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Un milicien visiblement heureux après la prise de contrôle par le Hezb de la partie ouest de Beyrouth. (AFP)
Strategia
Portrait de l'auteur
Par Khalil Helou
Publié sept. 7, 2026 - 13:10
Cette série d’articles permet de mieux comprendre la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Notre approche vise à laisser au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Les quatorze parties précédentes étaient une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah, ses conflits armés avec Israël et son hégémonie au Liban, depuis l’accord de Taëf, jusqu’à l’accord de Doha. Mai 2008, la montagne après Beyrouth. Le 7 mai 2008, le Hezbollah et ses alliés (le mouvement Amal et le Parti syrien national social, PSNS) occupèrent manu militari les bureaux du Courant du Futur de Saad Hariri à Beyrouth et une grande partie des quartiers sunnites de la capitale, qui constituaient la base populaire de la coalition du 14 Mars. Les positions du Courant du Futur sont rapidement tombées aux mains des attaquants, l’armée s’était largement tenue à l’écart de ces affrontements, et les médiations politiques n’ont pas eu le temps d’arrêter l’opération. Le commandant en chef de l’armée était confronté à un dilemme : d’une part, il était conscient que l’intervention de la troupe par la force en milieu urbain serait coûteuse en vies humaines aussi bien civiles que militaires, sans compter les dégâts matériels; d’autre part, il faisait face à la frustration des officiers, surtout ceux de confession sunnite, qui voyaient les quartiers de leurs proches privés de la protection de l’armée. Le siège de la Future TV saccagé à Beyrouth. (AFP) L’état-major avait toujours en mémoire la bataille de Nahr El Bared qui avait opposé l’armée à l’organisation terroriste Fatah al Islam un an auparavant, et qui avait coûté la vie à 170 militaires dans des combats qui avaient duré 105 jours sur un théâtre d’opérations moins urbain et vide de ses habitants, ne dépassant pas un kilomètre carré. Une bataille à Beyrouth où la population est dense, aurait été trop coûteuse en vies humaines, se serait étendue géographiquement sur tout le territoire libanais et aurait été sans fin, avec un Hezbollah jouissant de lignes logistiques grandes ouvertes depuis la Syrie. Cependant, l’armée a eu l’opportunité de se déployer en force entre le Hezbollah et les partisans du Courant du Futur dans la rue Mazra’a, empêchant par la force tout mouvement milicien de traverser cette rue de part et d’autre, et empêchant une attaque contre le quartier de Tarik el Jdideh, bastion du Courant du Futur. La troupe a également constitué des carrés de sécurité autour du sérail gouvernemental où se trouvait le Premier ministre Fouad Siniora, et autour de la résidence de Walid Joumblatt, ténor de la coalition du 14 Mars. Des miliciens chiites près de la rue de Hamra: celui qui manipule une roquette antichar RPG-7 porte l’uniforme des Forces de sécurité intérieure… (AFP) Ces mesures, en plus des contacts entrepris par les capitales du Golfe, ont contribué à dissuader le Hezbollah d’attaquer le Sérail. Toutefois, le parti chiite a voulu contrôler le bastion druze du Mont-Liban. Les tensions ont atteint leur apogée le 9 mai lorsque des militants du Hezbollah ont enlevé des policiers municipaux à Aley, déclenchant une riposte de la milice du Parti Socialiste Progressiste (PSP) druze. Les combats se sont rapidement généralisés à Choueyfat, Aley, Souk el Gharb et Baisour. Les deux camps ont utilisé les armes lourdes et les combattants du PSP ont pris position dans les anciennes fortifications et tranchées héritées de la guerre civile, réussissant ainsi à stopper l’avance du Hezbollah. Celui-ci a tenté à occuper sans succès la colline 888 surplombant l’aéroport de Beyrouth, située entre Aley et Souk el Gharb. Par contre, il a réussi à occuper l’ancienne forteresse de Niha, au Chouf, afin de sécuriser une ligne logistique directe reliant la Békaa au Liban-Sud sans devoir passer par la route côtière. Le dirigeant druze libanais Walid Joumblatt (au premier plan, au centre) et le ministre de l’Information Ghazi al-Aridi (au centre à gauche) participent à un rassemblement dans le village druze de Baysour, au Mont-Liban, au lendemain de la levée des barrages routiers dans la capitale, qui a mis fin à une semaine de violences meurtrières. (AFP) Durant la journée du dimanche 11 mai le Hezbollah a tenté d’attaquer sans succès Barouk et Choueyfat, ce qui a coûté la vie à 36 de ses combattants, dont le commandant de la force attaquante à Choueyfat. Le même jour, l’armée s’est déployée dans la ville, sommant les deux parties à se retirer. Le PSP a alors remis ses positions à la troupe, et le Hezbollah s’est retiré avec ses morts et blessés. Des responsables politiques alliés au Hezbollah ont tenté par des voies indirectes et directes de retarder le déploiement de l’armée à Choueyfat, en vain. Leur but était de donner le temps au Hezbollah de se réorganiser, de reprendre l’offensive, et de réaliser une victoire dans la ville, mais le commandant de la troupe qui était en charge de la mission a répondu par une fin de non-recevoir épargnant ainsi à la ville des destructions supplémentaires, et soulageant les villages environnants de Kfarchima, Wadi Chahrour et Bsaba. Les miliciens ont laissé sur la porte de cet appartement à Choueifat un message assez clair... (AFP) Le même jour, le Hezbollah a propagé des rumeurs complètement infondées, affirmant que les Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea s’apprêtaient à attaquer la résidence de Michel Aoun, leader du Courant Patriotique Libre (CPL) à Rabieh, et les villages chiites du caza de Jbeil. Ces rumeurs visaient à étendre le conflit armé vers les régions chrétiennes en y impliquant le CPL et les FL. Toutefois, les services de renseignements militaires sont intervenus et ont mis fin à ces rumeurs. Le triptyque, armée, peuple, résistance Le courant du Futur et ses alliés de la coalition du 14 Mars ont été menés à négocier après leur défaite du 7 mai 2008. Le Qatar s’imposa comme médiateur et parraina l’accord de Doha (mai 2008) qui était un compromis largement en faveur du Hezbollah et ses alliés. Cet accord a abouti à l’élection du commandant en chef de l’armée le général Michel Sleiman à la présidence de la République, comblant ainsi un vide présidentiel de six mois, car aucun des deux candidats à la présidence des alliances du 14 et du 8 Mars ne pouvait assurer une majorité suffisante des votes au Parlement. Fouad Siniora a été reconduit à son poste de Premier ministre et avec l’implication directe du Qatar, il forma un gouvernement d’union nationale. Toutefois, ce gouvernement était à l’avance destiné à la paralysie concernant les grandes décisions car il comprenait 16 ministres appartenant à la majorité parlementaire du 14 Mars, et 11 à l’opposition du 8 Mars, incluant le Hezbollah, le mouvement Amal et le CPL. Ces derniers avaient donc le « tiers de blocage ». La déclaration ministérielle de ce gouvernement incorpora la formule du triptyque « armée, peuple, résistance. Cette formule avait commencé son cheminement avec Emile Lahoud et Hassan Nasrallah. Lahoud, lors d’un discours devant l’assemblée générale de l’ONU, le 21 septembre 2006, juste après la guerre de juillet entre le Hezbollah et Israël, déclara textuellement : « … cette barbarie (israélienne) n’a pas affaibli mon peuple, ni entamé sa détermination à résister, ni influé sur son attachement à l’Etat, à l’armée et à la résistance nationale … ». Déjà dans les années 1990, lorsqu’il était commandant en chef de l’armée, il signifiait dans ses allocutions les liens indissociables entre soldats réguliers, les citoyens et la résistance face à Israël. Hassan Nasrallah pour sa part, expliquait dans ses multiples discours, après la guerre des 33 jours, que le Liban avait pu résister à Israël uniquement grâce à la coordination spontanée entre l’armée et des militants, et le soutien de la population.
