugué à la préparation d'environ dix mille nouveaux éléments de police entraînés en Égypte et en Jordanie dans l'attente de leur entrée dans le territoire avec la force de paix internationale, lui permettrait de contribuer à la construction d'une solution. Par ailleurs, sa présence politique est étroitement liée à sa capacité d'exécuter son projet d'organisation d'élections législatives et présidentielles avant la fin de cette année, ce qui demeure du domaine du possible si les circonstances s'y prêtent et si l'administration américaine accepte de prévenir les entraves israéliennes. Le plan de paix de Trump prévoit en effet que le « Comité d'administration de Gaza » joue le rôle d'un gouvernement local provisoire, mais ce comité n'a pas encore réussi à s'introduire dans le territoire en raison du blocage israélien et des difficultés persistantes à constituer la force de paix internationale. Les Gazaouis se posent désormais de plus en plus de questions sur ce à quoi leur destin se trouve lié : à l'issue du conflit avec l'Iran, à ce qui se passe au Liban, ou aux intentions clairement exprimées par les piliers du gouvernement Netanyahu de ne pas se retirer du territoire, voire d'en annexer une partie à titre de zone tampon. Ce sont des questions auxquelles les habitants de Gaza ne trouvent aucune réponse convaincante, aussi longtemps que la guerre n'aura pas déposé ses armes.

Les élections palestiniennes… «Bâqoun»
Par
Hisham Dibsi
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mai 4, 2026 - 07:31

Au lendemain de l’opération du 7 octobre, baptisée « Déluge d’Al-Aqsa » par le mouvement Hamas, la réplique israélienne s’est développée pour englober une vengeance collective contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie, jusqu’à devenir une guerre de déplacement et d’extermination. L’Autorité nationale de Ramallah adopta alors la revendication d’une protection internationale et brandit un slogan d’un seul mot, « Bâqoun » — Nous restons — pour briser la barbarie israélienne soutenue par certains États occidentaux et résister à l’épuration ethnique dirigée vers le désert du Sinaï. Si l’Égypte et la Jordanie n’avaient pas pris une position ferme en soutien à l’Autorité nationale et à son président Mahmoud Abbas derrière ce slogan, qui demeure aujourd’hui adopté dans toutes les enceintes politiques et internationales et qui structure l’activité quotidienne palestinienne, les choses auraient pris un tout autre cours. C’est ce dont nous avons été témoins lors des élections locales et municipales qui se sont tenues récemment en Cisjordanie et dans une seule ville du territoire de Gaza : Deir al-Balah. Deir al-Balah la survivante C’est vers elle que se sont dirigés les flots humains venus de la ville de Gaza au nord, et de Rafah et de Khan Yunis au sud, à la suite des campagnes de destruction méthodique. La ville s’est transformée en une masse humaine compacte de rescapés entassés les uns sur les autres, et malgré les bombardements et les destructions qui l’ont frappée, la densité de ses habitants a triomphé de la guerre d’extermination. La ville tient son nom du monastère fondé par saint Hilarion, mort en 372 après J.-C., premier monastère chrétien du territoire de Gaza, entouré d’une forêt de palmiers. Après son nom canанéen, « al-Daroum » ou « al-Daron », elle est devenue Deir al-Balah, et a traversé les siècles sans disparaître de la carte de l’humanité depuis le quatorzième siècle avant notre ère, ainsi que l’attestent ses vestiges culturels, sa forteresse et les tombes de ceux qui l’ont fondée, habitée et édifiée. L’insistance de l’Autorité nationale de Ramallah à s’accrocher à l’unité géographique de la Palestine a fait de l’organisation d’élections dans cette ville la seule option qu’il était possible d’arracher au président du « Conseil de la paix » Donald Trump, afin de prouver que le processus de la solution à deux États demeurait vivant. Cette victoire partielle que le slogan « Bâqoun » a remportée sur notre sol constitue désormais le socle sur lequel s’appuient les processus électoraux entrepris pour regénérer la légitimité palestinienne en cette année. Une problématique constitutionnelle Le débat intérieur a enflé sans jamais s’éteindre autour du décret présidentiel amendant la « loi 23 » de 2025 relative aux élections, dont le cœur est la disposition suivante : [les candidats d’une liste doivent reconnaître leur acceptation des élections locales au sein de cette liste et leur engagement envers l’Organisation de libération de la Palestine en tant que représentant légitime et unique du peuple palestinien, envers son programme politique national et envers les décisions pertinentes de la légitimité internationale]. C’est sur