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Analyse

Va-t-on extrader Bachar de Russie ?
Por
Youssef Mouawad
Publicado
mai 30, 2026 - 12:57

Il est indigne de livrer un fugitif à ses ennemis ! Dans nos contrées, le « devoir d’asile », obligation incontournable, remonte à la préislamique Djahiliya. Ne serait pas un « preux » qui remettrait une personne à ceux qui la talonnent, l’opprobre rejaillissant sur sa lignée. Mais alors que dire de l’extradition judiciaire en notre monde contemporain ? Est-elle acceptable au motif que les conventions internationales en ont posé les conditions et fixé le mode opératoire ? Bachar el-Assad et sa camarilla dont les membres se comptent par dizaines ont trouvé refuge dès décembre 2024 en Fédération de Russie comme en Iran, en Irak et au Liban. Y a-t-il une chance pour que tout ce beau monde comparaisse en justice, à Damas ou ailleurs ?

Le Liban, Naïm Kassem et l'État-suspendu
Por
Jad Akhawi
Publicado
mai 28, 2026 - 19:50

Dans un moment régional d'une extrême sensibilité, où les dossiers sécuritaires libanais se croisent avec le cours des négociations régionales et internationales, trois thèmes étroitement liés s'imposent dans le paysage intérieur: les menaces du secrétaire général du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, la controverse autour d'une tentative de repositionner la «carte libanaise» dans le jeu de la négociation régionale, et enfin le dossier des déplacés et de leurs regroupements au sein de la capitale, notamment dans des quartiers densément peuplés comme Béchara el-Khoury. Ces thèmes, en dépit de leur apparente disparité, renvoient en profondeur à une seule et même question: dans quelle mesure le Liban demeure-t-il un État capable de maîtriser sa décision intérieure et ses frontières sécuritaires et sociales?

Notre problème réside-t-il vraiment dans la doctrine du Hezbollah?
Por
Mona Fayad
Publicado
mai 27, 2026 - 21:38

Une opinion largement répandue au Liban veut que le différend des Libanais avec le Hezbollah tienne à sa doctrine et à son adhésion à la wilayat al-faqih telle que Khomeini l'a théorisée. Mais la question mérite d'être posée autrement : le problème réside-t-il vraiment dans la doctrine elle-même, qu'on la partage ou qu'on la rejette, ou bien dans l'imposition de cette doctrine et des pratiques qui en découlent à l'ensemble de la société et à l'État ? Nous n'avons aucun droit de contester ce en quoi croient les autres, ni de mettre en cause leur plein droit d'embrasser les idées et les convictions de leur choix, quelles qu'elles soient. Tout individu, toute communauté, peut se forger librement sa propre vision du monde, qu'elle soit religieuse ou politique. C'est là une dimension de la liberté de conscience, liberté que consacre la Constitution libanaise et qui, dans son principe même, ne saurait être matière à discussion.

Liban en mutations: l'État contre les axes
Por
Najib Zwein
Publicado
mai 26, 2026 - 12:01

L’ensemble de la région se trouve aujourd’hui devant de grandes mutations qui redessinent les équilibres et les équations politiques et militaires. La guerre qui a éclaté entre l’Amérique et Israël d’une part, et l’Iran et le Hezbolla de l’autre, ne saurait se réduire à un affrontement passager ou à une joute limitée, mais constitue un événement charnière dont les répercussions profondes se feront sentir sur l’ensemble des États, et singulièrement sur le Liban, qui se retrouve une fois de plus au cœur de la tempête. L’expérience a maintes fois démontré que les grandes guerres ne s’arrêtent pas aux frontières des États belligérants et que leurs conséquences se propagent jusqu’aux entités fragiles et déchirées, jusqu’aux États incapables d’asseoir leur souveraineté et de concentrer leur pouvoir de décision au sein de leurs institutions légitimes. C’est pourquoi maintenir le Liban arrimé à des axes régionaux et le laisser demeurer une arène ouverte aux conflits d’autrui place les Libanais devant des dangers existentiels qu’il serait imprudent de sous-estimer.

Dans le choc de la «non-politique»
Por
Yakzan Takki
Publicado
mai 24, 2026 - 05:44

Le cri du nonagénaire Stéphane Hessel dans son pamphlet Indignez-vous ! avait éveillé des millions de jeunes à une forme de libération, après qu’ils eurent lu dans ce petit livre: «Vous avez le droit à la colère, au refus, à l’opposition.» Mais ce cri ne suffisait certainement pas. Il fut tout au plus une impulsion qui les poussa à descendre dans la rue pour affronter les conflits sociaux, politiques et culturels. Les choses ont bel et bien changé depuis, et l’une des plus grandes victoires des forces dominantes aura été de discréditer les termes d’«activiste» ou d’«opposant», étiquettes parfois brandies pour attaquer les jeunes qui étaient parvenus à accomplir des avancées substantielles.

