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Un Œil sur l'évènement

Guerre ouverte... L'Europe méditerranéenne

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Par Hisham Dibsi
Publié avr. 27, 2026 - 05:48

Certes, l'Allemagne nazie a été vaincue, mais la victoire des armées alliées ne coïncide pas avec la victoire de leurs États, à l'exception de l'État américain. C'est ce qu'a démontré l'expérience de la « guerre de Suez », qui prit fin au seul énoncé d'une déclaration du président américain, pour ne citer que cet exemple parmi d'autres.

Le Premier ministre britannique Winston Churchill fut peut-être réaliste en acceptant le parapluie sécuritaire nucléaire américain et les dispositifs qui l'accompagnaient, tandis que le général Charles de Gaulle s'attacha à emprunter la voie plus ardue de l'indépendance pour la politique française, démarche qui reflétait les souffrances qu'il avait endurées de la part des Alliés pendant la guerre, notamment la marginalisation dont il fut l'objet en dépit de son rôle politico-militaire exceptionnel. Washington, de son côté, ne s'opposa pas à cette ambition française et considéra simplement qu'il s'agissait d'un État souhaitant exercer son autonomie dans le domaine nucléaire, rien de plus.

Dans nos pays, nous construisons le récit de l'indépendance politique sur l'exaltation du rôle de nos peuples en lutte — en Égypte, en Syrie, en Irak, en Jordanie et au Liban — à l'écart de la perspective américaine d'un nouvel ordre mondial dont la fierté se nomme « Organisation des Nations Unies ». En Europe, en revanche, les transformations furent plus manifestes : le déclin des empires, qui avaient été les grandes puissances des rives méditerranéennes, y apparut avec une netteté particulière, au moment où ces États devenaient des nations atlantiques reconstruisant leur économie dans le cadre du plan Marshall américain.

L'Union européenne

La défaite, la faim et la misère partagées par les peuples du continent rendirent la période de deuil et d'hostilité relativement brève. Après que l'Allemagne de l'Ouest, la France, l'Italie, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas eurent pris l'initiative de fonder la « Communauté européenne du charbon et de l'acier » en 1951, déclaration qui dépassait la seule dimension économique pour porter sur son aile un mécanisme de réconciliation fondé sur les intérêts économiques communs, celle-ci contribua à son tour au succès du traité de Maastricht en 1992, au terme d'un long processus démocratique qui ouvrit la voie à l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui : une union ayant développé ses chartes, ses traités internes et ses relations avec les États du monde sur un socle solide de pensée humaniste ancrée dans le droit international, et armée de ce que la réflexion contemporaine a produit de meilleur dans de nombreux domaines, y compris l'accord de partenariat euro-méditerranéen propre à notre région.

Toutefois, ce retour à la « méditerranéité » ne ressemble pas, absolument parlant, à ce qu'il en était avant la Seconde Guerre mondiale, d'autant que le président de Gaulle avait fondé une position d'opposition à l'agression israélienne contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie lors de la guerre du 5 juin 1967, ouvrant ainsi largement les portes de la France au monde arabe en surmontant le « moment de Suez » et en mettant fin à la colonisation française de l'Algérie.

La position française « gaulliste » en faveur des droits du peuple palestinien produisit un effet positif profond, aidant l'Europe à retrouver une présence méditerranéenne dans la région dans le cadre de critères nouveaux et équilibrés, qui ne supprimaient pas les droits des Palestiniens tout en assurant la protection d'un État d'Israël capable de défaire les armées arabes réunies lorsque la nécessité l'exigeait.

L'Union européenne put ainsi reformuler, dans un second temps, ses relations — communes et bilatérales — avec les États arabes selon un modèle moderniste et une vision des intérêts partagés satisfaisante pour les deux parties, au point que la « méditerranéité » apparut comme un choix non moins important que l'« atlantisme » et que les options liées aux regroupements internationaux tels que le G7, le G20, etc. C'est ce que vient renforcer aujourd'hui la guerre qui se déroule entre l'Iran, les États-Unis et Israël d'un côté, et l'agression iranienne acharnée contre les États arabes, notamment du Golfe, de l'autre.

Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, et l'impact profond qu'il exerce sur la vie des peuples européens, n'est pas moindre que celui de la guerre des Balkans hier ou de la guerre d'Ukraine qui fait rage aujourd'hui. Et peut-être que l'incapacité notoire de l'Union européenne à produire une solution autonome à la crise des Balkans (Kosovo-Serbie) s'est manifestée avec encore plus de force et d'évidence dans l'incapacité à gérer de manière indépendante la crise Ukraine-Russie, avant que celle-ci n'atteigne le tableau catastrophique actuel.

On peut affirmer que l'Europe atlantique est incapable de continuer selon l'équation binaire « Europe-États-Unis » seule, et que la paix dont le continent a joui sous le parapluie américain ne peut être considérée comme solidement établie, après l'examen des résultats de trois guerres : dans les Balkans, en Ukraine et au Moyen-Orient.