cette base que les factions de l’islam politique et de la gauche nationaliste, le Hamas et le Front populaire qu’avait jadis dirigé le docteur George Habache, se sont unies pour refuser de participer aux élections, tandis que certaines élites palestiniennes continuaient à en contester la légitimité et à en minimiser la portée. Ce débat n’est pourtant pas nouveau, et cet amendement ne constitue rien d’autre que la correction d’une erreur stratégique antérieure commise par l’Autorité nationale, qui avait permis, lors des élections générales depuis les années quatre-vingt-dix, la participation de forces extrémistes ayant déclaré la guerre aux accords d’Oslo et œuvrant au renversement de l’Autorité elle-même, dont elles n’ont cessé de dénoncer la trahison — objectif qu’elles poursuivent encore aujourd’hui, au nom de leur rejet absolu du programme national proclamé en 1988 et du « document de déclaration d’indépendance de la Palestine ». Dans la mesure où la situation politique palestinienne n’a pas encore atteint la maturité nécessaire à la proclamation d’une constitution, laquelle constituerait la référence première de légitimité de toute autorité élue, c’est la référence du « document d’indépendance » et la reconnaissance par la majorité des États du monde de l’OLP comme représentant légitime et unique qui demeurent le fondement juridique et constitutionnel, en attendant que l’on puisse se doter d’une constitution pour l’État de Palestine. Les résultats En l’absence des listes partisanes et de factions dans les élections municipales, le poids et le rôle des familles et des clans ont augmenté, ceux-ci représentant les cadres actifs de la société palestinienne, et leur capacité d’action s’est renforcée parallèlement à l’affaiblissement de l’Autorité et de ses appareils sécuritaires durant cette période. Cela n’a pas pour autant dissimulé l’appartenance des listes électorales à l’un ou l’autre des deux pôles, Fatah ou Hamas, dans un contexte de recul et d’effacement des forces indépendantes situées hors de cette fracture verticale. Et si les résultats à Deir al-Balah et en Cisjordanie ont tourné en faveur du Fatah, la mesure ici n’est pas tant celle du vainqueur que celle du taux de participation, qui a atteint 56 % en Cisjordanie contre 53,7 % en 2017, ce qui signifie que l’appel au boycott n’a pas entamé la participation malgré la faiblesse extrême dont souffre l’Autorité nationale sous l’occupation israélienne et ses mesures répressives et humiliantes tout à la fois. Une autre lecture permet de dire que le Fatah, qui pâtit d’un déclin de son rendement organisationnel et du rendement de ses cadres au sein des appareils de l’Autorité et des ministères, n’en a pas été le vecteur déterminant, autant que le courant populaire fathaoui lui-même, antérieur à l’organisation en tant que véritable assise du mouvement. Ce courant demeure puissamment présent dans toutes les configurations de la scnne palestinienne, quelles que soient la gravité des difficultés organisationnelles du mouvement Fatah et les défaillances de ses appareils. La question la plus importante n’est pas la victoire du Fatah, mais bien la capacité de l’Autorité nationale, sous les pressions les plus intenses, à réaliser son slogan « Bâqoun », qui prive de sommeil le gouvernement le plus extrémiste qu’ait jamais connu Israël et qui démontre l’échec de ce dernier dans le projet d’épuration ethnique et de déplacement qu’il a pourtant affiché ouvertement. Quant aux élections à Deir al-Balah — qui représente le lien entre la Cisjordanie et Gaza, et le modèle vivant des rescapés du génocide, des « Bâqoun » de la bande de Gaza — la compétition y a porté sur quinze sièges au conseil municipal, avec la participation de quatre listes électorales. La liste « Nahdat Deir al-Balah », proche du Fatah, a obtenu six sièges ; la liste « Mustaqbal Deir al-Balah » en a remporté cinq ; la liste indépendante « Paix et construction » a décroché deux sièges, tout comme la liste « Deir al-Balah Tajma’una », proche du Hamas, qui en a obtenu deux également. L’importance de ranimer le processus électoral, quelles qu’en soient les lacunes et les insuffisances, tient à ce qu’il demeure la seule voie pour réactiver le système politique palestinien et permettre au citoyen d’exercer son droit au vote en tant que partie intégrante de son droit à l’autodétermination, d’autant que cette année devrait encore voir, avant sa fin, les élections du Conseil national et du Conseil législatif, ainsi que les élections présidentielles. Si l’Autorité nationale parvient à mener à terme la phase la plus périlleuse et la plus complexe du processus électoral, le navire de la Palestine pourra alors trouver son port dans le port de Gaza.

