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Analyse

Ali el-Taher: pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé de remettre la colline à l’armée?

La bataille d’Ali el-Taher n’a pas été une simple confrontation militaire autour d’une colline stratégique du sud du Liban. Malgré sa superficie limitée, le site est devenu un point de convergence entre calculs militaires, politiques et régionaux, révélant l’un des aspects essentiels du conflit qui perdure au Liban: qui contrôle le territoire, qui détient les armes et qui décide de la guerre et de la paix? Le plus intéressant n’est pas seulement l’entrée d’Israël sur le site, mais l’insistance du Hezbollah à refuser de le remettre à l’armée libanaise, alors même que celle-ci est la seule institution légitime censée assumer la responsabilité du territoire libanais, en particulier dans les zones frontalières directement liées à la sécurité et à la souveraineté du pays.

Peine capitale et ambiguïté géopolitique de la mort
Par
Yakzan Takki
Publié
sept. 2, 2026 - 11:34

Le Liban franchit une étape importante vers la protection du droit individuel à la vie en abolissant la peine de mort, à un moment où la région vit au rythme des nouvelles de guerre, de mort et de destruction, dans une réalité qui ressemble parfois à une exécution collective de l’être humain. L’abolition de la peine de mort n’est pas une simple modification juridique ni une mesure législative. C’est un acte en faveur des droits humains, qui place le droit à la vie au-dessus du droit de l’État à punir et prend parti pour l’individu face au pouvoir de donner la mort. De ce point de vue, l’engagement du Liban dans cette voie revêt une portée qui dépasse le texte de loi lui-même, en renforçant la protection de la personne. Abolir la peine de mort revient ainsi à reconnaître que l’État ne devrait pas tuer au nom de la loi, alors même que les guerres, les conflits et les effondrements politiques et sociaux font de la mort une pratique quotidienne, à l’intérieur comme à l’extérieur du droit.

Japon-Liban: entre le paradoxe du relèvement après la défaite et le piège de l’effondrement permanent

J’ai été profondément touchée en regardant la série Antarctica sur Netflix, et je me suis demandé si nous pouvions, au Liban, accomplir quelque chose de semblable à ce qui s’est produit au Japon en 1950, ou si notre situation était tout simplement désespérée. La série s’articule autour du modèle qu’a constitué l’expédition japonaise en Antarctique dans les années 1950, montrant comment un projet scientifique et technique peut devenir un levier pour reconstruire le sentiment national dans un contexte d’après-occupation et de défaite. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Japon ne s’est pas contenté de reconstruire ses infrastructures matérielles. Il s’est également attaché à reconstruire son récit collectif et son image dans le monde, en transférant le fondement de sa légitimité du registre militaire vers le registre scientifique et civil. Cette expédition a joué un rôle symbolique dans cette transformation: elle fut présentée comme la preuve de la capacité de la nation japonaise à se relever et à réintégrer la communauté internationale par des moyens pacifiques.

Iran: le jeu dangereux de l’escalade régionale face aux sanctions US
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
août 27, 2026 - 22:56

L’exacerbation des tensions au Liban, à Gaza, en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz fait craindre un scénario auquel l’Iran et ses alliés ont déjà eu recours: celui de provocations militaires qui iraient crescendo pour contrer le D-Day économique américain. L’armée israélienne affirme d’ailleurs se préparer à un possible «embrasement sur plusieurs fronts», à la veille d’une série de fêtes juives qui commencent le 11 septembre. Si l’Iran se garde bien de provoquer Israël, pour éviter une riposte qui lui coûterait très cher, il n’hésiterait pas, par contre, à inciter ses alliés à jouer aux fauteurs de troubles, au cas où l’étau économique américain se resserrerait davantage sur lui.

Le monde entre Superman et Spider-Man
Par
Yakzan Takki
Publié
août 22, 2026 - 19:36

On sait de Superman qu’il est l’homme d’acier, vêtu d’un costume moulant et d’une cape rouge et bleue, qu’il prend les choses au sérieux et qu’il porte sur ses épaules, tel un policier, la responsabilité de sauver le monde. C’est cet homme qu’incarne David Corenswet dans sa version hollywoodienne moderne: il arrête les méchants, intervient pour sauver des vies prises dans les guerres, les incendies ou les noyades. De ce film américain se dégage aussi une autre figure de Superman: celle d’un personnage qui intervient sans cesse dans les affaires du monde, sans s’arrêter ni réfléchir aux conséquences de son ingérence dans les conflits des autres États. Cette approche géopolitique peut sembler peu compatible avec les valeurs des super-héros. Pourtant, c’est ce que suggère le président américain Donald Trump dans ses mouvements spectaculaires visant à remodeler le monde, dans une évocation métaphorique de la figure du méchant, qu’évoque le réalisateur du film dans le “MAGA” sans la nommer, à travers le personnage de l’homme d’affaires ou d’autres figures comme Lex Luthor. C’est-à-dire une nouvelle version de l’Amérique dans un monde mauvais et un capitalisme rapace, une image d’hommes d’affaires arrogants, à l’image de Gordon Gekko dans le film Wall Street .

