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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
Opinion
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Par Youssef Mouawad
Publié sept. 5, 2026 - 13:25
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir « Make Turkey great again » n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de « proxies », n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
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Bonne année 2026 !
Par
Jawad Pakradouni
Publié

Chers compatriotes, Jeudi 1er janvier 2026 le Liban sera transfiguré! L’électricité fonctionnera 24h/24, sans générateur ou abonnement parallèle. Tous les malfaisants et corrompus seront jugés, du plus petit piaf au vieux corbeau aussi haut que soit son perchoir. L’État fonctionnera, du verbe fonctionner et non ponctionner. Un État où les services basiques de la République seront efficients et non inopérants. En parallèle, les télé-pilotes des MK seront au chômage technique, étant donné que le Hezbollah sera démilitarisé au nord, est et ouest du Litani. La question avec un grand Q est comment se fait-ce (quand bien même vous aurez le 1er janvier la tête dans la lettre ou le verbe)? Parce que tout simplement au Liban, chaque nouvelle année est une promesse de miracle, qui est nécessairement reportée à l’année suivante. Maintenant, réveillez-vous. Prenez deux paracétamols et respirez! Le jeudi 1er janvier 2026 n’est qu’une seconde de plus que le mercredi 31 décembre 2025. Une seconde. Pas une rupture. Pas une révolution. Pas un “reset” ou un “ctrl + alt + delete”. A présent que la gueule de bois se dissipe, vous pouvez refaire la gueule, le constat étant affligeant: même système, mêmes dirigeants, mêmes mensonges, quand bien même vous vous êtes égosillés à chanter l’éternel tube d’ABBA à l’heure psychologique, qui est plutôt au Liban l’heure psychiatrique, vu que tout le monde pense que la nouvelle année ça ira mieux. Rien ne s’est réparé à minuit. Rien ne s’est effacé avec le compte à rebours. Le Liban n’obéit à aucun calendrier, il est figé, un Groundhog Day permanent depuis presque quarante ans. Canal Plus a lancé son nouveau slogan: “Ne confiez pas votre imagination à n’importe qui.” Je vous suggère de ne confier vos rêves à personne, faute de quoi, au mieux, vous risquez la camisole, ou au pire, de passer pour des cons, bien qu’il vaut mieux être pris pour les premiers que les seconds, sachant que beaucoup d’entre nous, surtout ceux qui suivent aveuglément les préceptes de certains mouvements ou partis ne risquent pas la camisole. Alors oui, bonne année. Bonne continuité dans le désastre, et surtout rendez-vous le 31 décembre prochain, pour fêter une nouvelle fois le passage du temps, dans un pays où ses habitants refusent obstinément d’avancer, figés dans le passé et s’en remettant à Dieu ou Allah, et bientôt à Yahvé….

Pourquoi Israël parie sur le Somaliland ?
Par
LevantTime .
Publié

La reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, annoncée vendredi dernier par Benjamin Netanyahu, offre un nouveau regard sur la sécurité de la mer Rouge, la stabilité de la Corne de l’Afrique et les équilibres géopolitiques mondiaux. Si le gouvernement israélien compte exploiter les retombées positives de sa diplomatie, des avis divergent dans l’Etat hébreu et de par le monde. Le territoire du Somaliland situé au nord-ouest de la Somalie s’étend sur 175.000 km², il est peuplé d’environ cinq millions d’habitants. Il correspond à l'ancienne colonie de la Somalie britannique, alors que l’Italie avait occupé le reste du pays. Le territoire a déclaré son indépendance en 1991, pendant que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l'autocrate Siad Barre. Le Somaliland, contrôle une façade maritime stratégique sur le golfe d’Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, passage clé reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Environ 10 % du commerce maritime mondial transite par cette zone. Point stratégique majeur Depuis plusieurs années, cette route est fragilisée par les attaques des Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, contre des navires commerciaux, dans un contexte de conflit régional élargi depuis la guerre de Gaza. Pour les partisans de la reconnaissance, ce facteur géographique est central. Israël, engagé sur plusieurs fronts sécuritaires, voit dans le Somaliland une plateforme potentielle de coopération en matière de renseignement, de surveillance maritime et de lutte contre les menaces asymétriques, notamment les drones et missiles. À environ 300 à 500 km des zones contrôlées par les Houthis, le territoire offrirait une profondeur stratégique similaire à celle qu’Israël a développée avec l’Azerbaïdjan face à l’Iran. Une analyse de l'Atlantic Council a révélé que le trafic à Bab el-Mandeb a chuté pendant la crise israélo-palestinienne, et le Fonds Monétaire International a estimé que le volume des échanges à Suez avait diminué d'environ 50 % début 2024. Stabilité politique Au-delà de sa localisation, le