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Un Œil sur l'évènement

La situation palestinienne… la Cisjordanie

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Un groupe de colons juifs désigne les sites juifs sur une carte de la ville d'Hébron, en Cisjordanie, le 7 mai 1996. (Photo Manoocher DEGHATI / AFP)
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Par Hisham Dibsi
Publié mars 23, 2026 - 17:51

Elle s'appelait Palestine

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, et en application des décisions de la conférence de San Remo d'avril 1920, fut proclamée au Proche-Orient une nouvelle entité géopolitique sous le nom d'État de Palestine, constituée des sandjaks de Jérusalem, de Naplouse et d'Acre selon le découpage administratif de l'Empire ottoman vaincu, outre l'annexion du Badiya de Transjordanie.

La constitution de l'État de Palestine fut signée le 10 août 1922, et le recensement de la population fut également mené à terme le 23 octobre de la même année.

La Société des Nations, gardienne désignée de la civilisation humaine et garante de son épanouissement, avait émis un document précisant les conditions imposées à la Grande-Bretagne, puissance mandataire sur l'État de Palestine, le mandat devant entrer en vigueur le 29 septembre 1923 pour s'achever le 15 mai 1948.

Afin de résoudre la question du sandjak d'Acre, qui s'étendait au nord jusqu'au sud du vilayet de Beyrouth, un tracé de frontière fut établi entre les autorités mandataires française et britannique, et les deux parties conclurent l'accord Paulet-Newcombe le 23 décembre 1920, définissant ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de frontière libano-palestinienne, laquelle devint libano-israélienne lors du retrait des troupes britanniques de Palestine, à l'échéance du mandat le 15 mai 1948, et de la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël.

Quant à la Palestine mandataire, dont le gouvernement reconnu était placé sous la présidence du Haut-Commissaire britannique, le ministère des Colonies jugea nécessaire de séparer le Badiya de Transjordanie, d'une superficie de 90 000 km², et de créer un émirat doté d'une administration autonome, deux ans après son annexion à l'État de Palestine, en le confiant à l'émir Abdallah ibn Hussein, l'un des fils du chef de la Grande Révolte arabe.

Cet émirat se transforma à son tour, sous la tutelle du mandat britannique, en Royaume hachémite de Jordanie.

La séparation de l'émirat de Transjordanie répondait, aux yeux de certains historiens, à une nécessité britannique : faciliter l'immigration sioniste vers la Palestine s'étendant entre le fleuve et la mer et favoriser l'émergence du « foyer national du peuple juif », selon la formule employée par le ministre des Affaires étrangères britannique Arthur Balfour dans sa déclaration du 2 novembre 1917.

Dans l'État de Palestine sous mandat, le marché du travail se développa et le pays connut une croissance économique accélérée ; Jérusalem s'imposa dans son rang de deuxième capitale après Le Caire, tandis que le port de Haïfa prenait la tête des ports de la Méditerranée orientale. Les différentes sphères de la vie politique, sociale et culturelle s'épanouirent ; des partis, des associations et des chambres de commerce se constituèrent, une partie de l'agriculture adopta des modes de production modernes, et le marché du travail s'élargit pour répondre aux besoins des armées britanniques qui avaient fait de la Palestine leur centre opérationnel pour l'administration de leurs colonies.

Dans ce contexte, trois consulats furent ouverts à Jérusalem, Haïfa et Jaffa pour répondre aux besoins de la communauté libanaise et à sa présence remarquable, dont les effectifs atteignaient quelque cent mille résidents, dont la plupart regagnèrent leur patrie lors de la Nakba.

S'y ajoutaient des communautés saoudiennes, irakiennes et syriennes d'effectifs comparables, jusqu'à l'heure de la fin du mandat britannique sur la Palestine, l'heure qui marqua la naissance de l'État d'Israël, après la défaite des armées d'Égypte, de Jordanie, d'Arabie saoudite, d'Irak, de Syrie et du Liban. Ces armées avaient mobilisé quelque 25 000 soldats, outre l'Armée de libération arabe dont les rangs comptaient trois mille volontaires sous le commandement de l'officier libanais Fawzi al-Qawuqji, tandis que les mouvements sionistes armés avaient réussi à constituer une armée plus moderne qui entama le combat avec un effectif de 30 000 soldats, que le recrutement opérationnel porta rapidement à quelque 115 000 hommes en l'espace d'une année.

La bataille fut ainsi tranchée sur la base de la supériorité israélienne quantitative et qualitative, tandis que les armées arabes demeuraient positionnées en retrait, loin derrière les lignes de partage approuvées par l'Organisation des Nations Unies.

Que s'est-il passé à Jéricho ?

Jéricho, la terre qui vit naître le premier regroupement humain aspirant à la sédentarité, à la construction et à la production, il y a treize mille ans, au Néolithique. C'est là que commencèrent à se former, dans leur état embryonnaire, le concept de société et le concept de ville, avant que ceux-ci n'apparaissent dans leur pleine maturité dans la civilisation sumérienne.

