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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime .
Publié sept. 5, 2026 - 00:55
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
Analyse

Ali el-Taher: pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé de remettre la colline à l’armée?

La bataille s’est-elle achevée par un arrangement non déclaré?
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Par Jad Akhawi - Publié sept. 4, 2026 - 15:00
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La bataille d’Ali el-Taher n’a pas été une simple confrontation militaire autour d’une colline stratégique du sud du Liban. Malgré sa superficie limitée, le site est devenu un point de convergence entre calculs militaires, politiques et régionaux, révélant l’un des aspects essentiels du conflit qui perdure au Liban: qui contrôle le territoire, qui détient les armes et qui décide de la guerre et de la paix? Le plus intéressant n’est pas seulement l’entrée d’Israël sur le site, mais l’insistance du Hezbollah à refuser de le remettre à l’armée libanaise, alors même que celle-ci est la seule institution légitime censée assumer la responsabilité du territoire libanais, en particulier dans les zones frontalières directement liées à la sécurité et à la souveraineté du pays. Pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé? Parce que la remise d’Ali el-Taher à l’armée n’aurait pas été comprise comme une simple mesure de terrain. Elle aurait revêtu une signification politique dépassant largement la colline elle-même. Une telle démarche aurait constitué une reconnaissance de fait de l’autorité de l’État libanais sur les décisions sécuritaires et militaires dans le Sud, et du fait qu’aucune autre force armée ne peut agir comme si elle exerçait l’autorité effective sur le terrain. Le site est ainsi devenu un test de l’autorité de l’État, et non plus seulement une position militaire avancée. Qui a tué les combattants? C’est l’épisode le plus obscur du récit de la bataille. La version israélienne fait état de combattants tués et d’autres ayant pris la fuite, tandis que les informations indépendantes sur le nombre de personnes présentes sur le site, la nature de leur mission et leur sort demeurent incomplètes. Les divergences entre les récits ouvrent également la voie à de nombreuses questions auxquelles les seuls communiqués militaires ne permettent pas de répondre. Et il ne s’agit pas d’un simple détail opérationnel: La plupart des combattants ont-ils été tués à l’intérieur du site? Ont-ils réussi à se retirer par des tunnels et des passages? Ou avaient-ils été évacués avant le début de l’opération israélienne? Chacune de ces hypothèses possède une signification différente. Si les combattants sont restés sur place jusqu’au dernier moment, cela signifierait que le site a été le théâtre d’un affrontement direct qui s’est achevé par une nette supériorité israélienne. S’ils ont, en revanche, été évacués à l’avance, la question porterait alors sur l’autorité qui a pris cette décision, les raisons qui l’ont motivée et la possibilité que cette évacuation ait fait partie d’un arrangement plus large, ou qu’elle n’ait été qu’une mesure militaire préventive. Et s’il devait être établi qu’un nombre important d’entre eux avaient quitté les lieux avant l’entrée des forces israéliennes, la question principale serait alors : comment sont-ils sortis, qui a assuré leur évacuation et celle-ci s’est-elle déroulée avec la connaissance d’acteurs locaux ou internationaux? À ce stade, il n’existe pas suffisamment d’éléments publics permettant de trancher entre ces différents scénarios. Mais l’absence d’informations ne retire rien à l’importance de ces questions. Elle accroît au contraire les interrogations sur la nature de ce qui s’est produit dans les heures précédant la prise de contrôle du site. Qu’en est-il de la visite de l’ambassadeur américain en Israël? Le calendrier mérite qu’on s’y attarde. L’escalade autour d’Ali el-Taher a coïncidé avec un mouvement diplomatique américain en direction d’Israël, tandis que des informations faisaient état de discussions sur le site et sur la possibilité qu’il soit finalement remis à l’armée libanaise. Cela ne signifie pas nécessairement que la décision ait été prise en dehors du Liban, ni qu’un accord complet ait été conclu entre Washington, Tel-Aviv et Beyrouth. Mais cela indique que le site n’est plus considéré comme une simple question militaire locale. Il est impossible d’affirmer que la visite de l’ambassadeur américain faisait partie d’un accord secret concernant Ali el-Taher: rien