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Un Œil sur l'évènement

La Palestine à l’épreuve de l’ONU

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Photo RYAN MURPHY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Par Hisham Dibsi
Publié oct. 3, 2026 - 13:02

Le Premier ministre israélien est rentré de New York déçu. Seule une poignée de délégations l’ont écouté, et son discours était dépourvu de toute formule laissant entrevoir une volonté de faire la paix au Moyen-Orient. Il ne s’est adressé qu’à ceux dont il veut recueillir les voix lors des prochaines élections à la Knesset afin de rester au pouvoir.

En revanche, les Palestiniens ont obtenu un succès politique et diplomatique manifeste sur cette scène internationale, malgré leur situation de faiblesse, le siège et les pressions constantes. Nous avons ainsi assisté à une forme de folie en Cisjordanie, alors que la saison de la récolte des olives coïncidait avec l’acquis palestinien, certes limité, obtenu à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Au retour de Netanyahu, le nombre de soldats de l’armée d’occupation en Cisjordanie a été doublé, passant d’une division militaire à deux. Les colons, armés et protégés par l’armée, ont mené 117 attaques et agressions à travers la Cisjordanie. Vingt-cinq véhicules ont été détruits, des arbres abattus, du bétail volé, de même que des citernes d’eau et des conteneurs à déchets. Des dounams de terres ont été rasés afin d’isoler des villages de la périphérie des villes et d’ouvrir des routes réservées aux colonies. Enfin, un bouclage total de la Cisjordanie a été imposé du 28 septembre au 3 octobre à l’occasion des fêtes juives, tandis que de nouveaux barrages et portails étaient installés, portant leur nombre à plus de mille. Le nombre de Palestiniens détenus en Cisjordanie a atteint 9 400, dont 3 198 détenus administratifs, c’est-à-dire sans inculpation, 88 femmes et 370 enfants.

C’est une semaine de folie et de vengeance, au lieu d’une semaine de célébration des fêtes. Voilà la réalité de l’extrémisme religieux et son expression concrète sur le terrain. Une folie organisée, protégée par la puissance de l’armée d’occupation et par la politique de son gouvernement.

Gaza après New York: le plan sur le papier, l’épreuve sur le terrain

Cette année, New York n’a pas été une simple nouvelle étape dans le calendrier des Nations unies, ni une occasion supplémentaire d’échanger discours et déclarations autour de la guerre à Gaza. La communauté internationale semblait arriver à l’Assemblée générale avec une question plus pressante: que se passera-t-il après la fin de la guerre? Qui gouvernera Gaza? Qui garantira sa sécurité? Qui assurera sa reconstruction? Et surtout, Gaza peut-elle devenir la porte d’entrée vers une réunification de la géographie palestinienne, ou bien la période de transition ajoutera-t-elle un nouveau chapitre à la division?

Ce qui est ressorti des réunions de ces derniers jours ne ressemble pas à un accord définitif, mais dépasse les déclarations traditionnelles. Une carte politique, sécuritaire et économique de l’après-guerre commence à se dessiner. Elle fait converger le plan visant à mettre fin à la guerre, la résolution 2803 du Conseil de sécurité, le Conseil de la paix, le Comité national pour l’administration de Gaza, la Force internationale de stabilisation et le plan de relèvement et de reconstruction, avec le processus plus large visant à établir un État palestinien.

Le 22 septembre, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a clairement posé le cadre politique en affirmant que Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, devaient demeurer une seule entité politique, économique et territoriale sous un gouvernement palestinien unique, et que la solution politique reposait sur deux États établis sur la base des lignes antérieures à 1967.

Mais la nouveauté ne résidait pas dans la réaffirmation de ces principes. Elle résidait dans la tentative de les transformer en dispositifs concrets.

Le lendemain, lors d’une réunion consacrée au relèvement précoce de Gaza, les Nations unies ont posé une équation selon laquelle reconstruction et politique ne peuvent être dissociées. Il est impossible de reconstruire les services sans une autorité capable de les gérer, comme il est impossible de stabiliser une autorité de transition sans assurer l’électricité, l’eau, la santé, l’éducation et le logement. Les Nations unies ont donc formulé un principe plus précis: une seule Palestine, un seul plan de relèvement et un seul mécanisme d’aide, les institutions palestiniennes devant constituer le point d’ancrage de l’ensemble.

Parallèlement, le «Conseil de la paix» a commencé à passer du statut d’idée politique à celui de structure de planification. Le Comité national pour l’administration de Gaza a été constitué de technocrates palestiniens. Sa mission consiste à administrer les affaires civiles durant la période de transition, cette période devant servir de pont vers le rétablissement d’une administration palestinienne unifiée de Gaza et de la Cisjordanie. Mais le paradoxe est que le Comité, malgré sa formation et son activité depuis plusieurs mois, n’a toujours pas été en mesure d’entrer à Gaza et d’y exercer ses fonctions. La Force internationale de stabilisation ne s’est pas non plus encore déployée dans la bande de Gaza.

C’est là que commence la véritable distance entre le plan et la réalité.

Le plan peut définir les institutions et les rôles, établir des calendriers de reconstruction et organiser la répartition des fonds. Mais il ne peut, à lui seul, ouvrir les points de passage, mettre fin à la présence des armes, imposer le retrait israélien ni permettre au Comité palestinien d’entrer à Gaza et de commencer à travailler.

C’est ce nœud que les réunions de New York ont transporté d’une séance à l’autre.

