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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
Opinion
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Par Youssef Mouawad
Publié sept. 5, 2026 - 13:25
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir « Make Turkey great again » n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de « proxies », n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
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Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre!

Qui peut croire que la communauté chiite, principalement celle du Sud, va tenir le coup de cette perfide guerre d’usure ? Jour après jour, les frappes israéliennes la narguent, la mettent au défi de riposter et lui imposent un train d’enfer. Si, au départ, la retenue du Hezbollah fut synonyme de maîtrise de soi, ce n’est plus le cas. Et le parti de Dieu ne peut plus prétendre exercer la self-discipline au bout d’un an de provocation. D’où la question de savoir s’il va enfin choisir la voie de la confrontation ou céder aux exigences du désarmement ? La persévérance de l’armée israélienne aurait-elle raison de la patience légendaire des civils ? Car la grogne monte dans une population duodécimaine exacerbée. Chauffée à blanc, cette dernière ne voit pas d’issue à ce conflit, pas plus qu’elle n’y voit d’intérêt. Et qui pourrait encore la leurrer tant l’évidence est manifeste : au lendemain du 7 octobre, elle fut sacrifiée sur l’autel de la Palestine, et voilà qu’un an après, elle doit se faire immoler sur l’autel du nucléaire iranien. Le Hezbollah aura à s’expliquer devant les siens qui ne lui ont pas manqué dans les heures difficiles. Il devra rendre compte tôt ou tard. Puisque après tout, en acceptant les termes du cessez-le-feu, il a rétropédalé. Il ne peut plus prétendre à la résistance, tant il est dans le repli et la contraction. “Per un pugno di dollari” Cette guerre de basse intensité, au long cours toutefois, est épuisante ne serait-ce que pour la santé mentale des populations civiles. Désarroi et anxiété des uns et des autres face au déséquilibre des prestations engagées ! C’est quasiment le tir aux pigeons d’argile où l’agresseur ne risque rien, alors que les victimes tombent à une cadence régulière et que les voies de communication du Sud sont impraticables vu la menace qui vient du ciel. Croyez-vous qu’il y aurait encore longtemps des recrues qui iraient au casse-pipe « per un pugno di dollari » en fin de mois ? Parce que c’est exactement ce qui se passe. Israël peut frapper le Liban sans craindre des représailles sur Naharia, Metulla ou Kiryat Shmona. En ce sens, c’est le parti de Dieu, en personne, qui l’assure de l’impunité tout en envoyant ses combattants à une mort certaine dans les zones périlleuses. Et tout cela, au prétexte de reconstituer son arsenal et ses capacités guerrières ! À quand le grand soir ? Cette situation ne saurait se prolonger. Grogne et rouspétance en milieu chiite commencent à se médiatiser. Ismaïl al-Najjar, youtubeur connu pour ses coups de gueule, s’est exclamé tout dernièrement : qu’attend le Hezb pour relever le gant qu’Israël lui jette à la figure ? S’il recule encore devant l’affrontement, on n’aura plus qu’à « lire la fatiha sur lui » **. En d’autres termes, c’en est fait de sa popularité. Et dans sa jactance, l’imprécateur qu’il est de poursuivre : c’est trop d’humiliation ! Qu’importent donc l’embrasement général et une fin catastrophique ? Alors vivement le Crépuscule des dieux et que le feu ravageur dévaste la région dans son ensemble! Cela dit, il est fort possible que certaines mentalités se prêtent à une vision apocalyptique de la fin des temps, une vision qui hâterait l’éclosion d’un monde régénéré, une catharsis qui porterait la promesse d’une rédemption collective. Cela se conçoit pour des adeptes du millénarisme ! Mais comme nous sommes des compatriotes, et que nous partageons quelque peu le même destin libanais, permettez-nous une brève interruption: Nous n’avons pas signé un pacte faustien avec Méphisto, pas plus qu’avec un pasdaran ou un Houthi. Alors, de grâce, ne nous entraînez pas dans votre chute ! Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre: Sophocle dixit **Ce qui équivaut à l’absoute pour les défunts en un rite chrétien

