


Au terme de près de deux mois de négociations directes entre le Liban et Israël, le quatrième jour du cinquième round de pourparlers qui s’est tenu au siège du Département d’Etat, à Washington, sous supervision du Secrétaire d’Etat Marco Rubio, un «accord cadre» entre le Liban et Israël a été signé samedi soir (heure de Beyrouth).
La cérémonie s’est tenue en présence de M. Rubio et des négociateurs des deux pays, dont notamment, côté libanais, l’ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, et l’ambassadeur US à Beyrouth Michel Issa.
Le document a été signé par l’ambassadrice du Liban aux USA, Nada Hamadé Moawad, et l’ambassadeur d’Israël, Yechiel Leiter, qui ont tous deux prononcé une courte allocution, remerciant l’Administration Trump pour ses efforts et mettant l’accent sur la portée de l’événement.
Cet accord-cadre constitue le premier acte diplomatique officiel conclu entre le Liban et Israël depuis la signature de l’accord (avorté) du 17 Mai, en 1983. Cet aboutissement de cinq rounds de négociations représente, il convient de le relever, un premier pas qui sera suivi de futures et longues tractations visant à obtenir un retrait israélien total du Liban-Sud, en concomitance avec un processus de désarmement du Hezbollah.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué samedi soir sur ce plan que ce premier pas pavera la voie à d’autres accords, l’étape finale, comme l’a relevé l’ambassadeur Leiter samedi soir, étant un futur accord de paix entre les deux pays.
Dans la pratique, le document prévoit l’instauration dans l’immédiat de deux «zones-pilotes», dont l’une au nord du Litani, où l’armée libanaise devra se déployer pour empêcher toute présence milicienne dans les secteurs en question.
Une source israélienne a indiqué en fin de soirée que le déploiement de l’armée se fera avec un soutien direct américain qui pourrait se traduire par l’apport d’experts militaires US.
Il s’agit donc là d’un point de départ qui sera suivi d’autres pas, conduisant progressivement à un retrait israélien au fur et à mesure du déploiement des troupes régulières locales et du désarmement du Hezbollah.
A cet égard, sur instruction du président Joseph Aoun, la délégation libanaise a insisté pour que l’accord-cadre mentionne explicitement la nécessité d’un «retrait total» des forces israéliennes du Liban-Sud.
En ce qui concerne la portée de cet accord, le bureau du Premier ministre israélien a affirmé en soirée que «le processus de désarmement du Hezbollah, prévu par le document, sera mis en application au sud et au nord du Litani».
Mais c’est surtout la signification géopolitique de cet accord-cadre qui focalise l’attention des analystes et des milieux politiques au Liban.
Le document en question consacre en effet la mise à l’écart de l’Iran du processus de règlement de la crise libanaise et du problème du Liban-Sud. Au cours des dernières semaines, le régime des mollahs n’a épargné aucun effort pour imposer un rôle iranien direct dans les efforts visant à trouver une issue au conflit libanais, plus particulièrement au Sud.
Lors des récentes tractations entre l’Administration Trump et la République islamique, les dirigeants iraniens posaient comme condition préalable à tout accord avec Washington l’arrêt total des opérations militaires israéliennes au Sud.
Cette insistance cachait mal la volonté de Téhéran de se forger une place de choix dans tout processus de solution politique au Liban.
Ce rôle iranien revendiqué par les Pasdaran semblait avoir été consacré lors des discussions américano-iraniennes entamées cette semaine en Suisse sous la supervision du vice-président américain, JD Vance.
Ces pourparlers avaient débouché sur une entente visant à inclure l’Iran dans un processus de contrôle de la situation au Liban-Sud.
Mais, l’accord-cadre de Washington signé samedi soir écarte toute implication de la République islamique, et a fortiori du Hezbollah, et limite ainsi les efforts de pacification et de rétablissement de la sécurité et de la souveraineté libanaise au seul cadre libano-israélien sous la stricte, et seule, supervision américaine.
Cela explique la réaction en flèche du Hezbollah, tard dans la soirée de samedi. Le député hezbollahi Hassan Fadlallah est revenu à ce propos à la rengaine de la menace de «guerre civile», affirmant que l’accord de Washington vise à saper le processus d’Islamabad, axé, à l’évidence, sur la relance d’un rôle régional prépondérant de la République islamique dans la région, et plus particulièrement au Liban.
Sur le plan des réactions politiques, le Secrétaire d’Etat a déclaré tard dans la soirée que cet accord-cadre «jette les bases d’un processus clairement défini visant à rétablir la souveraineté du Liban, à désarmer le Hezbollah et à déconstruire son infrastructure».
Le président Joseph Aoun a souligné de son côté que l’objectif recherché est «l’instauration d’une souveraineté exclusive de l’Etat libanais sur son territoire». « Il ne doit plus être question désormais ni d’occupation, ni de dépendance, ni de tutelle», a-t-il relevé, dans une allusion à peine voilée aux tentatives de l’Iran d’imposer son hégémonie sur la scène libanaise.
Escalade militaire, Ormuz et Ali el-Taher
Sur le plan des opérations militaires, il convient de relever que la conclusion de l’accord-cadre de Washington a été précédée de l’annonce par l’armée israélienne, dans l’après-midi, de son «contrôle total de la colline de Ali el-Taher», dont la haute importance stratégique est indéniable. «Nous contrôlons désormais totalement la colline de Ali el-Taher et de ce fait le Hezbollah a perdu sa place forte qui lui permettait de menacer le territoire israélien», a souligné le commandement militaire de l’Etat hébreu.
La prise de la colline de Ali el-Taher revêt non seulement une importance militaire mais elle constitue pour Israël un acquis géopolitique fondamental.
Le sous-terrain de cette zone a été en effet transformé par les Pasdaran en un très vaste réseau de tunnels et d’infrastructures qui comprend des salles de commandement soigneusement équipées et de grands entrepôts de missiles et de munitions diverses.
Des dizaines de miliciens du Hezbollah et, surtout, plusieurs officiers supérieurs et cadres des Pasdaran seraient désormais coincés dans ces tunnels et n’auraient plus de voies de sortie du fait de la prise de contrôle de la région par l’armée israélienne.
Ce développement a poussé une source militaire israélienne à affirmer que le contrôle total de Ali el-Taher par les forces de l’Etat hébreu «représente la fin du rôle de l’Iran et du Hezbollah».
Il reste que le parti pro-iranien a démenti tard dans la soirée la chute de la colline en question aux mains de l’armée israélienne.
Sur le plan strictement régional, le président Donald Trump a accusé la République islamique d’avoir violé l’accord de cessez-le-feu, précisant que les Iraniens ont lancé quatre drones en direction de navires dans le détroit d’Ormuz. Trois de ces drones ont été abattus dans cette zone par les forces US, a souligné le président américain qui a précisé que le quatrième drone a touché de plein fouet la partie supérieure d’un grand navire de commerce, provoquant d’importants dégâts.
Dans ce cadre, un média iranien a affirmé samedi qu’une «liaison directe a été établie entre Américains et Iraniens en vue d’éviter tout accroc au niveau du détroit d’Ormuz».
Cette information a toutefois été catégoriquement démentie par la suite par les Gardiens de la révolution islamique.
Peu avant minuit, l’armée américaine a indiqué qu’elle avait mené des frappes contre des cibles iraniennes dans la zone du détroit. Le commandement militaire a précisé que l’aviation US avait lancé des raids contre des entrepôts de missiles et de drones et contre des centres de radar, en riposte à l’attaque iranienne contre le navire marchand.