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Mona Fayad

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Accord-cadre: quand l'Iran déplace la pression vers le Liban
Par
Mona Fayad
Publié
juil. 3, 2026 - 17:33

Un chercheur en biophysique écrivait ceci: «Je ne lis pas les rapports de force à travers la seule politique ; je les lis aussi à travers la matière. Au laboratoire, nous apprenons une vérité que chacun connaît dans sa vie quotidienne: la pression n’agit pas de la même manière sur tous les corps. Exercez une pression sur du verre, il peut se briser. Exercez-la sur du caoutchouc, il se déforme. Exercez-la sur un tissu vivant, il peut absorber cette pression, s’y adapter et se réparer. Une même force peut détruire une structure ou, au contraire, en renforcer une autre. La différence ne tient pas uniquement à l’intensité de la pression, mais à la structure interne qui la reçoit.»

Le discours de la victoire et le commerce des illusions
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Mona Fayad
Publié
juin 22, 2026 - 16:37

Un citoyen du Sud a ainsi commenté le retour des déplacés: «Si vous revenez… revenez dans un silence digne de ce qui s’est passé, et non dans un vacarme qui blesse ce qui reste de vie. Ne levez pas les signes de la victoire sur une terre dont les larmes n’ont pas encore séché, et n’agitez pas les drapeaux là où la poussière continue de masquer les traits de visages qui n’ont pas encore été retirés des décombres. Revenez… mais ôtez de vos épaules l’arrogance des slogans, car ici, il ne s’agit pas de tribunes de célébration, mais de tombes ouvertes…» Si l’on suit les déclarations de Naïm Kassem, qui apparaît désormais plus d’une fois par semaine, il aurait remporté la victoire, vaincu Israël et libéré le Liban. Il s’autorise donc à accuser le président de la République et le Premier ministre de trahison et de collaboration, et à réclamer la chute d’un gouvernement dont il refuse pourtant de retirer ses propres représentants.

Quand le Hezb recrute des enfants et se justifie...
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Mona Fayad
Publié
juin 17, 2026 - 13:08

Lorsqu'on interroge le Hezbollah, ou ses proches satellites, sur leur pratique de recruter des enfants — notion que l'Unicef définit avec précision, dans la Convention relative aux droits de l'enfant, comme tout être humain de moins de dix-huit ans —, la réponse oscille invariablement entre quelques registres: ils affirment que les enfants le désirent eux-mêmes, qu'ils sont suffisamment mûrs, ou encore que cette pratique est parfaitement normale et s'inscrit dans la tradition de toutes les révolutions de l'histoire. S'égrène alors un chapelet de références qui nous ramène plusieurs siècles en arrière.

Le Hezb ou l'hégémonie par la censure et la sanction
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Mona Fayad
Publié
juin 11, 2026 - 11:36

Entre 1984 de George Orwell et de L'Étranger d’Albert Camus se tisse un fil commun dans leur description de l'instrument de contrôle (ou plutôt du cadre général de la domination) et ce qui se passe au Liban singulièrement ces dernières années, depuis que le pouvoir s'est consolidé entre les mains du Hezbollah et sous son commandement. Il existe une étrange convergence entre l'univers d'Orwell et celui de Camus, alors qu'ils semblent à première vue si différents l'un de l'autre: le monde de l'oppression extérieure chez Orwell, et le monde de l'absurde et du détachement existentiel chez Camus. Chez Orwell, l'individu est soumis à une surveillance extérieure absolue. Big Brother ne surveille pas seulement les comportements, il tente de s'emparer de la conscience elle-même. L'objectif ne se réduit pas à l'obéissance, mais va jusqu'à effacer toute possibilité de dissidence intérieure. La liberté y est menacée de l'extérieur, et l'individu — Winston — cherche à se réapproprier son être propre par le biais de la rébellion.

Liban: quand la géographie cesse d'être une chance
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Mona Fayad
Publié
juin 5, 2026 - 23:01

On entend de plus en plus souvent des voix qui se lamentent sur leur sort: pourquoi avons-nous vu le jour dans ce coin du monde? Car la position géographique du Liban l'a placé, aujourd'hui, dans une situation pour le moins ingrate. La géographie n'est pourtant pas un destin aveugle. Elle constitue un cadre contraignant qui délimite le champ du possible et réduit la marge d'erreur. En géopolitique, comme nous le rappelle Robert D. Kaplan dans La Revanche de la géographie , la géographie ne se dissout pas derrière les slogans ; elle revient s'imposer dès que les États la négligent, et singulièrement les petits États situés sur les lignes de fracture. Le Liban est l'un d'eux: il se retrouve pris entre deux voisins puissants, l'un formant une immense garnison militaire abritant l'une des plus grandes armées du monde, soutenu par les États-Unis, et que nous avons contribué à aider à réoccuper le Liban ; l'autre ayant déjà exercé sur lui une domination prolongée et une tutelle pesante sous le régime autoritaire des Assad.

