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Analyse

Le Levant dans la tourmente : une paix insaisissable (1/3)

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Par Jean-Patrick Dayras
Publié déc. 1, 2025 - 10:52

La zone du Levant a incontestablement atteint un point d’inflexion crucial le 7 octobre 2023, avec l’attaque meurtrière du Hamas contre le territoire israélien à partir de la bande de Gaza. Les circonstances et les retombées de cette offensive expéditive et sanglante ont provoqué un véritable séisme qui a atteint Gaza et Israël, à l’évidence, mais également d’autres pôles du Levant, notamment le Liban et la Syrie, et par extension l’Iran et le Yémen.


Les conséquences dramatiques que l’attaque lancée par le Hamas a eues sur Gaza et sa population ont remis sur le tapis l’ensemble du contentieux israélo-palestinien. D’aucuns espéraient que le tournant du 7 octobre 2023 déboucherait sur un déblocage du vieux conflit proche-oriental, qui mine la région depuis plus de sept décennies. Au stade actuel, c’est loin d’être le cas, du moins en apparence. On peut déplorer dans ce cadre que l’Autorité palestinienne n’ait pas été en mesure de reprendre la main et d’entamer un dialogue rapide et prometteur avec les Israéliens.


Dans le camp adverse, il est légitime de se demander si le Premier ministre Benjamin Netanyahu veut bien entrevoir et accepter la fin de ces conflits régionaux à répétition, au risque d’entrevoir le début de ses démêlées judiciaires. Il n’est pas certain qu’il ait réellement la volonté de le faire. Après la victoire militaire, entrevoit-il sa défaite sur le terrain de la communication ? Il ne semble pas.


Il est vrai que tant que les Palestiniens afficheront publiquement que leur objectif est la disparition de l’État hébreu, Benjamin Netanyahu et consorts poursuivront leurs objectifs mortifères. Car ne nous voilons pas la face : il y a, d’un côté, une population qui souffre et qui meurt – mais qui a élu le Hamas ? – et de l’autre, un peuple et un pays dont les ennemis veulent non pas la défaite sans condition, comme pour l’Allemagne en 1945, mais la disparition totale. Il ne s’agit plus de se venger des actes insoutenables du 7 octobre 2023. Il s’agit de survie.


Il reste que malgré tout, une lueur d’espoir apparaît à l’horizon. Des voix, et non des moindres, se font entendre en Israël même pour arrêter le massacre à Gaza. Ces voix sont conscientes qu’Israël, né d’une inhumanité, ne peut pas avoir le même objectif et que l’opinion mondiale peut à tout instant basculer et abandonner l’État hébreu. À l’heure des réseaux sociaux, l’opinion publique peut changer de cap rapidement de façon irréversible.


L’histoire contemporaine illustre à quel point il est impossible de poursuivre une lutte qui n’a pas le soutien moral de la population et de tous les alliés du moment. Les exemples sur ce plan sont particulièrement significatifs : les Français en Indochine n’avaient pas totalement le soutien de la population française et de certains pays-clé, puis en Algérie ils n’avaient pas l’entier soutien de la population nationale et de très nombreux pays ; les États-Unis d’Amérique ont dû abandonner au Vietnam le pouvoir sudiste, et plus tard ils ont quitté l’Afghanistan de façon pitoyable pour eux et pour les pays qui les avaient accompagnés depuis le début, dix ans plus tôt. Ils se sont retirés après avoir laissé de nombreux morts sur le terrain.


Benjamin Netanyahu doit réaliser que les astres sont bien positionnés pour qu’il modifie radicalement sa méthode d’action. Rien n’est pire que de ne pas parler, de ne pas vouloir parler, à ses ennemis. Pire peut-être pour lui et Israël que d’affronter la justice de son pays. Il l’affrontera tout de même et il n’aura même pas pour se défendre, s’il poursuit sur cette voie, la stature de l’homme d’État qui a sauvé son pays. L’Allemagne jusqu’en avril 1945, le Japon jusqu’en juillet 1945, et d’autres pays dans d’autres circonstances, refusaient de parler à leurs ennemis. Aujourd’hui encore, nombre de pays n’essaient pas de parler à leurs adversaires, et il en résulte que des civils meurent tous les jours, exacerbant les rancœurs et les haines. Par contre, la célèbre affaire dite des missiles de Cuba montre qu’un dialogue permet d’éviter des confrontations inutiles et cataclysmiques. Bien sûr, il y a eu dans certains cas des négociations, des concessions, mais n’est-ce pas un faible prix au regard de la paix ?


Israël doit se comporter comme un État normal, même s’il se sent assiégé et menacé. Un État israélien qui respecte ses voisins aura beaucoup de soutiens au Proche et au Moyen-Orient, ainsi que dans le monde occidental et bien au-delà, de sorte qu’il ne risquerait pas d’être anéanti par un Hamas, sinon moribond, du moins très affaibli. Une telle ligne de conduite devrait, à l’évidence, être adoptée sans naïveté, en prenant bien soin d’éviter que l’hydre se réveille.


Prochain article :Le Levant dans la tourmente : perspectives libanaises et syriennes

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