Les Cananéens la bâtirent, les Babyloniens l'habitèrent, les Romains la traversèrent, et elle se fixa finalement chez les Arabes palestiniens.

Jéricho, cité de la tiédeur au cœur du froid, riveraine de la mer Morte qui s'enfonce à quatre cents mètres sous le niveau de la Méditerranée, là où reposent les eaux baptismales descendues du mont Hermon — elle est une symphonie de l'histoire, de la géographie et de l'homme, dans toutes les dimensions de son exception singulière.

C'est là, à Jéricho, que s'acheva la guerre de Palestine, une partie des villes et des territoires restant sous le contrôle de l'armée jordanienne commandée par le général britannique Glubb Pacha. C'est là que fut tenu, en plusieurs phases, un congrès réunissant les notables palestiniens afin d'acclamer le roi Abdallah ibn Hussein comme souverain sur l'ensemble des territoires palestiniens et de proclamer l'union de toute la Palestine avec l'émirat de Transjordanie.

C'était là la première union arabe à l'époque moderne !

Ainsi l'émirat de Transjordanie se transforma-t-il en Royaume hachémite de Jordanie, dont la capitale était Amman et non Jérusalem-Est.

Au début de l'année 1949, la loi de jordanisation des Palestiniens fut promulguée pour priver tout détenteur d'un passeport palestinien des droits de la citoyenneté jordanienne. Par cette mesure, les territoires palestiniens à l'ouest du fleuve prirent le nom de « Cisjordanie », le pays se trouvant ainsi nommé d'après le fleuve et non d'après son peuple.

Lors de la conclusion des premiers accords d'armistice avec Israël, le 12 décembre 1949, l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban prirent part aux négociations, tandis que le président de l'État de Palestine en exil au Caire, Hajj Amine al-Husseini, et son Premier ministre Ahmad Hilmi Abd al-Baqi se virent interdire de représenter le peuple palestinien, en dépit de la reconnaissance par la Ligue des États arabes du gouvernement de toute la Palestine, issu du Conseil national réuni à Gaza le 30 septembre 1948. C'est ainsi que le général Glubb Pacha l'emporta, que le président palestinien échoua, et que la Palestine devint soit Israël, soit la Jordanie.

Elle s'appela Palestine

La première décennie qui suivit la Nakba fut consacrée à la reconstruction des communautés du refuge en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans la diaspora, ainsi que dans ce que le langage de l'époque désignait comme les pays du « cordon » — l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban.

La condition des Palestiniens en Cisjordanie se transforma également : la dénomination de leurs institutions passa des chambres de commerce palestiniennes aux chambres de commerce jordaniennes, et ce changement s'étendit aux associations, aux clubs, aux journaux — toute enseigne portant le nom de Palestine fut convertie en Jordanie. Il y avait désormais un roi, une couronne, un État et une armée, mais sans le mot Palestine.

Le roi jordanien étant protégé par la Couronne britannique et la bienveillance américaine, les esprits de la génération de la Nakba palestinienne se tournèrent vers le chef de la révolution — ou du coup d'État — égyptienne, Gamal Abdel Nasser, au point de voir son image dans la lune. D'autres esprits se portèrent sous la bannière du Baath arabe socialiste, peu importait que la sujétion fût à Damas ou à Bagdad. Dans le contexte du conflit entre la « droite réactionnaire arabe » et les « forces nationales progressistes », une majorité palestinienne s'aligna sur les courants nationalistes et de gauche contemporains de cette époque.

Au sein de ce climat, à l'aube de la deuxième décennie de la Nakba, les intérêts de la direction nassérienne dans son bras de fer avec la réaction arabe — Arabie saoudite et Jordanie — rejoignirent l'aspiration palestinienne et la passion pour le recouvrement de la Palestine. C'est ce qui advint lors du sommet arabe de 1964, où fut proclamée une entité politique sous le nom d'Organisation de libération de la Palestine, à laquelle était rattachée une armée organisée, l'Armée de libération de la Palestine, avec l'état-major égyptien aux commandes de la brigade Aïn Jalout, l'état-major syrien à la tête de la brigade du Yarmouk, l'état-major irakien dirigeant la brigade al-Qadisiyya, et l'état-major jordanien commandant la brigade des forces de Badr.

De là commença la marche de l'entité palestinienne contemporaine, qui embrassa plusieurs courants nationalistes et de gauche, mais s'appuya dans son essence sur le mouvement Fatah en tant que courant central, traçant un chemin indépendant des capitales arabes et caractérisé par le conservatisme, la modération, l'alliance et l'affrontement en cas de nécessité.

Entre deux guerres

Entre la défaite humiliante des armées arabes lors de la guerre du 5 juin 1967 et la guerre d'Octobre 1973, guerre du passage du canal de Suez, un besoin urgent s'imposa aux directions arabes : permettre aux organisations palestiniennes d'allumer des incendies dans l'environnement d'Israël, selon la formule du dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser.

La direction baassiste de gauche à Damas surenchérissait sur le dirigeant égyptien en réclamant une guerre de « libération populaire prolongée », tandis que les dirigeants du Baath en Irak affichaient une morgue et une condescendance que le général Hafez el-Assad était incapable de supporter.

