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Économie

Les marchés financiers en 2025: Une année qui défie la gravité économique (1/3)

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Par Jacques Mechelany
Publié déc. 25, 2025 - 16:42

Alors que le Père Noël s’apprête à descendre comme chaque année dans les cheminées du monde entier et que 2025 touche à sa fin, les marchés financiers mondiaux offrent un tableau qui aurait semblé invraisemblable — voire carrément impossible — au début de l’année.

La plupart des grands indices boursiers terminent l’année à des niveaux records, ou proches de leurs plus hauts historiques, marquant une troisième année consécutive de performances exceptionnelles.

Aux États-Unis, l’indice de référence S&P 500 affiche une hausse d’environ 17 % au moment de la rédaction, après des gains de 23 % en 2024 et de 24 % en 2023. Cela représente une progression cumulée d’environ 77 % sur trois ans — et une envolée extraordinaire de plus de 1 000 % depuis le début du marché haussier structurel de mars 2009.

Les marchés européens, malgré une croissance stagnante, une instabilité politique et des tensions géopolitiques croissantes, ont suivi la même trajectoire. En Allemagne, l’indice DAX est en hausse de 22 % depuis le début de l’année 2025. Le FTSE 100 britannique a progressé de près de 30 %, signant l’une de ses meilleures performances annuelles jamais enregistrées. L’IBEX 35 espagnol affiche une hausse spectaculaire de 48 % cette année, défiant à la fois les contraintes budgétaires et l’incertitude politique.

Au Japon, le Nikkei 225 continue de « flotter » à des sommets historiques, avec une progression de 26 % en 2025. Les actions chinoises ont également surpris à la hausse : les marchés domestiques progressent d’environ 17 %, tandis que les titres cotés à Hong Kong gagnent plus de 23 %. Même les marchés émergents — longtemps considérés comme les plus vulnérables à la hausse des taux d’intérêt et au resserrement de la liquidité mondiale — ont affiché un enthousiasme que peu anticipaient. Le KOSPI sud-coréen, par exemple, est en hausse stupéfiante de 71 % depuis le début de l’année.

Dans le même temps, les actifs traditionnellement perçus comme des couvertures contre l’instabilité ont atteint des sommets historiques. L’or a franchi de manière décisive des niveaux autrefois jugés psychologiquement et structurellement infranchissables, enregistrant un gain remarquable de 71 % cette année. L’argent a fait encore mieux, avec une hausse d’environ 149 % depuis le début de l’année. Un large éventail de matières premières — de l’énergie aux métaux industriels — a également enregistré de fortes progressions, reflétant à la fois la ferveur spéculative et des tensions structurelles plus profondes.

L’immobilier raconte une histoire similaire. Aux États-Unis, au Japon et dans une grande partie de l’Europe, les prix de l’immobilier atteignent des niveaux records, souvent bien supérieurs à leurs sommets d’avant 2007. Ces valorisations supposent un environnement de taux d’intérêt durablement bas et de liquidité abondante — une hypothèse de plus en plus en décalage avec la réalité. Dans de nombreuses grandes villes mondiales, les prix restent largement supérieurs à leurs niveaux d’avant la pandémie, malgré des coûts d’emprunt plus élevés, une accessibilité en baisse et un affaiblissement des bilans des ménages.

En résumé, 2025 a été une année exceptionnelle pour les preneurs de risques, se terminant avec presque tout à des prix élevés — souvent extraordinairement élevés.

Et pourtant, selon la plupart des critères économiques traditionnels, le contexte mondial n’a rien de rassurant. Le monde a traversé l’un des environnements géopolitiques les plus tendus depuis des décennies. La croissance a ralenti dans une grande partie du monde développé. Les niveaux de dette publique et privée ont atteint des sommets historiques. Les risques géopolitiques se sont multipliés au lieu de reculer — du Moyen-Orient à l’Europe de l’Est, de la rivalité stratégique entre grandes puissances au retour des tensions sur le continent américain. La politique monétaire, autrefois force stabilisatrice de l’ère post-2008, est désormais contrainte par les réalités politiques et les excès budgétaires.

C’est là le paradoxe central de 2025 : une année durant laquelle les marchés financiers ont prospéré tandis que les fondations économiques, politiques et sociales sous-jacentes semblaient de plus en plus fragiles.

Ce n’est pas une année marquée par des percées de productivité, une croissance généralisée des revenus ou une nouvelle expansion du commerce mondial. Elle a plutôt été façonnée par la liquidité, les récits et la concentration — une année durant laquelle le capital ne s’est pas dirigé vers la sécurité ou la valeur, mais vers les actifs semblant les plus déconnectés de la réalité.

Tout ce qui n’aurait pas dû fonctionner a fonctionné

La trajectoire extraordinaire des marchés financiers en 2025 n’est pas le fruit du hasard. Elle est le produit d’un optimisme collectif, de promesses technologiques et d’espoirs renouvelés de renaissance économique.

À mesure que les signaux économiques s’affaiblissaient et que les risques géopolitiques s’intensifiaient, les marchés n’ont pas réévalué le risque de manière traditionnelle. Ils se sont projetés dans des récits — ceux, séduisants, de l’intelligence artificielle, de la robotique humanoïde et de technologies transformatrices encore largement non éprouvées à grande échelle. Parallèlement, les investisseurs se sont ancrés dans la conviction que les banques centrales finiraient toujours par protéger les marchés contre des baisses significatives, en assouplissant les conditions monétaires dès que des tensions apparaîtraient.

Cette combinaison puissante de conviction narrative et de réassurance politique a permis à la prise de risque de prospérer, même lorsque les fondamentaux se détérioraient. La prudence a progressivement cédé la place à la spéculation, les marchés devenant moins attentifs à la réalité économique et davantage dépendants des anticipations et des croyances.

Jamais dans l’histoire la participation des investisseurs particuliers n’a été aussi élevée, jamais la concentration sur un petit nombre de titres n’a été aussi forte, jamais l’effet de levier n’a été aussi important, jamais les valorisations n’ont été aussi élevées, et jamais l’écart entre les « nantis » et les « démunis » n’a été aussi extrême.

L’histoire suggère que de tels moments signalent une transition — de l’expansion à la fragilité, de l’enthousiasme à la vulnérabilité.

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