ne permet de l’établir. Il est tout aussi impossible d’affirmer que tout ce qui s’est produit résultait d’un arrangement préalable entre les parties concernées. Il est cependant clair que Washington envisage l’avenir du site dans le cadre d’un dossier plus large touchant au cessez-le-feu, à la stabilisation de la frontière, à l’absence de toute présence militaire échappant à l’autorité de l’État libanais et à la nécessité d’empêcher les zones frontalières de devenir des plateformes permanentes de confrontation. Ali el-Taher s’inscrit dès lors dans des négociations dont la portée dépasse largement sa géographie. Le site est peut-être petit sur la carte, mais il est lié à de grandes questions concernant les arrangements dans le Sud, le rôle de l’armée libanaise, l’avenir des armes illégales et les limites de l’influence israélienne dans la région. Le paradoxe qui a embarrassé le Hezbollah Le grand paradoxe politique est que le Hezbollah a refusé de remettre la colline à l’armée libanaise, sans parvenir pour autant à la conserver. Si l’opération israélienne devait s’achever par un retrait des forces israéliennes et la remise du site à l’armée libanaise, le scénario serait très différent de l’image que le Hezbollah voulait imposer ou cherchait à consacrer: le Hezbollah a refusé de remettre le site à l’État, Israël l’en a délogé, puis l’État est revenu en assumer la responsabilité. Autrement dit, le Hezbollah a refusé de consacrer volontairement l’autorité de l’armée, mais pourrait se retrouver face à une réalité qui la consacre d’une autre manière. C’est ce qui rend la situation politiquement embarrassante, car le résultat final pourrait apparaître comme ayant réalisé, indirectement, ce que le Hezbollah avait refusé de faire directement. Dès lors, une question s’impose: pourquoi la remise du site à l’armée n’a-t-elle pas été considérée comme l’option la moins coûteuse pour le Liban? Cette démarche aurait pu être présentée comme un renforcement du rôle de l’État, une protection du Sud et un moyen d’empêcher Israël d’utiliser la présence du Hezbollah comme prétexte pour demeurer sur place ou poursuivre son avancée. Le refus de remettre le site à l’armée l’a au contraire maintenu dans la zone de confrontation et a permis à Israël de présenter son opération comme une réponse à une présence militaire échappant à l’autorité de l’État. Ali el-Taher résume le problème libanais La question ne se limite pas à cette colline. Le Liban ne peut recouvrer sa souveraineté tant que deux autorités militaires coexistent: celle de l’armée et celle d’armes échappant à l’État. Il ne peut pas davantage demander à la communauté internationale de respecter ses frontières tant que la décision militaire, à l’intérieur de celles-ci, demeure partagée entre les institutions de l’État et une organisation armée disposant de capacités indépendantes. Dans le même temps, le Liban ne peut réclamer le retrait d’Israël de son territoire alors que la décision sécuritaire concernant ce territoire reste elle-même l’objet d’un conflit interne. Tant que des armes subsisteront en dehors de l’État, l’argument israélien demeurera, et le Sud restera exposé à de nouveaux cycles d’escalade. La souveraineté ne se partage pas. Soit l’armée libanaise constitue l’unique référence, soit le Liban demeure un terrain ouvert aux conflits régionaux où s’entremêlent les calculs iraniens, israéliens et américains, tandis que l’État et la société paient le prix de l’affrontement. C’est pourquoi, après Ali el-Taher, la véritable question n’est pas de savoir qui a gagné la colline, mais qui l’administrera une fois la bataille terminée? Si la réponse est l’armée libanaise, Ali el-Taher pourrait marquer le début d’un passage du Sud de la logique de la «résistance» à celle de la responsabilité de l’État. Cela pourrait constituer une première étape vers une redéfinition de la sécurité nationale, dans laquelle la défense des frontières deviendrait la mission des institutions de l’État, et non celle d’une partie agissant de manière autonome. Si Israël demeure sur place, en revanche, le Liban aura une nouvelle fois perdu une partie de sa souveraineté, quelle que soit la version que chaque camp avancera pour justifier ce qui s’est passé. Dans les deux cas, une vérité essentielle demeure: ni le Hezbollah ne peut se substituer à l’État, ni Israël ne peut être le garant de sa souveraineté. La souveraineté libanaise ne peut être restaurée que par l’État libanais, protégée que par son armée et consacrée que par une décision politique claire mettant fin à la dualité des armes et des autorités.
