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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime .
Publié sept. 5, 2026 - 00:55
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
Analyse

Ali el-Taher: pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé de remettre la colline à l’armée?

La bataille s’est-elle achevée par un arrangement non déclaré?
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Par Jad Akhawi - Publié sept. 4, 2026 - 15:00
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La bataille d’Ali el-Taher n’a pas été une simple confrontation militaire autour d’une colline stratégique du sud du Liban. Malgré sa superficie limitée, le site est devenu un point de convergence entre calculs militaires, politiques et régionaux, révélant l’un des aspects essentiels du conflit qui perdure au Liban: qui contrôle le territoire, qui détient les armes et qui décide de la guerre et de la paix? Le plus intéressant n’est pas seulement l’entrée d’Israël sur le site, mais l’insistance du Hezbollah à refuser de le remettre à l’armée libanaise, alors même que celle-ci est la seule institution légitime censée assumer la responsabilité du territoire libanais, en particulier dans les zones frontalières directement liées à la sécurité et à la souveraineté du pays. Pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé? Parce que la remise d’Ali el-Taher à l’armée n’aurait pas été comprise comme une simple mesure de terrain. Elle aurait revêtu une signification politique dépassant largement la colline elle-même. Une telle démarche aurait constitué une reconnaissance de fait de l’autorité de l’État libanais sur les décisions sécuritaires et militaires dans le Sud, et du fait qu’aucune autre force armée ne peut agir comme si elle exerçait l’autorité effective sur le terrain. Le site est ainsi devenu un test de l’autorité de l’État, et non plus seulement une position militaire avancée. Qui a tué les combattants? C’est l’épisode le plus obscur du récit de la bataille. La version israélienne fait état de combattants tués et d’autres ayant pris la fuite, tandis que les informations indépendantes sur le nombre de personnes présentes sur le site, la nature de leur mission et leur sort demeurent incomplètes. Les divergences entre les récits ouvrent également la voie à de nombreuses questions auxquelles les seuls communiqués militaires ne permettent pas de répondre. Et il ne s’agit pas d’un simple détail opérationnel: La plupart des combattants ont-ils été tués à l’intérieur du site? Ont-ils réussi à se retirer par des tunnels et des passages? Ou avaient-ils été évacués avant le début de l’opération israélienne? Chacune de ces hypothèses possède une signification différente. Si les combattants sont restés sur place jusqu’au dernier moment, cela signifierait que le site a été le théâtre d’un affrontement direct qui s’est achevé par une nette supériorité israélienne. S’ils ont, en revanche, été évacués à l’avance, la question porterait alors sur l’autorité qui a pris cette décision, les raisons qui l’ont motivée et la possibilité que cette évacuation ait fait partie d’un arrangement plus large, ou qu’elle n’ait été qu’une mesure militaire préventive. Et s’il devait être établi qu’un nombre important d’entre eux avaient quitté les lieux avant l’entrée des forces israéliennes, la question principale serait alors : comment sont-ils sortis, qui a assuré leur évacuation et celle-ci s’est-elle déroulée avec la connaissance d’acteurs locaux ou internationaux? À ce stade, il n’existe pas suffisamment d’éléments publics permettant de trancher entre ces différents scénarios. Mais l’absence d’informations ne retire rien à l’importance de ces questions. Elle accroît au contraire les interrogations sur la nature de ce qui s’est produit dans les heures précédant la prise de contrôle du site. Qu’en est-il de la visite de l’ambassadeur américain en Israël? Le calendrier mérite qu’on s’y attarde. L’escalade autour d’Ali el-Taher a coïncidé avec un mouvement diplomatique américain en direction d’Israël, tandis que des informations faisaient état de discussions sur le site et sur la possibilité qu’il soit finalement remis à l’armée libanaise. Cela ne signifie pas nécessairement que la décision ait été prise en dehors du Liban, ni qu’un accord complet ait été conclu entre Washington, Tel-Aviv et Beyrouth. Mais cela indique que le site n’est plus considéré comme une simple question militaire locale. Il est impossible d’affirmer que la visite de l’ambassadeur américain faisait partie d’un accord secret concernant Ali el-Taher: rien ne permet de l’établir. Il est tout aussi impossible d’affirmer que tout ce qui s’est produit résultait d’un arrangement préalable entre les parties concernées. Il est cependant clair que Washington envisage l’avenir du site dans le cadre d’un dossier plus large touchant au cessez-le-feu, à la stabilisation de la frontière, à l’absence de toute présence militaire échappant à l’autorité de l’État libanais et à la nécessité d’empêcher les zones frontalières de devenir des plateformes permanentes de confrontation. Ali el-Taher s’inscrit dès lors dans des négociations dont la portée dépasse largement sa géographie. Le site est peut-être petit sur la carte, mais il est lié à de grandes questions concernant les arrangements dans le Sud, le rôle de l’armée libanaise, l’avenir des armes illégales et les limites de l’influence israélienne