L’IA : la révolution technologique qui a porté les marchés en 2025 (2/3)

Aucune force n’a façonné la trajectoire des marchés financiers en 2025 de manière aussi décisive que l’intelligence artificielle. L’IA est devenue le récit dominant permettant aux investisseurs de justifier des valorisations élevées, une concentration extrême et une prise de risque croissante. Elle a offert une vision de l’avenir suffisamment puissante pour neutraliser les inquiétudes liées au ralentissement de la croissance, à l’endettement croissant et à la fragmentation géopolitique. Fondamentalement, l’IA constitue une véritable révolution technologique — un saut de productivité comparable à l’électrification ou à Internet — et elle transforme déjà des secteurs entiers. Mais les marchés financiers ne valorisent pas les bénéfices sociétaux de long terme ; ils valorisent des réalités microéconomiques : flux de trésorerie des entreprises, intensité capitalistique et soutenabilité. C’est à ce niveau qu’un décalage croissant est apparu. En 2025, l’écosystème de l’IA était bien davantage défini par les dépenses d’investissement que par les profits. L’entraînement de modèles à grande échelle, la construction de centres de données, la sécurisation de puces avancées et l’alimentation d’infrastructures très énergivores ont exigé des investissements d’une ampleur rarement observée hors de l’industrie lourde ou des programmes d’infrastructures nationales. Il en a résulté une explosion sans précédent des dépenses en capital chez les hyperscalers et les fournisseurs de plateformes d’IA. L’ascension fulgurante de NVIDIA — colonne vertébrale matérielle incontestée du boom de l’IA — vers une valorisation proche de 5 000 milliards de dollars reflétait non seulement un leadership technologique, mais aussi une course mondiale à l’investissement. Entreprises et gouvernements se sont empressés de sécuriser des capacités de calcul, engageant souvent des capitaux bien avant que la demande finale ne soit démontrée. Pour beaucoup, ces investissements relevaient moins de rendements immédiats que de positionnement stratégique : acheter aujourd’hui pour ne pas être laissé pour compte demain. À mesure que l’année avançait, les marchés ont commencé à s’interroger sur la soutenabilité de ce cycle d’investissement — et, plus encore, sur la nature circulaire de son financement. Ce qui est resté largement ignoré, en revanche, c’est la question de la rentabilité finale. Les valorisations intégraient de plus en plus un avenir de croissance hyper-soutenue, sans réel souci du rendement du capital investi ni du risque de saturation. Les premières données suggèrent désormais que seule une faible fraction des projets liés à l’IA atteindra une rentabilité significative, faisant planer la perspective que près de 1 500 milliards de dollars d’investissements prévus puissent finalement être dépréciés. Le profil financier du secteur illustrait clairement ce déséquilibre. OpenAI, largement perçue comme l’avant-garde technologique de la révolution de l’IA, devrait générer environ 19 milliards de dollars de revenus tout en enregistrant près de 13 milliards de dollars de pertes — une illustration frappante du retard de la monétisation par rapport à l’investissement. En ce sens, l’IA en 2025 a davantage fonctionné comme un système de croyance que comme un moteur de croissance traditionnel. Elle a permis aux investisseurs de rationaliser des valorisations extrêmes et une concentration historique. À la fin de l’année, seulement dix actions fortement surévaluées représentaient environ 45 % de la capitalisation du Nasdaq-100 et 34 % de celle du S&P 500 — une configuration précaire si les attentes de croissance venaient à ne pas se matérialiser.