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Le Liban, terre de rencontre, terre de l'unité chrétienne

« Merci d’être venu » est probablement l’une des phrases que Léon XIV a le plus entendue au cours de son séjour au Liban. Pour beaucoup, l’accueil populaire réservé au Pape a créé la surprise. Léon XIV a loué la « simplicité » de notre foi. Il a dû retrouver au Liban quelque chose de la foi des paysans du Pérou, celle d’un peuple que la sophistication intellectuelle de l’Occident n’a pas encore atteint. « Wow ! Merci au Pérou, et surtout à Chiclayo, d’avoir si bien façonné cet homme de Dieu plein de zèle et de compassion » écrit sur Facebook un ingénieur à la retraite qui a passé trois jours scotché à la télévision. Ce n’est pas Mère Marie Makhlouf, la supérieure des Sœurs de la Croix, ni les deux femmes qui ont eu reçu le réconfort de son étreinte, à Bkerké et au port, qui diront le contraire. Désormais, Léon XIV connait le Liban de près et le peuple a lu sur son visage le bonheur de la rencontre. Dans l’avion qui le ramenait à Rome, le pape a livré mardi dernier certaines réflexions personnelles qui sont autant de commentaires de sa visite. Il a parlé de son livre de chevet, La Pratique de la Présence de Dieu, du Frère Laurent de la Résurrection, un humble moine français du XVIIe siècle. « S’il n’y a pas la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, il y aura un « ethnicisme déguisé en christianisme », a dit un jour le Pape François, en parlant des peuples qui se disent chrétiens. La rencontre personnelle avec Jésus-Christ n'est pas aussi commune qu'on le pense. Un voyage possible en Algérie Léon XIV a également parlé des efforts d’apaisement qu’il déploie auprès d’Israël et des États-Unis, personnellement ou à travers la diplomatie du Vatican, alors que la région risque un embrasement dans le conflit opposant Israël au Hezbollah. Il a en outre confirmé avoir pris connaissance de la lettre ouverte que lui avait adressée le parti pro-iranien, auquel il avait répondu en substance en l’invitant à renoncer aux armes et à choisir le dialogue. Cette réponse a pu être transmise par cheikh Ali Khatib, président du Conseil supérieur chiite, qu’il a vu à la rencontre interreligieuse de lundi, et avec lequel, selon le Nonce Paolo Borghia, il a eu un tête-à-tête par la suite. « La paix, a affirmé Léon XIV durant la messe du front de mer à Beyrouth, est aussi bien un objectif qu’un moyen ». Par ailleurs, le pape a cité son désir de se rendre, après le Liban, en Algérie, patrie de saint Augustin et terre de rencontre islamo-chrétienne. Il semble donc qu’il porte ce désir dans son cœur, à l'instar de tous ses prédécesseurs. Depuis Vatican II et la déclaration « Nostra Aetate », l’Eglise universelle déploie des efforts constants pour promouvoir le dialogue entre les deux mondes, chrétien et musulman. Un effort qui a fini par porter ses fruits dans la déclaration commune sur la fraternité d’Abou Dhabi (2019) et dans l’encyclique Fratelli Tutti, qui en a repris et développé l’essentiel. La perspective œcuménique Enfin, le Pape a parlé de la perspective œcuménique commune à son pèlerinage à l’ancienne Nicée, lieu de naissance du Credo, et au Liban. Là aussi, Léon XIV s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs, en particulier de Benoît XVI qui, en 2012, en remettant aux Eglises orientales, à partir du Liban, l’exhortation apostolique issue du synode sur le Moyen-Orient, confiait au pays du Cèdre, poumon de tous les chrétiens du Moyen-Orient, la tâche de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». C’est « l’unique Église du Christ (qui) s’exprime dans la variété des Traditions liturgiques, spirituelles, culturelles et disciplinaires des six vénérables Églises orientales catholiques sui juris , ainsi que dans la Tradition latine », dira-t-il à la messe d’ouverture du synode, à Rome, en 2010. « C’est cette optique intérieure qui m’a guidé dans les voyages apostoliques en Turquie, en Terre sainte – Jordanie, Israël, Palestine – et à Chypre, où j’ai pu connaître de près les joies et les préoccupations des communautés chrétiennes ». Depuis, il y a eu les voyages de François au Caire, en Irak et à Bahreïn. Mais dans un Liban à la souveraineté anéantie par un Hezbollah totalement inféodé à l’Iran, livré à une oligarchie sans scrupules et à des rivalités internes insensées entre leaders chrétiens, l’Église maronite avait été placée à l’époque devant une tâche qui la dépasse, et n’avait pu accomplir la mission qui lui avait été confiée. Du reste, les Eglises signalées par Benoît XVI, en raison d’un cléricalisme paralysant, doivent encore aujourd’hui apprendre à se respecter, à discerner leurs charismes respectifs, à s’écouter et à travailler ensemble. Comme l’a si bien dit le Cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, au vu de ce qui se passe à Gaza, dont la présence au Liban durant la visite papale a été remarquée : « Nous ne sommes plus appelés à construire des structures, mais des relations ». Le Liban, terre des bonnes relations et du “vivre ensemble” islamo-chrétien, doit devenir aussi la terre pionnière de l’unité chrétienne.

