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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
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By LevantTime .
Published sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
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By Michel Hajji Georgiou - Published sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
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By Mona Fayad - Published sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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Washington annonce la fin de la phase offensive contre l’Iran

Après une journée marquée par des déclarations incendiaires de toutes parts, les États-Unis, par la voix du chef de la diplomatie Marco Rubio, ont assuré tard mardi soir (heure de Beyrouth) que la phase offensive du conflit avec l’Iran était «finie». Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le secrétaire d’État US a affirmé que Washington se trouvait désormais dans une phase «défensive», en allusion à la nouvelle opération annoncée par Donald Trump et baptisée «Projet Liberté». « L’opération “Fureur épique” est terminée, comme le président l’a signifié au Congrès. Nous avons passé ce stade », a-t-il ajouté. Marco Rubio a précisé que cette opération visait à secourir les équipages de navires bloqués dans le détroit d’Ormuz. Les États-Unis n’ouvriront pas le feu, mais riposteront «avec une efficacité mortelle» en cas d’attaque. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a confirmé lors d’un autre point de presse que le cessez-le-feu n’était pas terminé, malgré des échanges de tirs récents entre marines américaine et iranienne, ainsi que des missiles ayant visé les Émirats arabes unis lundi. L’Iran a « catégoriquement » démenti toute implication dans ces frappes. Le président américain Donald Trump s’est abstenu d’accuser l’Iran directement d’avoir violé la trêve en vigueur depuis le 8 avril: « Ils savent ce qu’ils ont à faire (…) et ce qu’ils ne doivent pas faire », a-t-il déclaré. «Nous sommes dans un petit accrochage sur le plan militaire. Je parle d’“accrochage” parce que l’Iran n’a aucune chance», a-t-il ajouté, évoquant auparavant une «mini-guerre» et même une «petite excursion». «Le Hezbollah, principal obstacle à la paix» Marco Rubio a également déclaré qu’un accord de paix entre le Liban et Israël était «imminent». «Le problème entre Israël et le Liban, ce n’est ni Israël ni le Liban, c’est le Hezbollah», a-t-il affirmé. «Ce qui doit se produire au Liban, c’est la mise en place d’un gouvernement capable de s’attaquer au Hezbollah et de le démanteler», a-t-il ajouté. Téhéran exige, de son côté, que tout accord mettant fin à la guerre avec l’Iran inclue également l’arrêt des attaques israéliennes au Liban, une position que Washington rejette en affirmant que ces dossiers sont distincts. À Berlin, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a affirmé, après une rencontre avec son homologue allemand Johann Wadephul, qu’«Israël n’a aucune ambition territoriale au Liban» et cherche à «protéger ses citoyens » tant que «le Hezbollah et les autres factions terroristes» ne sont pas démantelés. Il a rappelé qu’Israël s’était retiré du Liban en 2000 et de Gaza en 2005. Saar a également critiqué le gouvernement libanais pour ne pas avoir «débarrassé le Liban-Sud des armes du Hezbollah», estimant que «les efforts ont été très limités». Ces propos ont reçu un soutien nuancé de la part de Berlin: Johann Wadephul a jugé «nécessaire» le stationnement de troupes israéliennes dans la zone et condamné «avec la plus grande fermeté» les attaques du Hezbollah, tout en soulignant que «le Liban ne doit pas devenir un théâtre de guerre où les civils paient le prix». Une source israélienne citée par CNN a indiqué qu’Israël envisagerait d’intensifier ses frappes contre le Hezbollah si la trêve avec l’Iran s’effondrait. Selon cette même source, Benjamin Netanyahu aurait informé Donald Trump de la volonté d’Israël de reprendre des combats de haute intensité, alors que l’armée fait pression pour lever certaines restrictions américaines afin de reprendre ses frappes au nord du fleuve Litani. En Israël, le nouveau chef de l’armée de l’air, le général Omer Tischler, s’est dit prêt à déployer « toute la force aérienne » contre l’Iran « si nécessaire », lors de la cérémonie de prise de poste. Une “cellule liée au Hezbollah” démantelée en Syrie Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé mardi le démantèlement d’une cellule liée au Hezbollah, accusée de préparer des assassinats de responsables. Selon les autorités, la cellule était prête à passer à l’action, notamment pour mener des assassinats ciblés. Onze personnes ont été arrêtées, sans précision sur leur nationalité. Des armes, munitions, grenades, explosifs et équipements de surveillance ont été saisis. Le Hezbollah a «catégoriquement démenti» ces accusations, affirmant ne mener «aucune activité» en Syrie, rappelant avoir déjà rejeté des accusations similaires les 12 et 19 avril.