L'Essentiel de la semaine
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Par LevantTime . - Publié sept. 6, 2026 - 23:27
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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
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Par
Akram Nehmé
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Le Hezbollah, qui pendant des années faisait trembler tout le pays avec ses armes, ses hommes et ses menaces, en est aujourd'hui réduit à salir le patriarche maronite Béchara Raï à travers des armées de comptes anonymes, de faux courage et d'insultes écrites derrière un écran. Même leur manière de tomber devient petite. Pourquoi cette rage ? Parce que le patriarche a simplement rappelé une chose devenue insupportable pour eux : le Liban appartient aux Libanais. Une phrase simple. Une phrase normale. Et pourtant ils n'arrivent plus à la faire taire. Alors ils frappent dans le vide, comme quelqu'un qui sent que le sol se dérobe sous ses pieds. Ce n'est pas un signe de puissance. C'est exactement l'inverse. Les mouvements sûrs d'eux-mêmes n'ont pas besoin d'envoyer des anonymes attaquer un homme d'Église. Quand on remplace les arguments par la boue, c'est qu'au fond on sait déjà qu'une partie de la bataille est perdue. Il existe un moment dans la vie des organisations où elles comprennent que la peur qu'elles inspiraient commence à disparaître. Et quand la peur s'en va, il ne reste plus grand-chose. C'est là que viennent les réactions nerveuses, les insultes, les excès, les coups inutiles. Comme un scorpion acculé qui pique une dernière fois, non parce qu'il domine encore, mais parce qu'il ne sait plus mourir autrement. Dans l'histoire du Liban, lorsqu'un mouvement commence à s'attaquer avec hystérie à une autorité religieuse, c'est souvent le révélateur qu'il a épuisé ses autres recours. L'argument politique ne convainc plus. L'argument militaire ne suffit plus. Alors il reste la boue. Mais la boue lancée contre un patriarche ne salit pas celui qu'elle vise. Elle révèle surtout celui qui la lance. Ce qui se passe aujourd'hui dépasse largement une polémique contre le Patriarche Raï. C'est le spectacle d'un système qui sent que le temps change autour de lui. Et un système qui sent sa fin devient souvent agressif, désordonné et bruyant. Le plus dur pour eux, c'est ce moment très précis où la peur change de camp. Un mort ne sait pas qu'il est mort. Mais un mourant, lui, le sait.

Les élections palestiniennes… «Bâqoun»

Au lendemain de l’opération du 7 octobre, baptisée « Déluge d’Al-Aqsa » par le mouvement Hamas, la réplique israélienne s’est développée pour englober une vengeance collective contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie, jusqu’à devenir une guerre de déplacement et d’extermination. L’Autorité nationale de Ramallah adopta alors la revendication d’une protection internationale et brandit un slogan d’un seul mot, « Bâqoun » — Nous restons — pour briser la barbarie israélienne soutenue par certains États occidentaux et résister à l’épuration ethnique dirigée vers le désert du Sinaï. Si l’Égypte et la Jordanie n’avaient pas pris une position ferme en soutien à l’Autorité nationale et à son président Mahmoud Abbas derrière ce slogan, qui demeure aujourd’hui adopté dans toutes les enceintes politiques et internationales et qui structure l’activité quotidienne palestinienne, les choses auraient pris un tout autre cours. C’est ce dont nous avons été témoins lors des élections locales et municipales qui se sont tenues récemment en Cisjordanie et dans une seule ville du territoire de Gaza : Deir al-Balah. Deir al-Balah la survivante C’est vers elle que se sont dirigés les flots humains venus de la ville de Gaza au nord, et de Rafah et de Khan Yunis au sud, à la suite des campagnes de destruction méthodique. La ville s’est transformée en une masse humaine compacte de rescapés entassés les uns sur les autres, et malgré les bombardements et les destructions qui l’ont frappée, la densité de ses habitants a triomphé de la guerre d’extermination. La ville tient son nom du monastère fondé par saint Hilarion, mort en 372 après J.-C., premier monastère chrétien du territoire de Gaza, entouré d’une forêt de palmiers. Après son nom canанéen, « al-Daroum » ou « al-Daron », elle est devenue Deir al-Balah, et a traversé les siècles sans disparaître de la carte de l’humanité depuis le quatorzième siècle avant notre ère, ainsi que l’attestent ses vestiges culturels, sa forteresse et les tombes de ceux qui l’ont fondée, habitée et édifiée. L’insistance de l’Autorité nationale de Ramallah à s’accrocher à l’unité géographique de la Palestine a fait de l’organisation d’élections dans cette ville la seule option qu’il était possible d’arracher au président du « Conseil de la paix » Donald Trump, afin de prouver que le processus de la solution à deux États demeurait vivant. Cette victoire partielle que le slogan « Bâqoun » a remportée sur notre sol constitue désormais le socle sur lequel s’appuient les processus électoraux entrepris pour regénérer la légitimité palestinienne en cette année. Une problématique constitutionnelle Le débat intérieur a enflé sans jamais s’éteindre autour