Politique de déni et suicide collectif
Par
Jawad Pakradouni
Publié

Dans le livre d’histoire pour le baccalauréat français, figure un chapitre à la page 138 intitulé «La naissance de l’État d’Israël». Sauf que, bizarrement, on passe de la page 137 à la page 140, les deux pages du chapitre susmentionné étant collées l’une sur l’autre. Ainsi, nos enfants seront épargnés d’apprendre la création d’un pays, que le nôtre refuse de reconnaître, et donc qui n’existe pas officiellement… Bonjour les résultats au bac si ce sujet sera posé. Par contre, l’armée du pays qui n’existe pas, quant à elle, décime tout sur son passage ou lors de ses survols. On pourrait conclure que nous sommes attaqués par des fantômes ou des esprits. Nous n’avons pas besoin de forces régulières ou de soi-disant «résistance» paramilitaire, mais d’un exorciste. Sur un autre plan, la BDL a annoncé l’augmentation des plafonds des deux circulaires 158 et 166, de deux cents et cent dollars respectivement, lesquels ne seront pas palpables mais virtuels (i.e. payables par cartes de débit uniquement). Une chaîne de télévision a interrogé plusieurs personnes qui étaient contentes voire euphoriques de cette décision, de ce cadeau à l’approche des fêtes, ayant tendance à oublier qu’elles ont été initialement spoliées de leurs deniers, se satisfaisant des miettes de leurs propres sous que les banques leur reversent. Par ce merveilleux cadeau, les banques leur font l’aumône avec leur propre argent. Là encore, l’État et les banques refusent de reconnaître leur responsabilité. En temps normal, cette situation aurait été dévastatrice pour les institutions publiques et financières, mais lorsque le peuple est doté d’une mémoire de poisson rouge, et s’évertue à ignorer qu’il a été littéralement volé, adieu les responsabilités et bonjour l’impunité. Et au sujet de l’impunité et de l’oubli, le meilleur exemple est celui du 4 Août. Les autorités refusent une fois de plus de reconnaître une quelconque implication, voire une simple faute administrative, et nous-mêmes avons tendance à oublier ce qui fut l’un des pires cataclysme ayant frappé le pays: the show must go on… La politique du déni est un suicide collectif. Si un jour un livre d’histoire devrait être écrit pour notre pays, les générations futures s’arrêteront probablement à l’indépendance… et pour le reste ce sera des feuilles blanches. En acceptant obséquieusement notre situation, au nom de cette fabuleuse stupidité qu’est la résilience, nous sommes devenus experts à nous effacer avant même d’être écrits….

La Syrie, entre défis et opportunités: un nouveau souffle (1/4)

Le 8 décembre 2024 tombait le régime de Bachar al-Assad en Syrie. Au terme de plus de cinquante ans de dictature sanguinaire et treize années de guerre civile ayant fait plus de 600000 morts et déplacé plus du quart de la population, un vent nouveau souffle sur la Syrie, apportant avec lui son lot d’optimisme. Comme dans chaque pays en ruine après une guerre civile, en Syrie, tout est à reconstruire. Du fait de son emplacement géographique, sa richesse en ressources naturelles et l’appui des pays du Golfe, la nouvelle Syrie d’Ahmad el-Chareh présente de nombreuses opportunités. Mais dans le même temps, le pays doit faire face à de nombreux défis, notamment en matière de sécurité et de stabilité sociopolitique. La richesse du sol L’un des atouts majeurs de la Syrie réside dans la richesse de son sol. Le pays possède des réserves importantes d’hydrocarbures. On estime les réserves de pétrole à environ 2,5 milliards de barils, soit l’équivalent de la consommation sur cinq ans d’un pays comme le Royaume-Uni. De plus, la Syrie détiendrait environ 700 milliards de mètres cubes de gaz naturel dans ses eaux territoriales. Ce qui la placerait au troisième rang parmi les pays producteurs de gaz en Méditerranée orientale, derrière l’Égypte (2130 milliards de mètres cubes) et Israël (1090 milliards de mètres cubes). Ces chiffres ne sont toutefois pas définitifs. Des explorations supplémentaires et des analyses plus poussées sont nécessaires pour les confirmer. La Syrie possède également d’importants gisements de minéraux, tels que le fer, le calcaire ou le marbre, mais aussi et surtout des réserves considérables de phosphate. Avant