Somaliland est présenté par ses soutiens comme une exception régionale. Depuis plus de trois décennies, il dispose de ses propres institutions : Parlement élu, monnaie, armée, police et administrations civiles. Il a organisé plusieurs élections pluralistes, assuré des transitions pacifiques du pouvoir et maintenu une stabilité relative, contrastant fortement avec la Somalie voisine en proie à l’insurrection islamiste des Shabab et à une fragmentation politique chronique. Alignement sur l’Occident Israël met également en avant l’alignement politique du Somaliland. Les autorités d’Hargeisa, capitale de la région sécessionniste, ont multiplié les signaux en direction des puissances occidentales, des Émirats arabes unis, de Taïwan et désormais d’Israël, tout en affichant leur hostilité à l’influence chinoise, turque et islamiste dans la région. Dans un contexte de rivalité accrue entre grandes puissances autour des routes maritimes stratégiques, ignorer un acteur relativement stable et coopératif serait, selon cette lecture, une négligence stratégique. Cette reconnaissance est aussi perçue comme un message adressé à Washington. Plusieurs responsables et analystes israéliens estiment que les États-Unis devraient suivre l’exemple de Tel-Aviv. Ils soulignent que l’attachement américain au principe d’une « Somalie unifiée » ne reflète plus les réalités du terrain, et que la stabilité du Somaliland repose précisément sur sa séparation du système politique dysfonctionnel de Mogadiscio. Des responsables du Somaliland ont d’ailleurs proposé aux États-Unis l’accès à un port stratégique et à une piste d’atterrissage héritée de la Guerre froide, en échange d’une reconnaissance officielle. Système tribal Cependant, cette lecture optimiste est contestée par certains. De nombreux experts estiment en effet que la décision israélienne comporte des risques majeurs et pourrait se révéler contre-productive. Le premier reproche concerne la fragilité interne du Somaliland. Malgré son image de stabilité, le territoire est traversé par de profondes divisions. L'appartenance clanique joue un rôle central en politique, en matière de propriété foncière et de représentation. Guerre hybride Sur le plan strictement militaire, les critiques jugent illusoire l’idée que le Somaliland puisse modifier l’équilibre stratégique face aux Houthis. Ceux-ci ont résisté à des années de frappes aériennes saoudiennes et américaines et continuent de perturber la navigation avec des moyens peu coûteux. Selon cette analyse, seule une campagne terrestre menée par des acteurs disposant d’armées structurées et d’une réelle volonté politique pourrait les vaincre, des capacités que le Somaliland ne possède pas. Territoire d’accueil pour les Palestiniens ? Cette année, des articles de presse ont rapporté que les États-Unis et Israël avaient approché le Somaliland, entre autres pays, au sujet de l'accueil de Palestiniens de Gaza. Ni le Somaliland, qui avait alors affirmé qu'aucune discussion de ce type n'avait eu lieu, ni Israël n'ont abordé cette question dans leurs déclarations respectives de vendredi. Risque terroriste Un autre risque majeur concerne l’extrémisme. Al-Shabab, groupe affilié à Al-Qaïda, a immédiatement condamné la reconnaissance et menacé de combattre toute tentative israélienne « d’utiliser » le Somaliland. Les analystes redoutent que le fort sentiment anti-israélien présent dans une partie de la société somalienne soit instrumentalisé par les islamistes pour renforcer leur recrutement et leur légitimité, en présentant le gouvernement d’Hargeisa comme un allié du « sionisme » et un traître à la cause palestinienne. Condamnations tous azimuts Diplomatiquement, la reconnaissance a provoqué une vague de condamnations. L’Union africaine, la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union européenne, ainsi que des pays clés comme l’Égypte, la Turquie et la Chine, ont réaffirmé leur attachement à l’intégrité territoriale de la Somalie. Beaucoup d’États africains, eux-mêmes confrontés à des revendications sécessionnistes, redoutent la création d’un précédent. Même les États-Unis, pourtant courtisés par Hargeisa, ont refusé de suivre Israël. Donald Trump a publiquement écarté une reconnaissance immédiate, soulignant l’isolement diplomatique potentiel d’une telle démarche. L’Arabie saoudite, de son côté, a exprimé son opposition, réduisant l’impact de cette initiative sur une éventuelle extension des accords d’Abraham. Samedi, Téhéran a dénoncé une "manœuvre malveillante du régime sioniste" et un "complot visant à désintégrer" la Somalie. Interrogé par le New York Post sur une éventuelle reconnaissance par Washington, le président américain a lui répondu "non," refusant là de suivre son allié israélien. Il a ajouté: "nous allons étudier ça", avant de se demander: "Est-ce qu'il y a vraiment des gens qui savent ce qu'est le Somaliland?"… Entre opportunité géostratégique et facteur de déstabilisation, les effets réels de cette décision ne pourront être mesurés qu’à l’épreuve du temps et des dynamiques régionales.