du décret présidentiel amendant la « loi 23 » de 2025 relative aux élections, dont le cœur est la disposition suivante : [les candidats d’une liste doivent reconnaître leur acceptation des élections locales au sein de cette liste et leur engagement envers l’Organisation de libération de la Palestine en tant que représentant légitime et unique du peuple palestinien, envers son programme politique national et envers les décisions pertinentes de la légitimité internationale]. C’est sur cette base que les factions de l’islam politique et de la gauche nationaliste, le Hamas et le Front populaire qu’avait jadis dirigé le docteur George Habache, se sont unies pour refuser de participer aux élections, tandis que certaines élites palestiniennes continuaient à en contester la légitimité et à en minimiser la portée. Ce débat n’est pourtant pas nouveau, et cet amendement ne constitue rien d’autre que la correction d’une erreur stratégique antérieure commise par l’Autorité nationale, qui avait permis, lors des élections générales depuis les années quatre-vingt-dix, la participation de forces extrémistes ayant déclaré la guerre aux accords d’Oslo et œuvrant au renversement de l’Autorité elle-même, dont elles n’ont cessé de dénoncer la trahison — objectif qu’elles poursuivent encore aujourd’hui, au nom de leur rejet absolu du programme national proclamé en 1988 et du « document de déclaration d’indépendance de la Palestine ». Dans la mesure où la situation politique palestinienne n’a pas encore atteint la maturité nécessaire à la proclamation d’une constitution, laquelle constituerait la référence première de légitimité de toute autorité élue, c’est la référence du « document d’indépendance » et la reconnaissance par la majorité des États du monde de l’OLP comme représentant légitime et unique qui demeurent le fondement juridique et constitutionnel, en attendant que l’on puisse se doter d’une constitution pour l’État de Palestine. Les résultats En l’absence des listes partisanes et de factions dans les élections municipales, le poids et le rôle des familles et des clans ont augmenté, ceux-ci représentant les cadres actifs de la société palestinienne, et leur capacité d’action s’est renforcée parallèlement à l’affaiblissement de l’Autorité et de ses appareils sécuritaires durant cette période. Cela n’a pas pour autant dissimulé l’appartenance des listes électorales à l’un ou l’autre des deux pôles, Fatah ou Hamas, dans un contexte de recul et d’effacement des forces indépendantes situées hors de cette fracture verticale. Et si les résultats à Deir al-Balah et en Cisjordanie ont tourné en faveur du Fatah, la mesure ici n’est pas tant celle du vainqueur que celle du taux de participation, qui a atteint 56 % en Cisjordanie contre 53,7 % en 2017, ce qui signifie que l’appel au boycott n’a pas entamé la participation malgré la faiblesse extrême dont souffre l’Autorité nationale sous l’occupation israélienne et ses mesures répressives et humiliantes tout à la fois. Une autre lecture permet de dire que le Fatah, qui pâtit d’un déclin de son rendement organisationnel et du rendement de ses cadres au sein des appareils de l’Autorité et des ministères, n’en a pas été le vecteur déterminant, autant que le courant populaire fathaoui lui-même, antérieur à l’organisation en tant que véritable assise du mouvement. Ce courant demeure puissamment présent dans toutes les configurations de la scnne palestinienne, quelles que soient la gravité des difficultés organisationnelles du mouvement Fatah et les défaillances de ses appareils. La question la plus importante n’est pas la victoire du Fatah, mais bien la capacité de l’Autorité nationale, sous les pressions les plus intenses, à réaliser son slogan « Bâqoun », qui prive de sommeil le gouvernement le plus extrémiste qu’ait jamais connu Israël et qui démontre l’échec de ce dernier dans le projet d’épuration ethnique et de déplacement qu’il a pourtant affiché ouvertement. Quant aux élections à Deir al-Balah — qui représente le lien entre la Cisjordanie et Gaza, et le modèle vivant des rescapés du génocide, des « Bâqoun » de la bande de Gaza — la compétition y a porté sur quinze sièges au conseil municipal, avec la participation de quatre listes électorales. La liste « Nahdat Deir al-Balah », proche du Fatah, a obtenu six sièges ; la liste « Mustaqbal Deir al-Balah » en a remporté cinq ; la liste indépendante « Paix et construction » a décroché deux sièges, tout comme la liste « Deir al-Balah Tajma’una », proche du Hamas, qui en a obtenu deux également. L’importance de ranimer le processus électoral, quelles qu’en soient les lacunes et les insuffisances, tient à ce qu’il demeure la seule voie pour réactiver le système politique palestinien et permettre au citoyen d’exercer son droit au vote en tant que partie intégrante de son droit à l’autodétermination, d’autant que cette année devrait encore voir, avant sa fin, les élections du Conseil national et du Conseil législatif, ainsi que les élections présidentielles. Si l’Autorité nationale parvient à mener à terme la phase la plus périlleuse et la plus complexe du processus électoral, le navire de la Palestine pourra alors trouver son port dans le port de Gaza.