le début de la guerre civile, le pays figurait au cinquième rang mondial des exportateurs de ce minéral. Un emplacement géographique stratégique Un autre atout du pays est son emplacement géographique. En effet, les ports de Tartous et Lattaquié sur la rive orientale de la Méditerranée possèdent le potentiel nécessaire pour s’imposer comme des plateformes régionales du commerce mondial. Par ailleurs, la Syrie, située à un carrefour entre l’Asie, l’Afrique, les pays arabes et l’Europe, pourrait, grâce à sa réhabilitation et sa réintégration dans le commerce international, compléter des axes commerciaux majeurs. La Syrie se placerait ainsi au centre du circuit commercial reliant les pays du Golfe, la Jordanie, la Syrie, la Turquie et l’Europe. Cette route paverait ainsi la voie à l’alimentation de l’Europe en hydrocarbures, offrant de ce fait une alternative au gaz russe. Elle permettrait également aux marchandises de transiter par voie terrestre, le transport routier étant une option plus économique que le fret aérien et plus rapide que le fret maritime. Ce nouvel axe permettrait, d’autre part, de contourner le détroit d’Ormuz, en proie à des tensions géopolitiques entre l’Iran et ses voisins, ainsi que le Golfe d’Aden, au sud du Yémen, où les navires transitant sont régulièrement la cible d’attaques des Houthis et de pirates somaliens. Ce faisant, le pays deviendrait le chaînon manquant d’une nouvelle route commerciale reliant l’Inde, l’Arabie saoudite et l’Europe. Dans ce cadre, une éventuelle normalisation avec Israël permettrait d’établir une nouvelle route commerciale entre la Turquie, la Syrie, Israël, l’Égypte et l’Afrique, créant ainsi de nouvelles opportunités économiques et commerciales pour les pays concernés. Une agriculture diversifiée et résiliente Bien que près des deux tiers des terres syriennes soient arides, le pays possède de nombreuses régions fertiles propices à l’agriculture. Parmi elles, les régions d’Alep et de Barada (près de Damas) ainsi que la côte syrienne, notamment Tartous et Lattaquié, qui bénéficient d’un climat méditerranéen, idéal pour la culture des oliviers, des agrumes et de divers légumes. Dans le nord-est du pays, la « Jazira » syrienne et la vallée de l’Euphrate, toutes deux irriguées par le fleuve éponyme, permettent une production significative de céréales (blé et orge). Le pays produit également des cultures industrielles, telles que le coton ou le tabac. Avant la guerre, l’agriculture représentait une part importante du PIB syrien (environ 15%) et les exportations agricoles étaient évaluées à plus de 400 millions de dollars par an. Une réhabilitation des terres agricoles et une modernisation des infrastructures permettraient d’augmenter considérablement les rendements et les revenus agricoles. Aussi, et surtout, la réintégration de la Syrie dans le giron arabe lui ouvrirait de nouveaux marchés pour l’exportation. Une industrie polyvalente Au-delà de la richesse de son sol, la Syrie ne se contente pas d’extraire des ressources naturelles. Elle les transforme également. L’industrie représente une part importante du PIB du pays. Les raffineries d’hydrocarbures et les usines agroalimentaires emploient une grande partie de la population. Une part importante de la production est destinée à l’exportation. De plus, l’industrie syrienne est un acteur non négligeable dans la production de matériaux de construction, tels que le ciment, ainsi que des textiles et des pièces mécaniques. Dans un tout autre domaine, la Syrie était, avant la guerre, un important centre de production pharmaceutique, couvrant 85% des besoins de la population locale en médicaments. En modernisant ses infrastructures et en signant des partenariats avec de grands groupes pharmaceutiques, la Syrie pourrait devenir un acteur régional, voire mondial, dans la production de médicaments. En conclusion, grâce à la richesse de son sol et à son emplacement géographique, la Syrie présente de nombreux atouts. Avec l’amélioration de la situation sécuritaire, le retour des ressortissants qualifiés et des forces ouvrières, la levée des sanctions, et les investissements de nombreux pays, notamment ceux du Golfe, la Syrie pourrait rapidement devenir un acteur économique régional de premier plan.