Les activités d’Al-Qard Al-Hassan face au droit libanais

Al-Qard Al-Hassan est présentée comme une association à vocation sociale. Elle s’est toutefois inscrite progressivement dans un paysage financier parallèle, à mesure que la crise déclenchée à l’automne 2019 s’aggravait. L’effondrement du secteur bancaire et la perte de confiance des déposants ont créé un vide institutionnel que l’association a su exploiter. Cette dynamique, si elle répond à un besoin réel dans un contexte de défaillance généralisée, ne dissipe en rien les nombreuses interrogations juridiques qu’elle soulève. Elle met en évidence les limites du cadre légal libanais et les risques systémiques qui pèsent tant sur les déposants que sur l’économie nationale. Rappelons dans ce cadre qu’Al-Qard Al-Hassan a été créée dans le contexte de l’invasion israélienne de 1982. En 1987, elle obtient un avis d’enregistrement auprès du ministère de l’Intérieur sous le numéro 218 A.D. A l’origine, sa vocation était strictement sociale et solidaire. Elle demeure juridiquement soumise à la loi ottomane sur les associations de 1909, qui limite les activités aux organismes à but non lucratif et interdit toute opération financière excédant l’objet déclaré. Or l’octroi régulier de crédits et la gestion de garanties en or dépassent clairement ce cadre, créant une contradiction structurelle entre le statut légal de l’entité et la réalité de ses activités. Prêts garantis par de l’or : un modèle juridique complexe L’association accorde principalement des prêts en dollars garantis par des dépôts en or dont la valeur est estimée à l’avance, assortie d’une marge couvrant les risques. Depuis 2020, des distributeurs automatiques permettent des retraits en livres libanaises ou en devises étrangères. Ces pratiques échappent aux règles prudentielles applicables aux banques et soulèvent des questions relatives à la législation sur le change et aux restrictions encadrant la circulation des devises hors supervision officielle. Le Code de la monnaie et du crédit de 1963 encadre strictement l’activité bancaire. Les articles 70 et 71 réservent la réception de fonds, l’octroi de crédits et la gestion des moyens de paiement aux établissements agréés par la Banque du Liban. Les articles 2 et 4 définissent la monnaie légale et les modalités de règlement. En collectant des fonds et en octroyant des prêts, Al-Qard Al-Hassan exerce de facto des fonctions bancaires sans agrément, en violation directe du cadre légal en vigueur. Cette situation a conduit la Banque du Liban à publier la circulaire n°170 en 2021, interdisant explicitement aux établissements financiers et banques opérant au Liban toute interaction directe ou indirecte avec Al-Qard Al-Hassan, notamment l’ouverture de comptes, l’exécution de transferts, la fourniture de services de paiement ou toute opération assimilée. Par cette circulaire, la Banque centrale reconnaît de facto l’existence d’un acteur financier parallèle présentant des risques systémiques, tout en ne lui conférant aucun statut bancaire officiel. Cette démarche traduit une approche prudente mais juridiquement ambivalente : l’institution est jugée suffisamment active pour justifier une mesure spécifique, mais reste hors du champ de supervision et de régulation. Pour l'annuler complètement, le ministère de l'Intérieur doit retirer la licence d'Al-Qard Al-Hassan par application de la loi de parallélisme des formes L’émergence de l’entité « Joud » s’inscrit directement dans cette zone grise créée par la circulaire 170. En fragmentant juridiquement les structures et en multipliant les dénominations, cette reconfiguration complique l’application pratique de la circulaire et renforce les risques pour les déposants. Une activité échappant à toute supervision institutionnelle La Banque du Liban détient une compétence exclusive en matière de régulation monétaire et financière. L’article 