Ennemi utile, ennemi réel
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Michel Hajji Georgiou
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Il faut savoir gré à Naïm Kassem de ne posséder ni le charisme, ni l'éloquence, ni la virtù de son prédécesseur, Hassan Nasrallah. Au fil des années, et sans doute jusqu'à son dérapage syrien, Nasrallah incarna dans l'esprit arabo-musulman une certaine idée de l'irréductibilité face à Israël. Ses talents de rhéteur avaient réussi un tour de maître, en l'occurrence faire oublier que sous ses harangues anti-impérialistes de « résistance », il constituait lui-même rien moins que le fer de lance d'un projet impérialiste iranien, érigé sur le sang de ses concitoyens libanais, de la gauche libanaise aux piliers du 14 Mars. Or il y a, dans la rhétorique du Hezbollah, une ambivalence si soigneusement entretenue qu'elle nécessite des efforts extraordinaires de persuasion… et force est de constater que la poudre de perlimpinpin n'opère plus avec Kassem, dont le charme tient plus du doctrinaire psychorigide que du tribun historique. Carl Schmitt avait posé, au fondement du politique, la distinction ami/ennemi comme acte souverain par excellence. Dans l'optique du philosophe allemand, celui qui tranche décide, et celui qui décide est souverain. Julien Freund, affinant l'idée, y avait ajouté que nul n'a le luxe de choisir ses ennemis, mais que c'est l'ennemi qui vous choisit ; et prétendre l'ignorer ne le fait pas disparaître, mais vous désarme simplement face à lui. Ce que ni Schmitt ni Freund n'avaient entièrement anticipé, c'est l'usage pervers que peut faire d'un tel axiome un acteur politique suffisamment habile pour exhiber un ennemi de substitution afin de dissimuler l'ennemi réel. Qui plus est suffisamment protégé par le sacré pour que quiconque ose pointer cette substitution soit aussitôt rangé dans le camp de la trahison… Car ce que la rhétorique de Naïm Kassem laisse entrevoir en creux, et que Nasrallah savait dissimuler sous un mélange savant d'argumentation et de littérature, c'est qu'Israël n'est pas l'ennemi principal du Hezbollah. Il en est la daawa au sens khaldounien utilisé par Michel Seurat dans L'État de barbarie , c'est-à-dire la justification, le carburant existentiel. L'ennemi réel, celui que le parti a en ligne de mire depuis sa création, est double et intérieur. D'abord, la communauté chiite elle-même, qu'il s'agit de tenir, par tous les moyens, dans une allégeance sans reste à la wilayat el-faqih , en étouffant toute dissidence libaniste, démocratique ou simplement critique en son sein. Ensuite, l'État libanais, qu'il convient non pas de détruire, mais d'investir, de paralyser, de coloniser de l'intérieur et de désubstantialiser, au nom et pour le compte de Téhéran, jusqu'à ce qu'il devienne l'habillage légal d'un projet de pouvoir qui n'a jamais été libanais. La dissimulation légitime face à l'adversité est ainsi érigée en art de gouvernement offensif, le Hezbollah déclarant vouloir libérer le Liban… tout en l'occupant politiquement et militairement. Il prétend par ailleurs défendre la souveraineté tout en subordonnant chaque décision stratégique à Téhéran. Il convoque le peuple libanais à l'unité tout en désignant comme traîtres ceux qui refuseraient de s'y fondre. Et il brandit enfin Israël, non sans un talent particulier pour les mises en scène, comme le rideau derrière lequel se joue le véritable drame. Ce qui rend, du reste, le drame particulièrement redoutable, c'est que l'ennemi extérieur qui justifie la daawa n'est pas inventé. Israël existe bien, mène des raids meurtriers, occupe des portions de territoire libanais, viole l'accord du 27 novembre avec une brutalité documentée, et fournit, ce faisant, au Hezbollah un alibi inépuisable, renouvelé à chaque village rasé. La légitimité de la résistance à l'agression israélienne n'a pas été une invention. Elle est bien réelle, ancrée dans le droit international et dans la mémoire collective d'un peuple qui a effectivement subi l'occupation – même si toute trace de son passé a été totalement et violemment oblitérée par le Hezbollah depuis la fin des années 1980. Et c'est précisément là que réside la sophistication criminelle du dispositif. Le Hezbollah n'a pas fabriqué cet ennemi de toutes pièces. Il l'a capturé, instrumentalisé, et s'est rendu structurellement dépendant de sa persistance (Tel-Aviv aussi, du reste, et c'est pour cela que les deux ont sans doute fait bon voisinage durant tant d'années, avant que l'Iran ne devienne, pour Israël en paix avec le monde arabe