Levée des sanctions contre la Syrie: prémices de la reconstruction du pays

Le 6 novembre dernier, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, sous l’impulsion des États-Unis, a voté la levée des sanctions onusiennes contre le président syrien, Ahmad el Chareh. Cette mesure avait été précédée au début de l’été d’une levée similaire des sanctions imposées auparavant par les États-Unis et l’Union Européenne à la Syrie de Bachar el-Assad au cours de la guerre civile déclenchée en 2011. Cette levée générale des sanctions permettra la réintégration du pays dans le giron arabe et le commerce international, pavant ainsi la voie au retour des investissements et à la reconstruction du pays. La loi César La mesure la plus emblématique au niveau des sanctions contre la Syrie d’Assad avait été l’adoption de la loi César par les États-Unis en 2019. Cette loi doit son nom à un militaire-photographe syrien qui avait exfiltré plus de 50000 photos détaillant les exactions du régime baasiste durant la guerre civile. Atteignant de manière contraignante des secteurs économiques vitaux bien plus vastes que ceux touchés par les autres sanctions onusiennes ou européennes, la loi César pénalisait toute personne ou société qui apporterait un soutien direct ou indirect au régime Assad, particulièrement dans les secteurs de l’armement, de l’énergie, ou encore des services financiers. Les effets de la loi César La loi César étrangla financièrement le régime de Bachar el Assad et ses proches qui contrôlaient de larges pans de l’économie. Elle accéléra la chute du régime mais a eu pour effet de couper totalement la Syrie du reste du monde, d’accentuer la dépréciation de la livre syrienne, de plomber l’économie et de favoriser le développement de la contrebande et d’un vaste réseau de trafic de drogue. Le 30 juin 2025, Donald Trump signa un ordre exécutif abrogeant la loi César. La loi César restera toutefois en vigueur contre Bachar el-Assad et ses proches et sera donc levée uniquement pour tout ce qui se rapporte au régime d’Ahmad el Chareh. Réhabilitation économique Le premier pas sur la voie de cette réhabilitation du pays serait le retour au SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), plateforme utilisée par la majorité des banques dans le monde, permettant des transferts de fonds transfrontaliers. En dépit de l’existence d’autres alternatives, la majorité des échanges financiers se fait sur SWIFT. En juin dernier, la Syrie réalisa son premier transfert sur la plateforme depuis plus de 14 ans. Après avoir été exclu de SWIFT en 2011 avec le début de la guerre civile, les transferts de fonds transfrontaliers par virement étaient devenus impossible. Il fallait donc se résoudre à utiliser le cash, rendant impossible la vérification de l’origine et de la destination des fonds. La réintégration à SWIFT permettra plus de transparence dans les transferts d’argent. En effet, la plateforme se base sur un réseau de banques correspondantes qui servent d’intermédiaires et qui sont soumises à des règles de conformité destinées à empêcher, à titre d’exemple, les flux de ou vers les proches de Bachar el-Assad. Un regain d’activité Les effets de la levée progressive des sanctions se font déjà sentir. En effet, depuis l’été dernier, une pléthore de forums, sommets et conférences destinés aux investisseurs intéressés par le marché syrien s’est tenue dans diverses capitales arabes. Selon Ahmad el Chareh, le pays a réussi à attirer près de 28 milliards de dollars d’investissements, principalement portés par l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Dans cette perspective, la rapidité avec laquelle les fonds nécessaires seront débloqués, l’implication rapide des pays du Golfe, ainsi que la signature d’accords pour l’exécution de gigantesques projets, sur fond de levée progressive des sanctions, sont autant de facteurs qui permettront d’attirer davantage d’investisseurs, stimulant ainsi la reconstruction du pays et sa réintégration dans le commerce international. En somme, la levée progressive des sanctions est donc, à l’évidence, la pierre angulaire des efforts de reconstruction. Le chemin est encore long et il reste beaucoup à faire. Les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant. Il est fondamental dans un tel contexte d’analyser et d’exposer les défis et les opportunités auxquels doit faire face aujourd’hui le nouveau pouvoir syrien. Affaire à suivre… Prochain article : La Syrie, entre défis et opportunités : un nouveau souffle (1/3)

Pape Léon XIV: le Pays du Cèdre vous a adopté…!

