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Analyse

L’impact d’une victoire de l’Ukraine ou de la Russie (4/5)

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Un secouriste intervient dans une usine frappée par une bombe aérienne guidée russe à Zaporijjia, en Ukraine, le 25 juillet 2026. (Dmytro Smolienko / NurPhoto via AFP)
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Par Jean-Patrick Dayras
Publié juil. 28, 2026 - 14:06

La guerre d’Ukraine continue d’être au centre d’un vaste débat entretenu, entre autres, par des bombardements quasi quotidiens qui visent de part et d’autre des centres névralgiques et, plus spécifiquement, les capitales russe et ukrainienne.

Afin de mieux comprendre les différentes dimensions de ce vieux conflit, il est nécessaire de revenir sur les prolégomènes et la genèse de ce qui a abouti à cette guerre (fratricide?), en exposant les motivations et les aspirations des différentes parties concernées, dont notamment l’Occident (États-Unis et Europe, élargie à tous les pays de l’Otan, à l’exception de la Turquie), et en rappelant aussi les débuts de l’offensive russe et les échecs des tentatives d’aboutir à une paix, ou tout au moins à des négociations, sachant que les responsabilités dans ce contexte sont multiples.

Pour bien cerner les tenants et les aboutissants des divers aspects de la guerre en Ukraine, certaines questions de base devraient être soulevées, d’entrée de jeu. Que représentent ainsi la Russie et l’Ukraine pour l’Occident? Quelles pourraient être les retombées concrètes d’une éventuelle victoire nette de l’un des deux protagonistes? Et par le fait même, quelles seraient les conséquences pour l’Occident et le Proche-Orient?

Dans une série de cinq articles, Jean-Patrick Dayras, contre-amiral dans la marine française, expose sa vision et son analyse de la question.

 

Réflexion prospective: what if …

A – Si l’Ukraine gagne, c’est-à-dire qu’elle récupère la quasi-totalité de son territoire…

 

Pour l’Ukraine, les conséquences pourraient inclure:

 

– Un renforcement considérable de la position internationale de l’Ukraine.

 

– Une accélération de son intégration à l’Union européenne, même si l’adhésion resterait un processus long.

 

– Une coopération militaire encore plus étroite avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, qu’il y ait ou non une adhésion formelle.

 

– Un affaiblissement de l’influence russe dans une partie de l’Europe de l’Est.

 

Pour la Russie, les conséquences dépendraient de l’ampleur de la défaite. Mais il est certain:

 

– Qu’elle perdra une grande part de son prestige international.

 

– Que cette défaite aura un coût économique durable lié aux sanctions et à la reconstruction et au rétablissement de ses capacités militaires.

 

– Que cela remettra en question la politique du Kremlin, qui dépendra de l’évolution de la situation intérieure.

 

– Toute la politique russe entamée depuis des années en Afrique, mais aussi dans différents États des Brics+ ou associés en pâtira.

 

Nota: le Tchad adopte depuis peu une attitude de rapprochement auprès de la France, prélude peut-être à une modification de la géopolitique africaine. Cela devrait être examiné attentivement avant d’être confirmé.

 

En revanche, il est difficile de prédire qu’une éventuelle défaite russe entraînerait automatiquement un changement de régime. L’histoire montre que ce type d’évolution dépend de nombreux facteurs internes.

 

Pour l’Europe

 

Une victoire ukrainienne pourrait:

 

– Améliorer le sentiment de sécurité au niveau des États d’Europe du nord, centrale et orientale.

 

– Maintenir un niveau élevé de dépenses militaires.

 

– Accélérer les efforts de diversification énergétique déjà engagés depuis 2022.

 

Pour les États-Unis

 

Une telle issue pourrait être présentée comme un succès de la politique de soutien des USA à l’Ukraine et de leurs alliances. Toutefois, elle ne mettrait pas fin aux autres défis stratégiques (rivalité avec la Chine et pourparlers difficiles avec l’Iran).

 

Pour la Chine

 

Pékin observerait avec attention les enseignements du conflit, en particulier en ce qui concerne une invasion de vive-force de Taïwan. Une défaite russe pourrait conduire la Chine à:

 

– Approfondir certains liens avec Moscou pour préserver un partenaire stratégique, mais dans une position dominatrice.

 

– Réévaluer certains aspects de sa politique étrangère (Iran, Taïwan et l’association naissante entre l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et les Philippines).

 

Pour les organisations internationales

 

Une victoire ukrainienne serait interprétée comme un renforcement du principe selon lequel les frontières ne doivent pas être modifiées par la force. Cela pourrait renforcer la crédibilité de certaines normes du droit international, même si leur application reste dépendante des rapports de force entre États.

 

Les limites de ce scénario

 

Même en cas de succès militaire ukrainien, plusieurs difficultés subsisteraient:

 

– La reconstruction du pays, estimée à plusieurs centaines de milliards d’euros qui devraient être payés par la Russie.

 

– Le retour des réfugiés (cela n’engage que ceux qui le croient).

 

– Le déminage de vastes territoires.

 

– Les poursuites judiciaires liées aux crimes de guerre allégués (à voir si les Ukrainiens ne pourraient pas eux aussi être impliqués dans des crimes identiques).

 

– Les relations futures entre la Russie, l’Ukraine et les pays européens.