Le Musée National de Beyrouth, contre vents et marées

La survie du Musée national libanais relève du miracle. Situé sur la ligne de démarcation qui divisait la capitale entre les parties belligérantes, le bâtiment a été la cible des tirs et des obus. Mais le principal musée archéologique du pays, qui abrite des collections exceptionnelles allant de la préhistoire à la période mamelouk, a pu renaître juste après la guerre. La construction du Musée L’idée du Musée naît au début du XXe siècle afin de réunir dans un même lieu la collection de Raymond Weill, un officier français en poste au Liban. Le bâtiment voit le jour entre 1930 et 1937 à l’époque du mandat français grâce au comité des amis du Musée dirigé par Béchara El Khoury, alors Premier ministre et ministre de l’Education. Il fut officiellement inauguré le 27 mai 1942, sur base des plans des architectes Antoine Nahas et Pierre Leprince Ringuet, dans un style monumental en pierre ocre, inspiré des temples antiques. Le Musée durant la guerre Le Musée National de Beyrouth est situé sur ce qui était, durant la guerre, une ligne de démarcation, dans une région où les combats faisaient rage. Il fallait donc sauver les collections à la fois du pillage et des bombes. C’est ce que l’Émir Maurice Chéhab, alors conservateur en chef du Musée, va s’employer à faire. Il commença tout d’abord par mettre à l’abri dans des coffres-forts les collections transportables. Quant aux pièces monumentales, il décida de les protéger avec des sacs de sable, et même de les couler dans du béton armé, allant jusqu’à murer certaines parties du Musée. Ceci n’est pas sans rappeler Jacques Jaujard qui avait sauvé les trésors du Louvre durant la Seconde Guerre mondiale. Il suffit parfois d’un seul homme pour contourner l’inéluctable… Après la guerre, à partir de 1993, une vaste campagne de réhabilitation du Musée fut lancée et il put rouvrir ses portes en 1997 grâce à des mécènes passionnés, dont Mona Hraoui, alors Première Dame et présidente de la Fondation Nationale du Patrimoine. Depuis lors, la modernisation de sa muséographie ne s’est plus arrêtée. Collections et pièces majeures Le Musée conserve environ 100000 objets, dont 1300 exposés chronologiquement, du Paléolithique à la période mamelouk. Parmi les pièces iconiques, le sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos. C’est un chef-d’œuvre artistique et épigraphique dont l’inscription est l’un des plus anciens textes connus en alphabet phénicien. Parmi les ensembles impressionnants, figurent les 31 sarcophages phéniciens anthropomorphes de la « collection Ford ». Alignés comme une véritable « armée de morts », les cercueils de pierre reprennent les modèles égyptiens et grecs tout en restant typiquement phéniciens.​ A l’entrée du hall central trônent les magnifiques mosaïques gréco-romaines et byzantines dont certaines ont été malheureusement endommagées durant la guerre et qui en ont gardé des stigmates. Elles illustrent parfaitement ce que fut cet art prospère au Liban durant les périodes romaine et byzantine. Les thèmes qui y sont traités proviennent de la mythologie grecque, de la Bible, des croyances populaires mais aussi de la philosophie. C’est notamment le cas de la mosaïque dite des « Sept Sages » qui nous montre sept philosophes, dont Socrate, ou celle du « Bon Pasteur » ou encore la mosaïque d’« Europe enlevée par Zeus » , ou aussi celle qui célèbre la naissance d’Alexandre Le Grand . Le sol libanais regorge d’ailleurs de mosaïques qui sont de véritables chefs-d’œuvre. Les fouilles au centre-ville de Beyrouth ont mis à jour plus de 1000 m² de mosaïques qui auront peut-être un jour leur musée… Quant au sous-sol, réhabilité récemment, il est consacré à l’art funéraire et à des expositions thématiques. Pour les Phéniciens, le tombeau servait à la fois de demeure éternelle pour le défunt et de support matériel de la mémoire familiale et dynastique. Les niveaux supérieurs complètent ce récit avec des objets plus petits (statuettes, bijoux, monnaies, céramiques) qui éclairent sur la vie quotidienne, l’économie et les cultes des différentes périodes. De nombreuses figurines féminines en terre cuite y sont exposées, provenant des temples, notamment de Baalat Gebal et Astarté. Elles renvoient toutes à un idéal de beauté lié à la fertilité et au statut social (attributs féminins, bijoux, coiffures élaborées…) où la femme joue un rôle central et apparaît comme l’incarnation de la divinité. Bien que le Musée National de Beyrouth soit un antre du passé, il est également tourné vers l’avenir. Preuve en est la nouvelle annexe du musée, le Centre Nuhad Es Said pour la Culture .

