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Mona Fayad

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Liban-Sud: quand la souffrance devient histoire immédiate
Par
Mona Fayad
Publié
sept. 29, 2026 - 07:35

I - L’importance de l’histoire immédiate et sa définition Face à la catastrophe que nous vivons, à une guerre ouverte qui détruit et efface les traces de la vie au Liban-Sud, aux déplacements qu’elle provoque ainsi qu’à l’effondrement économique et politique qui touche l’ensemble du Liban, face aussi aux défaillances de l’État et de ses institutions devant l’agression et ses conséquences, notamment son manquement à ce qui lui incombe en matière d’exercice de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, ce qui fut à l’origine même de cette guerre, et face à ses hésitations dans le traitement de la situation économique et financière, en particulier concernant la corruption d’une part et l’avenir éducatif des générations actuelles d’autre part, je me suis tournée vers l’ouvrage L’écriture de l’histoire , de la collection «Histoire et sciences sociales, Histoire et mémoire», publié par les éditions Afrique Orient à Casablanca en 2014. Il contient un texte de Bernard Paillard intitulé «L’histoire immédiate», c’est-à-dire ce qui se produit dans le moment même.

La crise éducative: quand l’État échoue deux fois
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Mona Fayad
Publié
sept. 20, 2026 - 21:27

À quelques jours de la rentrée scolaire, les écoles et lycées publics se sont retrouvés confrontés à un problème qui aurait dû être réglé avant même leur réouverture: de combien d’enseignants chaque établissement a-t-il besoin, et de combien d’heures d’enseignement? Le problème est apparu à la suite de la décision du ministère de l’Éducation de reporter la reprise des enseignants contractuels rémunérés par les caisses des écoles et des lycées, ainsi que celle des enseignants dits «auxiliaires», jusqu’à l’achèvement d’un recensement des besoins et l’identification des éventuels sureffectifs. Résultat: quelque 3 500 enseignants attendent de savoir ce qu’il adviendra de leurs heures d’enseignement, tandis que certains établissements ont été contraints de réduire leurs horaires faute de personnel.

La désagrégation du modèle libanais, entre impasse et absence d’alternative

L’histoire des sciences suit un parcours sinueux, fait de destructions et de reconstructions, et non une accumulation linéaire et paisible, comme on l’a longtemps cru. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la conception dominante considérait la science comme un édifice s’élevant pierre après pierre, chaque génération de chercheurs ajoutant une nouvelle brique au monument de la vérité absolue. Mais la publication, en 1962, de La Structure des révolutions scientifiques , de l’historien et philosophe des sciences américain Thomas Kuhn, provoqua un véritable séisme intellectuel qui transforma notre manière de concevoir l’évolution de la pensée humaine. Kuhn ne proposait pas seulement une nouvelle lecture de l’histoire des sciences. Il fondait une nouvelle épistémologie, montrant que le progrès scientifique procède par bonds soudains et ruptures profondes, déterminés aussi par des contextes sociologiques et psychologiques qui ne sont pas exempts de conflits.

Sommes-nous devenus plus stupides?
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Mona Fayad
Publié
sept. 5, 2026 - 20:01

La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs?

Japon-Liban: entre le paradoxe du relèvement après la défaite et le piège de l’effondrement permanent

J’ai été profondément touchée en regardant la série Antarctica sur Netflix, et je me suis demandé si nous pouvions, au Liban, accomplir quelque chose de semblable à ce qui s’est produit au Japon en 1950, ou si notre situation était tout simplement désespérée. La série s’articule autour du modèle qu’a constitué l’expédition japonaise en Antarctique dans les années 1950, montrant comment un projet scientifique et technique peut devenir un levier pour reconstruire le sentiment national dans un contexte d’après-occupation et de défaite. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Japon ne s’est pas contenté de reconstruire ses infrastructures matérielles. Il s’est également attaché à reconstruire son récit collectif et son image dans le monde, en transférant le fondement de sa légitimité du registre militaire vers le registre scientifique et civil. Cette expédition a joué un rôle symbolique dans cette transformation: elle fut présentée comme la preuve de la capacité de la nation japonaise à se relever et à réintégrer la communauté internationale par des moyens pacifiques.