Négociations: les USA et l’Iran jouent la carte du temps

La semaine écoulée peut être placée sous le signe des atermoiements au niveau des négociations US-Iran, où aucune percée majeure n’a été constatée malgré deux propositions iraniennes que le médiateur pakistanais a fait parvenir aux États-Unis. Jusque-là, de nombreux analystes soutenaient que l’Iran jouait la carte du temps, de par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, face à un Donald Trump qui serait pressé d’en finir avec la guerre, avant de devoir rendre des comptes au Congrès, après 60 jours de guerre, comme le veut la Constitution américaine. Mais depuis, il a y eu un retournement de situation: c’est le blocus américain sur les ports iraniens qui met la pression sur Téhéran. Les conséquences sont visibles de par la très importante dévaluation de sa monnaie nationale et un effondrement économique que les autorités iraniennes peuvent difficilement cacher, malgré leur rhétorique triomphaliste. Le président américain a dans le même temps pu contourner l’obstacle du Congrès cette semaine en estimant que vu le cessez-le-feu depuis le 7 avril, les jours de guerre ne se comptent pas comme 60 mais comme 38. Le temps ferait-il donc plus défaut aux Iraniens qu’aux Américains désormais? Alors que la semaine avait commencé par un refus américain d’une première proposition iranienne, les négociateurs iraniens ont fait parvenir vendredi une deuxième aux États-Unis via le médiateur pakistanais. Les conditions avancées restent presque identiques aux premières: un délai d’un mois pour trancher les principales questions en suspens, une cessation définitive des hostilités sur tous les fronts, notamment au Liban, un ajournement des pourparlers sur le nucléaire, une réouverture du détroit d’Ormuz, des indemnités pour les dégâts de guerre et un déblocage des fonds iraniens gelés… «L’Iran n’a pas encore payé un prix assez fort» À cette proposition, Donald Trump a répondu avec scepticisme (même si la réponse américaine officielle n’a pas encore été donnée). Devant des journalistes à la Maison Blanche, il a affirmé ne pas être «satisfait». Puis sur son réseau Truth Social, il a écrit: «L’Iran n’a pas encore payé un prix assez fort». Et même si les derniers jours ont été marqués par un attentisme sur le front des négociations Iran-US, les bruits de bottes n’ont pas complètement disparu. Ainsi, vers la fin de la semaine, l’armée iranienne elle-même estimait «probable» une reprise des combats avec les Américains, les accusant une nouvelle fois de ne respecter aucun accord. De son côté, le site américain Axios a relayé des informations suivant lesquelles le Commandement central américain pour le Moyen-Orient avait préparé un plan pour des frappes de courte durée et de grande intensité sur l’Iran, au cas où ce serait nécessaire pour débloquer les négociations. Les Israéliens, mécontents depuis le début de cette trêve dans les combats, ne sont pas en reste: jeudi, leur ministre de la Défense Israel Katz a dit que son pays pourrait agir à nouveau contre l’Iran. Coût exorbitant à tous les niveaux Cette semaine a aussi été celle de la réapparition d’un autre acteur-clé au Moyen-Orient, qui se faisait discret jusque-là: le président russe Vladimir Poutine, qui recevait le weekend dernier le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a eu un entretien téléphonique avec Donald Trump cette semaine. Le Kremlin a annoncé que Poutine avait exposé à Trump les graves conséquences qu’aurait une nouvelle campagne militaire contre l’Iran. En tout état de cause, cette guerre lancée le 28 février dernier a un coût à tous les niveaux. Mondialement, la hausse des prix du carburant oblige les gouvernements du monde entier à prendre des mesures afin d’en limiter les dégâts, et pèse sur tous les secteurs: un exemple flagrant cette semaine est celui d’une compagnie aérienne américaine qui a cloué ses avions au sol. Pour les États-Unis, ce conflit a coûté 25 milliards de dollars jusque-là, selon les estimations du Pentagone. Un coût pour l’Iran évidemment, qui commence à donner des signes d’essoufflement. Et pour la Chine aussi, indirectement, qui importait une bonne partie de son pétrole d’Iran à prix préférentiel. Autre conséquence de la guerre en Iran, la poursuite effrénée des arrestations d’opposants et d’exécutions. Cette semaine, le Haut-commissariat des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé 21 exécutions et près de 4000 arrestations en Iran depuis le début du précédent conflit. Les rapports sur les craintes des Gardiens de la Révolution concernant un éventuel nouveau soulèvement populaire en raison des difficultés économiques se multiplient dans les médias. Également dans l’intérieur iranien, il faut noter un rapport publié cette semaine par Reuters montrant l’emprise des Gardiens de la Révolution iranienne sur le pays dorénavant, avec un Guide suprême affaibli. La scène libanaise, victime du choc des agendas Parallèlement à l’attentisme dans le dossier iranien, la scène libanaise est bouillante à plusieurs niveaux. Elle reste marquée par des tiraillements entre le camp qui reste attaché à l’influence iranienne, et les autorités officielles libanaises qui tentent d’extirper le pays de cette mainmise, au risque d’être soumises à des pressions américaines de plus en plus insistantes. Ces tiraillements se sont illustrés cette semaine par l’échec d’une réunion prévue au palais présidentiel de Baabda entre le président de la République Joseph Aoun, le chef du Parlement Nabih Berry (également à la tête d’Amal, mouvement chiite allié du Hezbollah) et le Premier ministre Nawaf Salam, en vue de discuter des modalités des négociations directes entre le Liban et Israël, commencées dans la première semaine de mars. L’hésitation est venue de Berry, qui avait auparavant affiché sa préférence pour des négociations indirectes, estimant dans un entretien avec le journal al-Sharq al-Awsat qu’«il n’est pas justifié de négocier sous le feu israélien». Le président Aoun, lui, est en proie à une pression américaine intense en vue d’une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche. Il continue cependant d’y opposer un refus tant que le cessez-le-feu ne serait pas total, disant préférer, selon les sources de Baabda à la MTV, que la «photo» que recherche Washington vienne couronner un accord éventuellement, pas précéder celui-ci. Face aux pressions internes, le président a clairement déclaré cette semaine qu’il refuserait «un accord humiliant pour le Liban». Côté américain, l’impatience se fait ressentir. Donald Trump a mentionné, dans l’une de ses déclarations intempestives, qu’une rencontre Aoun-Netanyahu aurait lieu «dans les deux semaines». Mais le coup de pression le plus insistant est venu d’un communiqué de l’ambassade des États-Unis à Beyrouth jeudi, qui met en avant «la possibilité, pour le Liban, de décrocher des garanties concrètes de pleine souveraineté, de recouvrement de l’intégralité de son territoire, de sécurité de ses frontières, de soutien humanitaire et d’aide à la reconstruction» par les Etats-Unis, s’il accepte une telle réunion. Le texte parle «d’occasion historique». Aucun doute que le président Aoun est au cœur de tous les tiraillements, tout comme le Premier ministre Nawaf Salam. Ils sont régulièrement la cible de campagnes diffamatoires de plus en plus orchestrées et virulentes par le «public de la Résistance». Cette semaine, un rapport des services secrets israéliens, relayé par des médias israéliens, a parlé de «potentielles» menaces sur la vie du président libanais en raison de son engagement en faveur des négociations directes avec Israël. Une menace «que Baabda prend au sérieux», selon ses sources à des médias libanais, mais qui «ne feront pas reculer le président dans son initiative pour sauver le Liban». «Angry Birds» et violence au Sud Joseph Aoun s’attache donc à ses principes pour traverser la tempête, qui se déchaîne aussi de l’intérieur. Le bloc parlementaire du Hezbollah a publié un communiqué particulièrement virulent cette semaine, dénonçant «le déclin» des autorités libanaises dans leur engagement en faveur de négociations avec Tel Aviv, les accusant de «se soumettre aux diktats» américains. Les tensions sont également passées dans le domaine virtuel: une vidéo d’animation parodique publiée par la chaîne LBCI montrant les dirigeants du Hezbollah, notamment Naïm Qassem, son secrétaire général, sous les traits des personnages des «Angry Birds», a causé un vif émoi au sein du «public du Hezbollah» et force injures. Celui-ci s’est déchaîné contre le patriarche maronite Béchara Raï, victime d’une campagne de dénigrement ayant dépassé toutes les lignes rouges possibles, et qui a été condamnée par les trois pôles du pouvoir. Cette nervosité de la base du Hezbollah s’explique notamment par la situation au sud du pays: la semaine a été extrêmement violente, avec un nombre croissant de raids aériens, de bombardements, de dynamitage de villages entiers et de morts. Même si Israël semble lui aussi pris dans un bourbier, les dégâts sont infimes de son côté comparé à ceux essuyés par le Hezbollah et la population libanaise. Dimanche, un appel pour l’évacuation de onze nouveaux villages a été de nouveau lancé par l’armée israélienne. On retiendra, cette semaine, une demande de Netanyahu, lors d’un coup de fil à Trump, d’un élargissement des opérations au Liban. Demande rejetée par le président américain qui ne veut pas mettre en péril les négociations sur les deux dossiers. Ce dernier a «conseillé» au Premier ministre israélien d’arrêter de détruire des immeubles au Liban parce que cela «nuit à l’image d’Israël».