Palestine : une paix confisquée par les extrêmes
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié

Contrairement aux idées reçues, la question palestinienne n’est pas enfermée dans une impasse par fatalité historique, ni par une haine atavique irréductible. Elle est méthodiquement neutralisée par une convergence d’intérêts entre des extrêmes qui, tout en s’affrontant dans le sang, ont en commun une obsession : empêcher l’émergence d’une solution politique fondée sur la reconnaissance mutuelle et l’égalité des droits. D’un côté, un pouvoir israélien captif d’une logique sécuritaire absolue, transformée au fil des ans en idéologie de gouvernement. De l’autre, des mouvements islamistes qui prospèrent sur l’effondrement du politique, la sacralisation de la violence et la confiscation de la cause palestinienne au profit d’agendas régionaux. Entre les deux, une population prise en otage, et une perspective de paix délibérément sabotée. Il faut partir de là : la radicalisation n’est pas la cause première du conflit ; elle en est le symptôme. Comme l’ont montré de longue date les grandes figures intellectuelles palestiniennes et arabes critiques du nationalisme fermé et de l’islamisme armé, l’extrémisme se nourrit avant tout de l’absence d’horizon politique crédible. Là où la souveraineté est rendue impossible, la violence devient langage de substitution. Un travail similaire a été engagé chez des esprits éclairés en Israël. Or, depuis plus de deux décennies, la stratégie de la droite israélienne dure a consisté à vider de sa substance toute solution fondée sur l’existence de deux États. Non pas en la rejetant frontalement — ce qui aurait un coût diplomatique — mais en la rendant matériellement irréalisable : colonisation continue, fragmentation territoriale, destruction méthodique de toute continuité politique palestinienne. Cette stratégie a un corollaire, en l’occurrence de maintenir les Palestiniens dans une alternative binaire et mortifère — la soumission sans droits ou la résistance sans avenir. Dans les deux cas, l’État palestinien disparaît comme projet réel. Et avec lui, la possibilité d’un leadership politique modéré, responsable, capable de gouverner, de négocier et de répondre aux aspirations de son peuple autrement que par la sacralisation du sacrifice. C’est ici que la symétrie des extrêmes devient évidente, pour reprendre les schèmes développés par René Girard. Les mouvements islamistes palestiniens ne constituent pas une rupture avec cette logique : ils en sont le produit et, paradoxalement, l’un de ses meilleurs alibis. En se posant comme seule force de résistance, ils confisquent la cause palestinienne, délégitiment toute alternative politique et offrent au camp israélien le prétexte idéal pour assimiler toute revendication nationale palestinienne au terrorisme. La tragédie palestinienne contemporaine tient en cela : chaque camp extrême a besoin de l’autre pour survivre politiquement. L’un justifie la perpétuation de l’occupation et de la domination, l’autre justifie la perpétuation de la guerre au nom d’une libération sans contours ni échéance. La paix, elle, devient l’ennemi commun. Dans ce jeu de miroirs, les figures de la paix — celles qui ont tenté de penser la reconnaissance mutuelle comme une nécessité historique et non comme une concession morale — ont été éliminées, marginalisées ou discréditées. L’assassinat politique et symbolique de cette génération a laissé le champ libre à une gouvernance par la peur, le ressentiment et la radicalité identitaire. Or il faut le dire clairement : la poursuite de cette logique mène à une impasse stratégique totale. Aucun peuple ne disparaît sous la pression militaire, aucune identité nationale ne se dissout par décret, et aucune sécurité durable ne peut être fondée sur l’effacement programmé de l’autre. La question palestinienne n’est pas un problème humanitaire à gérer, encore moins une anomalie sécuritaire à contenir. Elle est un problème politique non résolu. Et tant qu’elle sera traitée comme telle, sous-traitée à des logiques de force, elle ne produira mécaniquement que de la violence, des cycles de radicalisation et des explosions régionales. La seule alternative crédible repose sur un retour au politique. Cela signifie reconnaître que la sécurité d’Israël ne peut être durable sans la souveraineté palestinienne, et que la souveraineté palestinienne ne peut émerger que débarrassée des logiques de milices, de tutelles régionales et de messianismes armés. Cela implique un choix clair : celui d’une solution fondée sur deux États, non comme slogan diplomatique, mais comme architecture politique concrète. Un État palestinien viable, continu, souverain, reconnu internationalement, dirigé par des forces politiques capables de gouverner, de rendre des comptes et