Liban: vivre-ensemble ou peur ritualisée?
Par
Mona Fayad
Publié
août 20, 2026 - 19:45

Lors de l’un de mes séjours au Canada, je suis passée, comme à mon habitude, par la librairie Volume, qui possède des ouvrages de réflexion de grande valeur que l’on ne trouve plus sur le marché de l’édition. J’y ai découvert un petit livre d’un auteur canadien, Michel Poulin: Vivre et laisser vivre . Je l’ai immédiatement pris, puisqu’il traite de la manière de vivre ensemble, ce que nous appelons au Liban le «vivre-ensemble». L’idée centrale du livre paraît simple: ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. Mais toute la question est de savoir qui fixe ces limites. L’ouvrage rejette deux conceptions extrêmes: la liberté absolue, qui conduit au chaos, et le contrôle total, qui mène à la répression. À leur place, il propose une autre forme de liberté: la «liberté responsable».

«Tous les chemins mènent à Rome»...
Par
Rabih Dandachli
Publié
août 17, 2026 - 19:48

L’expression «Tous les chemins mènent à Rome» est l’une des plus célèbres de l’histoire politique et des civilisations. Loin d’être uniquement une métaphore littéraire, elle décrivait une réalité de l’Empire romain, qui avait construit un vaste réseau routier faisant de Rome son centre politique, militaire et économique, de sorte que les principales routes y aboutissaient. À partir du Moyen Âge, l’expression devint un proverbe signifiant que la diversité des moyens ne change pas nécessairement l’issue finale et que des chemins différents peuvent conduire au même destin. Le Liban offre peut-être aujourd’hui une illustration politique contemporaine de cette formule. Depuis la fin de la dernière guerre, les discours et les slogans se sont multipliés, tout comme les options avancées. Mais une seule question demeure: le Liban dispose-t-il réellement de plusieurs choix stratégiques, ou bien tous finissent-ils, d’une manière ou d’une autre, par conduire à la table des négociations?

Entre l’alliance de La Mecque et l’axe Inde–Émirats–Israël: où se situe le Liban arabe?

Le Moyen-Orient ne traverse plus seulement une phase de recomposition des alliances. Il semble entrer dans une période où la notion même de sécurité régionale est en train d’être redéfinie. Après des décennies durant lesquelles le système arabe évoluait, même de manière fragile, dans des cadres communs tels que la Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe, de nouveaux dispositifs sécuritaires et économiques commencent aujourd’hui à émerger. Ils dépassent les frontières du monde arabe et réunissent des États arabes et musulmans à des puissances régionales et internationales sur la base d’intérêts stratégiques, et non plus seulement d’une identité commune.

L’anthropologie devant son miroir
Par
Yakzan Takki
Publié
août 13, 2026 - 14:46

Les anthropologues n’ont guère apprécié de voir leur discipline présentée comme un foyer de «mauvaise pensée politique de groupe», ni de lire que la «neutralité scientifique» serait, au mieux, une illusion et, au pire, une injonction politique. Ils se sont vivement indignés du Report on the State of Scholarship in the Humanities and the Humanistic Social Sciences , commandité par l’Université Vanderbilt et l’Université Washington de Saint-Louis et préparé par dix universitaires. Récemment rendu public, ce rapport présente l’anthropologie comme l’exemple d’une discipline connaissant une dégradation généralisée des normes scientifiques, accompagnée d’un climat intellectuel délétère dans lequel les divergences raisonnables sur des sujets politiquement controversés seraient réprimées et sanctionnées.

La fabrique de la peur, l’état d’exception et la mise à nu de l’être humain au Liban

Depuis l’incident du bus de Aïn el-Remmaneh, en 1975, qui constitua l’étincelle symbolique de la guerre, le Libanais est entré dans un cycle ininterrompu de peur organisée, et non de peur circonstancielle. Il s’inscrit dans ce que certains penseurs appellent «l’économie de la peur» ou les «politiques de la peur», où celle-ci devient une matière que l’on fabrique et que l’on administre, et non plus seulement un sentiment spontané. La peur remplit ici trois fonctions dangereuses: Elle paralyse d’abord l’action collective. Lorsqu’une société vit sous la menace permanente de la guerre, de la discorde, de l’effondrement ou d’un ennemi extérieur ou intérieur, sa préoccupation première devient la survie individuelle, et non l’action collective. Ainsi se désagrège toute possibilité de résistance organisée à une quelconque forme de domination ou d’occupation.