sunnite, l'adversaire élu). Sans l'agression israélienne, la daawa s'effondre. Sans la daawa , la domination interne n'a plus de bouclier sémantique. Dans cette perspective, une paix avec Israël constitue une double catastrophe existentielle. Il se retrouverait à découvert sur le plan intérieur, sommé de remettre ses armes, et dénué de toute rhétorique justifiant son contrôle du territoire et sa conquête martiale du mulk , le centre du pouvoir, l'État. C'est dans ce nœud gordien que se retrouvent aujourd'hui le président de la République Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, appelés à un grand écart tout bonnement impossible. D'un côté, une rue chiite et, au-delà, libanaise, encore meurtrie, encore traversée par la fureur légitime d'une communauté que Tel-Aviv bombarde sans relâche et sans discrimination. De l'autre, une volonté intérieure et internationale de liquider enfin cette situation paraétatique anormale et de rendre à l'État libanais le monopole de la violence légitime qu'il n'a jamais pleinement exercé depuis Taëf. Ces deux pressions ne sont pas sans obéir à des temporalités différentes et des conjonctures émotionnelles incompatibles. Quiconque tente de les concilier s'expose en effet à être accusé simultanément de complicité avec l'ennemi et de trahison envers son propre peuple. Autant le rétablissement du monopole de la violence légitime est nécessaire et fondamental à la survie de l'État libanais, autant le fait qu'il survienne sous la contrainte d'une paix forcée avec Israël le rend fort problématique. La communauté internationale, dans ce contexte, ne peut pas se permettre de faire peser l'essentiel de sa pression sur les trois pôles politiques libanais, comme si ceux-ci étaient les principaux obstacles à la normalisation. Ce serait là inverser la charge de la preuve avec une légèreté coupable. La restauration de la souveraineté libanaise passe par deux conditions préalables que seule une pression internationale cohérente peut créer : que Téhéran lâche une fois pour toutes, sous la contrainte, sa courroie de transmission beyrouthine, et qu'Israël soit contraint de brider sa machine à détruire en toute impunité, cessant ainsi de fournir au Hezbollah le carburant de sa légitimation perpétuelle. Exiger de Nawaf Salam et de Joseph Aoun, voire de Nabih Berry, qu'ils avancent sans que ces deux conditions soient réunies, c'est leur demander de marcher sur les eaux — ou, plus exactement, de signer leur propre arrêt de mort politique, voire physique. Car Naïm Kassem n'a pas que des mots. Derrière la rhétorique idéologique et les métaphores de la résistance mythique, il y a une organisation digne des Assassins qui a démontré sa capacité et sa volonté d'éliminer tout obstacle à son hégémonie. Du reste, le spectre de Sadate, assassiné pour avoir osé tracer un chemin vers la paix que les gardiens de la guerre éternelle ne pouvaient tolérer, rôde toujours sur toute perspective de réconciliation au Proche-Orient. Et ce n'est là ni paranoïa ni catastrophisme. Juste l'amère réalité des choses. Faut-il rappeler que les puissances occidentales, après avoir incité le cabinet Siniora à prendre sa décision historique relative au démantèlement du réseau téléphonique fixe du Hezbollah sur la route de l'aéroport de Beyrouth en 2008, n'ont eu que de tout petits mots de condamnation après les expéditions punitives de mai 2008 contre Beyrouth et la Montagne libanaise ? Donald Trump, dont la puissance repose aujourd'hui sur l'incertitude des mid-terms, saisit-il la portée de ce qu'il tente d'imposer, dans les circonstances actuelles, à Joseph Aoun en lui forçant la main pour se réunir avec Netanyahu ? Au-delà de l'incongru, il y a une inconscience et une légèreté mues uniquement par une obsession de la cosmétique. Le vrai courage, aujourd'hui, n'est pas de demander aux autorités libanaises des bravades alors qu'elles sont face à un double ennemi animé par le même objectif mimétique, celui de les soumettre. Ce serait plutôt d'épauler l'État libanais pratiquement, à travers un plan complet dans les différents domaines, pour qu'il puisse se reconstruire avec ses institutions en dehors de l'emprise du Hezbollah. Même si cela passe par une force multinationale légitime formée de pays amis et chargée de maintenir la paix civile et d'aider les forces politiques et sécuritaires légales libanaises, libérées de l'influence hégémonique iranienne, à recouvrer la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble du territoire et à jeter les bases d'un programme politique à même de rétablir l'unité nationale.