de rompre avec la logique de la guerre perpétuelle. Ce choix n’est pas une concession faite aux Palestiniens au détriment d’Israël. Il est une condition de survie politique pour les deux peuples. L’alternative est connue : soit un régime d’inégalités structurelles, de domination permanente et de violence chronique, soit une reconnaissance mutuelle imparfaite, fragile, mais ouverte sur un avenir possible. La responsabilité internationale est ici centrale. La répétition incantatoire du droit international, sans mécanisme contraignant, a vidé ce droit de sa crédibilité. L’inaction n’est pas une neutralité : elle est une forme de complicité passive avec la logique des extrêmes. Enfin, il faut rompre avec une illusion dangereuse, selon laquelle le temps jouerait en faveur du statu quo. L’expérience historique montre l’inverse : plus un conflit est gelé dans l’injustice, plus il se radicalise, plus il déborde, plus il empoisonne l’ensemble de son environnement régional et mondial. La paix n’est pas un idéal naïf. Elle est un choix politique courageux, toujours minoritaire à court terme, mais seul capable d’éviter l’effondrement général à long terme. En Palestine comme ailleurs, elle commence par une vérité simple : aucun avenir ne se construit sur la négation de l’autre. La solution des deux États, réitérée par l’initiative arabe de Beyrouth 2002, est le seul cadre d’avenir non toxique, non seulement pour le Moyen-Orient, mais pour le monde entier, tant les conséquences du conflit suscitent les passions identitaires et religieuses au sein de chaque société. La logique qui considérait en effet que le conflit était « ailleurs » géographiquement, donc pouvant être traité comme une question politique, diplomatique, sécuritaire ou humanitaire détachée des options stratégiques vitales de tel ou tel pays, ne fonctionne plus. La question israélo-palestinienne opère désormais comme une tumeur maligne à l’intérieur des frontières nationales. Il existe un danger réel d’implosion, qui n’est plus cantonné, comme dans les années 1970-1980, à des attentats terroristes. Il y va de l’enjeu et de la sécurité d’un monde qui glisse lui-même de plus en plus dans la montée aux extrêmes. Tant que cette vérité restera inassumable pour les dirigeants captifs de ces extrêmes, la région restera prisonnière d’une guerre sans fin, et le monde entier sera ébranlé par ses conséquences, comme le montre le dernier massacre de Bondi Beach, à Sydney. Des accords de paix arrachés au forceps par l’État hébreu ne résoudront rien au problème de fond. Le feu et le sang ne garantissent aucune paix durable. Au contraire, ils ne sont que le moteur d’une prolongation infinie du conflit. Il est temps de rompre le cycle de la violence et de poser des actes fondateurs de paix. Un premier pas dans le bon sens, attendu depuis des décennies, a été fait en marge de la 80e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 22 septembre 2025. Mais il doit être accompagné d’effets, ce qui passe par le fait de couper définitivement la voie à l’influence de l’Iran dans la région, mais aussi, et c’est là où le bât blesse réellement, cesser de considérer Israël comme un État privilégié, au-dessus du droit international, jouissant d’une impunité totale au mépris de toutes les conventions et principes généraux, d’un titre de propriété naturel fantasmatique à « une terre promise » et d’un droit de vie ou de mort sur les Palestiniens. Il y a un choix historique et stratégique à faire contre la haine et la culture de l’exclusion et de la mort. Il est grand temps de le faire, même avec 77 ans de retard. Des centaines de milliers de vies humaines dans la région et à travers le globe ont déjà payé le prix de ce conflit. Ce bain de sang inutile doit prendre fin, avant qu’il n’emporte tout le monde. N’est-ce pas à travers de véritables actes de paix, loin des trophées et des prix- colifichets, que s’affirme le véritable leadership mondial ?

La solution à deux Etats et l’étoile Espérance

On raconte qu’une nuit, alors que le sable traversé par les Rois mages semblait fatigué d’avoir vu tant de pas se croiser sans jamais se rencontrer, une nouvelle étoile se mit à briller plus fort que les autres. Les plus attentifs levèrent la tête et soupirèrent en scrutant le ciel, se disant que quelque chose de neuf et de mystérieux, venu du Grand Inconnu, manifestait sa présence. L’étoile n’apparut pas dans un ciel intact. Elle brillait au-dessus d’un Moyen-Orient balafré de murs, de postes de contrôle, de ruines, de prières contradictoires et de milliers de morts, de veuves et d’orphelins. Dans une ruelle de Bethléem, au même moment, une famille préparait une petite crèche devant sa maison. Rien de bien décoratif : de la toile de jute récupérée d’un sac de riz, quelques figurines en plastique abîmées, un