Les pays arabes et musulmans concernés par le plan n’en ont pas rejeté la trajectoire. Ils ont au contraire poussé vers le passage à l’étape suivante: désarmement des factions, retrait israélien, déploiement de la Force de stabilisation, puis prise en charge de l’administration palestinienne de transition et lancement du processus de reconstruction. En revanche, la mise en œuvre de ces différents éléments est restée liée aux positions des acteurs présents sur le terrain, et non au seul accord international.

On peut donc dire que le désarmement est devenu l’une des clés de la nouvelle phase. Le rapport des Nations unies présenté au Comité de coordination de l’aide confirme en effet que le désarmement du Hamas et des factions armées n’a pas encore été réalisé, et que les dispositions transitoires prévues par la résolution 2803 ne sont pas encore opérationnelles à Gaza.

Mais réduire le problème aux seules armes du Hamas reviendrait à simplifier la situation. Il y a également la question israélienne: quand et comment le retrait aura-t-il lieu? Quelles seront les limites de l’action de la force internationale? Qui garantira la sécurité durant la période de transition? Israël acceptera-t-il que Gaza passe d’une administration transitoire internationale et palestinienne à une administration palestinienne unifiée, ou les dispositions sécuritaires resteront-elles ouvertes pour une durée indéterminée?

Il y a, en parallèle, la question palestinienne: le Comité national pour l’administration de Gaza constituera-t-il un pont permettant le retour de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, ou deviendra-t-il, du fait de la longueur de la période de transition, une nouvelle structure politique et administrative?

Les Nations unies cherchent clairement à empêcher la seconde éventualité. Leur dernier rapport insiste sur la nécessité de ne pas créer d’institutions palestiniennes parallèles à l’Autorité et affirme que l’objectif final est que Gaza et la Cisjordanie soient administrées par un gouvernement palestinien unique.

C’est là que réside l’importance des réunions de New York. Elles ont replacé la question palestinienne au centre de l’équation, alors que la guerre de Gaza avait presque fini par la réduire à un dossier humanitaire et sécuritaire. Le 24 septembre, près d’une centaine de pays et d’organisations ont participé à une réunion de l’Alliance mondiale pour la mise en œuvre de la solution à deux États. Ils ont réaffirmé que Gaza et la Cisjordanie formaient une seule unité et que les arrangements transitoires devaient déboucher sur un gouvernement palestinien unique, tout en reliant la reconstruction au processus politique plus large.

Mais ce consensus international se heurte à un autre obstacle tout aussi important: ce qui se passe en Cisjordanie.

Alors que New York parle de réunifier Gaza et la Cisjordanie, le rapport des Nations unies constate la poursuite de l’expansion des colonies, des violences commises par les colons, des déplacements de population, des restrictions à la liberté de circulation et de la grave crise financière que traverse l’Autorité palestinienne. Le rapport estime que ces évolutions compromettent la possibilité de créer un État palestinien territorialement continu et viable.

C’est là qu’apparaît le grand paradoxe de toute la situation: la communauté internationale travaille à reconstruire Gaza tandis qu’en Cisjordanie s’érodent les conditions géographiques et politiques censées permettre à Gaza de faire partie d’un seul État palestinien.

Sur le plan financier, le projet a également franchi une étape, passant des généralités aux chiffres. Des projets de relèvement et de reconstruction de Gaza ont été présentés, tandis que les Nations unies soulignent que les financements disponibles restent très inférieurs à l’ampleur des besoins et que les différents mécanismes de financement doivent être coordonnés afin que la multiplication des fonds et des institutions n’entraîne pas une fragmentation accrue.

Nous sommes ainsi confrontés à une équation extrêmement complexe: il faut de l’argent pour reconstruire; la reconstruction exige la sécurité; la sécurité nécessite des arrangements politiques; les arrangements politiques nécessitent une administration palestinienne; cette administration nécessite la réunification de Gaza et de la Cisjordanie; et leur réunification nécessite une perspective politique pour l’État palestinien.

Chaque maillon de la chaîne dépend donc de l’autre.

C’est pourquoi le bilan de New York ne peut être lu comme la naissance d’un nouvel accord sur Gaza. Ce qui est né est autre chose: une tentative d’inscrire l’après-guerre dans un dispositif politique international intégré, qui ne se contente pas de reconstruire les bâtiments détruits, mais cherche également à reconstruire l’autorité, l’administration, la sécurité et l’économie, tout en reliant l’ensemble à l’avenir de la question palestinienne.

Le danger réside toutefois dans la possibilité que la période de transition dure plus longtemps que Gaza ne peut le supporter. Chaque journée supplémentaire sans administration efficace, sans services stables, sans financement clair et sans mouvement palestinien interne capable de composer avec la nouvelle réalité accroît la distance entre le plan et ceux auxquels il est destiné.

La question après New York n’est donc plus: existe-t-il un plan pour Gaza?

Le plan existe.

La question n’est plus non plus: existe-t-il de l’argent pour la reconstruction?

Il existe des engagements, des mécanismes de financement et des projets en préparation.

La véritable question est désormais: qui possède la capacité de mettre ce plan en œuvre?

Toute la question est là. Si le Comité palestinien parvient à entrer à Gaza, si la Force de stabilisation se déploie, si le retrait israélien commence selon un calendrier clair, si le dossier du désarmement progresse et si la reconstruction est placée sous une autorité palestinienne unifiée, le plan de New York pourra devenir le début d’un nouveau processus politique.

Mais si chacun de ces éléments reste suspendu dans l’attente des autres, la «période de transition» risque de devenir une période sans fin.

New York a donc tracé la voie, mais ne l’a pas encore ouverte.

C’est la différence entre les deux que révéleront les prochaines semaines.

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