La maladie culturelle
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Khalil Helou
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La maladie dont souffre le pays n’est pas seulement la milice du Hezbollah, quoiqu’elle constitue le défi le plus important, ni les autres milices, ni les groupes armés dans les camps palestiniens, ni l’absence de souveraineté, ni la corruption sempiternelle depuis l’époque de la Mutasarrifiyah (1862 - 1915). Cette maladie, qui est le déracinement de la culture de l’État et de l’État régalien, infecte les mentalités et y prolifère depuis l’occupation baathiste syrienne. Elle s’est exacerbée plus tard, et s’est cancérisée sous l’hégémonie du Hezbollah. Depuis 21 ans celui-ci, à tous les niveaux de sa hiérarchie, et là où il se trouve dans les institutions, s’acharne à modeler les mentalités et les rendre soumises, et utilise ces institutions comme bouclier sociopolitique et sécuritaire à son profit. L’État et ses institutions se retrouvent ainsi défigurés et tout officiel qui n’adopte pas le discours de la «résistance» est qualifié de «traître» et d’«agent sioniste»; également les pays amis où vivent des centaines de milliers de Libanais naturalisés ou non, doivent être qualifiés d’ennemis et leurs représentants évités ou boycottés sous peine d’accusations de connivence avec l’impérialisme. Le Liban devrait, selon cette culture répandue, s’isoler du monde arabe et du monde occidental. Pour les non admirateurs du Hezbollah, le Syndrome de Stockholm s’installe et se banalise, face à cela les champions du fait accompli ne trouvent mieux à faire que jouer le «pragmatisme» insipide. En contrepartie, la vague qui s’oppose drastiquement au parti armé, responsabilise «l’État profond» pour notre situation. Celui-ci est par définition classiquement affairiste, alors qu’en réalité ce dont nous souffrons est «l’État carapace», ou «l’État masque du Hezbollah». Faire endosser ce qui se passe à «l’État profond» est donc simpliste. De plus, déresponsabiliser les sommets de la hiérarchie de l’État, et les positions intermédiaires entre cette hiérarchie et les gouffres profonds, est erroné. La culture de l’État voulue par les pères fondateurs du Liban moderne depuis un siècle, avait été instaurée peu à peu par une classe élitiste d’abord sous le mandat français, puis sous les présidents et gouvernements successifs jusqu’en en 1975. On peut, en effet la constater en relisant les journaux de l’époque et en récapitulant comment était le quotidien d’avant-guerre. Il y avait certainement en ces périodes, un État et des institutions qui fonctionnaient malgré leurs lacunes, faiblesses et défauts. Celles-ci avaient pris leurs véritables dimensions durant les quatre premiers mandats présidentiels après l’indépendance, mais le laps de temps était insuffisant pour atteindre la maturité sociopolitique requise au niveau de tous les citoyens, surtout après quatre siècles de culture sectaire sous le régime des «millet» de l’Empire ottoman. Depuis 1975 les Libanais sont avides d’un État de droit souverain, le recherchent toujours, mais une grande majorité ne savent plus ce que c’est. Les institutions de l’État, au lieu qu’elles ne soient au service des citoyens, sont devenues des instruments de pouvoir, d’hégémonie et d’enrichissement. Nombreux trouvent cela routinier et vivent «normalement» avec. De plus, le concubinage de l’État avec la milice pro-iranienne est devenu une obligation aux yeux des supporters du Hezbollah, et banal au niveau des autres. Pour renverser la vapeur et remettre les choses à leur place, il manque des hommes d’État, des vrais, et non pas de simples représentants de confessions, qui souvent sont issus du populisme. La diversité confessionnelle est une réalité, mais sa gestion ne pourrait être du ressort des médiocres. Les élites dans chaque confession ou dans chaque parti sont une nécessité dans ces circonstances. Le président de notre parlement n’en est pas un au sens classique du terme. Il exerce un véto sur le pouvoir exécutif et une hégémonie sur l’administration de l’État pour faciliter les affaires de ses proches et partisans. Il gère le parlement beaucoup plus comme une «Loya Jirga» ou conseil tribal, et beaucoup moins comme une équipe qui légifère et qui discute des visions et des plans d’action face aux défis stratégiques, preuve en est l’absence tonitruante du parlement concernant la guerre Hezbollah-Israël depuis 2023. Le Premier ministre à son tour est presque étranger aux décisions sécuritaires et militaires. Notre gouvernement, quoique ses ministres sont qualifiés, ressemble peu à une équipe de travail qui pose