Il est impératif de s'atteler à la reconstruction des relations euro-méditerranéennes sur de nouvelles bases, bases qui comportent une part d'humilité européenne et une part de dépassement des politiques utilitaires à court terme, afin de bâtir une stratégie méditerranéenne partenariale équilibrée, respectueuse des intérêts de tous les peuples selon des critères dépourvus de double standard, étant entendu qu'une paix incomplète n'est, au fond, pas une paix. C'est précisément ce qu'a obtenu le vieux continent, ce dont il se plaint et ce qu'il tente de corriger aujourd'hui au travers de ses relations avec les États du Moyen-Orient.

Si l'Europe veut préserver son rôle de gardienne de la civilisation et de la culture occidentales, il lui faut construire une nouvelle équation pour la civilisation mondiale et non seulement occidentale, ainsi que pour une culture mondialisée, ouverte aux cultures méditerranéennes qui abritent les fondements et les points de départ de la civilisation occidentale depuis les civilisations sumérienne et égyptienne d'abord, plutôt que de s'accrocher à la croyance non scientifique au « miracle grec ».

Contestations continentales

En vertu de l'accord de partenariat euro-méditerranéen et des obligations et engagements qu'il contient, la question des droits de l'homme, des libertés fondamentales, de la primauté du droit et de l'indépendance de la justice occupe à la fois le rang de priorité et de condition d'accès parmi les clauses de l'accord avec tout pays aspirant à construire un partenariat.

Or, dans la pratique politique, on observe des disparités oscillant entre la rigueur et la sévérité dans l'application de ces clauses et la complaisance, voire la souplesse qui, dans le cas israélien, s'élève jusqu'à l'indifférence pure et simple. Et si les protestations arabes peuvent paraître dépourvues de crédibilité, les protestations européennes émanant de certains États ou exprimées à l'échelle populaire sur le continent ne sauraient en être dépourvues pour autant. D'autant que des instances officielles européennes et onusiennes accréditées ont consigné dans leurs rapports publiés par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies des violations israéliennes étendues du droit international humanitaire, des opérations de déplacement forcé de Palestiniens et de Libanais, des violations systématiques des droits de l'homme… Sans parler de l'expansion de la colonisation, de l'annexion et de la judaïsation des territoires occupés en Cisjordanie, des manquements à la décision de la Cour internationale de justice dans sa qualification de « guerre génocidaire » menée contre la population de Gaza, et de ce qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux dans le paysage visuel de la Cisjordanie, dont les rues et les villages sont couverts de drapeaux et de symboles israéliens pour que Judée et Samarie, telles qu'elles apparaissent dans la Torah, paraissent ne pas être la Palestine.

Face à ces carences, et avec l'accumulation des images de répression, de mort et de sang, une pétition signée récemment par plus d'un million d'Européens a expliqué comment le gouvernement israélien contrevient dans son essence aux dispositions de l'accord de partenariat euro-méditerranéen. Et pourtant, l'Union européenne n'a pris aucune mesure significative dans ce domaine, les condamnations et les déclarations n'atteignant pas les oreilles des dirigeants israéliens, qui rivalisent ouvertement dans les opérations de meurtre, d'épuration ethnique, de déplacement, d'annexion de territoires et de recours à la force excessive, tout en faisant de l'eau, de la nourriture et des médicaments des armes de guerre contre les Palestiniens de Gaza, jusqu'à l'heure actuelle.

Les messages de plus de 350 anciens diplomates, les protestations des élites artistiques et académiques, ainsi que le mémorandum des « soixante-dix organisations civiles » se sont tous accordés à exiger de l'Union européenne qu'elle adopte une politique étrangère européenne fondée sur le respect du droit international, tout en mettant en garde contre la poursuite par l'Union de ses relations actuelles avec Israël en dépit de ces violations, qu'ils qualifient de complicité et de manquement à ses obligations juridiques et morales.

Dès lors que la suspension de l'accord de partenariat entre l'Union européenne et Israël, l'imposition de mesures juridiques et économiques telles que l'interdiction du commerce avec les colonies, la révision de la coopération militaire et scientifique, la garantie de la responsabilité internationale pour les crimes commis et la protection des civils palestiniens sont devenus les exigences de plusieurs États européens, des grandes organisations reconnues et des élites européennes en général, le décideur européen se doit de revoir ses calculs avec précision, car le partenariat méditerranéen dont le continent a un besoin urgent, plus que jamais, et dans le contexte de la guerre qui fait rage dans le Golfe arabe, se doit d'être un partenariat méditerranéen juste, fondé sur les principes et les critères inscrits dans l'accord lui-même. Alors seulement pourra-t-on dire que la politique méditerranéenne de l'Europe contribuera véritablement à sortir l'Europe atlantique de son impasse.

Une fois encore, le Machreq accueille l'Europe méditerranéenne sur ces bases et selon ces critères, et c'est à ce moment-là que nous reconnaîtrons en elle la gardienne de la civilisation et de la culture humaines.

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