


Qui peut croire que la communauté chiite, principalement celle du Sud, va tenir le coup de cette perfide guerre d’usure ? Jour après jour, les frappes israéliennes la narguent, la mettent au défi de riposter et lui imposent un train d’enfer. Si, au départ, la retenue du Hezbollah fut synonyme de maîtrise de soi, ce n’est plus le cas. Et le parti de Dieu ne peut plus prétendre exercer la self-discipline au bout d’un an de provocation. D’où la question de savoir s’il va enfin choisir la voie de la confrontation ou céder aux exigences du désarmement ?
La persévérance de l’armée israélienne aurait-elle raison de la patience légendaire des civils ? Car la grogne monte dans une population duodécimaine exacerbée. Chauffée à blanc, cette dernière ne voit pas d’issue à ce conflit, pas plus qu’elle n’y voit d’intérêt. Et qui pourrait encore la leurrer tant l’évidence est manifeste : au lendemain du 7 octobre, elle fut sacrifiée sur l’autel de la Palestine, et voilà qu’un an après, elle doit se faire immoler sur l’autel du nucléaire iranien.
Le Hezbollah aura à s’expliquer devant les siens qui ne lui ont pas manqué dans les heures difficiles. Il devra rendre compte tôt ou tard. Puisque après tout, en acceptant les termes du cessez-le-feu, il a rétropédalé. Il ne peut plus prétendre à la résistance, tant il est dans le repli et la contraction.
“Per un pugno di dollari”
Cette guerre de basse intensité, au long cours toutefois, est épuisante ne serait-ce que pour la santé mentale des populations civiles. Désarroi et anxiété des uns et des autres face au déséquilibre des prestations engagées ! C’est quasiment le tir aux pigeons d’argile où l’agresseur ne risque rien, alors que les victimes tombent à une cadence régulière et que les voies de communication du Sud sont impraticables vu la menace qui vient du ciel.
Croyez-vous qu’il y aurait encore longtemps des recrues qui iraient au casse-pipe « per un pugno di dollari » en fin de mois ? Parce que c’est exactement ce qui se passe. Israël peut frapper le Liban sans craindre des représailles sur Naharia, Metulla ou Kiryat Shmona. En ce sens, c’est le parti de Dieu, en personne, qui l’assure de l’impunité tout en envoyant ses combattants à une mort certaine dans les zones périlleuses. Et tout cela, au prétexte de reconstituer son arsenal et ses capacités guerrières !
À quand le grand soir ?
Cette situation ne saurait se prolonger. Grogne et rouspétance en milieu chiite commencent à se médiatiser. Ismaïl al-Najjar, youtubeur connu pour ses coups de gueule, s’est exclamé tout dernièrement : qu’attend le Hezb pour relever le gant qu’Israël lui jette à la figure ? S’il recule encore devant l’affrontement, on n’aura plus qu’à « lire la fatiha sur lui » **. En d’autres termes, c’en est fait de sa popularité. Et dans sa jactance, l’imprécateur qu’il est de poursuivre : c’est trop d’humiliation ! Qu’importent donc l’embrasement général et une fin catastrophique ?
Alors vivement le Crépuscule des dieux et que le feu ravageur dévaste la région dans son ensemble! Cela dit, il est fort possible que certaines mentalités se prêtent à une vision apocalyptique de la fin des temps, une vision qui hâterait l’éclosion d’un monde régénéré, une catharsis qui porterait la promesse d’une rédemption collective.
Cela se conçoit pour des adeptes du millénarisme !
Mais comme nous sommes des compatriotes, et que nous partageons quelque peu le même destin libanais, permettez-nous une brève interruption: Nous n’avons pas signé un pacte faustien avec Méphisto, pas plus qu’avec un pasdaran ou un Houthi.
Alors, de grâce, ne nous entraînez pas dans votre chute !
Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre: Sophocle dixit
**Ce qui équivaut à l’absoute pour les défunts en un rite chrétien