 

Cette victoire n’effacerait pas les tensions géopolitiques. Même si l’Ukraine atteignait ses principaux objectifs militaires, les relations entre la Russie et l’Occident resteraient probablement marquées par une défiance durable, une militarisation accrue de certaines régions et une reconfiguration des équilibres de sécurité en Europe. Les effets dépendraient aussi des conditions de la fin du conflit: un accord négocié, un cessez-le-feu durable ou une défaite militaire nette n’auraient pas les mêmes conséquences.

 

B – La Russie gagne, l’Ukraine perd

 

Tout dépend de ce que signifie «la Russie gagne». Les conséquences seraient très différentes selon qu’il s’agisse d’un gain territorial limité, d’un contrôle durable d’une partie de l’Ukraine ou d’un changement de gouvernement à Kiev.

 

Une défaite ukrainienne pourrait entraîner:

 

– La perte durable de tout ou d’une partie des territoires occupés.

 

– Des coûts humains, économiques et démographiques considérables.

 

– Un ralentissement de la reconstruction et des investissements.

 

– Le maintien d’un important mouvement de réfugiés vers d’autres pays européens.

 

L’avenir politique de l’Ukraine dépendrait des conditions de la fin du conflit: un cessez-le-feu, un traité de paix ou un accord imposé n’auraient pas les mêmes effets.

 

Si Moscou atteignait ses principaux objectifs, cela pourrait se traduire par:

 

– Un renforcement de la position du Kremlin sur le plan intérieur.

 

– La présentation de l’issue comme une victoire stratégique.

 

– Un maintien de son influence sur une partie de l’Ukraine et de son voisinage (Moldavie).

 

En revanche, même en cas de succès militaire, la Russie pourrait continuer à faire face à:

 

– Des sanctions économiques occidentales.

 

– Une dépendance accrue envers certains partenaires comme la Chine, l’Inde ou d’autres États non occidentaux.

 

– Des coûts élevés liés à la reconstruction des territoires contrôlés et au maintien de forces importantes.

 

Pour l’Europe

 

Une victoire russe conduirait probablement à:

 

– Une augmentation durable des dépenses militaires des États européens.

 

– Un renforcement de la présence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord sur son flanc oriental (mais avec ou sans les États-Unis?).

 

– Une accélération des politiques visant à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.

 

Certains craignent également que les pays voisins de la Russie, notamment les États baltes, demandent des garanties de sécurité encore plus fortes.

 

Pour les États-Unis

 

Les États-Unis pourraient voir leur stratégie en Ukraine remise en question, ce qui pourrait alimenter un débat interne sur leur politique étrangère et sur le niveau de soutien à leurs alliés (y compris dans le golfe arabo-persique et dans la péninsule arabique).

 

Pour la Chine

 

Une victoire russe pourrait être interprétée de différentes façons:

 

– Certains y verraient la preuve qu’une grande puissance peut atteindre certains objectifs malgré des sanctions.

 

– D’autres souligneraient le coût économique, humain et diplomatique très élevé du conflit, qui pourrait aussi servir d’avertissement.

 

La Chine de toute façon apparaîtrait comme le pays qui a permis à la Russie de gagner grâce au soutien qu’elle lui a apporté. Elle serait la grande gagnante. La Russie ne serait plus un géant devant elle.

 

Pour le droit international

 

De nombreux juristes estiment qu’une acquisition durable de territoires obtenue par la force poserait un défi important au principe de l’intégrité territoriale des États, consacré notamment par l’ONU. D’autres rappellent que les précédents historiques sont variés et que les réactions internationales dépendent souvent des rapports de force. Le Conseil de sécurité de l’ONU verrait son étoile pâlir et être même remis en cause.

 

Les limites de ce scénario:

 

Même en cas de victoire russe, plusieurs facteurs pourraient limiter ses bénéfices:

 

– Le coût économique à long terme.

 

– La gestion de territoires potentiellement instables.

 

– Le maintien de l’isolement par rapport à une partie des pays occidentaux.

 

– Le risque d’une insurrection ou d’une instabilité persistante selon les zones concernées.

 

– Le succès serait entaché d’opprobre en raison du temps mis pour arriver à ce but qui était au départ espéré comme rapide, voire facile (guerre plus longue que la Première Guerre mondiale).

 

– Sans doute en Afrique, son aura en pâtira.

 

En résumé

 

Les conséquences d’une victoire russe dépendraient de son ampleur et des conditions de la fin de la guerre.

 

La sécurité européenne resterait profondément transformée, les relations entre la Russie et les pays occidentaux demeureraient durablement très tendues, et l’ordre de sécurité en Europe continuerait d’être redéfini pendant de nombreuses années. En revanche, les effets précis sur la politique intérieure russe, sur l’équilibre mondial ou sur les futures alliances restent largement incertains et font l’objet de débats entre spécialistes.

 

Le mot de la fin: les conséquences évoquées permettent de souligner que ce conflit scellera la disparition de la victoire selon l’ordre et le modèle westphalien.

 

Prochaine article

Victoire ukrainienne ou russe: conséquences pour le Moyen-Orient (5/5)

 

À lire aussi sur le même thème

Comment l’Occident a choisi l’Ukraine (1/5)

Guerre en Ukraine: l’échec des premiers efforts de paix (2/5)

Guerre en Ukraine: fautes stratégiques russes et maladresse occidentale (3/5)

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