Farouk el-Chareh et «La Narration perdue»
Por
Nabil Mamlouk
Publicado
mai 20, 2026 - 18:59

Mon rapport à la littérature mémorielle a généralement été peu satisfaisant, et cela vaut tout particulièrement pour le premier volume des mémoires de l’ancien ministre des Affaires étrangères syrien Farouk el-Chareh, intitulé La Narration perdue (Centre arabe de recherches et d’études politiques, 2015). Dès son ouverture poétique, subjective et impressionniste, le livre semble promettre au lecteur un texte de méditation personnelle, avant de l’entraîner dans la lecture d’une histoire politique rédigée avec un parti pris total pour le régime des Assad et la figure du président syrien Hafez el-Assad.

Quand la résistance devient une question interdite
Por
Mona Fayad
Publicado
mai 19, 2026 - 15:16

Il existe des mots-clés dont la seule énonciation suffit à mettre en alerte votre interlocuteur du camp de la momana’a : dès que l’on prononce «Palestine», «résistance», «Amérique» ou «Israël», quelque chose se déclenche en lui, une sorte de commutateur mental, et il se raidit au point où tout débat serein et objectif devient impossible. Le problème au Liban n’est plus aujourd’hui celui du désaccord des opinions, mais bien l’absence du processus de pensée lui-même. Les positions toutes faites sont convoquées instantanément, les discours répétés à l’identique, les choix maintenus en dépit de ce qui change autour d’eux. Comme si nous ne nous remettions jamais en question, ne réévaluions rien, ne nous demandions pas: pensons-nous encore vraiment à ce que nous faisons, ou ne faisons-nous que répéter ce à quoi nous sommes habitués, simplement parce que cela fait désormais partie de notre identité? C’est précisément là que commence le danger, quand la répétition se substitue à la pensée.

Pékin: les conséquences du sommet des deux «empereurs»
Por
Jean-Patrick Dayras
Publicado
mai 15, 2026 - 01:18

Le monde avait, jeudi 14 mai, les yeux braqués sur Pékin où la rencontre entre le président des Etats-Unis, qui se veut encore grand, et le président Xi Jinping, qui aspire à l’être davantage que ce dernier, pourrait avoir des conséquences importantes pour nombre de pays, à court comme à long terme. Pour certains, nombreux sans doute, ces conséquences pourraient être dramatiques. Qu’en sera-t-il pour l’état du monde par la suite? Nul ne pourrait encore l’affirmer. Le président Trump a parlé sans doute, d’abord, de commerce. Le président Xi également. Le premier évoquera très vite ses victoires, mot qu’il chéri, sur son site, comme à son habitude.

Entre Trump, Poutine, Xi Jinping et l’Iran: une nouvelle géopolitique s’annonce (1/2)

Des changements radicaux se précisent dans le monde qui voit depuis vingt ans agoniser l’ordre global qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour céder la place à un nouvel ordre qui pointe à l’horizon. Depuis le coup d’envoi de son second mandat, et conformément à sa Stratégie de sécurité nationale (NSS 2025), le président Donald Trump a redéfini les priorités des États-Unis. Celles-ci sont, en premier lieu, les affaires internes (America First) et le continent américain. Pour le reste du monde, il considère que l’Europe devrait prendre en charge sa propre défense et ne plus compter sur les États-Unis comme elle le fait depuis 1945. Il estime que la Russie, malgré son comportement belliqueux, n’est plus un danger puisqu’elle s’est avérée incapable de vaincre l’Ukraine et serait incapable d’envahir l’Europe.

Des villes puissantes… des récits plus puissants encore
Por
Rabih Dandachli
Publicado
mai 12, 2026 - 18:36

L'influence au Moyen-Orient ne se mesure plus à la seule capacité des États à imposer leur domination militaire ou politique ; elle tient désormais à leur aptitude à édifier des villes attractives et à formuler des récits convaincants. Dans ce mouvement, des villes comme Riyad, Dubaï et Doha s'imposent comme de nouveaux centres de gravité, tandis que reculent les États incapables de produire une ville véritablement agissante ou un discours cohérent. Entre économie et médias, un modèle de gouvernance inédit prend forme, qui pose une question fondamentale : qui gouverne réellement ? Dans ce contexte, la ville a cessé d'être un simple espace urbain ou un centre administratif pour devenir un instrument politique à part entière. Sa montée en puissance ne saurait se comprendre par le seul prisme de la croissance économique ; elle renvoie à quelque chose de plus profond, à une redéfinition de la puissance elle-même. Les villes ne se construisent plus seulement pour accueillir des populations, mais pour servir de plateformes d'influence transfrontalières, capables d'attirer les investissements, de capter les compétences et d'affirmer leur présence dans l'économie mondiale. Ce sont des villes qui rivalisent avec des États, qui se présentent comme des modèles de stabilité et d'ouverture dans une région longtemps associée aux conflits et à l'incertitude. En ce sens, la ville devient la vitrine de l'État, voire son substitut dans certains contextes, où le succès se juge à la capacité d'attraction plutôt qu'à celle de domination, à la production plutôt qu'au discours.