Liban: vivre-ensemble ou peur ritualisée?
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Mona Fayad
Publié
août 20, 2026 - 19:45

Lors de l’un de mes séjours au Canada, je suis passée, comme à mon habitude, par la librairie Volume, qui possède des ouvrages de réflexion de grande valeur que l’on ne trouve plus sur le marché de l’édition. J’y ai découvert un petit livre d’un auteur canadien, Michel Poulin: Vivre et laisser vivre . Je l’ai immédiatement pris, puisqu’il traite de la manière de vivre ensemble, ce que nous appelons au Liban le «vivre-ensemble». L’idée centrale du livre paraît simple: ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. Mais toute la question est de savoir qui fixe ces limites. L’ouvrage rejette deux conceptions extrêmes: la liberté absolue, qui conduit au chaos, et le contrôle total, qui mène à la répression. À leur place, il propose une autre forme de liberté: la «liberté responsable».

La fabrique de la peur, l’état d’exception et la mise à nu de l’être humain au Liban

Depuis l’incident du bus de Aïn el-Remmaneh, en 1975, qui constitua l’étincelle symbolique de la guerre, le Libanais est entré dans un cycle ininterrompu de peur organisée, et non de peur circonstancielle. Il s’inscrit dans ce que certains penseurs appellent «l’économie de la peur» ou les «politiques de la peur», où celle-ci devient une matière que l’on fabrique et que l’on administre, et non plus seulement un sentiment spontané. La peur remplit ici trois fonctions dangereuses: Elle paralyse d’abord l’action collective. Lorsqu’une société vit sous la menace permanente de la guerre, de la discorde, de l’effondrement ou d’un ennemi extérieur ou intérieur, sa préoccupation première devient la survie individuelle, et non l’action collective. Ainsi se désagrège toute possibilité de résistance organisée à une quelconque forme de domination ou d’occupation.

L’illusion des «tunnels fortifiés» et l’aveuglement des données
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Mona Fayad
Publié
août 4, 2026 - 12:26

Comment comprendre que, malgré l’existence de ce «Liban souterrain», le Hezbollah ait subi une telle défaite, perdu des rangs entiers de combattants et provoqué la mort ainsi que le déplacement des habitants du Sud? Sans parler des bouleversements profonds qu’il a infligés jusqu’à la géographie elle-même. Le discours de Hassan Nasrallah, dans lequel il affirmait rechercher le soldat israélien «à la lampe et à la mèche», m’a révélé non pas une simple exagération politique de circonstance, mais toute une architecture de l’illusion de puissance. Il ne s’agit pas seulement d’un décalage entre le discours et la réalité, mais d’une perception irréaliste de la capacité elle-même. La puissance vantée, fondée sur le réseau de tunnels et l’arsenal de missiles, n’a pas permis de «capturer un seul soldat», ni de modifier les règles de l’affrontement. Le résultat, nous le vivons aujourd’hui.

Entre le zéro et le un
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Mona Fayad
Publié
juil. 20, 2026 - 16:07

Dans le texte du catalogue de l’exposition de Hady Sy, son projet est présenté comme une quête d’«une voie de coexistence» entre l’intelligence organique et l’intelligence technologique, entre la mémoire et le calcul, entre la main et l’algorithme. Ces univers n’y sont pas placés dans un rapport d’affrontement, mais dans la perspective d’une rencontre fondée sur un principe éthique, où la technologie demeure au service de l’être humain et de sa dignité. Pourtant, les œuvres elles-mêmes, telles qu’elles se déploient dans l’espace d’exposition, semblent moins confiantes dans cet équilibre. Elles n’en nient pas la possibilité, mais en révèlent simultanément la fragilité.

La guerre et l’amère connaissance de la géographie
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Mona Fayad
Publié
juil. 11, 2026 - 21:08

Dans la vie ordinaire, nous habitons ce que les anthropologues appellent le milieu : un espace chargé de mémoire et de relations, fait de la maison, de la place, de l’épicerie, de la mosquée ou de l’église, du chemin de l’école. En temps de guerre, le lieu se transforme en espace. Il devient un objet de mesure et de gestion: portée, angle de vision, ligne de ravitaillement. On passe alors du sens à la fonction, de l’habitation au calcul et au décompte. Comme si la terre était dépouillée de son histoire pour être réécrite dans une langue militaire. La guerre brise l’appartenance. Celle-ci se construit habituellement par la stabilité et la répétition des gestes quotidiens: le même chemin, les mêmes visages, les mêmes habitudes. Dès lors que le lieu devient menacé, le sentiment d’appartenance se mue en inquiétude: on demeure attaché à un endroit que l’on risque pourtant de devoir quitter à tout instant. Apparaît alors une forme d’«appartenance provisoire»: on aime ce lieu, mais on ne croit plus à la possibilité d’y rester. Ce paradoxe ouvre une fracture intérieure durable.

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