


La signature d’un plan de coopération militaire trilatéral entre Israël, la Grèce et Chypre pour 2026 marque une étape significative dans la consolidation d’un axe sécuritaire en Méditerranée orientale. Officiellement, l’accord, divulgué dimanche dernier par l’armée israélienne, prévoit un renforcement des exercices conjoints, des formations croisées et du dialogue militaire stratégique. Mais au-delà de son habillage technique, il s’inscrit dans une logique plus large de dissuasion collective, dans un contexte de montée en puissance de la Turquie sur les plans militaire, diplomatique et maritime, notamment autour des zones économiques exclusives, des routes énergétiques et des espaces aériens contestés.

Le projet, évoqué depuis plusieurs mois, de mise en place d’une force de réaction rapide - non permanente mais rapidement mobilisable sur terre, en mer et dans les airs - illustre une évolution doctrinale majeure. Il ne s’agit plus seulement de coopérations ponctuelles ou bilatérales, mais bien de la construction progressive d’une capacité opérationnelle multinationale crédible. Dans une région marquée par la guerre à Gaza, l’instabilité syrienne, les tensions persistantes au Liban et la compétition autour des ressources gazières, cette approche vise autant à prévenir les crises qu’à y répondre.
Supériorité aérienne israélienne
Ces dernières années, les actions de la Turquie ont contribué à renforcer le sentiment de menace partagé par Athènes, Nicosie et Tel-Aviv : Violations répétées de l’espace aérien en mer Égée, manœuvres navales en Méditerranée, activisme en Libye et volonté d’ancrer durablement son influence en Syrie ont convaincu ces capitales qu’Ankara teste les limites régionales.
Pour Israël, la crainte est qu’une influence turque accrue ne finisse par restreindre sa liberté de manœuvre, notamment dans les espaces aériens libanais et syrien.
Cette dynamique trilatérale s’inscrit dans un cadre régional plus large, où sécurité énergétique, liberté de navigation et projection militaire y sont désormais étroitement imbriquées. Elle reflète également une tendance structurelle : la régionalisation de la sécurité, à mesure que l’engagement direct des grandes puissances occidentales se fait plus sélectif.
Dans le même temps, la Turquie multiplie les initiatives visant à consolider son influence. Ankara s’implique dans la force multinationale déployée dans la bande de Gaza et mène des discussions avec les deux gouvernements rivaux libyens en vue de négocier un nouvel accord maritime. Une telle démarche pourrait renforcer sa position dominante dans l’espace maritime de la Méditerranée centrale et orientale, au détriment de ses voisins.
Le partenariat entre Israël, la Grèce et Chypre ne date pas d’hier. Cette coopération militaire s’est développée de manière continue depuis l’arrivée au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan en 2003.
Dès la fermeture de l’espace aérien turc aux avions israéliens, des pilotes de l’armée de l’air israélienne ont trouvé en Grèce un vaste terrain d’entraînement. Les exercices conjoints se sont intensifiés, la coopération en matière de renseignement s’est approfondie et, au début des années 2020, cette relation s’est institutionnalisée par des accords de défense à long terme et d’importants contrats d’armement.
Dans ce contexte, les critiques formulées par le président turc Recep Tayyip Erdogan à l’encontre du sommet trilatéral israélo-grec-chypriote témoignent de la centralité de cette recomposition stratégique. Tout en réaffirmant le soutien d’Ankara à Gaza, le chef de l’État turc a dénoncé toute atteinte aux « droits » de la Turquie en Méditerranée.