les problèmes collectivement et élabore des solutions. Une politique étrangère claire n’est pas apparente, de même qu’une stratégie de négociations avec l’État hébreu, refusées par une partie du pouvoir exécutif et législatif. Le président de la République multiplie ses prises de positions, mais ne réussit pas à jouer le rôle de chef d’orchestre constitutionnel. Les attaques et diffamations qu’il subit ne sont pas contrecarrées par des mesures institutionnelles de poids. De plus, les politiciens, les chefs de clans et de milices, et les caissons de résonance, se disputent les écrans et les colonnes pour affirmer qu’ils sont pour ou contre les négociations avec Israël, et ceci s’arrête au stade des prises de positions. Les plaintes contre «l’État carapace» sont justifiées mais insuffisantes. Ce sont les actions qui manquent de la part d’hommes d’État. Les pays de la région qu’ils soient amis, ennemis ou adversaires, mettent les bouchées doubles pour assurer les intérêts de leurs peuples et sortir avec les moindres dégâts de la crise régionale. Chez nous, si les affaires continuent à être gérées de la sorte, les solutions seront projetées de l’extérieur, sinon on sera condamné à se limiter à gérer le quotidien. Pour finir, ce qui a été dit à propos de l’État de droit et l’État régalien relève peut-être de l’utopie, mais si l’on ne vise pas très haut, non seulement on risque de faire du sur place, mais de glisser très bas.

Pour colmater la fracture libanaise
By
Rami Rayess
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À mesure que se creuse le discours de la haine et de la rancœur entre Libanais, les questions se bousculent sur ce qu’il serait réellement possible de faire pour colmater la fracture politique et médiatique qui s’enracine à travers les réseaux sociaux, désormais à la portée de tous et permettant à chaque citoyen d’exprimer son opinion (ce qui est en principe une bonne chose) sans exercer le minimum d’autocensure, si bien que les fanatismes communautaires et sectaires se déversent librement, sans aucun frein moral ni politique. Cette fissure sociale reflète la division verticale que traverse le pays, une division dangereuse qui touche aux grands choix stratégiques appelés à définir l’identité du Liban et son rôle régional pour l’avenir, et qui porte sur des questions aussi centrales que la manière d’affronter Israël et ses agressions continues contre le Liban, ainsi que la question du monopole des armes par l’État, en application de l’accord de Taëf en vertu duquel toutes les milices libanaises avaient remis leurs armes au début des années quatre-vingt-dix, à l’exception du Hezbollah, au nom de la « Résistance ». Si des justifications ont pu être invoquées pour conserver les armes et libérer le territoire (ce qui s’est effectivement réalisé en 2000 dans ce qu’on pourrait qualifier d’accomplissement historique majeur, marqué par le retrait d’Israël des terres qu’il occupait sans condition aucune), il est certain en revanche que le rôle de ces armes s’est étendu bien au-delà de la libération pour créer un État dans l’État libanais et renforcer le poids politique du Hezbollah face aux autres forces libanaises, ce qui a conduit à des affrontements du type du 7 mai 2008, quand le Hezb s’est lancé à l’assaut de la capitale et de la Montagne en réaction à deux décisions gouvernementales qui servaient pourtant, dans les faits, la cause de la construction de l’État. Ce qui est regrettable, voire navrant, c’est que la partie même qui se targue d’avoir accompli la libération historique de 2000 porte la plus grande part de la responsabilité politique et militaire dans l’anéantissement de cet acquis, de la guerre de juillet 2006 jusqu’aux deux guerres d’appui de 2024 et 2026, au cours desquelles Israël a pu réoccuper les Cinq Collines lors de la première phase, puis plus de cinquante-cinq villages lors de la seconde, à laquelle il a donné le nom de « Couleur jaune ». Si le lien organique du Parti avec l’Iran n’est un secret pour personne (le Parti lui-même s’en vante et l’affiche publiquement), ce qui frustre nombre de Libanais, c’est l’empressement du Parti à venger le Guide suprême Ali Khamenei et à proclamer sa solidarité avec la République islamique, alors que l’Iran n’avait jamais levé le petit doigt face aux guerres successives que le Liban a subies ces dernières années, pas plus qu’il n’avait vengé l’assassinat de l’une des figures les plus éminentes de son axe, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah. Naturellement, toutes ces considérations ne sauraient justifier que certains Libanais détournent entièrement le regard des agressions