Les bibliothèques qui s’effacent
Par
Rita Barotta
Publié

«La mémoire est en danger. Vos livres et les nôtres sont en péril imminent.» C’est ainsi que Rasha el-Ameer, écrivaine et éditrice libanaise, a réagi à l’image de la bibliothèque d’Azza Baydoun, chercheuse travaillant sur les causes des femmes à Bint Jbeil, au Liban-Sud. Aucun savoir certain sur l’état de la maison. Aucun sur le sort de la bibliothèque. Il ne circule, d’un regard à l’autre, que l’inquiétude, et avec, des questions sans réponse: qui sait vraiment? Que reste-t-il? Qu’est-ce qui a disparu? C’est dans cette inquiétude même que la perte prend forme, dans cet intervalle où la certitude fait défaut. L’attente s’y suspend, entre des images satellitaires imprécises et une mémoire qui anticipe déjà la catastrophe. La disparition n’a pas besoin d’être attestée pour s’imposer comme expérience intérieure ; la perte s’éprouve avant même d’être établie. Elle prolifère en hypothèses, en scénarios possibles, chacun plus insoutenable que le précédent. Que signifie la disparition d’une bibliothèque et plus encore, d’une bibliothèque personnelle, patiemment constituée, longuement habitée, façonnée au fil des années jusqu’à devenir une forme d’héritage intime? Quiconque possède une bibliothèque — et nous sommes nombreux, innombrables peut-être, dans ce pays — sait qu’il ne s’agit pas d’un simple agencement de livres. C’est un temps stratifié. Les couches de nos lectures, les dispersions de notre attention, nos abandons et nos retours. Les livres nous portent autant que nous les portons. Ils conservent la trace de notre passage: un trait de crayon, une note marginale, un signe discret laissé sur une page promise à une relecture et souvent laissée en suspens. Ils composent une architecture vivante de la mémoire, que nous oublions parfois jusqu’à ce qu’elle nous rappelle à elle. La bibliothèque est le lieu où se forme une relation lente au savoir — une temporalité à contre-courant de l’urgence. Elle est, à ce titre, profondément intime, précieuse, irremplaçable. Sa perte atteint ce qu’il y a de plus concret dans l’expérience intérieure: la seule matérialité capable d’épouser les méandres de notre vie psychique. Dans Cristallisation secrète de Yoko Ogawa (2009, Actes Sud) les choses disparaissent graduellement, s’effaçant du monde avant de s’effacer des esprits. Une autorité en régit le processus, en impose la cadence, en surveille l’exécution. Les habitants oublient, s’ajustent, jusqu’à ce que l’absence cesse d’être perçue comme une anomalie. Ici, la disparition obéit à d’autres régimes. Nulle instance unique ne la décrète, nul temps ne permet de l’assimiler. Les choses disparaissent à mesure que le monde qui les portait se défait. Les livres disparaissent avec les maisons, avec les pièces, avec les gestes qui les animaient. Tout advient dans une simultanéité brutale, à une vitesse qui excède la pensée et interdit la distance. À travers l’histoire, la destruction des livres n’a jamais relevé du hasard. Viser une bibliothèque, c’est atteindre ce qu’elle condense : savoir, mémoire, continuité. Deux termes en rendent compte: biblioclasm , la destruction des livres ; libricide , celle des livres et des bibliothèques comme geste délibéré. Il s’agit d’une mise à mort des livres, une violence dirigée contre la mémoire elle-même, visant à en effacer les traces et à en interrompre la transmission. Cibler les livres ne consiste pas seulement à les retirer de la circulation. C’est aussi réduire le champ du pensable, contracter l’horizon de ce qui peut encore être imaginé. Ainsi, de siècle en siècle, les livres ont été pris pour cibles. Des bibliothèques antiques disparues aux autodafés européens, des archives détruites lors des conflits contemporains aux fonds documentaires anéantis, une même logique se répète: maîtriser le savoir, c’est infléchir le récit, décider de ce qui sera dit, de ce qui sera effacé, et de ce qui restera à jamais hors de portée. Chaque bibliothèque détruite amoindrit notre capacité à comprendre, à relire, à déplacer le sens. Et pourtant, l’histoire n’est pas seulement celle de la destruction. Elle est aussi celle d’une obstination. Dans les moments de péril, des individus ont tenté de sauver les livres en les dissimulant, en les enterrant, en les transportant ailleurs. Dans la Chine ancienne, face aux autodafés, certains lettrés choisirent de les cacher. Ailleurs, des textes furent conservés dans des grottes, murés dans des parois, pour ressurgir des siècles plus tard. Parfois, ils ne subsistaient qu’à l’état de palimpsestes : un texte inscrit sur un autre, en couches superposées, comme si la mémoire, menacée d’effacement, cherchait une autre forme de persistance, un détour pour survivre. Ces récits n’annulent pas la disparition. Ils témoignent de ce qui lui faisait face: un geste, une tentative, une résistance. Dans d’autres contextes, la perte se concentrait en un instant. L’incendie de la bibliothèque de Sarajevo ne détruisit pas seulement un édifice ; il emporta la mémoire d’une ville entière. Un événement localisable, datable, vers lequel il est possible de revenir. La guerre civile libanaise, elle, a produit une autre configuration. Aucun moment ne vient condenser le processus. Les bibliothèques se sont défaites progressivement, à travers le pillage, la dispersion, les déplacements. Avec l’effondrement des institutions, les biens culturels se sont fragmentés: livres vendus, volés, abandonnés dans des maisons désertées. La mémoire s’est dissoute en éléments épars, sans cadre pour les relier, sans trajectoire identifiable. Aujourd’hui, ce processus se rejoue avec une intensité accrue. Des bibliothèques personnelles disparaissent dans un silence presque total. Pleurer une bibliothèque semble indécent dans un monde où des enfants meurent et des villages s’effondrent. Les livres disparaissent sans archive, sans trace, parfois même sans certitude de leur disparition simplement parce que les lieux qui les abritaient ne sont plus, ou ne sont plus accessibles. Les bibliothèques privées s’apparentent à des réserves de mémoire, des semences de ce que nous avons été, peut-être de ce que nous pourrions devenir. Chacune porte un ordre singulier, une sensibilité, une trajectoire. L’agencement des livres n’est jamais neutre ; il donne forme à une relation intime au savoir. Lorsqu’elles