enfant Jésus enveloppé dans un tissu jauni, des moutons sans bergers, une Vierge Marie et un saint Joseph aux couleurs passées. Un garçon demanda à son père : — Papa, pourquoi on fait encore une crèche, ici ? Le père répondit simplement : — Parce qu’on est encore là mon fils. Cette nuit-là, l’enfant vit la nouvelle étoile. Elle semblait avancer, lentement, comme si elle attendait qu’on la suive. Loin de là, un berger du désert de Judée rentrait ses bêtes avant la tombée de la nuit. Il avait fait de mauvaises rencontres et avait entendu trop de tirs ces derniers jours. Lui aussi leva les yeux. Et ailleurs encore, à Bagdad, à Gaza, à Amman, à Jérusalem-Est, des hommes et des femmes sentirent la même inquiétude mêlée d’un appel étrange : ne pas rester immobiles, espérer contre toute espérance. Alors tous ces gens se mirent en route. Il y eut des bergers, qui laissèrent leurs troupeaux à d’autres bergers ; une institutrice qui voulait comprendre pourquoi « l’avenir avait plié bagage » ; un cordonnier de Nazareth, dont la boutique vivait surtout de réparations, parce que plus personne n’achetait du neuf ; deux frères séparés par un mur mais se parlant par téléphone ; un berger, qui connaissait les chemins sans panneaux; un évêque ; des cordonniers, les mains encore pleines de cuir, de glue et de poussière, qui se dirent que des pieds fatigués auraient bientôt besoin de bonnes sandales ; des adultes inquiets, portant des questions plus lourdes que leurs bagages. Ils se rencontrèrent à des barrages, dans des bus trop pleins, dans des salles d’attente. Ils ne parlaient pas toujours la même langue, mais ils partageaient le même silence. Sur la route, ils firent des rencontres inattendues. Ils croisèrent trois sages revenus de tout. Ils n’avaient ni la même langue, ni la même prière, ni les mêmes vêtements. Mais ils fixaient tous la même étoile. À quelques kilomètres de là, dans des bâtiments climatisés, derrière des portes blindées, ils virent des responsables politiques entourés de gardes et de discours. Ils cherchaient une solution à une énigme remontant au premier Déluge. - Que cherchez-vous ? demandèrent les enfants. - La solution à deux Etats, répondirent les responsables. Alors un homme âgé vêtu de blanc, avec un nom venu du XIIIe siècle, s’avança. A ses côtés marchait un sage venu d’Al-Azhar. Ils se parlaient par silences entendus. Enfin, tous arrivèrent à un lieu très simple. Pas une forteresse. Pas une citadelle. Une église endommagée du Liban-Sud. Une famille y logeait. Ils y virent une enfant nouvellement née que ses parents avaient nommée familièrement Espérance. Les bergers partagèrent le lait et le miel. Quelqu’un offrit des olives. Les généraux et les chefs d’État, pour une fois, se turent. On leur servit du café. Des paroles furent échangées par bouquets. Les voyageurs comprirent alors que Dieu se rencontre souvent là où personne ne pensait le trouver. Une journaliste couvrit l’événement et un metteur en scène s’intéressa à son histoire. Quant à l’étoile, elle se divisa en milliards de petites lumières, une pour chaque personne réparant un tort. Et le monde, lentement, réapprit à marcher, comme un enfant qui fait ses premiers pas.

Les marchés financiers en 2025: Une année qui défie la gravité économique (1/3)

Alors que le Père Noël s’apprête à descendre comme chaque année dans les cheminées du monde entier et que 2025 touche à sa fin, les marchés financiers mondiaux offrent un tableau qui aurait semblé invraisemblable — voire carrément impossible — au début de l’année. La plupart des grands indices boursiers terminent l’année à des niveaux records, ou proches de leurs plus hauts historiques, marquant une troisième année consécutive de performances exceptionnelles. Aux États-Unis, l’indice de référence S&P 500 affiche une hausse d’environ 17 % au moment de la rédaction, après des gains de 23 % en 2024 et de 24 % en 2023. Cela représente une progression cumulée d’environ 77 % sur trois ans — et une envolée extraordinaire de plus de 1 000 % depuis le début du marché haussier structurel de mars 2009. Les marchés européens, malgré une croissance stagnante, une instabilité politique et des tensions géopolitiques croissantes, ont suivi la même trajectoire. En Allemagne, l’indice DAX est en hausse de 22 % depuis le début de l’année 2025. Le FTSE 100 britannique a progressé de près de 30 %, signant l’une de ses meilleures performances annuelles jamais enregistrées. L’IBEX 35 espagnol affiche une hausse spectaculaire de 48 % cette année, défiant à la fois les contraintes budgétaires et l’incertitude politique. Au Japon, le Nikkei 225 continue de « flotter » à des sommets historiques, avec une progression de 26 % en 2025. Les actions chinoises ont également surpris à la hausse : les marchés domestiques progressent d’environ 