dans la région. Le paradoxe qui a embarrassé le Hezbollah Le grand paradoxe politique est que le Hezbollah a refusé de remettre la colline à l’armée libanaise, sans parvenir pour autant à la conserver. Si l’opération israélienne devait s’achever par un retrait des forces israéliennes et la remise du site à l’armée libanaise, le scénario serait très différent de l’image que le Hezbollah voulait imposer ou cherchait à consacrer: le Hezbollah a refusé de remettre le site à l’État, Israël l’en a délogé, puis l’État est revenu en assumer la responsabilité. Autrement dit, le Hezbollah a refusé de consacrer volontairement l’autorité de l’armée, mais pourrait se retrouver face à une réalité qui la consacre d’une autre manière. C’est ce qui rend la situation politiquement embarrassante, car le résultat final pourrait apparaître comme ayant réalisé, indirectement, ce que le Hezbollah avait refusé de faire directement. Dès lors, une question s’impose: pourquoi la remise du site à l’armée n’a-t-elle pas été considérée comme l’option la moins coûteuse pour le Liban? Cette démarche aurait pu être présentée comme un renforcement du rôle de l’État, une protection du Sud et un moyen d’empêcher Israël d’utiliser la présence du Hezbollah comme prétexte pour demeurer sur place ou poursuivre son avancée. Le refus de remettre le site à l’armée l’a au contraire maintenu dans la zone de confrontation et a permis à Israël de présenter son opération comme une réponse à une présence militaire échappant à l’autorité de l’État. Ali el-Taher résume le problème libanais La question ne se limite pas à cette colline. Le Liban ne peut recouvrer sa souveraineté tant que deux autorités militaires coexistent: celle de l’armée et celle d’armes échappant à l’État. Il ne peut pas davantage demander à la communauté internationale de respecter ses frontières tant que la décision militaire, à l’intérieur de celles-ci, demeure partagée entre les institutions de l’État et une organisation armée disposant de capacités indépendantes. Dans le même temps, le Liban ne peut réclamer le retrait d’Israël de son territoire alors que la décision sécuritaire concernant ce territoire reste elle-même l’objet d’un conflit interne. Tant que des armes subsisteront en dehors de l’État, l’argument israélien demeurera, et le Sud restera exposé à de nouveaux cycles d’escalade. La souveraineté ne se partage pas. Soit l’armée libanaise constitue l’unique référence, soit le Liban demeure un terrain ouvert aux conflits régionaux où s’entremêlent les calculs iraniens, israéliens et américains, tandis que l’État et la société paient le prix de l’affrontement. C’est pourquoi, après Ali el-Taher, la véritable question n’est pas de savoir qui a gagné la colline, mais qui l’administrera une fois la bataille terminée? Si la réponse est l’armée libanaise, Ali el-Taher pourrait marquer le début d’un passage du Sud de la logique de la «résistance» à celle de la responsabilité de l’État. Cela pourrait constituer une première étape vers une redéfinition de la sécurité nationale, dans laquelle la défense des frontières deviendrait la mission des institutions de l’État, et non celle d’une partie agissant de manière autonome. Si Israël demeure sur place, en revanche, le Liban aura une nouvelle fois perdu une partie de sa souveraineté, quelle que soit la version que chaque camp avancera pour justifier ce qui s’est passé. Dans les deux cas, une vérité essentielle demeure: ni le Hezbollah ne peut se substituer à l’État, ni Israël ne peut être le garant de sa souveraineté. La souveraineté libanaise ne peut être restaurée que par l’État libanais, protégée que par son armée et consacrée que par une décision politique claire mettant fin à la dualité des armes et des autorités.
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A Nicée, le pape prêche le credo de l’unité chrétienne

La ville d’Iznik, au sud d'Istanbul, a marqué une étape importante de la visite du pape Léon XIV en Turquie. L'ancienne Nicée a en effet réuni de dignitaires religieux, orthodoxes et protestants pour une grande prière sur les vestiges d'une basilique immergée du IVe siècle. Cette messe était destinée à la célébration des 1.700 ans du Concile œcuménique de Nicée qui, depuis 325, constitue l'un des rassemblements fondateurs de la foi chrétienne légalisée douze ans auparavant par l'Empire romain. Côte à côte, sur les rives du lac d'Iznik, les prélats ont récité le Credo de Nicée, un texte toujours utilisé par des millions de chrétiens de différentes confessions dans le monde, qui avait été rédigé lors du même Concile en l'an 325, ayant réuni 300 évêques de l'Empire romain. Lors d'une cérémonie riche en symboles, Léon XIV a insisté sur "la recherche de la fraternité". "Nous sommes tous invités à surmonter le scandale des divisions qui malheureusement existent encore, et à nourrir le désir de l'unité", a-t-il lancé en anglais. La cérémonie, marquée par des prières en plusieurs langues, des chants polyphoniques et byzantins a capella, était présidée par le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, figure majeure du monde orthodoxe. « Rejeter l’utilisation de la religion pour justifier la violence » En présence de représentants de nombreuses Églises (copte, grecque, arménienne, syriaque, anglicane), ce dernier a invité à "suivre le chemin de l'unité chrétienne qui nous est tracé", malgré les "divisions" des siècles passés. Dans sa