13 du Code de la monnaie et du crédit lui confère ce pouvoir, tandis que les articles 174 à 178 organisent les mécanismes de contrôle et de sanction. Ces dispositifs ne s’appliquent pas à Al-Qard Al-Hassan ni à « Joud », qui échappent également aux circulaires et directives de la Banque centrale relatives aux crédits et aux opérations en devises. Cette absence de supervision expose les déposants à des risques significatifs et fragilise l’ordre monétaire national. Dans ce contexte de vide réglementaire, l’évolution récente d’Al-Qard Al-Hassan accentue les interrogations juridiques. Après la guerre dite de « soutien », l’association a opté pour une reconfiguration de sa façade juridique afin de se prémunir contre toute tentative de mise sous contrôle ou de reddition des comptes. Cette stratégie s’est matérialisée par l’adoption d’une nouvelle dénomination, « Joud », permettant la poursuite des mêmes activités financières sous une entité distincte, en dehors de toute supervision bancaire effective et sous un régime de contraintes juridiques potentiellement atténué. « Joud » est le fruit d’une réflexion interne menée par des employés d’Al-Qard Al-Hassan à partir du 7 avril 2025. Le choix de ce nom, à connotation arabo-islamique, s’inscrit dans une logique de continuité symbolique tout en opérant une rupture formelle sur le plan juridique. L’entité a été enregistrée au registre du commerce de Baabda sous le numéro 2078233, avec une première implantation dans la banlieue sud de Beyrouth, puis au registre du commerce de Nabatiyé sous le numéro 6007003 en tant que second établissement, au mois de novembre. Cette restructuration ne modifie ni la nature des activités exercées ni les risques encourus par les utilisateurs, mais elle tend à fragmenter la responsabilité juridique et à compliquer toute action judiciaire visant l’entité initiale. Le changement de dénomination apparaît ainsi comme une mesure de protection préventive, anticipant d’éventuelles poursuites contre Al-Qard Al-Hassan tout en maintenant opérationnel un dispositif financier parallèle. Par ailleurs, les comptes bancaires de cette nouvelle entité seraient ouverts auprès de la banque Saderat Iran au Liban. Exigences du Code de la monnaie et du crédit Le Code de la monnaie et du crédit impose aux institutions financières des obligations strictes. Les articles 121 et 125 exigent notamment une forme de société anonyme et un capital minimum, tandis que les articles 178 et 181 prévoient une autorisation préalable et une supervision continue par la Banque du Liban. Al-Qard Al-Hassan, tout comme sa déclinaison sous l’appellation « Joud », ne satisfait à aucune de ces exigences, rendant leur statut juridique fondamentalement incompatible avec l’activité exercée. L’absence d’agrément exclut ces entités du champ d’application de la loi n° 318/2001, modifiée par la loi n° 44/2015, relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les obligations de vigilance, d’identification des clients et de déclaration des opérations suspectes, placées sous la supervision de la Commission spéciale d’investigation, ne s’y appliquent pas, créant un vide réglementaire préoccupant. Un constat clair et technique En guise de conclusion à caractère juridique, le constat est sans appel : le monopole bancaire n’est pas respecté ; la supervision de la Banque du Liban fait défaut ; le statut associatif est inadapté ; les obligations de transparence et de lutte contre le blanchiment ne s’appliquent pas ; la protection des déposants est inexistante. Cette analyse, strictement juridique et technique, indépendante de toute lecture politique, illustre la manière dont un acteur financier parallèle peut se développer dans un contexte institutionnel fragile et souligne l’urgence de renforcer le cadre légal afin de protéger l’épargne et préserver la stabilité du système financier libanais.

