
J'ai foulé la place de l'Étoile comme une fille revenue inspecter les traits d'un visage longtemps disparu derrière des cadenas rouillés, des barbelés et des décisions qui pesaient sur le cœur des gens. Je la visite pour la deuxième fois depuis qu'elle m'avait été fermée au visage — depuis qu'elle nous avait été fermée, à nous qui croyions jadis que les places étaient faites pour nous appartenir, et que les villes ne se barricadent que dans les vieux livres, quand les historiens écrivent sur des sièges ou des guerres. Pendant de longues années, la place de l'Étoile demeura un nom que nous prononcions avec précaution, que nous désignions comme on désigne une blessure qui n'a pas cicatrisé. Elle fut fermée par ceux qui croyaient posséder ses clés et les clés de ceux qui s'y trouvaient ; nos pas furent confisqués, et fut repoussée notre rencontre avec ses recoins qui connaissent le bruit de nos pas mieux que ne les connaissent les «gardiens».








