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Un Œil sur l'évènement

Bavardages électoraux

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Par Hisham Dibsi
Publié sept. 7, 2026 - 18:44

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a créé la surprise lors de sa visite dans la localité de Turmus Ayya, en Cisjordanie, après que ses habitants possédant la nationalité américaine eurent insisté pour solliciter son aide afin de mettre un terme aux actes de vandalisme, au blocus, aux incendies et au pillage de leurs biens par les colons. Il a qualifié ces derniers de «terroristes criminels».

Cela s’est produit le 5 du mois courant. La déclaration émanait d’un pasteur baptiste, ancien gouverneur de l’Arkansas, qui se targue d’être un sioniste convaincu et appelle le gouvernement israélien à annexer les territoires de Cisjordanie, qu’il considère comme le cœur de l’État juif, allant ainsi au-delà de la position officielle de son pays et de son président, Donald Trump.

L’ambassadeur Huckabee s’est arrêté là, condamnant les petites mains, les exécutants des attaques, sans aller plus loin. Il sait pourtant que ses amis Ben-Gvir, Smotrich et Netanyahu se trouvent derrière ces hommes qu’il a qualifiés de terroristes criminels. Il sait également que ce qui s’est produit dans cette localité n’est pas un incident isolé, mais se répète dans la plupart des villes et localités de Cisjordanie, dans le cadre de la mise en œuvre d’un plan conduit par le gouvernement Netanyahu.

Cet ambassadeur avait déjà appelé à ce plan et lui avait apporté sa bénédiction. Mais il estime aujourd’hui qu’il est de son devoir de protéger le gouvernement israélien du préjudice international que lui cause le comportement de ces petites mains extrémistes, dans un moment électoral trouble et incertain, dont il est impossible de prévoir les résultats ou de connaître le sort des trois principales figures de cette confrontation.

Netanyahu, le suicidaire

Le Premier ministre actuel poursuit son action à la tête du gouvernement et prépare les élections avec la conviction claire qu’il est le plus apte à diriger Israël, particulièrement en temps de guerre. Il ne se voit qu’au poste de Premier ministre, et pas même comme ministre dans un gouvernement, selon certains de ses proches, qui alimentent à leur tour cette tendance narcissique.

En politique étrangère, Netanyahu, comme ses adversaires, part d’un postulat fondamental: Israël doit posséder la puissance nécessaire pour conserver une supériorité sur l’ensemble des armées arabes réunies.

Désormais, cette supériorité recherchée s’étend à des puissances régionales comme le Pakistan et la Türkiye, dans la mesure où ces deux pays sont entrés dans une alliance avec l’Arabie saoudite. Cela explique en partie la virulence des attaques contre la Türkiye, Netanyahu ne pouvant tenir des propos comparables à l’égard du Pakistan ou de l’Arabie saoudite, avec laquelle il souhaite normaliser les relations avant tout autre pays.

C’est pourquoi Netanyahu a entrepris de conclure l’accord militaire avec la Grèce et de lui fournir un «bouclier de défense», afin de modifier les rapports de force avec la Türkiye dans les airs, en mer et sous la mer. C’est ce qu’exprime l’accord connu sous le nom de «bouclier d’Achille». Israël et la Grèce ont signé, le 31 août, un accord de défense d’environ trois milliards d’euros, prévoyant notamment la mise en place d’un système de défense aérienne multicouche.

L’accélération de cette alliance avec la Grèce constitue peut-être une compensation à son échec dans sa tentative de renverser le régime iranien, après avoir convaincu le président américain Trump de l’inéluctabilité de l’effondrement du pouvoir à Téhéran et de l’installation d’un gouvernement répondant à l’alliance indo-émiratie-israélienne qu’il avait promue, sans parvenir à la faire émerger.

Netanyahu continue donc de mener le jeu politique israélien sur les scènes internationale et régionale, mais aussi sur la scène intérieure, où il examine la moindre possibilité de gagner un siège à la Knesset et toute occasion de faire perdre à ses adversaires ne serait-ce qu’un seul siège.

