


Tout remonte à 1998. Au 30 mai précisément, date à laquelle le Pakistan effectuait son dernier essai nucléaire dans les sables de Kharan, au Baloutchistan. Ce programme, de la bombe à l'ensemble de sa filière, avait été financé par l'Arabie saoudite, avec l'approbation américaine et israélienne. Les deux capitales avaient alors consenti à ce qu'Islamabad accède au club nucléaire afin d'établir un contrepoids stratégique dans le triangle Inde-Chine-Pakistan, à l'heure où Pékin et New Delhi avaient déjà franchi le seuil de l'arme atomique.
C'est alors que les spéculations se multiplièrent autour de l'intention de l'Iran de développer un programme nucléaire militaire sous couvert civil, perspective que Tel-Aviv et Washington jugèrent inacceptable. La bombe pakistanaise, sunnite, avait vocation à imposer un équilibre en Extrême-Orient. Une bombe iranienne, chiite, créerait un rapport de forces inédit au Moyen-Orient, région où Israël se considère comme le premier acteur stratégique. Le mot d'ordre s'imposa aussitôt: l'Iran ne saurait accéder à l'arme nucléaire. Téhéran, pour sa part, ne cessa de réaffirmer le caractère pacifique de ses ambitions, sans aucune visée militaire en la matière.
La question d'un «OTAN sunnite» revient aujourd'hui avec une insistance nouvelle, dans le sillage du sommet de la paix de Charm el-Cheikh, où quelque un milliard trois cents millions de musulmans se sont rassemblés pour proclamer la fin du conflit armé avec Israël, en échange de la création d'un État palestinien. Cette dynamique s'inscrivait dans le cadre de l'initiative lancée par Donald Trump au lendemain de la guerre de Gaza, initiative pensée en plusieurs phases dont la première devait être la cessation des hostilités, avant qu'un gouvernement civil ne soit constitué à Gaza. Le processus s'est arrêté là, sans parvenir à franchir cette première étape.
Un sentiment s'est alors creusé, au sein du Royaume saoudien en particulier et dans le monde sunnite en général: celui que Trump et la droite israélienne ne souhaitent pas véritablement l'émergence d'un État palestinien, que cette dernière aurait convaincu le président américain de ne pas aller trop loin dans ses concessions aux États islamiques de la région, par crainte qu'ils n'imposent leurs conditions à l'avenir — et que frapper l'Iran demeure la véritable priorité.
Des tensions internes à l'administration républicaine transparaissent par ailleurs sur la question du rôle que les États du Golfe seraient appelés à jouer dans la région. Trump et une partie de son entourage ont mal digéré l'accord conclu par Mohammed ben Salmane avec les Houthis à Yanbu, sans en avertir Washington ; puis son voyage à Pékin, sous la présidence Biden, qui avait abouti à un rapprochement irano-saoudien sous patronage chinois. Aujourd'hui, le prince héritier et les acteurs sunnites de la région — auxquels se joignent l'Égypte et la Turquie — aspirent à l'arrêt des combats et trouvent en le vice-président américain J. D. Vance, et dans les républicains qui le soutiennent, des alliés acquis à cette cause.
L'idée d'un OTAN sunnite n'est donc pas sans substance: elle pourrait ouvrir la voie à un certain équilibre régional une fois la guerre éteinte. Si les sunnites se portent bien dans la région, c'est la région tout entière qui ira bien. En remontant à la période antérieure à la famille Assad, on rappellera que la bourgeoisie sunnite syrienne avait alors porté Farès el-Khoury, Libanais originaire de Kafr, à la présidence du gouvernement de Damas ; et que Chawkat Choucair, père d'Ayman Choucair, le druze d'Arsoun au Mont-Liban, avait été nommé chef d'état-major de l'armée syrienne. Et bien sûr, si les chrétiens — et avec eux les chiites de l’école de Mohammad Hussein Chamseddine — vont bien, c'est l'ensemble de la région, et le Liban avec elle, qui ira bien, lui aussi.