déclaration, le pape a également appelé à "rejeter avec force" l'"utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence, comme toute forme de fondamentalisme et de fanatisme", sans jamais citer ouvertement aucun responsable d'aucune religion. Immergée pendant des siècles, la basilique d'Iznik, éclaire les premiers siècles de la chrétienté et de ses martyrs. Quand l'archéologue Mustafa Sahin identifie les ruines des trois nefs en 2014, sur des photos aériennes, elles se trouvent à 50 m du rivage et deux mètres sous l'eau. "J'ai réalisé qu'il s'agissait d'une église inconnue" confie M. Sahin, chef du département d'archéologie de l'Université Uludag de Bursa, la ville voisine. Sous l'effet du changement climatique, la baisse du niveau du lac révèle la basilique du IVe siècle, effondrée au XIe après une série de violents tremblements de terre et peu à peu noyée, deux siècles plus tard, par la montée des eaux. Selon l'archéologue, planté sur une plateforme d'observation en surplomb du site, la basilique des Saints Pères a été construite en 380 après J.C, là où un jeune martyr de 16 ans nommé Néophyte mourut pour sa foi, en 303, quand Rome persécutait les premiers chrétiens. « La basilique des martyrs » Flagellé et lapidé, il fut décapité "pour avoir refusé d'offrir des sacrifices aux dieux païens et de vénérer des idoles", témoigne l'exposition du petit musée du site, qui rappelle l'histoire des chrétiens de Nicée, autrefois importante cité romaine. Une église antérieure érigée en mémoire de Néophyte a accueilli en 325 le Concile œcuménique de Nicée. Mais elle fut détruite en 358 par un séisme de magnitude 9. C'est sur ses ruines que fut bâtie la basilique des Saints Pères environ deux décennies plus tard, nommée en hommage aux 318 évêques qui, après deux mois d'intenses débats, rédigèrent le Credo de Nicée. L'église a notamment abrité un sarcophage contenant les restes de Néophyte - déménagé après son effondrement - et ceux d'autres martyrs dont les os et mâchoires affleurent aujourd'hui sous la surface du lac. L'équipe du Pr. Sahin, qui a découvert récemment ces preuves de morts violentes, évoque "un cimetière de martyrs". "Nous avons déjà trouvé environ 300 tombes" dit-il en désignant des tuiles de terre cuite empilées, dont certaines laissent entrevoir des os brisés. "Nous n'avons excavé que vingt-sept de ces tombes et pu observer des traces de torture, des bras et des jambes cassés, des crânes troués, perforés, qui montrent que ceux enterrés ici ont été torturés et exécutés", poursuit-il. Une zone se distingue par de petites sépultures de tuiles: onze tombes d'enfants. "Nous ne les avons pas encore ouvertes, mais nous savons qu'il s'agit d'enfants à cause de leur taille" confirme l'archéologue. Les ossements sont soigneusement excavés, analysés et documentés par des anthropologues, puis replacés sur leur lieu de repos: "ce n'était pas un cimetière ordinaire, plutôt un lieu de martyre, une église très significative pour les chrétiens". Pour Mustafa Sahin, la Turquie tient une place essentielle sur la carte de la chrétienté en raison des nombreuses traces, bien préservées, qui témoignent de ses premiers temps. "Le christianisme a émergé comme religion autour de Jérusalem, mais sans l'Anatolie, il n'y aurait pas de christianisme", assure-t-il en mentionnant les voyages et les épîtres de l'apôtre Paul, regroupées dans le Nouveau Testament.

De Léon XIII à Léon XIV (Lettre ouverte)
Par
Amine Jules Iskandar
Publié

En sacralisant les tracés des frontières et les textes des Constitutions, la politique libanaise actuelle tend à oublier qu’ils ne sont pas une fin en soi, mais qu’ils sont élaborés d’ordinaire pour le bien-être de la personne humaine que Votre Sainteté est venue écouter dans sa douleur. Très Saint Père, Pour votre visite au Liban, un décor grandeur nature a été mis en scène reflétant prospérité et joie de vivre, là où le faste des sites religieux dépassera en splendeur celui des institutions étatiques. Mais Votre Sainteté est-elle venue connaître la vie des palais ou celle d’un peuple usé par cinquante années de conflits, d’appauvrissement et d’exode, sans la moindre lumière à l’horizon ? Sainteté, permettez que nous vous adressions ces lignes qui ne correspondent en rien à ce que vous entendrez dans les palais. Le Liban est atterré et ne peut plus vivre dans l’euphémisme. Aucune société ne pourrait survivre à des guerres et des crises sans fin dont on ne traite que les symptômes sans jamais oser en diagnostiquer la cause. Il y a, sans le moindre doute, la corruption à l’échelle nationale, et l’expansionnisme de nos voisins à l’échelle régionale. Mais il y a aussi un problème structurel qui est inhérent à la formation même de notre pays. La diversité Lorsque le Grand Liban a fait le choix d’être, à l’image de la France, une république jacobine, il a dans la foulée renié l’existence de ses constituantes ethniques. Trahissant la Constitution du Mont-Liban de 1864, le Grand Liban a procédé en 1926 à une interprétation hasardeuse du terme turc ottoman « Millets » (Nations). Celui-ci a été traduit par « confessions », un sens qui ne permettait plus la lecture des spécificités culturelles qui nécessitent un mode de gouvernance adapté à la diversité. Les différences entre les populations réunies au sein du Grand Liban ne pouvaient plus être, dès lors, que du domaine de la foi et des pratiques purement cultuelles. Par une idéologie