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Analyse

De l’Ukraine à l’Iran: l'arme nucléaire comme unique police d’assurance?
Par
Samir Abdelmalak
Publié
juin 19, 2026 - 13:36

L’arme nucléaire n’est plus un simple outil militaire. Elle est devenue le symbole d’une interrogation plus profonde, celle de la sécurité des États dans un monde où l’efficacité des garanties internationales ne cesse de s’éroder. La guerre en Ukraine, la tension persistante autour de l’Iran et la survie de la Corée du Nord malgré son isolement ramènent toutes la même question sur le devant de la scène: comment les États peuvent-ils encore se protéger dans un ordre international de plus en plus instable? L’Ukraine, ou la leçon de l’abandon de la dissuasion L’Ukraine constitue le cas le plus discuté. Après avoir renoncé à son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité internationales, elle s’est retrouvée confrontée à l’invasion russe. Depuis lors, la question ressurgit avec d’autant plus de force: les garanties politiques suffisent-elles, à elles seules, à protéger les États face aux menaces majeures?

Hors de Beyrouth… mais vers où?
Par
Rabih Dandachli
Publié
juin 18, 2026 - 18:11

Dans un pays qui subit un effondrement économique sans précédent, une crise financière persistante et une infrastructure en délabrement progressif, la résurrection de l'aéroport de Kleyaat dans le nord du Liban ressemble à un projet qui porte en lui autant d'ambitions que de questions. Mais au-delà de l'enthousiasme politique et médiatique qui a accompagné cette initiative, une interrogation plus fondamentale s'impose: Kleyaat représente-t-il véritablement l'option la plus viable pour le Liban, ou le débat réel autour d'un second aéroport dans le pays n'a-t-il pas encore été ouvert? Il ne s'agit pas ici de s'opposer au projet en tant que tel. Car disposer d'un second aéroport au Liban n'est plus un luxe, mais une nécessité nationale, sécuritaire et économique. L'expérience des dernières années a révélé avec éclat à quel point la dépendance à un seul aéroport expose le pays, que ce soit en temps de guerre, de crises sécuritaires ou face aux pressions opérationnelles croissantes qui pèsent sur l'aéroport de Beyrouth. Le principe fait presque l'unanimité. C'est à une autre question que le désaccord commence : pourquoi Kleyaat ? Et pourquoi maintenant?

Quand le Hezb recrute des enfants et se justifie...
Par
Mona Fayad
Publié
juin 17, 2026 - 13:08

Lorsqu'on interroge le Hezbollah, ou ses proches satellites, sur leur pratique de recruter des enfants — notion que l'Unicef définit avec précision, dans la Convention relative aux droits de l'enfant, comme tout être humain de moins de dix-huit ans —, la réponse oscille invariablement entre quelques registres: ils affirment que les enfants le désirent eux-mêmes, qu'ils sont suffisamment mûrs, ou encore que cette pratique est parfaitement normale et s'inscrit dans la tradition de toutes les révolutions de l'histoire. S'égrène alors un chapelet de références qui nous ramène plusieurs siècles en arrière.

Guerres sans fin au Moyen-Orient
Par
Yakzan Takki
Publié
juin 15, 2026 - 17:30

Le Moyen-Orient s'enfonce dans des guerres et des turbulences promises à s'aggraver, plus maléfiques qu'à aucune autre époque. C'est là une raison suffisante pour inventer des solutions permettant au monde de sortir de son impasse — par la voie diplomatique, en agissant avec un sens du discernement affranchi des réflexes instinctifs, en démontrant les limites de la puissance militaire, ou encore par une combinaison de ces facteurs — notamment en restreignant le défi aux lois et l'imprudence dans le droit de la guerre, face à ce qui tombe désormais sous l'emprise de ce qu'on pourrait appeler la «loi de l'autorité de la machine à tuer».

Le Hezb ou l'hégémonie par la censure et la sanction
Par
Mona Fayad
Publié
juin 11, 2026 - 11:36

Entre 1984 de George Orwell et de L'Étranger d’Albert Camus se tisse un fil commun dans leur description de l'instrument de contrôle (ou plutôt du cadre général de la domination) et ce qui se passe au Liban singulièrement ces dernières années, depuis que le pouvoir s'est consolidé entre les mains du Hezbollah et sous son commandement. Il existe une étrange convergence entre l'univers d'Orwell et celui de Camus, alors qu'ils semblent à première vue si différents l'un de l'autre: le monde de l'oppression extérieure chez Orwell, et le monde de l'absurde et du détachement existentiel chez Camus. Chez Orwell, l'individu est soumis à une surveillance extérieure absolue. Big Brother ne surveille pas seulement les comportements, il tente de s'emparer de la conscience elle-même. L'objectif ne se réduit pas à l'obéissance, mais va jusqu'à effacer toute possibilité de dissidence intérieure. La liberté y est menacée de l'extérieur, et l'individu — Winston — cherche à se réapproprier son être propre par le biais de la rébellion.