Votre Sainteté, vous avez bien voulu choisir ce pays du Levant comme première destination après votre élection à la tête de l’Eglise Catholique, soyez-en remercié ! Votre passage ici, a ressemblé à l’ombre d’un nuage blanc, planant au travers d’un ciel obscur couvert depuis trop longtemps, et filtrant ses rayons sur cet espace géographique, décrit dans les livres d’histoire, comme le pays du lait et du miel, le pays de l’hospitalité et de la convivialité, le pays du Cèdre éternel, majestueux, fort et imperturbable, un pays de rencontre et de brassage entre les cultures et les communautés diverses, et celui de la vie, de l’amour et de la paix régulièrement agressée et souvent violée et violentée…! Mais l’espace d’un moment, votre visite est venue “ouvrir une parenthèse”, et illuminer subitement la vie de tout un peuple, exténué et effondré sous le poids des drames qui le poursuivent depuis des décennies et principalement occasionnés par la guerre des autres sur son territoire ! Par votre attitude discrète et ferme, aimable et résevée , votre regard serein, bienveillant et rempli de sagesse, vos paroles simples, vos ponctuations fortes et profondément ressenties, vous avez réussi à vous glisser très vite, au fond du coeur des grands et des petits, des jeunes et des vieux, des malades et des bien portants, des honnêtes gens et des corrompus, des patriotes et des fossoyeurs de la République, en peu de mots, de tout ce peuple libanais qui vit encore à ce jour, dans des salles d’urgences, entre la vie et la mort, dans un état de chaos épuisant, d’inquiétude permanente, d’insécurité latente et d’instabilité étouffante . Vous avez parlé de paix et de concorde, vous avez rasseréné des coeurs et rappelé à tous la nécessité de prendre conscience de cette solidarité humaine qui enrichit et consolide la foi et les rapports entre les citoyens d’un même pays, ceux d’une société de lumière, d’entraide et de soutien aux plus démunis physiquement et matériellement. Vous avez témoigné haut et fort, sans jamais blesser ou agresser un peuple affaibli et largement éprouvé…! Votre Sainteté, vous qui avez surtout insufflé une bouffée d’oxygène, à tous ses citoyens en déroute, permettez-leur d’abuser de vos conseils et de vos prières, en vous demandant de continuer, après avoir quitté notre petit pays, d’intercéder auprès de la Vierge Marie, pour que la Paix s’y installe en lui ouvrant les voies de sa convalescence et peut ètre un jour prochain, en lui permettant d’accéder à sa “Neutralité permanente”, seule garante de sa stabilité, de sa souveraineté, de son Indépendance et de son épanouissement politique, économique, social et culturel.

La maison d’Abraham à Abou Dhabi, espace de dialogue interreligieux

Au début du mois de février 2019, le pape François avait créé l’évènement en se rendant en visite officielle à Abou Dhabi. C’était la première fois qu’un pape se rendait dans cette région du monde. Lors de cette visite, le pape François et le grand imam d'Al Azhar, Dr Ahmed Al Tayeb, écrivirent l'histoire, en signant tous les deux un document sur la fraternité humaine ; un texte qui appelle à la tolérance, à la paix universelle et à la réconciliation entre toutes les religions. Afin de célébrer cette visite historique et en adéquation avec cette charte de la fraternité humaine, décision fut prise par le gouvernement des Émirats Arabes Unis d’édifier sur l’île de Saadiyat La Maison d’Abraham , un espace architectural de près de 6000 m2 dédié aux trois religions monothéistes. Inauguré en 2023, il comprend une église, une mosquée et une synagogue ainsi qu’un espace d’échanges, un forum. Ce projet a été rendu possible du fait que les valeurs prônées par la charte sur la fraternité humaine sont les mêmes que celles des Emirats Arabes Unis où plus de 200 nationalités se côtoient et vivent en paix. Convaincu que cette coexistence harmonieuse est possible à travers le dialogue, la connaissance de l’autre et la pratique pacifique de la foi, le gouvernement émirati a voulu offrir aux croyants (et non croyants) du monde entier la possibilité d’établir un dialogue interreligieux en participant à des forums de discussion, des évènements, des masterclass etc, ou tout simplement en visitant les trois lieux de culte et pratiquer sa foi en toute quiétude. Le vaste programme éducatif offert par la Maison d’Abraham est mis au point en partenariat avec les meilleures écoles et universités du monde. Ces valeurs de