disparaissent, ce ne sont pas seulement des volumes qui se perdent, mais cet ordre, cette relation, cette histoire silencieuse. Dans The Infinity in a Reed , Irene Vallejo raconte l’histoire des livres comme une longue chaîne de sauvetages. Les textes ont traversé le temps parce que quelqu’un, à chaque fois, a choisi de les porter, de les copier, de les soustraire au feu, à l’oubli, à la négligence. Ce qui vacille aujourd’hui, c’est cette chaîne même. La fragilité des livres n’a rien de nouveau. Ce qui se fissure, c’est le geste qui les recueillait. Lorsqu’une bibliothèque disparaît, c’est tout un mouvement de transmission qui se rompt. La possibilité d’ouvrir un livre ailleurs, plus tard, autrement, se défait avec elle. La perte atteint ce qui aurait pu continuer. Nous entrons alors dans cet espace creusé par l’absence: un vide du récit, un vide de la mémoire, un vide du sens qui n’a pas eu lieu. Et dans ce vide, la voix de Rasha el-Ameer revient, non plus comme un commentaire, mais comme une élégie: «La mémoire est en danger.» Nous faisons le deuil parce que nous savons, avec une précision troublante, ce qui a pu disparaître.

Retrait militaire US d’Allemagne: Trump règle ses comptes avec l’Europe

L’actualité principale de ce samedi ne concerne pas le conflit entre Téhéran et Washington mais une de ses conséquences, soit la crise émergente entre l’Europe et les États-Unis qui envisagent de diminuer sensiblement leur présence militaire en Allemagne. Washington prévoit en effet de retirer environ 15 % des 36 000 soldats stationnés en Allemagne, soit près de 5000 militaires, un retrait que le Pentagone estime pouvoir achever dans «les six à douze prochains mois», selon son porte-parole, Sean Parnell. Ce plan, annoncé donc par le Pentagone, serait ainsi la première conséquence de l’épreuve de force entre le président américain, Donald Trump, et les pays de l’OTAN, à qui ce dernier a reproché à plusieurs reprises leur passivité dans la guerre qui l’oppose depuis le 28 février à l’Iran. Donald Trump avait exprimé la semaine son agacement envers le chancelier allemand, après un vif échange entre eux au sujet de la guerre en Iran. Vendredi, il avait aussi critiqué l’Italie et l’Espagne, pour la même raison. Le retrait des troupes américaines d’Allemagne serait-il le premier pas vers un désengagement américain total de l’Alliance atlantique? Il est encore prématuré de répondre à cette question. Car, si Berlin a pris acte acte samedi de la décision américaine et appelé l’Europe à renforcer sa sécurité, l’OTAN compte pour sa part échanger avec Washington pour «mieux la comprendre». Selon le Wall Street Journal, cette décision a surpris plusieurs pays européens, voire même des responsables militaires américains qui ne pensaient pas que le président américain allait mettre ses menaces à exécution. L’Allemagne semblait toutefois s’y attendre, comme l’a annoncé le ministre allemand de la Défense. «Que des troupes des États-Unis se retirent d’Europe et aussi d’Allemagne était attendu», a commenté Boris Pistorius. «Nous, Européens, devons prendre plus de responsabilités pour notre sécurité», a-t-il ajouté. L’OTAN «travaille» de son côté avec les États-Unis pour «mieux comprendre» la décision de Washington, a déclaré samedi une porte-parole de l’alliance. Donald Trump en est venu à cette annonce après que le chancelier Friedrich Merz a estimé lundi que «les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale. «Il pense que c’est OK que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Il ne sait pas de quoi il parle!», avait rétorqué Donald Trump mardi. Sans répondre directement, Friedrich Merz avait appelé jeudi à «un partenariat transatlantique fiable». Vendredi, Donald Trump avait également dit envisager une réduction des troupes américaines stationnées en Italie et en Espagne, estimant que Rome «n’a été d’aucune aide» à Washington et que Madrid «a été odieux». Il s’en est aussi indirectement pris à l’Allemagne et à ses importantes exportations d’automobiles en annonçant vouloir relever à 25 % «la semaine prochaine» les droits de douane sur les véhicules importés aux États-Unis depuis l’Union européenne. Un désengagement américain de l’OTAN aurait cependant des conséquences désastreuses pour l’Europe sur les deux plans de la défense et des finances. Les États-Unis sont les principaux bailleurs de fonds de l’Alliance. Leur retrait de celle-ci obligerait les pays membres à revoir leur stratégie de défense, notamment dans le domaine nucléaire, et à débloquer des sommes colossales pour compenser une éventuelle fermeture de la manne financière et du matériel de défense américains. Ce développement est intervenu alors que les efforts pour une reprise des pourparlers entre Téhéran et Washington, à Islamabad, restent au point mort, Donald Trump ayant affirmé vendredi ne pas être satisfait des nouvelles propositions iraniennes. Reprise de la guerre? Ce surplace fait surtout craindre une reprise du conflit militaire, jugée très probable par Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars. Selon lui, les forces armées iraniennes sont parfaitement préparées à toute nouvelle attaque américaine, alors que le président américain semble plutôt privilégier les pressions économiques, à travers le blocus imposé aux ports américaines. Celles-ci restent moins coûteuses que l’option militaire, pour les États-Unis, mais ruineuse pour l’Iran, qui souffre d’un taux élevé d’inflation et dont le commerce pétrolier est littéralement bloqué. Téhéran, dont les dépôts pétroliers sont déjà saturés, a commencé d’ailleurs à réduire sa production pétrolière. Parallèlement, son guide suprême, Mojtaba Khamenei, a exhorté, dans un message écrit, les entreprises du pays à éviter autant que possible les licenciements. Face à l’impasse, certains analystes n’excluent pas que les Iraniens ne tentent de briser le siège américain à travers une opération militaire qui perturberait les plans de Washington, alors que Donald Trump venait de rassurer le Congrès sur le fait que la guerre est finie et qu’il s’apprête à imposer un «long» blocus aux ports iraniens. «La balle est actuellement dans le camp des États-Unis. Nous leur avons présenté un plan pour mettre fin de manière permanente à la guerre», a annoncé samedi le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi. «Ils doivent