La liquidité, le carburant qui a alimenté les marchés en 2025 (3/3)

Si l’intelligence artificielle a fourni le carburant narratif de la performance extraordinaire des marchés en 2025, la liquidité en a fourni l’oxygène. Et si l’attention s’est largement portée sur les politiques des banques centrales occidentales, la source la plus persistante — et finalement la plus déstabilisante — de liquidité mondiale est venue d’ailleurs : du Japon. Pendant des décennies, le Japon a été perçu comme une anomalie — une économie enfermée dans la déflation, opérant selon sa propre logique monétaire et largement déconnectée des cycles mondiaux. En 2025, cette perception s’est révélée dangereusement dépassée. Le Japon n’est pas resté simplement accommodant ; il est devenu l’un des principaux facilitateurs de la prise de risque mondiale. Pendant des années, la Banque du Japon a accumulé des milliers de milliards de dollars d’obligations et d’actions à son bilan tout en maintenant des taux d’intérêt proches de zéro. Les taux ultra-bas japonais et un yen en dépréciation constante ont ravivé et amplifié le carry trade mondial. Les capitaux empruntés à faible coût en yen ont afflué vers des actifs à rendement plus élevé dans le monde entier — actions, crédit, marchés privés et investissements spéculatifs — renforçant l’appétit pour le risque bien au-delà des frontières japonaises. De fait, le Japon a exporté de la liquidité vers le système financier mondial à un moment où d’autres banques centrales tentaient, prudemment et de manière incohérente, de la retirer. Le carry trade en yen est devenu l’un des vecteurs les plus puissants de la hausse des prix des actifs en 2025, alimentant simultanément des valorisations boursières plus élevées et un levier accru dans l’ensemble du système financier. Mais le Japon est entré en 2025 contraint par ses propres réalités structurelles. Avec une dette publique dépassant 235 % du PIB, un système financier dépendant de taux ultra-bas et un marché obligataire domestique fragile, le retour de l’inflation et la perspective d’une croissance économique durable ont imposé un changement stratégique. En septembre 2025, la Banque du Japon a formalisé sa décision de cesser ses achats d’actifs et est devenue vendeuse nette d’obligations et d’actions. En décembre, elle a de nouveau relevé ses taux d’intérêt, propulsant les rendements des obligations à très longue maturité à des niveaux records. Les implications ont été immédiates et mondiales : le carry trade en yen s’est trouvé en grave danger — et, par extension, les actifs risqués dans le monde entier. Alors que la liquidité continuait de gonfler les marchés financiers, l’économie réelle envoyait un signal très différent. Les matières premières — expression la plus tangible de l’offre, de la rareté et des tensions géopolitiques — ont bondi sur l’ensemble du spectre. L’énergie, les métaux industriels et les ressources stratégiques ont tous fortement progressé, reflétant des années de sous-investissement, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et les coûts croissants de la démondialisation. Cette hausse des matières premières n’est pas une exubérance cyclique ; c’est une tension structurelle. Contrairement aux actifs financiers, les matières premières répondent à des contraintes physiques. Elles intègrent la géologie, la géopolitique, l’intensité énergétique et le temps. Le monde est entré en 2025 avec des stocks épuisés, des chaînes d’approvisionnement fragmentées et une concurrence stratégique accrue pour les ressources — des métaux critiques à l’alimentation et à l’énergie. Dans cet environnement, une liquidité persistante est entrée en collision avec une offre limitée. L’implication est cruciale : le risque inflationniste n’a pas disparu — il augmente. Pourtant, tout au long de 2025, les marchés ont largement intégré un retour à la désinflation et à l’assouplissement des politiques, alors même que les coûts des intrants, les prix des matières premières et les pressions sur les ressources stratégiques augmentaient. Cette contradiction — un assouplissement des conditions financières face à des contraintes croissantes dans l’économie réelle — est intrinsèquement instable. Elle place les banques centrales dans une position impossible : tolérer l’inflation ou risquer de déstabiliser des marchés devenus dépendants de la liquidité. Les marchés obligataires pourraient bien imposer ce choix en 2026. Le rôle du Japon amplifie ce risque. Un nouvel affaiblissement du yen renforcerait l’inflation via la hausse des prix des importations et des matières premières. À l’inverse, toute appréciation significative risquerait de provoquer un dénouement brutal des carry trades, déstabilisant les prix des actifs mondiaux. Les deux scénarios comportent des conséquences que les marchés n’ont pas encore pleinement intégrées. L’intelligence artificielle et la liquidité ont soutenu le rallye de 2025. Les matières premières en interrogent désormais la soutenabilité. La sphère crypto — expression la plus pure de l’excès spéculatif — a déjà amorcé un retournement, le Bitcoin ayant chuté de plus de 35 % par rapport à son pic d’octobre. L’histoire offre peu d’exemples où une distorsion monétaire prolongée, un levier croissant et un durcissement des contraintes physiques se résolvent sans volatilité. La trajectoire extraordinaire des marchés financiers en 2025 pourrait finalement révéler moins la naissance d’une nouvelle ère disruptive que l’optimisme excessif qui caractérise les bulles d’investissement.