Entre discipline, résistance silencieuse et amorce d'une rébellion
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Mona Fayad
Publié
juin 1, 2026 - 05:58

La publication de deux appels lancés par des militants de Tyr et de Nabatiyé, adressés à l'État libanais afin qu'il protège ces deux cités antiques contre la menace israélienne de les effacer, qu'il y déploie l'armée et les forces de sécurité, et qu'il en fasse des villes ouvertes et démilitarisées, voilà ce qui a constitué le premier acte de résistance public et organisé au sein du milieu chiite. Un milieu dont les voix appelant à surmonter la peur et à élever le ton de la contestation se sont multipliées ces derniers temps, contre ceux qui ont confisqué son histoire, son présent et son avenir pour venger Khamenei. Ces militants ont pourtant subi une campagne de menaces, de diffamation et d'atteinte à l'honneur, qui a conduit certains à se rétracter.

Notre problème réside-t-il vraiment dans la doctrine du Hezbollah?
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Mona Fayad
Publié
mai 27, 2026 - 21:38

Une opinion largement répandue au Liban veut que le différend des Libanais avec le Hezbollah tienne à sa doctrine et à son adhésion à la wilayat al-faqih telle que Khomeini l'a théorisée. Mais la question mérite d'être posée autrement : le problème réside-t-il vraiment dans la doctrine elle-même, qu'on la partage ou qu'on la rejette, ou bien dans l'imposition de cette doctrine et des pratiques qui en découlent à l'ensemble de la société et à l'État ? Nous n'avons aucun droit de contester ce en quoi croient les autres, ni de mettre en cause leur plein droit d'embrasser les idées et les convictions de leur choix, quelles qu'elles soient. Tout individu, toute communauté, peut se forger librement sa propre vision du monde, qu'elle soit religieuse ou politique. C'est là une dimension de la liberté de conscience, liberté que consacre la Constitution libanaise et qui, dans son principe même, ne saurait être matière à discussion.

Quand la résistance devient une question interdite
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Mona Fayad
Publié
mai 19, 2026 - 15:16

Il existe des mots-clés dont la seule énonciation suffit à mettre en alerte votre interlocuteur du camp de la momana’a : dès que l’on prononce «Palestine», «résistance», «Amérique» ou «Israël», quelque chose se déclenche en lui, une sorte de commutateur mental, et il se raidit au point où tout débat serein et objectif devient impossible. Le problème au Liban n’est plus aujourd’hui celui du désaccord des opinions, mais bien l’absence du processus de pensée lui-même. Les positions toutes faites sont convoquées instantanément, les discours répétés à l’identique, les choix maintenus en dépit de ce qui change autour d’eux. Comme si nous ne nous remettions jamais en question, ne réévaluions rien, ne nous demandions pas: pensons-nous encore vraiment à ce que nous faisons, ou ne faisons-nous que répéter ce à quoi nous sommes habitués, simplement parce que cela fait désormais partie de notre identité? C’est précisément là que commence le danger, quand la répétition se substitue à la pensée.

«Nous voulons vous déraciner»
Par
Mona Fayad
Publié
mai 8, 2026 - 12:13

Lorsque je me rendais au Canada, la propagande israélienne qui faisait du falafel, du taboulé et du houmous un patrimoine traditionnel juif et israélien m'exaspérait. C'était là une appropriation de traditions culinaires propres au Bilad al-Cham depuis des siècles, et non pas seulement une usurpation patrimoniale : une confiscation d'identité et de mémoire. Aucun peuple dans l'histoire n'a autant investi dans la mémoire que les Juifs à la suite de l'Holocauste. Ils ont construit l'un des systèmes de préservation mémorielle les plus puissants au monde, faisant de la mémoire un dispositif total : matériel, pédagogique et juridique, conçu pour être ineffaçable. Ils ont consigné les effets personnels dans des musées, où ont été rassemblés des milliers d'objets ayant appartenu aux victimes : les chaussures, les bagages sur lesquels étaient inscrits les noms de leurs propriétaires, les lunettes, les cheveux tondus aux prisonniers, les vêtements et les menus objets du quotidien (peignes, montres, bagues) ; afin d'attester que les victimes étaient des individus réels, et non de simples chiffres.

Quand le vol devient un «trou financier»
Par
Mona Fayad
Publié
avr. 30, 2026 - 20:43

Le Liban n’a pas sombré à cause d’un dysfonctionnement dans les chiffres, mais parce que les significations et les valeurs se sont effondrées. Soudain, l’argent des gens spolié n’a plus été appelé vol, mais « trou financier ». Il n’y a plus eu de responsables, seulement des « pertes ». Et il n’y a plus eu de victimes, mais des « déposants » à qui l’on demande de comprendre la situation et de participer à l’absorption des coûts. Ce n’est pas seulement une question de langage. C’est le cœur même du combat. Quand un crime est réduit à un terme comptable, le débat devient technique plutôt qu’éthique et juridique. La question est soustraite au champ de la justice pour être versée dans celui de la gestion, du « qui a volé ? » au « comment distribuer la perte ? ». C’est là que commence le grand glissement : les victimes se transforment progressivement en acteurs de la solution, et non en détenteurs de droits.