centralisatrice jacobine, l’État a procédé à l’effacement des identités historiques. Conforté par son respect des croyances et la garantie de la liberté de culte, l’État Libanais ne s’est nullement soucié de la reconnaissance juridique de ses composantes dans les domaines de la culture, de l’histoire, de l’héritage et des allégeances. Les groupes, injustement désignés par « communautés confessionnelles », se sont ainsi successivement tournés vers des protecteurs étrangers dans une course pour le contrôle de l’État central où se trouve le trésor, mais aussi et surtout, là où est définie et imposée l’identité nationale. Les minorités Et pourtant, l’Église et la communauté internationale reconnaissent le droit à la diversité. La Déclaration des Nations unies sur les droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques, stipule leur droit à l’existence, à l’identité, à la culture et à la langue. C'est des identités collectives qu’il convient de protéger, non pas de dissoudre au profit d’idéologies unificatrices et faussement inclusives. La Constitution de 1864, rédigée par Richard von Metternich, se basait sur les réalités ethnoculturelles. Connue sous le nom de « Règlements Organiques », sa version anglaise, « Solution based on Nations », désigne les différentes composantes comme nations. Cette proposition s’était traduite par un système géographique et politique adapté à la réalité démographique, non pas à des idéologies ou à des modèles importés. Inspiré par la sagesse de cette Constitution, et fort perplexe devant celle de 1926, Robert de Caix de Saint-Aymour avait proposé un régime fédéral conforme aux réalités démographiques. Mais la traduction du terme « millet » par « confession » ne permettait plus la lecture des spécificités culturelles. L’encyclique de Léon XIII Le fédéralisme qui permet la protection de la diversité est fondé sur le principe de subsidiarité préconisé par la Doctrine sociale de l’Église dans son encyclique Quadragesimo Anno sous Pie XI, en 1931. Sainteté, la première notion de subsidiarité était apparue (sans la nommer) quarante années plus tôt, dans l’encyclique Rerum Novarum, sous votre prédécesseur spirituel, Léon XIII. Il y soulignait l’importance de l’individu et de la famille dont la valeur et le rôle ne doivent en aucun cas être absorbés par l'État. Il a fondé le principe de subsidiarité. Selon ce principe, la gouvernance se construit et se gère toujours du bas vers le haut. Ce système protège absolument toute entité des abus pouvant provenir d’une hiérarchie supérieure. En cela, elle s’oppose intrinsèquement à l’idée de décentralisation administrative « poussée ou élargie », préconisée par la Constitution actuelle de Taëf, qui est par essence décidée, appliquée et administrée au sommet de l’État. La coexistence Il est fondamental de rappeler que la subsidiarité et sa formulation en politique qu’est le fédéralisme ne remet en question d’aucune manière les valeurs de coexistence. Ainsi sous Jean-Paul II, l’Église, avertissant contre tout détournement du principe de subsidiarité, rappelait dans son Compendium de 2004 que « l'expérience atteste que la négation de la subsidiarité ou sa limitation au nom d'une prétendue démocratisation ou égalité de tous dans la société, limite et parfois même annule l'esprit de liberté et d'initiative ». L’Église souligne aussi dans son Compendium de 2004 que « pour diverses raisons, les frontières nationales ne coïncident pas toujours avec les frontières ethniques ». Elle soulève ainsi la question des minorités issues de cette problématique des frontières. L’Église précise alors que « les minorités constituent des groupes jouissant de droits et devoirs spécifiques » et qu’elles « ont le droit de conserver leur culture, y compris leur langue, ainsi que leurs convictions religieuses ». Et le Compendium va encore plus loin en considérant que « dans la légitime revendication de leurs droits, les minorités peuvent être poussées à rechercher une plus grande autonomie ou même leur indépendance ». Très Saint Père, Dans un modèle fédéral érigé sur le respect de la diversité, à la fois religieuse et culturelle, la lutte pour le contrôle du gouvernement central n’aurait probablement plus de raison d’être. La subsidiarité permettrait de sauver l’unité nationale par la mise en place de structures souples capables de s’adapter à la diversité selon les régions. Elle aiderait à réduire l’écart, aujourd’hui aberrant, entre le pays légal et le pays réel. Les structures étatiques qui se doivent être flexibles et malléables s’édifient à partir de l’homme et pour l’homme comme valeur absolue. Les lois sont édictées non pas en vue de sa soumission, mais pour son épanouissement individuel et collectif. La recherche d’une solution authentique ne peut plus placer les tracés de frontières et les textes des Constitutions au centre de sa mission. Car leur sacralisation tend à marginaliser l’homme, ses besoins réels, ses affinités et son appartenance. La politique libanaise actuelle tend à oublier que les nations et les Constitutions sont élaborées pour le bien-être de la personne humaine que Votre Sainteté est venue écouter dans sa douleur. La recherche de toute solution pour l’avenir du Liban ne devrait plus perdre de vue cette réalité. Le but ultime demeure l’homme qui est, comme le rappelle la doctrine sociale de l’Église , « conçu comme être autonome, relationnel, ouvert à la Transcendance ».