Guerre ouverte... L'Europe méditerranéenne
Par
Hisham Dibsi
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avr. 27, 2026 - 05:48

Certes, l'Allemagne nazie a été vaincue, mais la victoire des armées alliées ne coïncide pas avec la victoire de leurs États, à l'exception de l'État américain. C'est ce qu'a démontré l'expérience de la « guerre de Suez », qui prit fin au seul énoncé d'une déclaration du président américain, pour ne citer que cet exemple parmi d'autres. Le Premier ministre britannique Winston Churchill fut peut-être réaliste en acceptant le parapluie sécuritaire nucléaire américain et les dispositifs qui l'accompagnaient, tandis que le général Charles de Gaulle s'attacha à emprunter la voie plus ardue de l'indépendance pour la politique française, démarche qui reflétait les souffrances qu'il avait endurées de la part des Alliés pendant la guerre, notamment la marginalisation dont il fut l'objet en dépit de son rôle politico-militaire exceptionnel. Washington, de son côté, ne s'opposa pas à cette ambition française et considéra simplement qu'il s'agissait d'un État souhaitant exercer son autonomie dans le domaine nucléaire, rien de plus. Dans nos pays, nous construisons le récit de l'indépendance politique sur l'exaltation du rôle de nos peuples en lutte — en Égypte, en Syrie, en Irak, en Jordanie et au Liban — à l'écart de la perspective américaine d'un nouvel ordre mondial dont la fierté se nomme « Organisation des Nations Unies ». En Europe, en revanche, les transformations furent plus manifestes : le déclin des empires, qui avaient été les grandes puissances des rives méditerranéennes, y apparut avec une netteté particulière, au moment où ces États devenaient des nations atlantiques reconstruisant leur économie dans le cadre du plan Marshall américain. L'Union européenne La défaite, la faim et la misère partagées par les peuples du continent rendirent la période de deuil et d'hostilité relativement brève. Après que l'Allemagne de l'Ouest, la France, l'Italie, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas eurent pris l'initiative de fonder la « Communauté européenne du charbon et de l'acier » en 1951, déclaration qui dépassait la seule dimension économique pour porter sur son aile un mécanisme de réconciliation fondé sur les intérêts économiques communs, celle-ci contribua à son tour au succès du traité de Maastricht en 1992, au terme d'un long processus démocratique qui ouvrit la voie à l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui : une union ayant développé ses chartes, ses traités internes et ses relations avec les États du monde sur un socle solide de pensée humaniste ancrée dans le droit international, et armée de ce que la réflexion contemporaine a produit de meilleur dans de nombreux domaines, y compris l'accord de partenariat euro-méditerranéen propre à notre région. Toutefois, ce retour à la « méditerranéité » ne ressemble pas, absolument parlant, à ce qu'il en était avant la Seconde Guerre mondiale, d'autant que le président de Gaulle avait fondé une position d'opposition à l'agression israélienne contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie lors de la guerre du 5 juin 1967, ouvrant ainsi largement les portes de la France au monde arabe en surmontant le « moment de Suez » et en mettant fin à la colonisation française de l'Algérie. La position française « gaulliste » en faveur des droits du peuple palestinien produisit un effet positif profond, aidant l'Europe à retrouver une présence méditerranéenne dans la région dans le cadre de critères nouveaux et équilibrés, qui ne supprimaient pas les droits des Palestiniens tout en assurant la protection d'un État d'Israël capable de défaire les armées arabes réunies lorsque la nécessité l'exigeait. L'Union européenne put ainsi reformuler, dans un second temps, ses relations — communes et bilatérales — avec les États arabes selon un modèle moderniste et une vision des intérêts partagés satisfaisante pour les deux parties, au point que la « méditerranéité » apparut comme un choix non moins important que l'« atlantisme » et que les options liées aux regroupements internationaux tels que le G7, le G20, etc. C'est ce que vient renforcer aujourd'hui la guerre qui se déroule entre l'Iran, les États-Unis et Israël d'un côté, et l'agression iranienne acharnée contre les États arabes, notamment du Golfe, de l'autre. Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, et l'impact profond qu'il exerce sur la vie des peuples européens, n'est pas moindre que celui de la guerre des Balkans hier ou de la guerre d'Ukraine qui fait rage aujourd'hui. Et peut-être que l'incapacité notoire de l'Union européenne à produire une solution autonome à la crise des Balkans (Kosovo-Serbie) s'est manifestée avec encore plus de force et d'évidence dans l'incapacité à gérer de manière indépendante la crise Ukraine-Russie, avant que celle-ci n'atteigne le tableau catastrophique actuel. On peut affirmer que l'Europe atlantique est incapable de continuer selon l'équation binaire « Europe-États-Unis » seule, et que la paix dont le continent a joui sous le parapluie américain ne peut être considérée comme solidement établie, après l'examen des résultats de trois guerres : dans les Balkans, en Ukraine et au Moyen-Orient. Il est impératif de s'atteler à la reconstruction des relations euro-méditerranéennes sur de nouvelles bases, bases qui comportent une part d'humilité européenne et une part de dépassement des politiques utilitaires à court terme, afin de bâtir une stratégie méditerranéenne partenariale équilibrée, respectueuse des intérêts de tous les peuples selon des critères dépourvus de double standard, étant entendu qu'une paix incomplète n'est, au fond, pas une paix. C'est précisément ce qu'a obtenu le vieux continent, ce dont il se plaint et ce qu'il tente de corriger aujourd'hui au travers de ses relations avec les États du Moyen-Orient. Si l'Europe veut préserver son rôle de gardienne de la civilisation et de la culture occidentales, il lui faut construire une nouvelle équation pour la civilisation mondiale et non seulement occidentale, ainsi que pour une culture mondialisée, ouverte aux cultures méditerranéennes qui abritent les fondements et les points de départ de la civilisation occidentale depuis les civilisations sumérienne et égyptienne d'abord, plutôt que de s'accrocher à la croyance non scientifique au « miracle grec ». Contestations continentales En vertu de l'accord de partenariat euro-méditerranéen et des obligations et engagements qu'il contient, la question des droits de l'homme, des libertés fondamentales, de la primauté du droit et de l'indépendance de la justice occupe à la fois le rang de priorité et de condition d'accès parmi les clauses de l'accord avec tout pays aspirant à construire un partenariat. Or, dans la pratique politique, on observe des disparités oscillant entre la rigueur et la sévérité dans l'application de ces clauses et la complaisance, voire la souplesse qui, dans le cas israélien, s'élève jusqu'à l'indifférence pure et simple. Et si les protestations arabes peuvent paraître dépourvues de crédibilité, les protestations européennes émanant de certains États ou exprimées à l'échelle populaire sur le continent ne sauraient en être dépourvues pour autant. D'autant que des instances officielles européennes et onusiennes accréditées ont consigné dans leurs rapports publiés par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies des violations israéliennes étendues du droit international humanitaire, des opérations de déplacement forcé de Palestiniens et de Libanais, des violations systématiques des droits de l'homme… Sans parler de l'expansion de la colonisation, de l'annexion et de la judaïsation des territoires occupés en Cisjordanie, des manquements à la décision de la Cour internationale de justice dans sa qualification de « guerre génocidaire » menée contre la population de Gaza, et de ce qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux dans le paysage visuel de la Cisjordanie, dont les rues et les villages sont couverts de drapeaux et de symboles israéliens pour que Judée et Samarie, telles qu'elles apparaissent dans la Torah, paraissent ne pas être la Palestine . Face à ces carences, et avec l'accumulation des images de répression, de mort et de sang, une pétition signée récemment par plus d'un million d'Européens a expliqué comment le gouvernement israélien contrevient dans son essence aux dispositions de l'accord de partenariat euro-méditerranéen. Et pourtant, l'Union européenne n'a pris aucune mesure significative dans ce domaine, les condamnations et les déclarations n'atteignant pas les oreilles des dirigeants israéliens, qui rivalisent ouvertement dans les opérations de meurtre, d'épuration ethnique, de déplacement, d'annexion de territoires et de recours à la force excessive, tout en faisant de l'eau, de la nourriture et des médicaments des armes de guerre contre les Palestiniens de Gaza, jusqu'à l'heure actuelle. Les messages de plus de 350 anciens diplomates, les protestations des élites artistiques et académiques, ainsi que le mémorandum des « soixante-dix organisations