17 %, tandis que les titres cotés à Hong Kong gagnent plus de 23 %. Même les marchés émergents — longtemps considérés comme les plus vulnérables à la hausse des taux d’intérêt et au resserrement de la liquidité mondiale — ont affiché un enthousiasme que peu anticipaient. Le KOSPI sud-coréen, par exemple, est en hausse stupéfiante de 71 % depuis le début de l’année. Dans le même temps, les actifs traditionnellement perçus comme des couvertures contre l’instabilité ont atteint des sommets historiques. L’or a franchi de manière décisive des niveaux autrefois jugés psychologiquement et structurellement infranchissables, enregistrant un gain remarquable de 71 % cette année. L’argent a fait encore mieux, avec une hausse d’environ 149 % depuis le début de l’année. Un large éventail de matières premières — de l’énergie aux métaux industriels — a également enregistré de fortes progressions, reflétant à la fois la ferveur spéculative et des tensions structurelles plus profondes. L’immobilier raconte une histoire similaire. Aux États-Unis, au Japon et dans une grande partie de l’Europe, les prix de l’immobilier atteignent des niveaux records, souvent bien supérieurs à leurs sommets d’avant 2007. Ces valorisations supposent un environnement de taux d’intérêt durablement bas et de liquidité abondante — une hypothèse de plus en plus en décalage avec la réalité. Dans de nombreuses grandes villes mondiales, les prix restent largement supérieurs à leurs niveaux d’avant la pandémie, malgré des coûts d’emprunt plus élevés, une accessibilité en baisse et un affaiblissement des bilans des ménages. En résumé, 2025 a été une année exceptionnelle pour les preneurs de risques, se terminant avec presque tout à des prix élevés — souvent extraordinairement élevés. Et pourtant, selon la plupart des critères économiques traditionnels, le contexte mondial n’a rien de rassurant. Le monde a traversé l’un des environnements géopolitiques les plus tendus depuis des décennies. La croissance a ralenti dans une grande partie du monde développé. Les niveaux de dette publique et privée ont atteint des sommets historiques. Les risques géopolitiques se sont multipliés au lieu de reculer — du Moyen-Orient à l’Europe de l’Est, de la rivalité stratégique entre grandes puissances au retour des tensions sur le continent américain. La politique monétaire, autrefois force stabilisatrice de l’ère post-2008, est désormais contrainte par les réalités politiques et les excès budgétaires. C’est là le paradoxe central de 2025 : une année durant laquelle les marchés financiers ont prospéré tandis que les fondations économiques, politiques et sociales sous-jacentes semblaient de plus en plus fragiles. Ce n’est pas une année marquée par des percées de productivité, une croissance généralisée des revenus ou une nouvelle expansion du commerce mondial. Elle a plutôt été façonnée par la liquidité, les récits et la concentration — une année durant laquelle le capital ne s’est pas dirigé vers la sécurité ou la valeur, mais vers les actifs semblant les plus déconnectés de la réalité. Tout ce qui n’aurait pas dû fonctionner a fonctionné La trajectoire extraordinaire des marchés financiers en 2025 n’est pas le fruit du hasard. Elle est le produit d’un optimisme collectif, de promesses technologiques et d’espoirs renouvelés de renaissance économique. À mesure que les signaux économiques s’affaiblissaient et que les risques géopolitiques s’intensifiaient, les marchés n’ont pas réévalué le risque de manière traditionnelle. Ils se sont projetés dans des récits — ceux, séduisants, de l’intelligence artificielle, de la robotique humanoïde et de technologies transformatrices encore largement non éprouvées à grande échelle. Parallèlement, les investisseurs se sont ancrés dans la conviction que les banques centrales finiraient toujours par protéger les marchés contre des baisses significatives, en assouplissant les conditions monétaires dès que des tensions apparaîtraient. Cette combinaison puissante de conviction narrative et de réassurance politique a permis à la prise de risque de prospérer, même lorsque les fondamentaux se détérioraient. La prudence a progressivement cédé la place à la spéculation, les marchés devenant moins attentifs à la réalité économique et davantage dépendants des anticipations et des croyances. Jamais dans l’histoire la participation des investisseurs particuliers n’a été aussi élevée, jamais la concentration sur un petit nombre de titres n’a été aussi forte, jamais l’effet de levier n’a été aussi important, jamais les valorisations n’ont été aussi élevées, et jamais l’écart entre les « nantis » et les « démunis » n’a été aussi extrême. L’histoire suggère que de tels moments signalent une transition — de l’expansion à la fragilité, de l’enthousiasme à la vulnérabilité.