Le Levant dans la tourmente : une paix insaisissable (1/3)

La zone du Levant a incontestablement atteint un point d’inflexion crucial le 7 octobre 2023, avec l’attaque meurtrière du Hamas contre le territoire israélien à partir de la bande de Gaza. Les circonstances et les retombées de cette offensive expéditive et sanglante ont provoqué un véritable séisme qui a atteint Gaza et Israël, à l’évidence, mais également d’autres pôles du Levant, notamment le Liban et la Syrie, et par extension l’Iran et le Yémen. Les conséquences dramatiques que l’attaque lancée par le Hamas a eues sur Gaza et sa population ont remis sur le tapis l’ensemble du contentieux israélo-palestinien. D’aucuns espéraient que le tournant du 7 octobre 2023 déboucherait sur un déblocage du vieux conflit proche-oriental, qui mine la région depuis plus de sept décennies. Au stade actuel, c’est loin d’être le cas, du moins en apparence. On peut déplorer dans ce cadre que l’Autorité palestinienne n’ait pas été en mesure de reprendre la main et d’entamer un dialogue rapide et prometteur avec les Israéliens. Dans le camp adverse, il est légitime de se demander si le Premier ministre Benjamin Netanyahu veut bien entrevoir et accepter la fin de ces conflits régionaux à répétition, au risque d’entrevoir le début de ses démêlées judiciaires. Il n’est pas certain qu’il ait réellement la volonté de le faire. Après la victoire militaire, entrevoit-il sa défaite sur le terrain de la communication ? Il ne semble pas. Il est vrai que tant que les Palestiniens afficheront publiquement que leur objectif est la disparition de l’État hébreu, Benjamin Netanyahu et consorts poursuivront leurs objectifs mortifères. Car ne nous voilons pas la face : il y a, d’un côté, une population qui souffre et qui meurt – mais qui a élu le Hamas ? – et de l’autre, un peuple et un pays dont les ennemis veulent non pas la défaite sans condition, comme pour l’Allemagne en 1945, mais la disparition totale. Il ne s’agit plus de se venger des actes insoutenables du 7 octobre 2023. Il s’agit de survie. Il reste que malgré tout, une lueur d’espoir apparaît à l’horizon. Des voix, et non des moindres, se font entendre en Israël même pour arrêter le massacre à Gaza. Ces voix sont conscientes qu’Israël, né d’une inhumanité, ne peut pas avoir le même objectif et que l’opinion mondiale peut à tout instant basculer et abandonner l’État hébreu. À l’heure des réseaux sociaux, l’opinion publique peut changer de cap rapidement de façon irréversible. L’histoire contemporaine illustre à quel point il est impossible de poursuivre une lutte qui n’a pas le soutien moral de la population et de tous les alliés du moment. Les exemples sur ce plan sont particulièrement significatifs : les Français en Indochine n’avaient pas totalement le soutien de la population française et de certains pays-clé, puis en Algérie ils n’avaient pas l’entier soutien de la population nationale et de très nombreux pays ; les États-Unis d’Amérique ont dû abandonner au Vietnam le pouvoir sudiste, et plus tard ils ont quitté l’Afghanistan de façon pitoyable pour eux et pour les pays qui les avaient accompagnés depuis le début, dix ans plus tôt. Ils se sont retirés après avoir laissé de nombreux morts sur le terrain. Benjamin Netanyahu doit réaliser que les astres sont bien positionnés pour qu’il modifie radicalement sa méthode d’action. Rien n’est pire que de ne pas parler, de ne pas vouloir parler, à ses ennemis. Pire peut-être pour lui et Israël que d’affronter la justice de son pays. Il l’affrontera tout de même et il n’aura même pas pour se défendre, s’il poursuit sur cette voie, la stature de l’homme d’État qui a sauvé son pays. L’Allemagne jusqu’en avril 1945, le Japon jusqu’en juillet 1945, et d’autres pays dans d’autres circonstances, refusaient de parler à leurs ennemis. Aujourd’hui encore, nombre de pays n’essaient pas de parler à leurs adversaires, et il en résulte que des civils meurent tous les jours, exacerbant les rancœurs et les haines. Par contre, la célèbre affaire dite des missiles de Cuba montre qu’un dialogue permet d’éviter des confrontations inutiles et cataclysmiques. Bien sûr, il y a eu dans certains cas des négociations, des concessions, mais n’est-ce pas un faible prix au regard de la paix ? Israël doit se comporter comme un État normal, même s’il se sent assiégé et menacé. Un État israélien qui respecte ses voisins aura beaucoup de soutiens au Proche et au Moyen-Orient, ainsi que dans le monde occidental et bien au-delà, de sorte qu’il ne risquerait pas d’être anéanti par un Hamas, sinon moribond, du moins très affaibli. Une telle ligne de conduite devrait, à l’évidence, être adoptée sans naïveté, en prenant bien soin d’éviter que l’hydre se réveille. Prochain article :Le Levant dans la tourmente : perspectives libanaises et syriennes

Baptisé pays-message, le Liban attend la communion de la paix