israéliennes incessantes contre le Liban, de ses violations quotidiennes de sa souveraineté et de la prise pour cible des civils, comme cela s’est produit le 8 avril dernier, sachant que le bilan des victimes de ces agressions dans la seule guerre de 2026 a dépassé les deux mille six cents morts. Certains de ces Libanais semblent d’ailleurs disposés à blanchir Israël de ses crimes bien au-delà de ce qu’Israël réclame pour lui-même, et appellent à accélérer les pas vers une normalisation gratuite ; certains vont même jusqu’à nier les ambitions historiques d’Israël sur le Liban, au moins jusqu’à la ligne du Litani, et son désir profond d’avancer vers ce fleuve pour annexer la région qui s’étend en deçà, sous prétexte de protéger les colonies du Nord et leurs habitants ! Ces mêmes Libanais ferment par ailleurs les yeux sur les développements alarmants par lesquels Israël poursuit les Libanais en vidant des zones dans le mont Hermon ou à ses abords immédiats, zones contiguës à des territoires qu’il occupe également en Syrie, où il a du reste étendu son emprise après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024. Désireux d’engager le Liban vers un accord de paix et de normalisation avec Israël, ils n’hésitent pas à convoquer, pour convaincre l’opinion publique du bien-fondé d’une telle démarche, les exemples de Camp David entre l’Égypte et Israël et de Wadi Araba entre la Jordanie et Israël, malgré les écarts considérables, politiques et autres, qui séparent ces situations comparées de la réalité libanaise. Pris en étau entre la pression américaine, les agressions israéliennes et l’exploitation iranienne du front libanais, le Liban se trouve à la croisée des chemins dans un moment de division nationale aiguë qui annonce de graves conséquences, à moins qu’on ne trouve le moyen d’instaurer un dialogue politique remettant les questions nationales à leur juste place : le monopole des armes par la seule légitimité libanaise, la mise en place de bases solides pour la négociation avec Israël (cessez-le-feu, retrait militaire, reconstruction…), étant entendu que toutes ces étapes devront s’accomplir sous le seul toit de l’État. Le Liban n’est plus en mesure de sous-traiter ses décisions nationales, et c’est précisément ce dont il a souffert tout au long des décennies passées.

L’offensive navale américaine à Ormuz redistribuera-t-elle les cartes?

La semaine s’est ouverte sur un nouveau chassé-croisé diplomatique et un risque d’escalade militaire entre l’Iran et les États-Unis. Washington a fait monter d’un cran sa pression sur la République islamique qui a réagi en tirant des missiles contre…les Émirats arabes unis. Au cœur de ce nouveau bras-de-fer, c’est, encore et toujours, le détroit stratégique d’Ormuz que la Marine américaine a réussi à débloquer lundi, au grand dam de Téhéran, en escortant les navires dans les eaux territoriales émiraties, rapidement visées par l’armée iranienne. À en croire diverses sources médiatiques américaines, la dernière proposition iranienne soumise par Téhéran pour une reprise des pourparlers avec Washington n’était pas trop mauvaise. Mais elle ne correspondait pas réellement aux attentes de Donald Trump, surtout pour ce qui a trait au dossier du nucléaire, que les Iraniens cherchent à repousser autant que possible, et au contrôle exercé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz, bloqué depuis le début de la guerre. D’ailleurs, dans ses commentaires vendredi et samedi, le président américain ne l’avait pas rejetée. Il avait seulement fait part de son «insatisfaction» et jugé que les conditions iraniennes n’étaient pas encore «acceptables». Des amendements au document ont été soumis, via le médiateur pakistanais, aux Iraniens, supposés y répondre dans le courant de la semaine. Mais dans l’attente de cette réponse, Trump a accentué la pression sur Téhéran. Il a annoncé, tambour battant dimanche soir, une opération militaire baptisée «Project Freedom» (Projet Liberté) visant à rétablir la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. L’opération en question consiste à aider les navires coincés depuis deux mois dans le Golfe arabique et la mer d’Oman, à traverser «en toute sécurité». Cette décision impromptue, expliquée par un ras-le-bol de Trump face aux atermoiements iraniens, a fait immédiatement monter la tension dans la région. L’Iran a tout de suite réagi en menaçant d’attaquer les navires qui s’aventureraient dans cette voie de passage qu’il contrôle. Elle soulève surtout des interrogations quant à ses véritables motivations, présentées par le président américain comme étant d’ordre «humanitaire». Donald