choisir entre la voie de la diplomatie ou la poursuite d'une approche conflictuelle. L'Iran, dans le but de garantir ses intérêts nationaux et sa sécurité, est prêt aux deux options», a-t-il ajouté devant les ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques dans la capitale iranienne. Guerre des mots et des images au Liban Sur le front libanais, la campagne abjecte menée par l’armée électronique du Hezbollah contre le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, a quelque peu éclipsé la violence des échanges de tirs entre Israël et cette milice, au Liban-Sud où, selon le ministère de la Santé, au moins 41 personnes ont été tuées en moins de 24 heures. Ali Barakat, surnommé «chanteur du Hezbollah» a posté sur son compte X, des images humiliantes du patriarche, soi-disant pour réagir à une vidéo caricaturale du chef de la milice, Naïm Qassem, publiée par la chaîne LBCI. Les images, censées illustrer l’assujettissement du patriarche à Israël, ont été rapidement relayées par les partisans du Hezb sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions enflammées au Liban. La campagne a été vivement dénoncée par de nombreux officiels, notamment les présidents de la République, Joseph Aoun, et de la Chambre, Nabih Berry, ainsi que par le mufti de la République, cheikh Abdel Latif Deriane. Dans le même temps, un portrait caricatural du président Aoun, le représentant en rabbin israélien, continuait d’être largement relayé sur les réseaux sociaux. Un comportement qui traduit au final la faillite totale d’un groupe, qui, pour masquer son incapacité à avancer le moindre argument censé à l’aventure suicidaire dans laquelle il a entraîné le pays et à son rejet des efforts menés par les autorités pour mettre fin à la spirale de violence dont il porte la responsabilité, se replie sur les campagnes diffamatoires, les menaces et les accusations de traîtrise.

Le pouvoir législatif : effectivité et indépendance

La loi constitutionnelle promulguée le 21 septembre 1990 a enrichi le préambule de la Constitution libanaise de dispositions fondamentales stipulant que le Liban est une patrie libre et indépendante, la patrie définitive de tous ses fils, unie dans ses frontières reconnues sur le plan international en sa terre, son peuple et ses institutions, et que son identité et son appartenance sont arabes. L'alinéa (c) dispose quant à lui que le Liban est une République démocratique parlementaire. C'est à partir de ce point précis qu'il convient d'éclairer l'effectivité du régime parlementaire instauré après l'accord de Taëf, un régime qui a pourtant démontré son incapacité à édifier l'État et ses institutions, et dont on est fondé à se demander s'il représente fidèlement le peuple qui l'a élu à plusieurs reprises. Ce domaine acquiert une importance croissante et s'impose désormais comme une mission vitale, intensive et de longue haleine, au fil d'une succession de développements tragiques faits de guerres et de crises politiques maintes fois confirmées. Le concept de parlementarisme n'a jamais été jugé incompatible avec la diplomatie, qui est par nature une fonction régalienne vouée à traiter des crises politiques, économiques et sociales sans que la situation libanaise ne s'y améliore pour autant. Le rôle des parlementaires est aujourd'hui remis en question face à la crise existentielle que traverse le Liban sous les effets de ce qui constitue la quatrième ou la cinquième guerre israélienne consécutive depuis 1969, une guerre qui invalide la crédibilité du pouvoir législatif en tant que facteur de stabilité intérieure et extérieure, du fait du non-respect des principes constitutionnels universellement reconnus. La classe politique libanaise se retranche depuis des décennies derrière la façade d'un climat démocratique qui lui sert d'abri pour cultiver le partage confessionnel du pouvoir, le clientélisme et le confessionnalisme, à rebours de toute autre société politique arabe ou occidentale soucieuse des principes démocratiques et de leur ancrage dans des lois stables, fondées sur la primauté du droit et de l'État ainsi que sur l'exigence d'égalité citoyenne, d'universalité et de justice. L'examen des pratiques et des comportements du processus parlementaire depuis les années 1990 ne révèle aucun respect des normes communément admises en matière de production législative, déjà fort limitée d'une année sur l'autre, dans un contexte marqué par l'absence flagrante des décrets d'exécution, et où la majorité des textes adoptés ne satisfait ni aux exigences des droits de l'homme ni à celles de l'état de droit. La démocratie gouvernementale ne se conçoit en effet qu'à la condition que le pouvoir concerné se conforme à la légitimité constitutionnelle interne et internationale qui l'encadre. Le respect de la légalité interne est défini par une Constitution qui forme le contrat social librement accepté par le peuple dans l'ensemble de ses principes, de ses règles et de ses mécanismes, contrat qui, lorsqu'il est honoré, confère à l'État une crédibilité démocratique solide et le marque du sceau de la stabilité et de la prospérité. Rien de tout cela ne s'est produit dans ce Liban perpétuellement en suspens, en raison des vices inhérents à la tyrannie de la majorité, de la lenteur de la production législative et de l'absence de tout contrôle du Parlement sur le pouvoir exécutif, lequel fonctionne généralement sur un mode consensuel et fusionnel avec elle, de sorte que les solutions n'adviennent que sous la forme de compromis partisans ou de règlements de nature milicienne et totalitaire. Plus grave encore, les citoyens ignorent la plupart du temps ce qui se trame réellement. Le travail des autres députés se distingue souvent par une opacité excessive, parfois même rédhibitoire, ou par une indigence politique dans l'examen des dossiers, selon certains avis minoritaires mais compétents au sein de l'actuel Parlement que préside Nabih Berry et qui demeure sous prorogation, sans que les initiatives parlementaires ne soient coordonnées par un renforcement de l'information et des consultations mutuelles ni par un travail d'expertise dans la rédaction des projets de loi à caractère technique, ces experts travaillant dans les structures du pouvoir exécutif, de sorte que nombre de projets soumis à l'institution proviennent des gouvernements successifs bien