Le Liban après les fêtes: guerre reportée ou paix suspendue?

Les fêtes terminées, l'angoisse revient hanter les Libanais, une question devenue existentielle se posant : le Liban se dirige-t-il vers une nouvelle guerre, ou restera-t-il dans une trêve fragile qui pourrait s'effondrer à tout moment ? Cette question, aussi importante soit-elle, ne suffit plus à elle seule. Derrière elle se profile une question plus profonde et plus dangereuse : si l'initiative militaire vient d'Israël et que le Hezbollah n'a pas réagi depuis le cessez-le-feu, est-ce de la faiblesse ou une décision délibérée ? Et qui, en réalité, a le droit de décider de la guerre et de la paix au Liban ? Le Liban n'est pas aujourd'hui en proie à une guerre ouverte, mais il ne jouit pas non plus d'une paix véritable. Il est enlisé dans une zone grise dangereuse, où le calme n'est pas synonyme de stabilité et où l'escalade n'atteint pas le point de rupture. Cette zone grise, à laquelle les Libanais se sont habitués, épuise silencieusement le pays et le maintien dans une attente perpétuelle de ce qui pourrait venir de l'étranger. Sur le terrain, force est de constater que le Sud-Liban demeure un champ de bataille à ciel ouvert. Les violations israéliennes se poursuivent sous diverses formes, allant de frappes localisées à des démonstrations de force militaires et sécuritaires calculées. Dans ce contexte, Israël ne mène pas une guerre à grande échelle, mais teste la capacité de riposte de l'adversaire, les limites de sa patience et la possibilité d'imposer de nouvelles règles d'engagement au moment opportun. À l'inverse, la retenue du Hezbollah face à une riposte d'envergure depuis le cessez-le-feu est devenue un élément clé du débat public. Certains interprètent ce comportement comme une faiblesse ou une impuissance, mais cette interprétation reste simpliste, voire trompeuse. En termes de capacités militaires et organisationnelles, le parti a-t-il soudainement perdu sa capacité de riposte ou d'initiative ? Sa structure s'est-elle désintégrée ? Son arsenal est-il détruit ? Et son dispositif militaire est-il toujours opérationnel ? Par conséquent, la situation ne saurait se réduire à une simple impuissance militaire au regard de ces questions. La différence fondamentale réside entre la capacité et la décision. La guerre n'est pas une question technique, elle est avant tout un choix politique. La décision du Hezbollah, à ce stade, est présentée comme une attitude de retenue, et non de confrontation. Cette retenue est dictée par des facteurs régionaux évidents. Le Hezbollah fait partie d'un axe plus large mené par l'Iran, et cet axe ne voit aucun intérêt à embraser le front libanais actuellement. La priorité, jusqu'à nouvel ordre, est de gérer le conflit, et non de l'aggraver ; de contenir les affrontements, et non de les déclencher ; et d'utiliser les champs de bataille comme un outil de pression politique, et non comme des arènes de résolution militaire. Outre le facteur régional, il existe un facteur interne libanais, non moins important. Toute guerre de grande ampleur aurait des conséquences désastreuses pour un pays déjà au bord de l'effondrement : une économie paralysée, un État absent, des institutions fragmentées et une société épuisée au point d'être paralysée. Le Hezbollah, quels que soient ses calculs régionaux, comprend qu'une nouvelle guerre l'opposerait non seulement à Israël, mais aussi à une réalité libanaise incapable de supporter de nouvelles destructions, et peut-être même à sa propre base électorale. Inversement, cette retenue ne saurait être ignorée, car elle a un coût politique et moral. La poursuite des frappes israéliennes sans riposte claire soulève de sérieuses questions quant au concept de dissuasion et fragilise le discours sur « l'équilibre de la terreur ». Elle renforce également le sentiment, au sein de la population libanaise, que les décisions militaires sont indépendantes de l'État et ne font l'objet d'aucune responsabilité nationale. Quant aux discours sur la paix, ils méritent eux aussi un examen attentif. La paix que connaît le Liban n'est pas le fruit d'un règlement ou d'un accord, mais une paix de nécessité. Il s'agit d'une trêve imposée par les rapports de force régionaux et internationaux, et non par la volonté