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Culture

Le Musée National de Beyrouth, contre vents et marées

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Portrait de l'auteur
Par Micha Moussallem
Publié déc. 26, 2025 - 22:24

La survie du Musée national libanais relève du miracle. Situé sur la ligne de démarcation qui divisait la capitale entre les parties belligérantes, le bâtiment a été la cible des tirs et des obus. Mais le principal musée archéologique du pays, qui abrite des collections exceptionnelles allant de la préhistoire à la période mamelouk, a pu renaître juste après la guerre.

La construction du Musée


L’idée du Musée naît au début du XXe siècle afin de réunir dans un même lieu la collection de Raymond Weill, un officier français en poste au Liban. Le bâtiment voit le jour entre 1930 et 1937 à l’époque du mandat français grâce au comité des amis du Musée dirigé par Béchara El Khoury, alors Premier ministre et ministre de l’Education. 

Il fut officiellement inauguré le 27 mai 1942, sur base des plans des architectes Antoine Nahas et Pierre Leprince Ringuet, dans un style monumental en pierre ocre, inspiré des temples antiques. 


Le Musée durant la guerre 


Le Musée National de Beyrouth est situé sur ce qui était, durant la guerre, une ligne de démarcation, dans une région où les combats faisaient rage. Il fallait donc sauver les collections à la fois du pillage et des bombes. C’est ce que l’Émir Maurice Chéhab, alors conservateur en chef du Musée, va s’employer à faire. Il commença tout d’abord par mettre à l’abri dans des coffres-forts les collections transportables. 

Quant aux pièces monumentales, il décida de les protéger avec des sacs de sable, et même de les couler dans du béton armé, allant jusqu’à murer certaines parties du Musée. Ceci n’est pas sans rappeler Jacques Jaujard qui avait sauvé les trésors du Louvre durant la Seconde Guerre mondiale. Il suffit parfois d’un seul homme pour contourner l’inéluctable…

Après la guerre, à partir de 1993, une vaste campagne de réhabilitation du Musée fut lancée et il put rouvrir ses portes en 1997 grâce à des mécènes passionnés, dont Mona Hraoui, alors Première Dame et présidente de la Fondation Nationale du Patrimoine. Depuis lors, la modernisation de sa muséographie ne s’est plus arrêtée. 


Collections et pièces majeures


Le Musée conserve environ 100000 objets, dont 1300 exposés chronologiquement, du Paléolithique à la période mamelouk.  

Parmi les pièces iconiques, le sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos. C’est un chef-d’œuvre artistique et épigraphique dont l’inscription est l’un des plus anciens textes connus en alphabet phénicien.  

Parmi les ensembles impressionnants, figurent les 31 sarcophages phéniciens anthropomorphes de la « collection Ford ». Alignés comme une véritable  « armée de morts », les cercueils de pierre reprennent les modèles égyptiens et grecs tout en restant typiquement phéniciens.​

A l’entrée du hall central trônent les magnifiques mosaïques gréco-romaines et byzantines dont certaines ont été malheureusement endommagées durant la guerre et qui en ont gardé des stigmates. Elles illustrent parfaitement ce que fut cet art prospère au Liban durant les périodes romaine et byzantine. Les thèmes qui y sont traités proviennent de la mythologie grecque, de la Bible, des croyances populaires mais aussi de la philosophie. C’est notamment le cas de la mosaïque dite des «Sept Sages» qui nous montre sept philosophes, dont Socrate, ou celle du « Bon Pasteur » ou encore la mosaïque d’« Europe enlevée par Zeus », ou aussi celle qui célèbre la naissance d’Alexandre Le Grand

Le sol libanais regorge d’ailleurs de mosaïques qui sont de véritables chefs-d’œuvre. Les fouilles au centre-ville de Beyrouth ont mis à jour plus de 1000 m² de mosaïques qui auront peut-être un jour leur musée… 

Quant au sous-sol, réhabilité récemment, il est consacré à l’art funéraire et à des expositions thématiques. Pour les Phéniciens, le tombeau servait à la fois de demeure éternelle pour le défunt et de support matériel de la mémoire familiale et dynastique. 

Les niveaux supérieurs complètent ce récit avec des objets plus petits (statuettes, bijoux, monnaies, céramiques) qui éclairent sur la vie quotidienne, l’économie et les cultes des différentes périodes. De nombreuses figurines féminines en terre cuite y sont exposées, provenant des temples, notamment de Baalat Gebal et Astarté. Elles renvoient toutes à un idéal de beauté lié à la fertilité et au statut social (attributs féminins, bijoux, coiffures élaborées…) où la femme joue un rôle central et apparaît comme l’incarnation de la divinité. 

 

Bien que le Musée National de Beyrouth soit un antre du passé, il est également tourné vers l’avenir. Preuve en est la nouvelle annexe du musée, le Centre Nuhad Es Said pour la Culture

 

 

 

 

 

 


 

 



 


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