


Au lendemain de l’opération du 7 octobre, baptisée « Déluge d’Al-Aqsa » par le mouvement Hamas, la réplique israélienne s’est développée pour englober une vengeance collective contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie, jusqu’à devenir une guerre de déplacement et d’extermination. L’Autorité nationale de Ramallah adopta alors la revendication d’une protection internationale et brandit un slogan d’un seul mot, « Bâqoun » — Nous restons — pour briser la barbarie israélienne soutenue par certains États occidentaux et résister à l’épuration ethnique dirigée vers le désert du Sinaï. Si l’Égypte et la Jordanie n’avaient pas pris une position ferme en soutien à l’Autorité nationale et à son président Mahmoud Abbas derrière ce slogan, qui demeure aujourd’hui adopté dans toutes les enceintes politiques et internationales et qui structure l’activité quotidienne palestinienne, les choses auraient pris un tout autre cours.
C’est ce dont nous avons été témoins lors des élections locales et municipales qui se sont tenues récemment en Cisjordanie et dans une seule ville du territoire de Gaza : Deir al-Balah.
C’est vers elle que se sont dirigés les flots humains venus de la ville de Gaza au nord, et de Rafah et de Khan Yunis au sud, à la suite des campagnes de destruction méthodique. La ville s’est transformée en une masse humaine compacte de rescapés entassés les uns sur les autres, et malgré les bombardements et les destructions qui l’ont frappée, la densité de ses habitants a triomphé de la guerre d’extermination.
La ville tient son nom du monastère fondé par saint Hilarion, mort en 372 après J.-C., premier monastère chrétien du territoire de Gaza, entouré d’une forêt de palmiers. Après son nom canанéen, « al-Daroum » ou « al-Daron », elle est devenue Deir al-Balah, et a traversé les siècles sans disparaître de la carte de l’humanité depuis le quatorzième siècle avant notre ère, ainsi que l’attestent ses vestiges culturels, sa forteresse et les tombes de ceux qui l’ont fondée, habitée et édifiée.
L’insistance de l’Autorité nationale de Ramallah à s’accrocher à l’unité géographique de la Palestine a fait de l’organisation d’élections dans cette ville la seule option qu’il était possible d’arracher au président du « Conseil de la paix » Donald Trump, afin de prouver que le processus de la solution à deux États demeurait vivant.
Cette victoire partielle que le slogan « Bâqoun » a remportée sur notre sol constitue désormais le socle sur lequel s’appuient les processus électoraux entrepris pour regénérer la légitimité palestinienne en cette année.
Une problématique constitutionnelle
Le débat intérieur a enflé sans jamais s’éteindre autour du décret présidentiel amendant la « loi 23 » de 2025 relative aux élections, dont le cœur est la disposition suivante : [les candidats d’une liste doivent reconnaître leur acceptation des élections locales au sein de cette liste et leur engagement envers l’Organisation de libération de la Palestine en tant que représentant légitime et unique du peuple palestinien, envers son programme politique national et envers les décisions pertinentes de la légitimité internationale].
C’est sur cette base que les factions de l’islam politique et de la gauche nationaliste, le Hamas et le Front populaire qu’avait jadis dirigé le docteur George Habache, se sont unies pour refuser de participer aux élections, tandis que certaines élites palestiniennes continuaient à en contester la légitimité et à en minimiser la portée.
Ce débat n’est pourtant pas nouveau, et cet amendement ne constitue rien d’autre que la correction d’une erreur stratégique antérieure commise par l’Autorité nationale, qui avait permis, lors des élections générales depuis les années quatre-vingt-dix, la participation de forces extrémistes ayant déclaré la guerre aux accords d’Oslo et œuvrant au renversement de l’Autorité elle-même, dont elles n’ont cessé de dénoncer la trahison — objectif qu’elles poursuivent encore aujourd’hui, au nom de leur rejet absolu du programme national proclamé en 1988 et du « document de déclaration d’indépendance de la Palestine ». Dans la mesure où la situation politique palestinienne n’a pas encore atteint la maturité nécessaire à la proclamation d’une constitution, laquelle constituerait la référence première de légitimité de toute autorité élue, c’est la référence du « document d’indépendance » et la reconnaissance par la majorité des États du monde de l’OLP comme représentant légitime et unique qui demeurent le fondement juridique et constitutionnel, en attendant que l’on puisse se doter d’une constitution pour l’État de Palestine.
Les résultats
En l’absence des listes partisanes et de factions dans les élections municipales, le poids et le rôle des familles et des clans ont augmenté, ceux-ci représentant les cadres actifs de la société palestinienne, et leur capacité d’action s’est renforcée parallèlement à l’affaiblissement de l’Autorité et de ses appareils sécuritaires durant cette période. Cela n’a pas pour autant dissimulé l’appartenance des listes électorales à l’un ou l’autre des deux pôles, Fatah ou Hamas, dans un contexte de recul et d’effacement des forces indépendantes situées hors de cette fracture verticale. Et si les résultats à Deir al-Balah et en Cisjordanie ont tourné en faveur du Fatah, la mesure ici n’est pas tant celle du vainqueur que celle du taux de participation, qui a atteint 56 % en Cisjordanie contre 53,7 % en 2017, ce qui signifie que l’appel au boycott n’a pas entamé la participation malgré la faiblesse extrême dont souffre l’Autorité nationale sous l’occupation israélienne et ses mesures répressives et humiliantes tout à la fois.
Une autre lecture permet de dire que le Fatah, qui pâtit d’un déclin de son rendement organisationnel et du rendement de ses cadres au sein des appareils de l’Autorité et des ministères, n’en a pas été le vecteur déterminant, autant que le courant populaire fathaoui lui-même, antérieur à l’organisation en tant que véritable assise du mouvement. Ce courant demeure puissamment présent dans toutes les configurations de la scnne palestinienne, quelles que soient la gravité des difficultés organisationnelles du mouvement Fatah et les défaillances de ses appareils.
La question la plus importante n’est pas la victoire du Fatah, mais bien la capacité de l’Autorité nationale, sous les pressions les plus intenses, à réaliser son slogan « Bâqoun », qui prive de sommeil le gouvernement le plus extrémiste qu’ait jamais connu Israël et qui démontre l’échec de ce dernier dans le projet d’épuration ethnique et de déplacement qu’il a pourtant affiché ouvertement.
Quant aux élections à Deir al-Balah — qui représente le lien entre la Cisjordanie et Gaza, et le modèle vivant des rescapés du génocide, des « Bâqoun » de la bande de Gaza — la compétition y a porté sur quinze sièges au conseil municipal, avec la participation de quatre listes électorales. La liste « Nahdat Deir al-Balah », proche du Fatah, a obtenu six sièges ; la liste « Mustaqbal Deir al-Balah » en a remporté cinq ; la liste indépendante « Paix et construction » a décroché deux sièges, tout comme la liste « Deir al-Balah Tajma’una », proche du Hamas, qui en a obtenu deux également.
L’importance de ranimer le processus électoral, quelles qu’en soient les lacunes et les insuffisances, tient à ce qu’il demeure la seule voie pour réactiver le système politique palestinien et permettre au citoyen d’exercer son droit au vote en tant que partie intégrante de son droit à l’autodétermination, d’autant que cette année devrait encore voir, avant sa fin, les élections du Conseil national et du Conseil législatif, ainsi que les élections présidentielles.
Si l’Autorité nationale parvient à mener à terme la phase la plus périlleuse et la plus complexe du processus électoral, le navire de la Palestine pourra alors trouver son port dans le port de Gaza.