Le pape Léon XIV a choisi de se rendre au Liban, baptisé pays-message par son prédécesseur, saint Jean-Paul II, pour son premier déplacement apostolique en dehors de l’Italie. Avec pour thème « Heureux les artisans de paix », cette visite s’infiltre comme un rayon de lumière dans l’histoire d’un Liban meurtri par les guerres. « Heureux les artisans de la paix » : six mots qui donnent le ton. Ils impriment l’empreinte souhaitée sur la trame des événements en cours et de l’histoire qui se forge, mais aussi sur le programme de cette visite. Celui-ci est, comme on le sait, riche en rencontres officielles et œcuméniques, sans oublier la messe solennelle qui sera célébrée sur le front maritime de Beyrouth. Mais le Liban a-t-il réellement besoin d’une communion de paix ? Le Liban est une société certes composée, mais riche grâce à sa diversité et son pluriconfessionnalisme. Pour cette raison, le contrat social, en harmonie avec le modèle libanais et garant de l’unité nationale, repose sur un principe clé : la neutralité, consacrée par le droit international. Une condition indispensable pour éviter les polarisations qui déchirent la société libanaise. Dans son sens positif, la neutralité n’est pas synonyme de repli sur soi. Au contraire, elle commande une participation au règlement des questions régionales et internationales, mais loin des alignements politiques et des partis pris. Elle permet, à titre d’exemple, de mettre en œuvre des politiques économiques indépendantes et de renforcer une diplomatie préventive, ce qui aura pour effet de dissocier les composantes communautaires, religieuses des axes régionaux et internationaux. Le cas du Hezbollah est ainsi en totale contradiction avec la structure et les spécificités de la société libanaise. Cette formation a monopolisé la « résistance », une résistance islamique qu’elle a liée à l’Iran et à l’exportation de la révolution de la République islamique. Elle a arraché les chiites libanais à leur milieu et à leur pays, les rendant dépendants de l’influence transfrontalière de Wilayat al-Faqih. Le Hezbollah a entraîné les chiites et les Libanais dans une guerre permanente, sans perspectives et sans objectif. Résister pour résister ! S’armer pour protéger les armes ! Israël s’est retiré du Liban en 2000, mais l’arsenal du Hezbollah est resté un symbole de la subordination à l’influence iranienne et à son agenda. Le groupe a combattu en Syrie et au Yémen. Il a menacé la sécurité arabe, notamment celle de l’Arabie saoudite, du Koweït et de l’Égypte. Au final, sa politique a eu pour effet de plonger le Liban dans un isolement meurtrier. Après la libération, il a été responsable d’un retour de l’occupation et après la reconstruction, d’un retour des destructions au sud du pays, dans la Békaa, comme à Beyrouth et sa banlieue sud. Des changements majeurs sont toutefois survenus dans le paysage géopolitique régional suite à l’opération militaire du Hamas « Déluge d’al-Aqsa », contre Israël. La riposte de Tel Aviv a entraîné un affaiblissement du rôle des proxys de l’Iran et, avec la chute du régime de Bachar al-Assad, de l’influence du régime de Wilayat al-Faqih, qui s’étendait jusqu’à la côte syrienne, la défaite militaire du Hezbollah qui avait ouvert le front sud pour soutenir le Hamas, dans le cadre du projet iranien dit de l’« unité des fronts ». Autant d’événements qui ont conduit au moment de vérité. Et cette vérité est que, pour l’ensemble de la société libanaise, les malheurs du Hezbollah, constituent autant d’opportunités pour l’État censé récupérer ce qu’il avait perdu à cause de cette formation. Le rétablissement du rôle de l’État dans les domaines de la défense, de la sécurité, de l’économie et du développement social répond cependant à des conditions que dictent le projet de neutralité du Liban et la paix avec tous ses voisins. La visite du souverain pontife intervient ainsi à un moment charnière pour poser un acte de paix, issue des valeurs chrétiennes dans leurs manifestations les plus nobles et humanistes, au bénéfice de chaque individu, à l’orée d’une nouvelle phase, et dans un contexte régional et international favorable au Liban, ce pays-message. Il faut préciser que la paix espérée ne constitue aucun danger pour l’identité libanaise ni pour la sécurité nationale. Bien au contraire, son instauration réduit les atteintes au droit et aux normes juridiques. Dans un pays multiconfessionnel comme le Liban, l’identité commune sur laquelle repose l’unité du peuple est une identité composée, fondée non pas sur une culture unique ou dominante, mais sur un dialogue interculturel continu et sur la volonté de vivre ensemble. Cette volonté suffit à faire émerger cette identité. Le vivre-ensemble ne signifie pas le fait d’imposer son mode de vie à une autre communauté, ni chercher à modeler les individus selon un modèle unique. La paix favorise en outre le développement d’une diplomatie de sécurité nationale. Celle-ci permet de consolider les institutions sécuritaires légitimes, à savoir l’armée, les forces de sécurité et la police. Aussi, les milices et le système parallèle de sécurité ne pourront plus cohabiter avec l’État et court-circuiter son droit exclusif de monopoliser les armes. La stratégie de sécurité nationale ne se limite cependant pas au rôle et à la fonction des armes : ce n’est pas par les armes seulement que l’on protègera le Liban. Le Liban, pays-message, n’est pas Sparte, et les communautés qui le composent, y compris celle chiite, ne sont pas formées uniquement de soldats, de combattants et de martyrs ! La paix, fondée sur des considérations de sécurité nationale, commande un développement de l’économie comme élément essentiel d’un système de sécurité global, pour garantir la stabilité intérieure, la paix civile et l’unité nationale, grâce à un développement équitable. Le système politique devra renforcer le concept de citoyenneté, au lieu de pratiquer le blocage ou de se soulever contre ce même système, sous prétexte d’une domination confessionnelle. La diplomatie de