Car, conformément à sa théorie de la supériorité, qu’il considère comme un droit acquis de l’État hébreu dans son environnement, il estime également avoir le droit, à titre personnel et partisan, de retrouver sa suprématie et de demeurer au pouvoir jusqu’à son dernier souffle.

Ses principaux adversaires n’ont en effet pas constitué une opposition politique efficace. Ils n’ont donc pas été, et ne seront pas, en mesure de lui infliger une défaite nette tant qu’il continuera de tenir fermement les rênes du pouvoir et de multiplier les initiatives.

Mais l’initiative la plus importante serait de déclencher une nouvelle guerre contre l’Iran. Netanyahu a ainsi déclaré qu’«Israël est capable de renverser le régime iranien une fois pour toutes», précisant que «tous les services de sécurité travaillent à la réalisation de cet objectif». Yedioth Ahronoth, 4 septembre.

Ce qui contrarie Netanyahu avant les élections, c’est l’attitude militaro-sécuritaire iranienne, qui ne semble pas vouloir, pour l’heure, déclencher une guerre contre Israël, se contentant plutôt de multiplier les menaces.

De son côté, le ministre de la Défense, Israel Katz, soutient son Premier ministre sur le plan intérieur. Lors d’une visite dans la bande de Gaza, il a déclaré que «le plan de déplacement de la population de la bande de Gaza reste sur la table», qu’«il n’existe pas de véritable solution pour Gaza sans émigration», que «la direction chargée de l’émigration est prête à le mettre en œuvre par voie maritime et aérienne» et que le président Trump «ne l’a pas annulé, mais l’a gelé». Presse du 3 septembre.

C’est sur fond de ces orientations politiques et de ces opérations militaires et sécuritaires que Netanyahu mène sa bataille électorale suicidaire, quel qu’en soit le prix.

Lapid, le paresseux

Si l’on considère l’ambassadeur américain comme le témoin privilégié du terrorisme des colons en Cisjordanie, on peut dire qu’il a pris une grande avance sur le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, fidèle à une formule qu’il répète depuis l’attaque du 7 octobre et qui revient à dire: silence, «nous tirons».

Les amis de Lapid comme ses adversaires s’accordent à dire qu’il est celui qui, dans le camp de l’opposition, a le mieux servi Netanyahu. La Knesset a perdu le tumulte politique habituel entre les deux camps, et il est devenu difficile de distinguer leurs différences au cours des dernières années.

Jusqu’à ce que survienne récemment le retrait de six députés de son parti, Yesh Atid («Il y a un avenir»).

Dans ces conditions, Benjamin Netanyahu ne peut considérer son adversaire à la tête du camp de l’opposition comme une menace sérieuse dans la confrontation électorale. Tant que Netanyahu et son gouvernement tirent à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et sur le Golan, Lapid gardera le silence jusqu’au cessez-le-feu.

Or celui-ci n’interviendra ni avant les élections, ni pendant, ni après, car Netanyahu mise constamment sur la possibilité de saisir une occasion d’affrontement que lui offriraient ses ennemis extrémistes, en Palestine, au Liban ou en Iran.

Il mise également sur le fait que la confrontation militaire américano-iranienne se prolongera pendant plusieurs mois encore, sans qu’il soit possible d’en prévoir l’issue.

Eisenkot, l’ambitieux

Dans un sondage réalisé par l’institut Lazar pour le quotidien Maariv, dont les résultats ont été publiés le 4 du mois courant, le parti Yashar, dirigé par Eisenkot, a obtenu 23 sièges, contre 20 pour le Likoud.

Le bloc de Netanyahu atteignait 51 sièges, contre 57 pour les partis de l’opposition sioniste et 12 pour les partis arabes. Aucun des deux camps ne pouvait donc atteindre la majorité requise de 61 sièges.

Dans un nouveau sondage publié le 6 septembre par la radiotélévision publique israélienne, le bloc de Netanyahu progressait à 52 sièges, tandis que celui d’Eisenkot en obtenait 51.

Dans cette configuration, le chef actuel de l’opposition, Lapid, ne peut être envisagé que dans le cadre du leadership d’Eisenkot, qui aspire à marcher sur les traces des grands dirigeants israéliens, notamment Yitzhak Rabin. Il est issu de l’institution militaire, et sa famille a en outre consenti des sacrifices durant la guerre qui a suivi l’attaque du 7 octobre.

Certains espèrent une victoire d’Eisenkot pour se débarrasser de Netanyahu, d’autres pour restaurer l’image d’un Israël démocratique et le prestige d’une direction politique, militaire et sécuritaire transparente et intègre, capable de démontrer qu’un retour du projet sioniste à sa version fondatrice demeure possible.

Cependant, l’incapacité de l’un ou l’autre des deux blocs concurrents à l’emporter, ainsi que la marginalisation du bloc des partis arabes, maintiennent les perspectives dans une zone grise, tandis que la fumée noire et le feu continuent de nourrir l’extrémisme et d’attirer les modérés dans son camp.

Mais le plus important est de clarifier les positions politiques de ce dirigeant potentiel et la nature de sa vision d’une solution, tant sur le plan intérieur, avec les Palestiniens, qu’à l’échelle régionale, face aux guerres ouvertes en cours.

À cet égard, Gadi Eisenkot a déclaré, dans un long entretien accordé au quotidien Israel Hayom le 27 août, que «la solution à deux États est une grave erreur, et quiconque y songe après le 7 octobre se berce d’illusions». Il a également affirmé que «le terrorisme arabo-palestinien contre Israël est profond et enraciné».

Il souhaite élaborer un plan stratégique de sécurité nationale que Netanyahu avait refusé lorsqu’il le lui avait proposé. Il entend également rendre à l’armée la place centrale dans la prise de décision en Cisjordanie, où les colons se livrent à des violences qui nuisent à l’image d’Israël.

Eisenkot croit peut-être en sa capacité de construire une nouvelle expérience à partir de son positionnement national, sécuritaire et militaire, en s’appuyant sur une critique de l’extrémisme religieux auquel Netanyahu a laissé une large place.

Mais sa volonté de ressembler à Yitzhak Rabin n’a aucune justification, puisqu’il n’a proposé aucune solution à la question palestinienne ni à la paix avec les pays arabes.

Les bavardages électoraux qui précèdent nous indiquent que les résultats sont connus d’avance si l’alliance de Netanyahu l’emporte. Car il s’appuie sur des prémisses électorales claires pour élaborer des politiques encore plus extrémistes, d’autant que les élections de mi-mandat aux États-Unis lui offriront l’occasion de se soustraire aux pressions institutionnelles américaines, que les démocrates gagnent ou que les républicains conservent leurs sièges, les deux dernières années du mandat de Trump affaiblissant les mécanismes habituels de pression.

Si Eisenkot l’emporte, en revanche, la coalition qu’il dirige, ainsi que les partis sionistes et de gauche situés à sa gauche qui souhaiteraient le soutenir, ne trouveront personne pour exercer une pression sur lui. Ceux qui se trouvent à sa gauche, notamment ce qui reste du camp de la paix sioniste ou de gauche, sont en effet devenus plus prudents dans leur approche de la solution à deux États.

L’ancienne gauche sioniste demandait à la société israélienne d’avancer vers cette solution. Aujourd’hui, elle demande aux Palestiniens de démontrer leur capacité à mener le combat pour la paix et à renoncer à la violence.

Bien plus, certaines voix de ce camp vont jusqu’à justifier la poursuite de l’occupation en la présentant comme la garantie nécessaire pour éliminer d’abord le terrorisme, et les exemples ne manquent pas.

Ainsi, le principal bloc actif au sein du centre israélo-juif demeure un bloc qui appelle à écraser le mouvement national palestinien et à œuvrer au déplacement du plus grand nombre possible de Palestiniens, si les conditions nécessaires sont réunies.

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