Ainsi fut convoquée la lutte armée palestinienne, émanant d'un peuple avide de combattre pour sa patrie, son identité et son avenir politique, et c'est sur ce rythme que fut entreprise la marche vers la reconquête de la Palestine sur la carte politique, quel qu'en fût le prix.

Le prix fut véritablement lourd en sang, en destruction et en combats : la confrontation avec Israël n'en constituait pas la seule dimension, en dépit du vœu du Palestinien ordinaire ; chaque fois que les intérêts d'un État arabe quelconque entraient en collision avec le projet armé palestinien, les résultats se retournaient contre tous, comme ce fut le cas en Jordanie et au Liban : si le régime jordanien parvint en trois ans de conflit à mettre fin à la présence armée palestinienne sur son territoire, le régime libanais connut quant à lui un cours différent au moment de la signature de l'Accord du Caire en 1969, aux termes duquel l'État libanais renonça à sa souveraineté sur une partie de son territoire, que ce fût dans le Sud ou dans les camps de réfugiés.

Aussi, sitôt achevée la guerre d'Octobre, le Liban et tous ses habitants, Palestiniens compris, se trouvèrent pris dans les retombées catastrophiques qu'engendrèrent les négociations arabo-israéliennes sous l'enseigne de la « paix » — mais ceci est une autre histoire.

Quant au voyage de recouvrement de l'identité nationale palestinienne, il ne s'acheva qu'avec la décision du Royaume hachémite de Jordanie de rompre ses liens avec la Cisjordanie et de reconnaître l'Organisation de libération de la Palestine comme unique représentant légitime.

L'Organisation obtint ainsi la reconnaissance officielle jordanienne, sans toutefois recevoir la Cisjordanie arabe — jusqu'aux accords d'Oslo en 1992, au lendemain de la révolution de l'Intifada des pierres.

Judée et Samarie

Lorsque l'islam politique sunnite — le Hamas — lança sa guerre contre les accords d'Oslo, il n'avança aucun slogan ayant trait à l'identité nationale ni à l'avenir de l'être humain palestinien.

Le Hamas fit de la mosquée Al-Aqsa la boussole vers laquelle il orientait ses opérations militaires et politiques, ainsi que le point de polarisation populaire, et la mission centrale, vaste et indéfinie, était de « libérer la mosquée Al-Aqsa » ; rien là de fortuit : le Hamas en fit le couronnement avec l'opération du 7 octobre, à travers laquelle les commandants des Brigades al-Qassam voulaient, selon leurs propres déclarations, atteindre cet objectif ou mourir en le poursuivant.

L'opération « Déluge d'Al-Aqsa » est un modèle de la pensée religieuse intégriste, et de l'extrémisme le plus radical dans la conversion du cours de la lutte nationale libératrice en un cours de conflit islamo-judaïque.

C'est le chemin même qu'a emprunté l'extrémisme israélien contemporain sur fond de sionisme religieux.

J'estime ici que les deux peuples, israélien et palestinien, sont victimes du croisement d'un terrorisme de l'extrémisme religieux qui s'échange des services et s'alimente mutuellement des deux côtés : un terrorisme intellectuel, politique et culturel qui use de la violence et de toujours plus de violence, au service d'un conflit dont la seule issue est la destruction des sociétés de l'intérieur. Ce résultat est apparu rapidement dans le cas palestinien, et se manifeste dans le cas israélien à un rythme plus lent, mais avec une clarté saisissante.

L'exemple en est que la première mesure prise par le gouvernement israélien fut de substituer au nom des territoires palestiniens consacré par le droit international lors de la délimitation des accords d'Oslo aux Nations Unies le nom biblique de « Judée et Samarie ». De même que le Hamas avait aboli la définition nationale et laïque du conflit, entraînant une nouvelle fois l'effacement de la Palestine et le retour au vocable de « Judée et Samarie ».

Depuis l'opération Déluge d'Al-Aqsa, 44 % de la superficie des territoires palestiniens en Cisjordanie ont été annexés et judaïsés ; 90 000 dounams ont été confisqués sous le nom de propriétés de l'État, tandis que l'armée d'occupation s'est emparée de 27 % des terres au titre de zones militaires ; le nombre de colons a triplé ; la quasi-totalité des campements bédouins et de leurs villages dans les terres communes et la vallée du Jourdain ont été rasés — sans compter le siège des villes, la destruction de trois camps à travers 1 900 agressions armées, la destruction de 1 022 installations résidentielles, agricoles et industrielles, l'émission d'ordres de démolition pour 1 167 bâtiments, et enfin l'arrestation de 11 000 citoyens, la mort de 835 personnes et 6 450 blessés, hommes, femmes et enfants.

Tel est le bilan, à ce jour, du croisement de deux extrémismes sur les territoires palestiniens, des territoires qui ont perdu leur nom, l'ont recouvré, et font face à une nouvelle dépossession. Elle s'appelait Palestine, elle s'appela Palestine, mais ils veulent en faire aujourd'hui la Judée et la Samarie.

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