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Politique

Un cessez-le-feu… oui, et la suite ?

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Dès leur occupation du château de Beaufort, les soldats israéliens y ont hissé le drapeau israélien ainsi que celui de la brigade Golani. (AFP)
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Par Tilda Abou Rizk
Publié juin 1, 2026 - 14:35

L’image des drapeaux israéliens flottant sur le Château de Beaufort est excessivement douloureuse. Elle l’est autant que celles des ruines de villages entièrement ou partiellement détruits ou des familles décimées.

Elle est aussi violente que les vidéos de Sudistes désemparés qui essaient de sauver ce qui peut l’être avant de nouvelles salves impitoyables de missiles, qui bravent la mort pour nourrir des troupeaux et des animaux domestiques abandonnés par leurs propriétaires, qui crient leur colère, leur frustration, leur désarroi, face à une guerre que rien ne justifiait.

 

Les bannières sur le Beaufort et l’insupportable triomphalisme israélien qui a suivi la prise de ce site archéologique stratégique ont agi comme un coup de poing. Parce qu’ils ont rappelé l’engrenage des guerres inutiles dans lequel le Liban est pris depuis des décennies, piégé dans une boucle temporelle d’un mauvais film.

De nombreux acteurs restent les mêmes. Si certains changent de visage, si d’autres s’y ajoutent, le scénario, lui, reste le même et se répète à l’infini.

 

Ce cycle infernal, amorcé notamment avec le funeste accord du Caire, a invariablement servi les intérêts d'acteurs régionaux: des Palestiniens aux Iraniens, en passant par le triste régime des Assad en Syrie.

Les drapeaux plantés dimanche sur le Beaufort ont rappelé cruellement juin 1982, lorsque les Libanais avaient subi le même spectacle: les couleurs israéliennes sur ce site majestueux, conséquence directe de la guerre des autres sur leur sol.

 

Ils ont agi comme une piqûre de rappel irritante: en 44 ans, le Liban a raté toutes les occasions qui lui auraient permis de se soustraire aux influences étrangères et de se doter d’un vrai État. Aujourd’hui encore, et en dépit des promesses et des déclarations de bonnes intentions, l’État poursuit la même politique d’hésitations alors que la population aspire désespérément à le voir taper du poing sur la table, lancer un «ça suffit» et adopter la panoplie d’actions concrètes, politiques, administratives et judiciaires, qui lui permettront de récupérer son pouvoir de décision et le monopole de la violence légitime.

 

Trois ans après l’ouverture par le Hezbollah d’un premier front de soutien à l’axe auquel il appartient, on en est toujours à rêver. Trois ans de perdus à la recherche d’une hypothétique formule adéquate pour imposer le monopole des armes.

 

Au final, ce triste tableau ne fait que renforcer les sentiments contradictoires surgis face à l’horreur qui s’est imposée au quotidien depuis que le Hezb a décidé de venger la mort de l’Iranien Ali Khamenei, alors qu’il savait pertinemment bien à quelle riposte israélienne s’attendre.

Il savait bien, après l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, qu’Israël ferait du sud une terre brûlée en cas de nouvelle attaque contre son territoire et «ramènerait le Liban à l’âge de pierre».

 

L’État libanais n’ignorait rien de ces intentions. Même les journalistes avaient été briefés sur le sujet pour faire écho aux avertissements récurrents de Tel Aviv, transmis par les canaux diplomatiques aux autorités libanaises ainsi qu’aux chefs de cette formation.

Les Libanais sont donc tiraillés entre deux sentiments contradictoires: les cœurs saignent devant des bourgades qui n’existent plus que dans la mémoire de ceux qui y avaient construit leurs vies.

Mais dans le même temps, ils redoutent que la guerre en cours finisse en queue de poisson.

Qu’un nouveau cessez-le-feu replonge le Liban dans un état permanent de guerre en sursis, de statuquo mortel, et le ramène sous l’emprise du Hezbollah…

Qu’un accord régional soit conclu au détriment du pays…

Que l’Hydre qu’est le régime des mollahs ne survive à l’accord en gestation…

Loin des analyses géostratégiques sur les enjeux liés au conflit régional en cours, c’est sur leur propre avenir, dans un pays aujourd’hui en lambeaux, qu’ils se concentrent.

Rien que pour pouvoir briser cette boucle temporelle.

Et c’est ce qui alimente, le dilemme, parfois culpabilisant, auquel ils sont confrontés: au désir de voir cette horreur prendre fin au plus tôt s’oppose celui de voir le Hezbollah totalement neutralisé, à tout prix.

 

Depuis le 8 octobre 2023, avec l’ouverture du front sud en soutien au Hamas dans sa guerre contre Israël, les masques sont tombés. La suite des événements a montré que la seule équation viable pour que le Liban survive est que le Hezbollah cesse d’exister dans sa forme actuelle.

Les efforts soutenus de ce groupe pour attribuer à Tel Aviv des velléités belliqueuses et expansionnistes, afin de justifier l’enfer dans lequel il a plongé le Liban à deux reprises en l’espace de trois ans, sont loin de masquer sa vraie nature de vassal exécutif du Corps des gardiens de la révolution islamique et le peu de cas qu’il fait des intérêts du pays.

Quant à l’intimidation qu’il exerce contre ses détracteurs, à coups de menaces et d’accusations de traîtrise, elle ne fait que dresser davantage les Libanais contre lui, pendant que les autorités pratiquent la politique de l’autruche, dont les effets nourrissent pourtant ce qu’elles disent vouloir éviter, en évoquant de potentiels troubles internes.

 

Car, cet effacement ne fait qu’accentuer la polarisation interne et creuser davantage le fossé entre une minorité libanaise qui veut maintenir le Liban dans le giron iranien et une majorité qui cherche à s’en affranchir sous la houlette d’un pouvoir central malheureusement prisonnier de ses craintes.

Les menaces inacceptables du Hezb contre les autorités qui voient dans les négociations directes avec Israël la seule issue de secours au pays accentuent, certes, l’isolement de cette formation sur la scène locale, mais elles confirment dans le même temps l’urgence, pour l’État, d’assumer pleinement son rôle de régulateur de l’ordre public et de détenteur exclusif du pouvoir de décision.

 

Cette urgence s’est imposée d’elle-même à cause de la politique d’atermoiements et d’effacement suivie un an durant par le pouvoir en place. Ce dernier s’était pourtant engagé devant la population et la communauté internationale à reprendre le monopole de la violence pour éviter au pays de nouvelles aventures dévastatrices, depuis l’élection d’un nouveau président, puis de nouveau avec la formation du gouvernement de Nawaf Salam et une troisième fois à la faveur du cessez-le-feu de novembre 2024.

 

L’urgence s’est imposée parce que sans cela, les Libanais resteront, malgré eux, les acteurs d’un mauvais film dont ils n’arrivent pas à modifier le cours des événements, à cause d’un directoire qui montre au quotidien qu’il n’a pas les moyens et, surtout, le courage de ses décisions.

Rien de ce qui pourrait encore se produire ne peut être pire que l’horreur vécue aujourd’hui par des milliers de familles.

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