


L'incertitude régnait toujours en début de semaine au sujet de la date de la poursuite des réunions techniques entre Téhéran et Washington, alors que les deux parties avaient décidé mardi dernier, en Suisse, de mettre en place quatre groupes de travail consacrés aux dossiers de la levée des sanctions, du nucléaire, et de la reconstruction.
Mises à mal par le bras-de-fer militaire autour du détroit d’Ormuz sur lequel l’Iran veut imposer un contrôle total, et le refus de Téhéran de laisser les inspecteurs de l’AIEA entrer dans ses sites nucléaires, les discussions entre les deux capitales ne sont pas pour autant rompues, selon diverses sources concordantes, citées par l’AFP et des médias américains.
Lundi, le président Donald Trump a annoncé sur son réseau social, Truth Social, que des responsables iraniens avaient sollicité une réunion de suivi et que celle-ci devait se tenir mardi à Doha.
Une annonce vite démentie par Téhéran qui a assuré qu'aucune rencontre ou réunion technique des groupes de travail n'était prévue cette semaine au Qatar.
La Maison Blanche a toutefois confirmé que les deux négociateurs américains Jared Kushner et Steve Witkoff doivent se rendre au Qatar, «pour des réunions de haut niveau», mais sans donner de date.
Selon le site américain, Axios, ils seraient mardi à Doha, pour des entretiens avec les responsables qataris.
Mercredi, les délégations techniques américaine et iranienne chargées de la mise en œuvre du mémorandum d’entente signé le 18 juin, doivent séparément se réunir avec les médiateurs qatari et pakistanais, a indiqué Axios.
Un diplomate présenté comme étant proche du dossier par l’AFP a confirmé à l’agence française que les canaux de communication entre les deux pays restent ouverts, ce qui signifie concrètement que la médiation, menée conjointement par le Qatar et le Pakistan, a repris après la montée des tensions et les échanges de menaces entre les deux parties.
Lundi, le calme s’était rétabli sur le front américano-iranien: les échanges de menaces qui avaient repris après les attaques iraniennes de la fin de la semaine dernière contre des pétroliers qui traversaient Ormuz, avaient cessé, tout comme les frappes aux drones iraniennes et les contre-attaques américaines.
Ce calme semble avoir été décidé d’un commun accord, dans la mesure où un responsable américain a annoncé dimanche soir une suspension des attaques mutuelles afin de permettre la poursuite des discussions techniques et le maintien de la libre circulation des navires dans le détroit d'Ormuz.
Mais la partie n’est pas pour autant gagnée, Téhéran étant toujours intransigeant au sujet de son droit autoproclamé de contrôler ce point de passage maritime stratégique.
La République islamique qui comptait sur la collaboration du sultanat d’Oman pour créer un précédent, en violation du droit maritime international, devait cependant vite déchanter.
Mascate a réaffirmé lundi qu’il ne prendra aucune mesure qui irait à l’encontre de ce droit, mais qu’il reste disposé à discuter avec Téhéran d’éventuels frais imposés en échange cependant de services assurés.
Monopole des armes en Irak. Quid du Liban?
Toujours au niveau régional, un autre élément mérite d’être relevé, en raison de son importance stratégique. Le gouvernement irakien a fixé aux factions armées pro-iraniennes un délai de trois mois pour rendre leurs armes. Ce délai expire le 30 septembre.
L’annonce intervient alors que le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, est attendu aux Etats-Unis, qui, comme on le sait, appelaient au désarmement de ces factions, et au lendemain d’un coup de filet sans précédent dans la sphère politique irakienne.
Au moins 200 personnes, dont de nombreux députés, des anciens ministres, et des hommes d’affaires, ont été interpellés dans le cadre de cette opération menées sous le signe de la lutte contre la corruption.
Plusieurs dizaines de millions de dollars ont été saisies dans certaines résidences.
Ces deux opérations témoignent de la détermination du pouvoir en Irak à s’affranchir de l’influence de la République islamique qui n’a pas réagi à l’annonce.
Elles ne peuvent pas être dissociées du processus de transformation dans lequel la région est engagée depuis l’opération militaire israélo-américaine contre l’Iran.
Au niveau politique, l’Irak et le Liban présentent de nombreuses similitudes, notamment pour ce qui a trait à l’influence iranienne et à son effet déstabilisateur sur les deux pays. La principale différence entre eux réside toutefois dans la capacité et la volonté d’action: en Irak, la décision de réduire l’emprise des factions armées s’est traduite par des mesures concrètes, alors qu’au Liban, la même décision prise en août 2025 se heurte toujours aux réticences entourant sa mise en œuvre.