sécurité nationale implique, de son côté, une consolidation de l’ensemble des relations internationales du Liban et non seulement de celles qu’il entretient avec ses voisins. Elle commande un rétablissement des liens coupés avec son environnement et le monde, à travers une politique qui protège l’intérêt national supérieur du pays. Comment la paix peut-elle renforcer automatiquement les mécanismes de l’État de droit et l’indépendance de la justice ? En ce temps de paix tant souhaitée, le transfert et le stockage des armes ne sont plus nécessaires, tout comme les prétextes avancés pour maintenir la mobilisation idéologique et l’économie parallèle, sources de sanctions. La survie du Liban, pays-message, est tributaire du projet de neutralité du pays et de l’adoption du choix de la paix. Bienvenue donc au souverain pontife et « heureux soient les artisans de la paix ». Que le Parlement libanais adopte la neutralité du Liban et l’inscrive dans le préambule de la Constitution et qu’on s’active pour que ce principe soit reconnu à l’échelle internationale. Que le Liban s’engage dans des négociations de paix avec Israël, au service de l’intérêt national, de la sécurité du pays, et… de sa vocation, qui donne sens à son existence.

Léon XIV et l’exception libanaise
Par
Youssef Mouawad
Publié

Objet d’inquiétude et même source d’agacement pour le pouvoir romain, que ces catholiques d’Orient ! S’ils avaient disparu de la scène du Levant, les relations diplomatiques entre Rome et les pays musulmans du contour méditerranéen auraient été autrement plus sereines. Mais les choses ne pouvaient être aisées pour la diplomatie vaticane, quand celle-ci avait pour casse-tête permanent la communauté maronite. Très tôt, cette dernière s’était affirmée politiquement comme entité autonome adossée à un massif montagneux, et très vite elle revendiqua son particularisme. Ce qui la distingua des autres confessions chrétiennes de Syrie et d’Irak qui s’étaient pliées à la règle de la majorité et n’avaient nourri en leurs seins que de paisibles individus et de dociles citoyens. Nulle génuflexion Sujet d’inquiétude et d’agacement mais également sujet de fierté ! Écoutons ce qu’écrivait le pape Pie IV en septembre 1562 au patriarche maronite Musa Saadeh al-Akkari : « Nous te félicitons, toi tout comme ta nation, du fond du cœur, en rendant grâce à la miséricorde divine qui s’est réservé dans ces régions éloignées tant de milliers d’hommes qui « n’ont pas ployé le genou devant Baal » (1). Et ce passage d’un bulle pontificale rédigée il y a quelques cinq cents ans, reste plus que jamais d’actualité : ni les Maronites, ni leur patriarche ne se sont prosternés devant le Baal de Damas, qu’il ait été Hafez père ou Bachar fils (2). Mais cette récalcitrance a coûté cher à ces catholiques orientaux ; ils durent encaisser des années durant les coups de boutoir de l’armée d’occupation syrienne et de ses services de renseignement. Combien de temps encore les chrétiens libanais, toutes confessions confondues, pourront-ils préserver leur projet d’indépendance nationale et de libéralisme culturel, eux qui bien avant leurs compatriotes musulmans s’étaient mis à « l’école de l’Occident » ? La peau de chagrin Si c’est en sa qualité de pasteur que le pape Léon XIV rend visite à ses ouailles de Turquie et du Liban, autant alors lui rappeler qu’à la veille de la Première Guerre mondiale 20% des populations de l’Asie Mineure et du Bilad as-Sham étaient chrétiens. Aujourd’hui, on n’en compte plus que 100 000 en République turque , soit moins de 0.5 % de la population. En Syrie, les « sectateurs de Jésus », ces qawm ‘ Issa, qui faisaient deux millions de personnes avant la guerre civile, ne font plus que 500.000 âmes. Et en Irak, ils atteignent à peine le chiffre de 300.000, alors qu’ils faisaient un million et demi d’individus avant l’invasion américaine (3). Quant au Liban, eh bien, on a arrêté de les compter depuis la proclamation de Hariri ! À qui la couronne obsidionale ? Chrétiens d’Orient, vous vivez l’état de siège dans ce qui n’est plus que l’arrière-cour du christianisme. Qui pourrait encore ceindre la couronne obsidionale et d’où viendrait la délivrance quand en Turquie, vous avez mordu la poussière, et qu’en Syrie comme en Irak vous vous êtes laissé grignoter ? En 1994, Jean-Pierre Valognes se posait la question suivante : « Y aura-t-il encore des chrétiens en Orient au troisième millénaire ? », avant de poursuivre : « Sans le point d’appui qu’était le Liban, où ils marchaient la tête haute, ils ne pourront que se modeler sur les valeurs dominantes et cesser pour survivre de s’assumer comme chrétiens » (4). Marcher la tête haute, c’est préserver sa dignité d’homme et c’est s’émanciper de toute servitude religieuse ou politique. Et quoi qu’en pensent certains diplomates de la Curie romaine, férus de dialogues interreligieux et de restrictions mentales, ce n’est pas ployer le genou devant le Baal, fût-il de Damas ou de Téhéran ! I Rois 19, 18. Je dois cette citation vétérotestamentaire à madame Mireille Issa, professeur à l’USEK, Bullarium Maronitarum. Bullaire Maronite , Paris, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, 2019, pp. 102-107. Si l’on excepte quelques individus et certaines très courtes périodes d’alliances contre nature. Les chiffres avancés ci-dessus, quoique approximatifs, donnent une idée du déclin inéluctable. Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d’Orient , Fayard, 1994.