Trump cherche-t-il à désorienter son adversaire pour le pousser à s’engager, sans perdre du temps, dans des pourparlers suivant les conditions américaines? Essaie-t-il de montrer à Téhéran, en attendant la reprise des négociations à Islamabad, qu’il n’a aucun pouvoir sur cette voie de passage qui relève du droit international, au moment où la République islamique impose un droit de péage aux cargos qu’elle autorise à traverser? Cherche-t-il à entraîner Téhéran dans une nouvelle guerre que son allié israélien est prêt à reprendre? Ou tente-t-il d’alléger la pression sur les marchés pour initier une baisse du prix du pétrole? La réponse peut être la somme des quatre. Les prix du pétrole se sont d’ailleurs stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale du brut, à 109,29 dollars, bien loin des 126 dollars de jeudi. Selon le site d’informations Axios, qui cite un officiel américain Donald Trump en a surtout assez de cette situation de «ni guerre ni paix» et veut un accord au plus vite avec Téhéran, sans exclure un grand coup militaire au cas où la République islamique continuerait de miser sur le facteur temps. Salves de missiles contre les EAU Déterminé à ne pas se laisser intimider, l’Iran a réagi par des menaces qu’il a vite mis à exécution, sans pour autant oser cibler directement les navires de guerre américains. Après la mise en garde du commandement militaire iranien qui avait prévenu qu'il compte «cibler et attaquer» l'armée américaine si elle s'approchait du détroit d'Ormuz, des missiles de croisière, des roquettes et des drones de combats iraniens ont été tirés une première fois «en guise d’avertissement» contre le Golfe arabique, ciblant soi-disant des frégates de l'armée américaine. Dans un développement grave, ces tirs ont été cependant suivis d’au moins trois autres salves qui ont visé différents sites aux Émirats arabes unis. Le ministère émirati de la Défense a annoncé que des missiles de croisière ont été interceptés «au-dessus de leurs eaux territoriales et de Dubaï». Trois ressortissants indiens ont été blessés dans une frappe qui a visé lundi le site pétrolier de Fujairah, où un incendie s’est déclaré. Les salves sont intervenues après que le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) ait annoncé une première mission d’escorte navale réussie. «Des destroyers lance-missiles de la Marine américaine opèrent actuellement dans le Golfe après avoir franchi le détroit d'Ormuz dans le cadre du «Projet Liberté». Les forces américaines contribuent activement aux efforts pour rétablir le trafic maritime commercial», a écrit le commandement américain pour la région sur son compte X. «Dans un premier temps, deux navires marchands battant pavillon américain ont traversé avec succès le détroit d'Ormuz et poursuivent leur trajet», a-t-il précisé. Il devait ensuite promette de réagir aux attaques iraniennes «conformément aux instructions du président Donald Trump». Ce dernier a pour sa part menacé de «raser l’Iran de la surface de la terre s’il frappe des navires militaires américains». Dans sa guerre d’usure contre l’Iran, le président américain venait cependant de marquer un nouveau point, en privant Téhéran d’un important levier de pression, au risque de déclencher un nouveau round de combats. Donald Trump avait averti dimanche soir, en annonçant l’opération «Project Freedom», qu’il «traiterait par la force» toute tentative iranienne de la perturber. Selon le Centcom l’opération en question implique des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15 000 soldats. Reste à voir comment les Iraniens vont réagir au cours des prochains jours à ce nouveau défi américain, qui a suscité des réactions mitigées à l’échelle européenne. Le président français Emmanuel Macron, a fait part de son scepticisme, estimant que le cadre de l’opération américaine «n’est pas clair» et que la réouverture du détroit devrait être le fruit d’une décision «concertée entre l’Iran et les États-Unis». Parallèlement, le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé que la réouverture de ce passage maritime représente «une priorité économique vitale» mais est resté réservé au sujet de l’opération «Project Freedom». Et au Liban? Au Liban, c’est une épreuve de force de tout un autre genre qui continue de se dérouler, avec pour toile de fond, les négociations directes à venir entre Beyrouth et Tel Aviv. Washington reste déterminé à accélérer ce processus censé mettre un terme à la guerre qui reste pour l’heure limitée au Liban-Sud, entre Israël et le Hezbollah, et régler pour de bon, l’obstacle que représente cette formation, totalement inféodée