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Analyse

Pourquoi le monde a besoin du multilatéralisme et des puissances moyennes
Par
Yakzan Takki
Publié
sept. 25, 2026 - 05:49

Alors que les dirigeants du monde se réunissent cette semaine à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies, ils sont confrontés à un paradoxe: le monde est aujourd’hui plus interdépendant qu’à aucun autre moment de l’histoire des relations internationales depuis le XVe siècle. Mais il est, dans le même temps, davantage fragmenté et polarisé, tandis que la puissance se répartit entre un nombre croissant d’acteurs. Les économies sont profondément imbriquées, la technologie relie des milliards de personnes par-delà les frontières, tandis que capitaux, marchandises, données et idées circulent à des vitesses inimaginables lorsque l’ONU fut fondée, en 1945. Le commerce mondial a atteint l’an dernier un niveau record de 35.000 milliards de dollars, tandis que six milliards de personnes, soit près des trois quarts de l’humanité, sont désormais connectées à Internet.

Trump-Xi: un sommet-test à dimension politico-économique
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
sept. 24, 2026 - 21:53

Le président américain, Donald Trump, a reçu jeudi à la Maison-Blanche, son homologue chinois, Xi Jinping, pour un sommet à double dimension, économique et politique, très suivi à l’échelle internationale, à cause de ses retombées éventuelles. Plusieurs dossiers sensibles sont à l’ordre du jour: les échanges commerciaux, les tarifs douaniers américains, l’accès des États-Unis aux terres rares chinoises, l’intelligence artificielle, l’appui américain à Taïwan, l’Iran, les sanctions américaines imposées à Téhéran et l’appui chinois à la République islamique. Autant de dossiers qui laissent de nombreux analystes sceptiques quant à des annonces fracassantes, à l’instar de ceux cités par l’agence Reuters. Pour ces analystes, le sommet XI-Trump doit surtout permettre aux deux dirigeants de «stabiliser une relation soumise à de fortes tensions».

Le pouvoir passe, la patrie reste
Par
Rabih Dandachli
Publié
sept. 21, 2026 - 22:48

Le retour d’Assala Nasri à Damas, après une absence de près de seize ans, n’était pas simplement celui d’une artiste sur une scène dont elle avait été longtemps éloignée. Il y avait dans cette image quelque chose qui dépassait la musique et la nostalgie. Comme si les années séparant son dernier concert à Damas de son retour devant son public se résumaient soudain à une seule question: qui est véritablement resté avec la Syrie, et qui était avec le pouvoir qui la gouvernait? Assala avait rompu avec la scène officielle syrienne lorsqu’elle avait choisi, dès 2011, de s’opposer au régime de Bachar el-Assad et de soutenir le mouvement de protestation. Ce choix lui valut une longue rupture avec les institutions officielles syriennes et son absence des scènes de son pays. Lorsqu’elle est revenue à Damas après le changement de régime, elle n’était donc pas une artiste qui redécouvrait sa patrie parce que le pouvoir avait changé. Elle était une artiste qui, durant toutes ces années d’absence, n’avait cessé d’affirmer que son différend était avec le régime, non avec la Syrie.

La crise éducative: quand l’État échoue deux fois
Par
Mona Fayad
Publié
sept. 20, 2026 - 21:27

À quelques jours de la rentrée scolaire, les écoles et lycées publics se sont retrouvés confrontés à un problème qui aurait dû être réglé avant même leur réouverture: de combien d’enseignants chaque établissement a-t-il besoin, et de combien d’heures d’enseignement? Le problème est apparu à la suite de la décision du ministère de l’Éducation de reporter la reprise des enseignants contractuels rémunérés par les caisses des écoles et des lycées, ainsi que celle des enseignants dits «auxiliaires», jusqu’à l’achèvement d’un recensement des besoins et l’identification des éventuels sureffectifs. Résultat: quelque 3 500 enseignants attendent de savoir ce qu’il adviendra de leurs heures d’enseignement, tandis que certains établissements ont été contraints de réduire leurs horaires faute de personnel.

L’illusion de l’ère «post-milices» au Moyen-Orient
Par
Yakzan Takki
Publié
sept. 17, 2026 - 00:40

Le conflit qui se poursuit entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que la guerre autour des détroits maritimes du Golfe, remettent au premier plan la question des milices, ces acteurs qui opèrent au Moyen-Orient en dehors du cadre de l’État et des relations internationales. Le monde attendait de la guerre contre l’Iran qu’elle marque un tournant: frapper le centre du parrainage régional devait affaiblir le modèle de la «milice», ouvrir la voie au retour de l’État et aux compromis politiques, voire refermer tout un chapitre de l’histoire de la région. Or ce qui se produit semble jusqu’à présent aller dans le sens inverse. La guerre n’a pas mis fin à l’ère des milices; elle les a réintroduites jusque dans les calculs diplomatiques.