Le pape au Liban : sans paix, le « pays-message » ne survivra pas

Le pape Léon XIV porte au Liban un message fort : « Heureux les artisans de la paix ». Un message fédérateur, à portée religieuse, vers lequel convergent les religions monothéistes, mais qui constitue surtout une déclaration politique claire du Vatican à l’attention d’un pays épuisé par des décennies de guerres et de conflits, et pour lequel il est temps de sortir des tunnels de la violence pour accéder à l’espace de la paix. Premièrement : soutenir la présence chrétienne et affirmer son rôle national. Ce message découle d’un suivi attentif du Saint-Siège de ce que le Liban a traversé et continue de traverser, en particulier les chrétiens. Pour le Vatican, le Liban est le « laboratoire » le plus sensible du Moyen-Orient pour ce qui a trait au vivre-ensemble islamo-chrétien, et un modèle potentiel de ce que Jean-Paul II décrivait, il y a trois décennies, comme un « pays-message ». Dans ce contexte, la visite marque un soutien clair du Vatican à la présence chrétienne au Liban. Elle rappelle le rôle du Saint-Siège en tant qu’autorité de référence pour encadrer cette communauté et la soutenir sur le plan international. Les chrétiens du Liban ne constituent pas une minorité isolée. Ils font partie d’une structure spirituelle et politique qui s’étend de l’Orient à l’Occident. Cette visite réaffirme que leur rôle au sein de l’État libanais ne saurait être marginalisé. Mais le message papal va au-delà du simple rôle de tranquillisation. Il comporte un appel aux composantes internes à dépasser le fanatisme confessionnel et à s’engager dans le projet national. Les chrétiens, selon le message papal, ne constituent pas uniquement une communauté. Ils sont porteurs d’un message humain universel au sein de ce pays. Deuxièmement : un message à l’Iran… et au monde L’appel du pape à la paix n’est pas qu’un appel d’ordre moral. Il s’agit d’une prise de position politique publique. Depuis Beyrouth, le Vatican adresse un message clair à l’Iran : le Liban ne peut survivre tant qu’il reste un champ de conflits, de guerres et de règlements de comptes régionaux et internationaux. Le slogan « Heureux les artisans de la paix » n’est pas un simple slogan théologique. Il constitue un rejet à peine voilé de la logique des armes et de la violence, et rappelle que seules les solutions diplomatiques et politiques peuvent sauver le Liban de la spirale de l’effondrement. Troisièmement : Le Liban, « pays-message » entre hier et aujourd’hui En 1997, Jean-Paul II avait remis au Liban un document historique intitulé Le Liban, pays-message , destiné avant tout aux composantes internes du pays, dans un but de consolider l’idée du vivre-ensemble et d’affirmer le rôle pionnier de l’État. Aujourd’hui, le message du pape Léon XIV apparaît comme un prolongement de ce document à l’échelle internationale. Le Liban ne peut être un « pays-message » que s’il retrouve la paix, s’éloigne des conflits régionaux et rétablit ses relations avec son entourage, avec le monde et même avec ses adversaires. La paix n’est pas seulement un choix moral, mais une condition sine qua non de l’existence de l’État libanais, un État capable de relancer son économie, de définir ses priorités et d’imposer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. La paix est le chemin vers le « message ». La visite du pape ne se limite pas à un simple événement protocolaire. C’est une intervention politique de haut niveau, qui rappelle aux Libanais que leur État ne pourra se relever que s’il sort des axes de guerre, retrouve sa neutralité et choisit d’être un vecteur de paix plutôt qu’un terrain de conflits. Le Liban, « pays-message », ne peut naître que du Liban de la paix.

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