tolérance prônées par La Maison d’Abraham sont d’ailleurs enracinées dans l’histoire même des Emirats Arabes Unis. En effet, dès les premiers temps de l’islam, aux 7e et 8e siècles, nous trouvons des traces de couvents et d’églises sur les îles de Sir Bani Yas à Abou Dhabi et Siniya à Umm Al Quwain, qui prouvent la présence d’une communauté chrétienne dans la région. Nous y trouvons également les traces d’une communauté juive, avec la découverte d’une pierre tombale sur laquelle était gravé en hébreu : “Ici se trouve le lieu de repos de David, fils de Moïse”. Un architecte anglo-ghanéen L’architecture de La Maison d’Abraham est l’œuvre de l’architecte anglo-ghanéen, Sir David Adjaye Omobe. Brillant architecte de renommée internationale, lauréat de la Médaille d’Or du Royal Institute of British Architects, il a à son actif d’innombrables projets de par le monde (le centre du prix Nobel à Oslo, le Smithsonian National Museum of African American History and Culture à Washington DC ou encore la fondation Aïshti à Beyrouth…etc). Sir David est connu pour son style éclectique et son utilisation de matériaux innovants, de jeux de transparence et de lumière, et la création de monuments symboliques qui racontent tous une histoire alliant l’intime au collectif. Pour réussir à incarner la raison d’être et les valeurs véhiculées par La Maison d’Abraham , il a d’abord commencé par identifier les matériaux communs utilisés dans les lieux de culte des trois religions qui sont le calcaire, le bois et le bronze. Il a alors utilisé ces trois matériaux dans la construction des trois lieux de culte en insistant sur la spécificité et les références religieuses de chacun d’entre eux. Il a impérativement voulu que les trois édifices (la mosquée Ahmed el-Tayeb, l’église Saint François et la synagogue Moïse Maïmonide) soient d’une beauté égale, impressionnants et de même dimension afin écarter toute idée de hiérarchie entre les trois religions. La mosquée Ahmed El Tayeb La mosquée a été ainsi nommée en l’honneur du grand imam d’Al Azhar, Dr Ahmed El Tayeb, cosignataire en 2019 avec le pape François du document sur la fraternité humaine. La mosquée est orientée vers la Mecque et comporte des détails typiques de l’art religieux islamique, comme par exemple les sept arches à l’extérieur montrant l’importance du chiffre 7 qui symbolise la transcendance divine et la perfection spirituelle en islam, ou les neuf voûtes qui se rejoignent á l’intérieur de la mosquée pour former le plafond. À noter également les moucharabiehs, délicatement sculptés à la main dans la plus pure tradition artisanale arabe et qui permettent à la lumière du jour d’éclairer l’intérieur de la mosquée, tout en préservant l’intimité des croyants ainsi que les panneaux décoratifs en fibre qui servent de séparation entre les hommes et les femmes. L’Église Saint François Comme son nom l’indique, l’église est dédiée á Saint François d’Assise, un saint du 13e siècle, ami des pauvres et saint patron du pape François. Elle est orientée vers l’est, vers le lever du soleil, la lumière symbolisant Dieu dans la chrétienté. Elle est ornée d’une forêt de colonnes également tournées vers l’est. La réflexion de la lumière augmente l’impression de verticalité de ces colonnes, et symbolise à la fois l’incarnation du Christ (lumière descendante) et sa résurrection (lumière ascendante). Plus de 13 000 mètres linéaires de bois forment la voûte de l’église. Quant aux lattes de bois en faisceau au-dessus de l’autel, elles font référence aux rayons du soleil et rappellent l’autel de la basilique Saint Pierre à Rome. La synagogue Moïse Maïmonide La synagogue est orientée vers Jérusalem. Elle a été ainsi nommée en l’honneur d’un grand philosophe juif du 12e siècle, Moïse Maïmonide. Elle est bâtie comme un abri pour la prière. La façade de la synagogue en treillis rappelle les palmiers utilisés par les croyants pour bâtir la soucca ou cabane durant les fêtes de Sukkot commémorant l’exil du peuple juif dans le Sinaï et la fin de son esclavage. La façade permet de se protéger du soleil le jour et de voir les étoiles, la nuit. Une côte de maille en bronze orne l’intérieur de la synagogue. Elle représente une chuppah, ou dais nuptial sous lequel se tiennent les mariés juifs lors des cérémonies de mariage. Dans un monde où la tolérance et la paix entre les hommes manquent cruellement, une telle initiative nous interpelle et ne peut qu’être saluée et susciter le respect.