


Le pape Léon XIV porte au Liban un message fort : « Heureux les artisans de la paix ». Un message fédérateur, à portée religieuse, vers lequel convergent les religions monothéistes, mais qui constitue surtout une déclaration politique claire du Vatican à l’attention d’un pays épuisé par des décennies de guerres et de conflits, et pour lequel il est temps de sortir des tunnels de la violence pour accéder à l’espace de la paix.
Premièrement : soutenir la présence chrétienne et affirmer son rôle national.
Ce message découle d’un suivi attentif du Saint-Siège de ce que le Liban a traversé et continue de traverser, en particulier les chrétiens. Pour le Vatican, le Liban est le « laboratoire » le plus sensible du Moyen-Orient pour ce qui a trait au vivre-ensemble islamo-chrétien, et un modèle potentiel de ce que Jean-Paul II décrivait, il y a trois décennies, comme un « pays-message ».
Dans ce contexte, la visite marque un soutien clair du Vatican à la présence chrétienne au Liban. Elle rappelle le rôle du Saint-Siège en tant qu’autorité de référence pour encadrer cette communauté et la soutenir sur le plan international. Les chrétiens du Liban ne constituent pas une minorité isolée. Ils font partie d’une structure spirituelle et politique qui s’étend de l’Orient à l’Occident. Cette visite réaffirme que leur rôle au sein de l’État libanais ne saurait être marginalisé.
Mais le message papal va au-delà du simple rôle de tranquillisation. Il comporte un appel aux composantes internes à dépasser le fanatisme confessionnel et à s’engager dans le projet national. Les chrétiens, selon le message papal, ne constituent pas uniquement une communauté. Ils sont porteurs d’un message humain universel au sein de ce pays.
Deuxièmement : un message à l’Iran… et au monde
L’appel du pape à la paix n’est pas qu’un appel d’ordre moral. Il s’agit d’une prise de position politique publique. Depuis Beyrouth, le Vatican adresse un message clair à l’Iran : le Liban ne peut survivre tant qu’il reste un champ de conflits, de guerres et de règlements de comptes régionaux et internationaux.
Le slogan « Heureux les artisans de la paix » n’est pas un simple slogan théologique. Il constitue un rejet à peine voilé de la logique des armes et de la violence, et rappelle que seules les solutions diplomatiques et politiques peuvent sauver le Liban de la spirale de l’effondrement.
Troisièmement : Le Liban, « pays-message » entre hier et aujourd’hui
En 1997, Jean-Paul II avait remis au Liban un document historique intitulé Le Liban, pays-message, destiné avant tout aux composantes internes du pays, dans un but de consolider l’idée du vivre-ensemble et d’affirmer le rôle pionnier de l’État.
Aujourd’hui, le message du pape Léon XIV apparaît comme un prolongement de ce document à l’échelle internationale. Le Liban ne peut être un « pays-message » que s’il retrouve la paix, s’éloigne des conflits régionaux et rétablit ses relations avec son entourage, avec le monde et même avec ses adversaires.
La paix n’est pas seulement un choix moral, mais une condition sine qua non de l’existence de l’État libanais, un État capable de relancer son économie, de définir ses priorités et d’imposer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire.
La paix est le chemin vers le « message ».
La visite du pape ne se limite pas à un simple événement protocolaire. C’est une intervention politique de haut niveau, qui rappelle aux Libanais que leur État ne pourra se relever que s’il sort des axes de guerre, retrouve sa neutralité et choisit d’être un vecteur de paix plutôt qu’un terrain de conflits.
Le Liban, « pays-message », ne peut naître que du Liban de la paix.