civiles » se sont tous accordés à exiger de l'Union européenne qu'elle adopte une politique étrangère européenne fondée sur le respect du droit international, tout en mettant en garde contre la poursuite par l'Union de ses relations actuelles avec Israël en dépit de ces violations, qu'ils qualifient de complicité et de manquement à ses obligations juridiques et morales . Dès lors que la suspension de l'accord de partenariat entre l'Union européenne et Israël, l'imposition de mesures juridiques et économiques telles que l'interdiction du commerce avec les colonies, la révision de la coopération militaire et scientifique, la garantie de la responsabilité internationale pour les crimes commis et la protection des civils palestiniens sont devenus les exigences de plusieurs États européens, des grandes organisations reconnues et des élites européennes en général, le décideur européen se doit de revoir ses calculs avec précision, car le partenariat méditerranéen dont le continent a un besoin urgent, plus que jamais, et dans le contexte de la guerre qui fait rage dans le Golfe arabe, se doit d'être un partenariat méditerranéen juste, fondé sur les principes et les critères inscrits dans l'accord lui-même. Alors seulement pourra-t-on dire que la politique méditerranéenne de l'Europe contribuera véritablement à sortir l'Europe atlantique de son impasse. Une fois encore, le Machreq accueille l'Europe méditerranéenne sur ces bases et selon ces critères, et c'est à ce moment-là que nous reconnaîtrons en elle la gardienne de la civilisation et de la culture humaines.

Guerre ouverte... La chance du Liban
Par
Hisham Dibsi
Publié
avr. 16, 2026 - 19:03

Aborder le processus de négociation qui s’est conclu dans la capitale Islamabad comme une composante du conflit que se livrent les deux parties sous des formes multiples nous dispense d’en évaluer les résultats selon la seule grille du succès ou de l’échec. On peut plutôt éclairer l’événement sous l’angle de la première rencontre directe entre la République islamique et le «Grand Satan», après près d’un demi-siècle d’une rigidité calculée, et pas seulement idéologique. Quoi qu’il en soit, la réalisation la plus significative pour les deux camps aura été de descendre en douceur du haut de l’arbre, et de mettre fin à une guerre dévastatrice pour l’Iran et coûteuse pour l’Amérique. Défaire le deuil C’est le titre d’un article de l’exceptionnel Samir Kassir, disparu trop tôt, écrit au moment de la «libération», où il appelait le Hezbollah à quitter le noir, mais ce sont eux qui ont fini par jeter le manteau du deuil sur ses proches, ses amis, et sur le pays lui-même. Si Samir Kassir était encore parmi nous aujourd’hui, il aurait peut-être écrit que c’est Ghalibaf qui a défait le deuil, en ouvrant la plateforme de négociation sur une possibilité sérieuse d’entente avec son homologue américain, d’autant que l’offre iranienne généreuse d’«initiatives pour l’avenir» laisse entendre que l’économie iranienne pourrait basculer dans l’orbite américaine. Mais Trump n’achète pas un poisson encore dans la mer ; il veut tenir en main la marchandise convoitée, soit le dossier nucléaire, clé de voûte de tous les autres. C’est pourquoi, selon les déclarations de Ghalibaf, «l’Amérique a échoué à gagner la confiance de l’Iran», formule qui reflète l’arrogance iranienne, mais si l’on retourne l’énoncé, à savoir que «l’Iran a échoué à gagner la confiance de l’Amérique», on serait bien plus près de la réalité. En tout état de cause, ce qui s’est joué au Pakistan a dessiné avec netteté les lignes politiques de la négociation. C’est un acquis en soi, et un autre acquis réside dans la mise en lumière des priorités américaines, sensiblement différentes des priorités iraniennes, une question qui nécessite encore d’ajuster les rapports de force politiques, économiques et militaires. Voilà ce que nous voyons aujourd’hui, et ce que nous continuerons à voir jusqu’à la prochaine session de négociation, même si elle n’a pas encore été annoncée. Des points communs Quiconque observe le conflit ouvert entre Washington et Téhéran ne manque pas de relever certaines similitudes de mentalité et de comportement, comme un langage aux accents et aux significations symétriquement dominateurs, une attitude hautaine, une convocation d’un passé que le rapport de forces actuel rend intraduisible en gains concrets, du côté iranien du moins, et quelque chose de comparable se retrouve à la Maison-Blanche, avec toutefois une capacité de mobilisation sans commune mesure. Il y a également un autre trait commun, à savoir la quête d’une