souveraine du peuple libanais. Ce type de paix est intrinsèquement fragile, car il est tributaire des calculs d'autrui, et non des intérêts ou de la stabilité de l'État libanais. C’est là que réside le dilemme fondamental : le Liban n’est pas un acteur décisif en temps de guerre ou de paix. Il est une arène où se déroulent les conflits, non un État qui participe aux prises de décision. Il est incapable d’imposer ses conditions, ni de se protéger politiquement, et encore moins militairement. Cette absence constitue le véritable danger et explique pourquoi la question de la guerre ou de la paix reste incomplète si elle n’est pas liée à la reconstruction de l’État et de son rôle. Après les fêtes, il est fort probable que nous n’assisterons ni à une guerre d’envergure, ni à une paix durable. Nous resterons dans cette même zone grise : aucune guerre n’est gagnée, aucune paix n’est instaurée. Israël teste et exerce des pressions, le Hezbollah « retient son souffle et attend », et le Liban en paie le prix. La question n’est pas de savoir si le Hezbollah peut riposter ou non, ni si Israël va intensifier les hostilités aujourd’hui ou demain. La question fondamentale est : combien de temps encore la décision de guerre et de paix restera-t-elle hors du champ de compétence de l’État libanais ? Sans un État capable, le Liban restera suspendu entre une guerre reportée et une paix fragile, pris en otage par des équilibres qu'il ne peut contrôler, et une société qui espère simplement « que le pire n'arrive pas », au lieu d'aspirer à un avenir sûr et stable.

2025 : l’année où le Maroc a tranché
Par
Khairallah Khairallah
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L’année 2025 a été marocaine par excellence. Elle a marqué la victoire du Maroc dans la guerre à laquelle il a été soumis pendant un demi-siècle, depuis qu’il a récupéré, pacifiquement, ses provinces sahariennes de l’ancien colonisateur espagnol. Pourquoi cette guerre ? Et pourquoi s’est-elle prolongée pendant un demi-siècle ? Pourquoi le régime algérien n’a-t-il jamais été capable de reconnaître que la guerre d’usure qu’il a menée contre le Maroc, à travers son instrument, le Polisario, n’était rien d’autre qu’une guerre à visage découvert, destinée tôt ou tard à se retourner contre lui ? Une série de questions révèle, entre autres choses, la résilience du Maroc face aux défis auxquels il a été confronté, ainsi que le fait que la question du Sahara a toujours été une cause nationale touchant chaque citoyen du Royaume au plus profond. La victoire du Maroc, consacrée par l’année 2025 en tant qu’année marocaine, s’est matérialisée par une décision du Conseil de sécurité portant le numéro 2797. Cette décision a confirmé ce qui était déjà acquis. Elle a affirmé la « marocanité du Sahara », la souveraineté du Maroc sur celui-ci, et a établi que l’initiative d’autonomie proposée par le roi Mohammed VI en 2007 constitue « la base » de toute négociation concernant le Sahara. Elle a également souligné que la véritable partie adverse dans ce conflit artificiel est l’Algérie, laquelle ne peut plus se dissimuler derrière le Polisario, malgré toutes les tentatives visant à nier cette réalité. Les États du Golfe arabe ont, dès le départ, adopté une position claire sur la question du Sahara et sur sa marocanité. Le dernier sommet du Conseil de coopération du Golfe est venu consolider le lien entre la sécurité arabe et la marocanité du Sahara. Le communiqué final du sommet tenu à Manama a affirmé « la marocanité du Sahara et le soutien à l’initiative d’autonomie pour résoudre la question du Sahara marocain ». Le Conseil a salué, dans sa déclaration finale, la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, considérant cette initiative comme « une étape importante vers une solution réaliste et applicable ». Il a également salué la décision du roi Mohammed VI de soumettre cette initiative au Conseil de sécurité et de faire du 31 octobre de chaque année une fête nationale baptisée « Fête de l’Unité ». Les États du Conseil de coopération du Golfe ont très tôt soutenu le Maroc et sa cause nationale. Un sentiment profond prévaut au sein du Conseil selon lequel l’unité territoriale du Maroc constitue une composante indissociable de la sécurité arabe dans son ensemble, d’autant