Crimes syriens et norme «Yamashita»
Par
Youssef Mouawad
Publié
juin 6, 2026 - 13:23

Que ne ferait un inculpé ou un accusé pour sauver sa tête! Poursuivi devant une cour de justice, pour crime contre l’humanité ou crime de guerre, que ne dirait un officier syrien des ex-moukhabarat, s’il devait répondre de ses turpitudes? Les ongles arrachés des enfants de Deraa Le premier à comparaître aux « Procès de Damas » fut Atef Najib. Nous avons suivi sa prestation sur les réseaux sociaux: cet accusé répondait au questionnement de la Cour criminelle d’un ton froid et détaché, comme s’il n’était pas concerné par le sort des adolescents qu’il avait livré aux pires supplices. Certes, il avait reconnu les faits pour ce qu’ils étaient : une quinzaine d’écoliers, ayant gribouillé sur les murs de leur école des slogans anti-Assad, avaient été détenus plus d’un mois pour subir de graves sévices dont le passage à tabac et l’arrachement d’ongles.

Liban: quand la géographie cesse d'être une chance
Par
Mona Fayad
Publié
juin 5, 2026 - 23:01

On entend de plus en plus souvent des voix qui se lamentent sur leur sort: pourquoi avons-nous vu le jour dans ce coin du monde? Car la position géographique du Liban l'a placé, aujourd'hui, dans une situation pour le moins ingrate. La géographie n'est pourtant pas un destin aveugle. Elle constitue un cadre contraignant qui délimite le champ du possible et réduit la marge d'erreur. En géopolitique, comme nous le rappelle Robert D. Kaplan dans La Revanche de la géographie , la géographie ne se dissout pas derrière les slogans ; elle revient s'imposer dès que les États la négligent, et singulièrement les petits États situés sur les lignes de fracture. Le Liban est l'un d'eux: il se retrouve pris entre deux voisins puissants, l'un formant une immense garnison militaire abritant l'une des plus grandes armées du monde, soutenu par les États-Unis, et que nous avons contribué à aider à réoccuper le Liban ; l'autre ayant déjà exercé sur lui une domination prolongée et une tutelle pesante sous le régime autoritaire des Assad.

«No more Mr Nice Guy», ou comment survivre parmi les prédateurs?
Par
Pascal Ausseur *
Publié
juin 1, 2026 - 22:51

Nous le voyons tous : le monde est de plus en plus brutal, comme sans foi ni loi. Même si les guerres en Ukraine, en Israël et à Gaza, en Syrie, au Soudan ou en Iran ne sont pas foncièrement plus violentes que celles du XXe. siècle, ce qui frappe l’observateur, c’est la totale désinhibition des protagonistes dans l’emploi de la force. Aucun des acteurs impliqués ne cherche à s’embarrasser de justificatifs moraux ou juridiques autrement que de pure forme. Cette absence de faux-semblant illustre la logique prédatrice qui prévaut désormais partout. Il semble que la seule question qui vaille soit: comment tirer avantage ou ne pas trop perdre avec ces nouvelles règles du jeu? Comme le revendique Donald Trump avec son talent pour sentir l’air du temps: «No more mister nice guy».

Entre discipline, résistance silencieuse et amorce d'une rébellion
Par
Mona Fayad
Publié
juin 1, 2026 - 05:58

La publication de deux appels lancés par des militants de Tyr et de Nabatiyé, adressés à l'État libanais afin qu'il protège ces deux cités antiques contre la menace israélienne de les effacer, qu'il y déploie l'armée et les forces de sécurité, et qu'il en fasse des villes ouvertes et démilitarisées, voilà ce qui a constitué le premier acte de résistance public et organisé au sein du milieu chiite. Un milieu dont les voix appelant à surmonter la peur et à élever le ton de la contestation se sont multipliées ces derniers temps, contre ceux qui ont confisqué son histoire, son présent et son avenir pour venger Khamenei. Ces militants ont pourtant subi une campagne de menaces, de diffamation et d'atteinte à l'honneur, qui a conduit certains à se rétracter.

Cinéma, politique et guerre
Par
Yakzan Takki
Publié
mai 31, 2026 - 22:22

L'ombre de la guerre et de la politique — au Moyen-Orient, en Ukraine, sous la pression d'une géopolitique menaçante — a pesé de tout son poids sur la cérémonie de clôture de la 79e édition du Festival. Le discours politique le plus remarqué fut celui d'Andreï Zviaguintsev, dont le film Minotaure, portrait de l'invasion russe de l'Ukraine à travers la déliquescence d'une famille, a remporté le Grand Prix. Le cinéaste russe, exilé en France, s'est adressé directement au président Vladimir Poutine: «Arrêtez cette mascarade. Le monde entier attend la fin du massacre, là où des millions d'hommes se font face de part et d'autre de la ligne de front, ne rêvant que d'en finir avec une guerre qui n'a plus la faveur des deux camps belligérants.» Ces mots résonnaient comme un écho lointain au discours que le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait prononcé sur cette même scène le 17 mai 2022.