accumulation de puissance dans la région, quitte à le faire au détriment des autres États ou des groupes qui leur sont pourtant affiliés, dans une tentative de contraindre les pays de la région à accepter les exigences de Téhéran ou à coexister avec elles. C’est aussi ce que fait Washington à travers son vassal israélien, son langage parallèle et ses pratiques concrètes. Et il importe de noter que les deux parties épuisent les voies juridiques et diplomatiques avant de les contourner ensemble, au détriment des instances internationales et des États de la région comme du monde entier, quelle que soit la saleté des moyens employés pour atteindre leurs objectifs déclarés, ainsi qu’on l’a vu et qu’on le voit encore, heure après heure. En somme, nous nous trouvons face à un trio de l’extrémisme (Amérique, Israël, Iran) que rien ne semble entraver dans sa marche vers ses fins immédiates et lointaines, quels qu’en soient les coûts humains et économiques, dont les pays arabes en général, et la Palestine et le Liban en particulier, paient la facture. Séparer les intérêts L’initiative du président Joseph Aoun et les décisions du gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam ont constitué ensemble un tournant historique dans la trajectoire de redressement du rôle politique et souverain de l’autorité libanaise, et dans sa mission de protection de la patrie, du peuple et de l’État. Une initiative qui a opéré la séparation de l’intérêt national libanais de toute attache extérieure, et réenclenché la logique de l’intérêt libanais selon ce que la grande majorité du peuple, de ses représentants et de ses formations politiques accepte, ainsi que les dépositaires des familles spirituelles qui constituent la singularité libanaise, de telle sorte que la sortie d’un parti de ce consensus ou son opposition à cet ordre de l’intérêt national appelle un traitement à la mesure du noble objectif recherché, sans qu’il soit permis d’entraver en quoi que ce soit le cours de cette initiative historique. Et si ce moment nous rappelle une heure douloureuse qui avait marqué le début de la guerre civile au Liban, ce que le Premier ministre a énoncé concernant les références adoptées pour la préservation de la paix civile demeure le critère qui oriente tous vers les clés de la solution, et non toute autre approche qui relèverait du langage de la guerre et des armes, rejeté par la grande majorité du peuple libanais, et avec lui par les communautés des réfugiés, palestiniens, syriens et autres, et les preuves en abondent, sans qu’il soit utile de les rappeler ici. Dans ce contexte, la politique de la Maison-Blanche, à travers sa pression sur le gouvernement Netanyahu, paraît avoir pris la mesure de l’importance de l’initiative présidentielle et de la nécessité de traiter le dossier libanais en dehors des négociations en cours avec l’Iran. Cette initiative a par ailleurs permis à l’Arabie saoudite, à l’Égypte, à la France et aux nombreux amis du Liban, de la Grande-Bretagne jusqu’à l’Australie, de se mouvoir dans la même direction, ce qui donne lieu de croire que la prochaine bataille de négociation avec Israël ne verra pas le Liban dépourvu des capacités lui permettant de défendre ses intérêts nationaux. La supériorité militaire israélienne n’est pas l’élément déterminant en toutes choses, et l’occupation des terres du Liban-Sud ne donne pas au gouvernement israélien tout ce qu’il convoite, et ses généraux en formulent beaucoup, car l’espace politique libanais et la finesse de sa gestion sont infiniment plus riches et plus vastes que l’esprit israélien extrémiste, qui ne mesure les choses qu’à l’aune de la force et de la force excessive. Protéger la paix civile En ces jours d’épreuve et de difficulté, le Liban a besoin de ses grandes figures, femmes et hommes de toutes confessions, pour qu’elles s’avancent au premier rang, afin de sauver à la fois les gens et la patrie. Je présume que l’homme remarquable qui nous a quittés récemment, Mohammad Hussein Chamseddine, rejoint par le jumeau de son âme, le «Bey rouge» Samir Frangié, dirait aujourd’hui d’une seule voix qu’une conférence nationale inclusive s’impose pour protéger le peuple et la patrie, sur la base de l’accomplissement de la justice et du rejet de la violence. Et que tous doivent être conviés sur un pied d’égalité, en leur qualité de citoyens de cette patrie dont ils partagent le destin et forgent l’avenir de leurs enfants, pour mettre un terme à la guerre ouverte et que le Liban demeure un phare arabe, moyen-oriental et universel. Oui, la chance du Liban est là… pour qui ose.