plus que toutes les tentatives visant à porter atteinte à la marocanité du Sahara visaient à créer un environnement propice à l’intensification des activités des organisations terroristes et extrémistes, sous toutes leurs formes, dans la région du Sahel s’étendant des côtes de la Mauritanie jusqu’au sud du Soudan. Le communiqué final du dernier sommet du Golfe n’est pas le premier du genre. D’autres communiqués avaient précédemment adopté la même orientation. Ce qui distingue cependant ce texte, c’est sa référence explicite à la résolution 2797 du Conseil de sécurité et à la consécration de la date de son adoption comme fête nationale marocaine. Cela consacre la profondeur des relations entre le Maroc et les États du Golfe arabe, ainsi qu’une conscience aiguë de l’importance de barrer la route à toute organisation, y compris le Hezbollah libanais soutenu par l’Iran, qui chercherait à exploiter le front du Polisario. Il n’était un secret pour personne que des éléments du Polisario avaient été formés au Liban et en Syrie à l’utilisation de drones, durant la période précédant la chute du régime de Bachar el-Assad et l’effondrement du Hezb. Il ne s’agit pas seulement des succès enregistrés par le Maroc sur tous les plans depuis la « Marche verte » de novembre 1975, mais aussi de l’existence d’une politique marocaine constante, cohérente dans ses différentes phases. Cette politique a commencé par la sécurisation du Sahara à travers la construction d’une série de murs et de barrières naturelles, permettant à ses habitants de vivre en sécurité. Cette politique a été couronnée en 2025 par l’adoption de la résolution 2797, à laquelle ni la Russie ni la Chine ne se sont opposées. Cela reflète les réseaux de relations que Mohammed VI a su tisser à l’échelle mondiale. Des pays comme la Russie et la Chine ne sont pas des organisations caritatives ; ce sont des États guidés par leurs intérêts. Si deux pays disposant du droit de veto au Conseil de sécurité se sont abstenus de voter, c’est qu’ils ont chacun des intérêts réels au Maroc. Le Maroc est parvenu à s’imposer comme un acteur régional et international. Parmi les initiatives majeures prises par Mohammed VI figure la réalisation de percées africaines. Celles-ci ne se sont pas limitées aux pays africains francophones : le Maroc a également pénétré des pays africains anglophones. On ne saurait sous-estimer la nature des investissements marocains sur le continent africain ; ce sont des investissements fondés sur des bénéfices mutuels, incluant notamment des usines de production d’engrais chimiques grâce au phosphate marocain, la construction d’écoles et d’hôpitaux, ainsi que la diffusion d’un islam modéré. Le Maroc a développé le Sahara afin qu’il devienne la façade atlantique du continent africain. Il convient, à cet égard, de souligner le rôle croissant du port de Dakhla, qui se prépare à jouer un rôle majeur dans la connexion entre l’Afrique et le continent américain. De plus, aucun observateur impartial ne peut ignorer l’importance du projet de pipeline pétrolier et gazier en cours de construction, traversant plusieurs pays à partir du Nigeria. La question essentielle demeure : quel est le secret de la victoire marocaine ? Il réside dans la relation entre le Trône et le peuple, une relation fondée sur une confiance mutuelle qui a permis au Maroc de défendre son Sahara tout en poursuivant son édification. Le Maroc dispose désormais d’infrastructures avancées, notamment le réseau ferroviaire reliant les villes et les régions. L’essentiel est qu’il n’existe pas de tabous au Maroc. Cela signifie qu’il n’y a aucun mal à parler publiquement des problèmes susceptibles de surgir, tels que les crises de l’éducation ou de la santé, et qui peuvent donner lieu à des mouvements de protestation. En somme, le Maroc est un pays réconcilié avec lui-même, ce qui lui permet d’affronter les défis, y compris ceux imposés par la nature, comme la sécheresse ou les tremblements de terre. Tout cela se fait loin de la démagogie et des surenchères, à travers la poursuite d’un processus de développement et de reconstruction dans un pays doté d’une vision claire : celle du roi Mohammed VI, fondée sur l’investissement dans l’être humain marocain, qui demeure la véritable richesse du pays.