davantage qu'ils n'émanent des assemblées législatives elles-mêmes. Sur le plan législatif, l'influence des parlementaires libanais demeure extrêmement limitée dans le domaine de la politique intérieure. La majorité fonctionne essentiellement comme une chambre d'enregistrement, avalisant des projets de loi qui n'ont fait l'objet d'aucune négociation préalable à leur signature par les gouvernements et que les députés ne peuvent amender. Les déclarations de l'exécutif sur ces questions suscitent un débat, puis parfois un vote non contraignant, qui relève lui aussi d'un exercice rhétorique de pure forme et d'une utilité modeste, remplissant rarement les salles de la Chambre de quelque agitation que ce soit, dans une institution découpée en zones d'influence pour ce qui est des propositions, lesquelles ne sont pas examinées avec rigueur et font l'objet de votes formels dénués de toute valeur symbolique susceptible d'intéresser la société civile. Ces votes ne lient pas le gouvernement dans ses politiques, et la question de la performance des institutions et de leur capacité à assumer leur rôle de développement et de réforme reste entière. Les prérogatives appartenant en droit au Parlement se heurtent par ailleurs à d'autres défis insurmontables dans un pays régi par les usages confessionnels, lesquels contredisent les fondements démocratiques que le peuple libanais est censé accepter, décider et auxquels il répond selon la logique d'une représentation populaire directe et crédible. Ainsi le président du Parlement s'autorise-t-il, dans certains cas, à outrepasser les attributions du pouvoir législatif, tandis que le règlement intérieur lui réserve un cadre relativement étendu aux dépens des parlementaires eux-mêmes, et que le rôle des blocs parlementaires demeure limité en tant que référence opérationnelle. Les assemblées élues se voient souvent contraintes de répondre aux exigences des groupes de pression ou de déléguer l'autorité à l'exécutif, voire bilatéralement au président de l'assemblée qui agit selon sa convenance, sans qu'aucune relation véritable ne se noue entre les parlementaires en tant que représentants de l'ensemble du peuple libanais. La classe politique a ainsi réussi à créer des zones d'influence au détriment de la capacité des députés eux-mêmes à se faire entendre, y compris lors de l'adoption d'un budget général ou de projets de réformes financières qui piétinent pendant des années, et le pouvoir législatif transgresse de ce fait les principes que la Constitution lui impose précisément de garantir. Les réactions de l'exécutif face à ces initiatives parlementaires oscillent quant à elles entre l'indifférence et la critique émanant de sources officielles, non pas comme une valeur ajoutée mais comme une simple nuisance dans une relation de facilitation mutuelle destinée à gérer les crises sur le long terme, ce qui peut même constituer un obstacle réel dans les rapports bilatéraux entre les deux pouvoirs. Le régime parlementaire libanais est au bord du gouffre. Les prorogations répétées donnent l'impression d'une démocratie périmée, et c'est précisément ce que l'on est en droit d'anticiper pour les deux années à venir dans la durée de vie de l'assemblée actuelle, ce que souhaitent d'ailleurs les politiciens en place en rejetant tout changement raisonnable qui permettrait plus de souplesse au bénéfice des Libanais. Le siège politique au Liban est perçu comme une prise de choix ouvrant sur des privilèges sans fin et transmissibles par héritage, ainsi que sur une forme de hiérarchie de classe et d'arrogance en la matière, dans un système où tout finit également par se monnayer en postes ministériels encore plus convoités, distribués entre des groupes politiques rivaux qui se disputent les portefeuilles aux budgets les plus élevés. Ce défaut de maturité démocratique rend la situation d'autant plus décourageante, car peu de points sont gagnés sur le plan électoral ni sur celui de l'égalité de tous les Libanais devant la loi et du droit égal et non discriminatoire de chacun à en bénéficier, qu'il s'agisse de l'opinion politique ou autre, de l'intérêt général ou du bien commun, comme si la loi devait prohiber toute propagande en faveur de la guerre et tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse constituant une incitation à la discrimination, à l'hostilité intérieure ou à la violence. Il est bien établi que la garantie première de la démocratie gouvernementale réside dans l'effectivité du pouvoir législatif lui-même, parce qu'il se compose d'assemblées élues comme le stipule l'article 21 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et l'article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, exprimant la volonté du peuple, source de la souveraineté, en matière de décision de guerre et de paix. Le pouvoir législatif garantit également, et doit garantir comme toute constitution digne de ce nom, l'indépendance du judiciaire et le contrôle de l'exécutif sous peine des voies de droit appropriées, outre sa propre indépendance, dans le soin que met le droit international à protéger la liberté d'expression sans réticences, tout en veillant à inscrire l'exercice de cette liberté dans le respect de l'ordre public, de la liberté d'autrui et du renforcement de la compréhension, de la tolérance et de l'amitié entre toutes les nations, à l'exclusion de tout racisme et de tout fanatisme religieux. Le pouvoir législatif constitue le régulateur fondamental des relations de l'État dans l'ordre intérieur comme dans l'ordre international. Cette forme de parlementarisme, absente au Liban, n'intègre pas le travail des assemblées parlementaires qui représentent directement le peuple, expriment ses aspirations et ses conditions d'existence, s'engagent dans la légalité internationale en définissant la nécessité de conclure les traités internationaux à portée normative et en s'engageant à protéger les droits de l'homme de l'individu comme du peuple, faisant ainsi avancer les dossiers à venir avec des procédures conformes aux textes en vigueur dans les deux ordres de légitimité interne et internationale, efficaces et démocratiques, auxquelles les élus peuvent contribuer utilement. Il y a là quelque chose de foncièrement sain dans les règles d'une conformité crédible. C'est ce à quoi la nouvelle République libanaise appelle de tous ses vœux.