à l’Iran, pour un rétablissement de la souveraineté libanaise. L’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, s’est rendu auprès du président Joseph Aoun, pour l’encourager à aller de l’avant dans ce processus et à rencontrer, à Washington, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. «Une occasion pour lui présenter les revendications de son pays», a-t-il défendu au cours de la conférence de presse qui a suivi l’entretien. Selon lui, une telle rencontre ne serait «ni une perte ni une concession pour le Liban». «Benjamin Netanyahu est-il une croque-mitaine? Il n’est qu’une partie prenante aux négociations», a-t-il lancé, avant d’annoncer qu’il compte également se rendre auprès du président de la Chambre, Nabih Berry. La démarche de l’ambassadeur lui a valu une levée de boucliers du Hezbollah, lequel a appelé les autorités à le déclarer persona non grata. Mais le chef de l’État campe toujours sur ses positions. Joseph Aoun a réaffirmé dans un communiqué publié par son bureau de presse qu’une rencontre avec Netanyahu reste pour l’heure «inopportune». Selon lui, la priorité va à un accord de sécurité et à l’arrêt des attaques israéliennes contre le Liban. Au Liban-Sud, les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes faisaient rage lundi. La formation pro-iranienne a lancé en fin de journée une importante salve de roquettes contre le nord israélien et annoncé des combats au corps à corps avec des soldats israéliens, dans un secteur entre Deir Seriane et Zawtar al-Charkieh, pendant que son chef, Naïm Qassem, dénonçait de nouveau dans un communiqué, les opérations militaires israéliennes au sud du pays et réitérait son opposition à des négociations directes entre le Liban et Israël. S’il s’est dit favorable à une solution diplomatique, il a jugé que les pourparlers devraient être indirects, ce qui permettrait concrètement à sa formation d’avoir son mot à dire dans le processus, comme cela avait été le cas lors des négociations indirectes pour la délimitation des frontières maritimes avec Israël. Celles-ci avaient été menées, comme on le sait, par son allié, le président de la Chambre, Nabih Berry. Naïm Qassem, dont la formation avait décidé d’attaquer Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne ciblée, a estimé ainsi que «c’est le Liban qui est agressé et qui a besoin de garanties pour sa sécurité et sa souveraineté».

Le dernier venin
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Akram Nehmé
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Le Hezbollah, qui pendant des années faisait trembler tout le pays avec ses armes, ses hommes et ses menaces, en est aujourd'hui réduit à salir le patriarche maronite Béchara Raï à travers des armées de comptes anonymes, de faux courage et d'insultes écrites derrière un écran. Même leur manière de tomber devient petite. Pourquoi cette rage ? Parce que le patriarche a simplement rappelé une chose devenue insupportable pour eux : le Liban appartient aux Libanais. Une phrase simple. Une phrase normale. Et pourtant ils n'arrivent plus à la faire taire. Alors ils frappent dans le vide, comme quelqu'un qui sent que le sol se dérobe sous ses pieds. Ce n'est pas un signe de puissance. C'est exactement l'inverse. Les mouvements sûrs d'eux-mêmes n'ont pas besoin d'envoyer des anonymes attaquer un homme d'Église. Quand on remplace les arguments par la boue, c'est qu'au fond on sait déjà qu'une partie de la bataille est perdue. Il existe un moment dans la vie des organisations où elles comprennent que la peur qu'elles inspiraient commence à disparaître. Et quand la peur s'en va, il ne reste plus grand-chose. C'est là que viennent les réactions nerveuses, les insultes, les excès, les coups inutiles. Comme un scorpion acculé qui pique une dernière fois, non parce qu'il domine encore, mais parce qu'il ne sait plus mourir autrement. Dans l'histoire du Liban, lorsqu'un mouvement commence à s'attaquer avec hystérie à une autorité religieuse, c'est souvent le révélateur qu'il a épuisé ses autres recours. L'argument politique ne convainc plus. L'argument militaire ne suffit plus. Alors il reste la boue. Mais la boue lancée contre un patriarche ne salit pas celui qu'elle vise. Elle révèle surtout celui qui la lance. Ce qui se passe aujourd'hui dépasse largement une polémique contre le Patriarche Raï. C'est le spectacle d'un système qui sent que le temps change autour de lui. Et un système qui sent sa fin devient souvent agressif, désordonné et bruyant. Le plus dur pour eux, c'est ce moment très précis où la peur change de camp. Un mort ne sait pas qu'il est mort. Mais un mourant, lui, le sait.