Elle continue de manquer de clarté et elle est, aujourd’hui, tributaire d’un ensemble de mesures, consignées dans l’accord-cadre conclu la semaine dernière par Beyrouth et Tel Aviv à Washington.
La première phase de cet accord prévoit un retrait israélien de «zones pilotes» au Liban-Sud. Celui-ci se fait toujours attendre.
L’arrivée à Beyrouth du commandant du Centcom, l’amiral Brad Cooper – qui a eu des entretiens avec le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, et le président Joseph Aoun, axés sur les préparatifs de la mise en œuvre du document signé à Washington – est le signe indicateur du début de ce processus.
Israël semble d’ailleurs se préparer à des retraits progressifs partiels jusqu’à la Ligne jaune, comme en témoignent le dynamitage d’envergure de tunnels du Hezbollah à Majdal Zoun, et d’habitations dans d’autres villages, notamment Haddatha.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a réaffirmé lundi que son pays ne se retirera pas du Liban tant que le Hezb n’est pas désarmé, alors que la formation pro-iranienne refuse catégoriquement de rendre ses armes.
Si la tension qui s’est manifestée sur le terrain par des mouvements de protestation du public du Hezb, après la signature de l’accord libano-israélien, s’est tassée sur le plan politique, elle reste toujours vive.
Les cadres de la milice continuent de mettre en garde contre toute tentative de désarmement, réaffirmant à l’envi leur détermination à lutter contre le processus diplomatique engagé entre Beyrouth et Tel Aviv.
L’heure reste cependant à l’apaisement. Le tandem Amal-Hezbollah n’envisage pas, du moins «pour le moment», une escalade.
Le président de la Chambre, Nabih Berry, également hostile au texte de l’accord libano-israélien, a fait part de son attachement à la stabilité du pays et au maintien du calme, lors d’un entretien téléphonique avec le chef du gouvernement, Nawaf Salam.
Par la voix d’un de ses responsables, Mahmoud Comati, le Hezbollah a fait savoir qu’il ne compte pas pour le moment retirer ses ministres du gouvernement, même s’il a affirmé que «le Hezb dispose des moyens de faire chuter celui-ci».
L’ULCM se félicite
En dépit de ces voix discordantes qui gravitent toutes dans la même orbite, ou des réserves exprimées sur certaines dispositions du document libano-israélien, par des hommes politiques dont le leader druze, Walid Joumblatt, l’accord-cadre bénéficie d’un large consensus dans la mesure où il soustrait le Liban à l’influence iranienne et empêcherait le Liban-Sud de continuer d’être une caisse de résonnance aux conflits dans la région.
L’Union libanaise culturelle mondiale (ULCM), qui est le principal organe représentant les Libanais de l’étranger, s’est félicitée lundi de la conclusion de cet accord, estimant dans un communiqué signé par son président, Farès Wehbé, que le processus engagé par les autorités libanaises «est en harmonie avec le discours d'investiture du chef de l'État et avec les décisions du gouvernement visant à rendre à l'État, exclusivement, le pouvoir de décider de la guerre et de la paix».
Pour l’ULCM, comme le souligne Farès Wehbé, ce processus est une «première étape vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban sur l'ensemble du territoire national» et il «renoue avec la tradition d'une diplomatie libanaise audacieuse, telle qu'elle existait au lendemain de l'indépendance, avant que la décision de guerre et de paix ne soit soustraite à l'autorité de l'État».
«Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le pays négocie en son nom propre et dans l'intérêt de sa nation», souligne M. Wehbé qui précise que «les Libanais, au pays comme à travers le monde, aspirent à retrouver un Liban normal, où la culture, les arts, la vie et la joie reprendront le pas sur le langage des armes».
Aussi, le président de l’ULCM a affirmé sa volonté de soutenir le président et le gouvernement dans cette tâche, tout en appelant les Libanais «à la vigilance et à déjouer toute tentative de semer le chaos, d’autant que certaines parties armées, liées à un système de corruption enraciné dans les rouages de l'État profond, trouvent leur intérêt dans le maintien du dossier des armes sous l'emprise des équilibres régionaux».
«Ce qui a été accompli doit désormais être préservé par un engagement sérieux et constant, et non célébré comme une fin en soi», souligne le communiqué de l’ULCM, qui réaffirme que «l'indépendance à laquelle aspire le Liban doit être pleine et définitive».