Après Ali el-Taher, la carte du Liban est-elle en péril?
Par
Jad Akhawi
Publié
sept. 14, 2026 - 16:09

Ali el-Taher n’est pas une colline dont l’histoire serait terminée. Elle pourrait marquer le début d’une nouvelle carte. Après ce qui s’y est produit, la question n’est plus de savoir où Israël frappera demain, mais jusqu’où Israël veut repousser les limites de la «sécurité» qu’il cherche à imposer à l’intérieur du Liban. S’arrêteront-elles à la frontière, ou passeront-elles de Ali el-Taher aux hauteurs de l’Iqlim el-Touffah, de Rayhan et de Jabal Safi, voire plus loin, en direction de la Békaa? C’est aujourd’hui la question la plus dangereuse. Non pas parce qu’il existerait des preuves d’une décision israélienne d’occuper toutes ces régions. Aucune donnée ne permet, jusqu’à présent, de tirer une telle conclusion. Mais il existe suffisamment d’éléments pour envisager qu’Israël soit passé d’une stratégie visant à frapper les capacités du Hezbollah à une stratégie plus large : bouleverser la géographie militaire que le parti a construite au fil des décennies.

La désagrégation du modèle libanais, entre impasse et absence d’alternative

L’histoire des sciences suit un parcours sinueux, fait de destructions et de reconstructions, et non une accumulation linéaire et paisible, comme on l’a longtemps cru. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la conception dominante considérait la science comme un édifice s’élevant pierre après pierre, chaque génération de chercheurs ajoutant une nouvelle brique au monument de la vérité absolue. Mais la publication, en 1962, de La Structure des révolutions scientifiques , de l’historien et philosophe des sciences américain Thomas Kuhn, provoqua un véritable séisme intellectuel qui transforma notre manière de concevoir l’évolution de la pensée humaine. Kuhn ne proposait pas seulement une nouvelle lecture de l’histoire des sciences. Il fondait une nouvelle épistémologie, montrant que le progrès scientifique procède par bonds soudains et ruptures profondes, déterminés aussi par des contextes sociologiques et psychologiques qui ne sont pas exempts de conflits.

Jean-François Leroy et l’image qui ouvre sur un monde
Par
Yakzan Takki
Publié
sept. 9, 2026 - 15:40

À l’occasion de la disparition du photographe français Jean-François Leroy, on peut tenter de saisir la passion qui le poussait vers l’image. Non pas comme un document froid, mais comme un moyen de se rapprocher de l’homme dans les moments où il se dévoile dans son extrême vulnérabilité, comme une expression sensible de la pensée et de l’âme humaines à travers la physiologie de la perception. C’est ce qui a rendu son expérience différente. Il était plus qu’un simple témoin de l’événement. Il pénétrait dans cette distance sensible, fasciné par la vie lorsqu’elle apparaît dans sa plus grande fragilité, avec une capacité particulière à exprimer l’autonomie de l’image et ce qui la distingue des autres manifestations symboliques.

«L’État, c’est moi»: quand les nations se résument à des hommes
Par
Rabih Dandachli
Publié
sept. 8, 2026 - 19:31

On attribue au roi de France Louis XIV, le «Roi-Soleil», l’une des phrases les plus célèbres de l’histoire politique: «L’État, c’est moi». Bien que les historiens doutent qu’il l’ait prononcée littéralement, la formule est restée parce qu’elle résumait toute une philosophie du pouvoir: le souverain et l’État deviennent deux images d’une même réalité, toute opposition à ses décisions devient une opposition à la nation, et la force des institutions se mesure à leur degré de soumission à sa volonté. Le problème de la France sous Louis XIV n’était pas que son roi était faible. Au contraire, la France était l’une des plus grandes puissances européennes, et son souverain l’un des plus puissants de son époque. Mais la puissance de l’État se trouvait de plus en plus liée à la centralisation de la décision et à la personne du monarque, tandis que les guerres, les dépenses, les inégalités sociales et les déséquilibres des finances publiques accumulaient des coûts que les générations suivantes allaient devoir payer.

Sommes-nous devenus plus stupides?
Par
Mona Fayad
Publié
sept. 5, 2026 - 20:01

La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs?