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Un Œil sur l'évènement

Surenchère électorale

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Vue aérienne d’un panneau de campagne électorale du Likoud, le parti du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, représentant, de gauche à droite, le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, le maire de New York Zohran Mamdani, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naim Qassem. Le texte en hébreu indique: «Ils veulent la défaite de Netanyahu» et «Ne les laissez pas gagner», à l’approche des élections législatives israéliennes, près d’une autoroute à Tel-Aviv, le 19 août 2026. (Photo Jack GUEZ/AFP)
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Par Hisham Dibsi
Publié sept. 1, 2026 - 04:18

Trois pôles structurent aujourd’hui la vie politique quotidienne en Israël, jusqu’aux élections de la vingt-sixième Knesset prévues le 27 octobre prochain.

Le premier est le Premier ministre Benjamin Netanyahu, allié aux courants les plus extrêmes du sionisme religieux. Face à lui, Naftali Bennett, issu de la droite nationaliste, s’est allié au centriste Yaïr Lapid. Le troisième, venu de l’institution militaire, est l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, qui pourrait constituer le rival le plus dangereux pour Netanyahu.

Les sondages d’opinion évoluent constamment. Une seule donnée demeure toutefois inchangée jusqu’à présent: aucun des trois pôles ne semble capable de réaliser la percée qui lui permettrait de former le prochain gouvernement.

Le dénominateur commun de leurs programmes électoraux apparaît, quant à lui, sous la forme d’une absence: aucune question relative aux droits du peuple palestinien et à son avenir en Cisjordanie et dans la bande de Gaza n’y occupe une place véritable, tandis que le rôle des partis arabes en Israël est ignoré.

Quiconque suit les tractations quotidiennes et observe les mouvements internes qui président à la constitution des alliances, qu’elles soient déclarées ou secrètes, peut mesurer l’ampleur de l’opportunisme et la prévalence d’une logique de chantage dans les rapports entre partis et forces politiques. C’est particulièrement vrai des petites formations et de celles qui misent sur leur capacité à faire pencher la balance, à l’image d’Avigdor Lieberman, sioniste et laïc, mais aussi des représentants des partis religieux, engagés dans une surenchère permanente en matière d’extrémisme et de revendications.

Dès lors, la manière dont ces forces traitent les Palestiniens devient compréhensible dans cette même logique, y compris d’un point de vue moral, dès lors qu’on y ajoute la barrière psychologique créée par l’attaque du 7 octobre, qui a dressé un mur plus haut et plus hideux encore que le mur de séparation en béton.

Dans ce contexte, on peut conclure que les prochaines élections ne ressembleront pas aux précédentes, et cela à plusieurs titres. Pour Netanyahu, leur résultat représente l’ultime frontière de sa vie politique et personnelle: soit il reste au gouvernement, soit il se retrouve en prison. C’est ce qui le pousse à multiplier les efforts pour remettre de l’ordre dans sa propre maison, au rythme des guerres qui se déroulent dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban-Sud et sur le Golan.

Le sang libanais, palestinien et syrien versé est ainsi devenu le carburant de la campagne électorale en cours.

Par ailleurs, le député actuel à la Knesset Tzvi Sukkot, membre de Sionisme religieux, a déclaré: «Nous tuons cent femmes et enfants en une seule nuit et personne ne s’en soucie. Pourquoi ne pas en tuer davantage, alors? Désormais, le processus de déshumanisation des Palestiniens est achevé.»

Ces propos ont été rapportés dans un article du journaliste Jack Khoury publié dans Haaretz le 18 mai 2025.

Ce qui se déroule aujourd’hui sous des formes multiples dans l’ensemble de la Cisjordanie, et que l’on appelle la «révolte des colons», vise à trancher définitivement le sort de la Cisjordanie au profit de son annexion et de l’imposition de la souveraineté israélienne.

Cette évolution reflète surtout l’éloignement de l’immense majorité des Israéliens du courant sioniste, laïc et démocratique qu’incarnait autrefois la mouvance travailliste, notamment au moment de la fondation de l’État.

Aucun des trois pôles ne conteste le fond des propos du député Sukkot, même lorsque Netanyahu se voit contraint de qualifier les formes les plus abjectes de violence de simples «émeutes» portant atteinte à l’image d’Israël.

Les trois pôles ne divergent pas davantage sur la mise en œuvre du projet de colonisation E1, à l’est de Jérusalem, sinon sur des aspects formels qui ne modifient en rien le cours des événements.

Cela signifie que le vainqueur des prochaines élections ne sortira pas de cette trajectoire. La solution à deux États est rejetée par l’opinion israélienne dominante, tandis que la destruction de l’entité politique et administrative palestinienne continuera de constituer une nécessité permettant d’achever l’annexion, la judaïsation et l’extension de la souveraineté sur la «Judée-Samarie», selon leur terminologie.

La dangereuse rupture

Après la découverte de cerfs-volants près de la colonie de Nahal Oz, derrière la clôture de sécurité entourant la bande de Gaza, l’armée israélienne a annoncé, après les avoir examinés, qu’aucune substance suspecte ou dangereuse n’y avait été trouvée.

Des menaces israéliennes d’escalade ont néanmoins suivi. Des cadres du Hamas ont été arrêtés et l’aviation a mené des raids contre des hôpitaux et des tentes, faisant des victimes civiles.

Dans le même temps, la diplomatie israélienne évoque dans les forums internationaux la menace existentielle représentée par ces cerfs-volants et leurs fils ténus, tandis que les morts, eux, disparaissent du débat.

Au niveau militaire, des déclarations ont également indiqué que la prochaine étape comprendrait des plans et une réflexion pouvant conduire à une nouvelle occupation de la ville de Gaza afin d’éliminer ce qui subsiste du Hamas.

À travers ce modèle gazaoui, auquel s’ajoute ce qui se déroule en Cisjordanie après la déshumanisation du Palestinien, se dessine une équation électorale dans laquelle le nombre des morts et des blessés augmente continuellement afin de récolter les voix des électeurs.

Nous ignorons simplement combien de sang devra encore être versé pour qu’un parti obtienne un siège supplémentaire dans la prochaine Knesset.

Tout cela, alors que le monde assiste quotidiennement, par le son et par l’image, à ce qui se déroule, indique la fin du projet sioniste laïc et socialiste au nom duquel l’État d’Israël prétendait être l’oasis démocratique du désert arabe et le représentant de la civilisation occidentale au sein d’un Moyen-Orient présenté comme sauvage.

Le débat au sein des élites israéliennes appelant à entrer dans une phase post-sioniste et à rechercher des solutions fondées sur la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination semble lui aussi avoir pris fin.

Ces élections inaugurent une dangereuse rupture, nourrie de mythes bibliques et de rites talmudiques, au service de la victoire de l’idée du Grand Israël sur les quelque 27 000 km², et davantage encore, de la Palestine historique, auxquels pourraient s’ajouter d’autres territoires occupés et annexés, comme le Golan.

C’est également dans ce contexte inquiétant qu’a été publiée la lettre ouverte signée par 102 anciens diplomates britanniques et français, affirmant que «la Palestine est effacée sous les yeux du monde».

Dans cette lettre datée du 22 août dernier, ils appelaient les gouvernements britannique et français à mettre en œuvre les décisions de la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale, à suspendre certaines formes de coopération économique et militaire, à prendre des mesures concrètes contre les investissements liés aux colonies et à utiliser leur influence politique et économique afin de préserver la possibilité de créer un État palestinien.

La réponse des États demeure toutefois très en deçà de ce qui serait nécessaire.

La transformation de l’Israël «démocratique» en un Israël «biblique» rend le défi auquel est confronté le camp palestinien et arabe de la paix plus complexe encore. Il dépasse désormais la seule capacité à préserver l’existence de l’entité politique palestinienne et contribue à faire renaître le courant prônant la Palestine historique face au projet du Grand Israël.

Et puisque la naissance de l’État d’Israël fut une entreprise européenne et américaine, il serait juste que celle de l’État de Palestine le soit aussi.

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