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Politique

L’attaque de Daech contre les forces US met Chareh dans l’embarras

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Par LevantTime .
Publié déc. 22, 2025 - 19:48

L’opération militaire américaine contre le groupe jihadiste Daech (Etat islamique ou EI) lancée dans la nuit de vendredi à samedi derniers fait suite à l'attaque perpétrée le samedi 13 décembre par l’organisation terroriste contre les forces américaines et alliées en Syrie. Cette attaque a été menée par un membre des forces de sécurité syriennes, mettant dans l'embarras le pouvoir à Damas, qui tente de se rapprocher des Etats-Unis.

Alors que "plus de 70 cibles" ont été visées sur l'ensemble du pays, le président américain Donald Trump a parlé de "très lourdes représailles".  Le chef du Pentagone Pete Hegseth a fait savoir sur X qu’il s'agit d'une "réponse directe" et d'une "déclaration de vengeance" après l'attaque qui a coûté samedi la vie à deux militaires américains et un traducteur en Syrie.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a indiqué qu'au moins cinq membres de l'EI avaient été tués dans les frappes dans la province de Deir Ezzor. Parmi eux figure "le chef d'une cellule" de l'EI chargée des drones, a ajouté cette ONG basée au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie.

Un membre des forces de sécurité syriennes serait impliqué dans l'attaque de Daech contre les soldats américains, mettant ainsi dans l'embarras le président Ahmad al-Chareh, qui tente de se rapprocher des Etats-Unis et s'est joint récemment à la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington.

Syrie FR final

Après avoir dissous les organes militaires et sécuritaires de Bachar al-Assad qu'il a renversé il y a un an, le président par intérim Ahmad al-Chareh a intégré au sein de la nouvelle armée les groupes islamistes qui lui étaient alliés, dont des jihadistes étrangers.

C'est la première fois qu'une telle attaque est rapportée en Syrie depuis sa prise de pouvoir.

Plus tôt, le porte-parole du ministère syrien de l'Intérieur avait affirmé que les forces de la coalition internationale, dirigées par Washington, n'avaient pas tenu compte des avertissements de Damas concernant un risque d'infiltration de Daech.

"Il y avait des avertissements préalables de la part du commandement de la sécurité intérieure à destination des forces partenaires" dans la région de Palmyre, a déclaré à la télévision d'Etat le porte-parole, Anwar al-Baba.

Un responsable militaire syrien qui a requis l'anonymat a indiqué que les tirs avaient éclaté alors que des officiers syriens et américains étaient réunis dans une permanence de la sécurité syrienne à Palmyre.

Le Commandement central des États-Unis (Centcom) a déclaré depuis son QG à Tampa en Floride avoir lancé l'opération baptisée « Hawkeye » (Œil de faucon) sur ordre du commandant en chef.

« Les forces du Centcom ont frappé plus de 70 cibles dans plusieurs localités du centre de la Syrie à l'aide d'avions de chasse, d'hélicoptères d'attaque et d'artillerie. » a déclaré le communiqué du commandement. « Les forces armées jordaniennes ont également apporté leur soutien avec des avions de chasse. L'opération a utilisé plus de 100 munitions de précision ciblant des infrastructures et des sites d'armement connus de Daech », ajoute le communiqué.



Participation jordanienne



« Cette opération est cruciale pour empêcher Daech d'inspirer des complots et des attaques terroristes contre le territoire américain », a déclaré l'amiral Brad Cooper, commandant du Centcom. « Nous continuerons de traquer sans relâche les terroristes qui cherchent à nuire aux Américains et à nos partenaires dans toute la région. »

« Après l'attaque du 13 décembre contre des militaires américains et syriens, les forces américaines et leurs partenaires ont mené 10 opérations en Syrie et en Irak, ce qui a permis de neutraliser ou de capturer 23 terroristes », poursuit le communiqué.

Les frappes ont visé des cellules de l'EI dans les régions de Homs, Raqa et Deir Ezzor, d'après une source sécuritaire syrienne.

La Jordanie voisine a dit avoir apporté son soutien à cette opération visant à "empêcher les organisations extrémistes d'exploiter" le sud de la Syrie pour lancer des attentats "menaçant la sécurité de ses voisins et de la région". L'armée jordanienne s'est inquiétée de "la reconstruction des forces" de l'EI.

Israël, qui partage aussi une frontière avec la Syrie, a de son côté affirmé avoir "appréhendé" mercredi dans le sud de ce pays un "terroriste présumé affilié" à l'EI qui a été amené en Israël. 



Près de 80 opérations



« Depuis juillet, les forces américaines et leurs partenaires en Syrie ont mené près de 80 opérations pour éliminer des terroristes, notamment des éléments de Daech, qui représentaient une menace directe pour les États-Unis et leurs intérêts à l'étranger », ajoute le communiqué du Centcom.

« Au cours de l'année écoulée, Daech a organisé au moins 11 complots ou attentats contre des cibles aux États-Unis. En réponse, les opérations du Centcom ont permis l'arrestation de 119 terroristes et la mort de 14 d'entre eux au cours des six derniers mois, perturbant ainsi les efforts de Daech pour se reconstituer et inspirer des attaques terroristes à l'échelle mondiale », poursuit la déclaration.

« Le mois dernier, des militaires américains de la Force opérationnelle interarmées combinée – Opération Inherent Resolve ont collaboré avec le ministère syrien de l'Intérieur pour localiser et détruire plus de 15 sites abritant des caches d'armes de Daech dans le sud de la Syrie.

L'opération conjointe a permis de détruire plus de 130 mortiers et roquettes, de nombreux fusils, mitrailleuses, mines antichars et du matériel servant à la fabrication d'engins explosifs improvisés.

« Nous avons désormais mené plusieurs campagnes de collaboration avec le gouvernement syrien pour contrer des menaces spécifiques de Daech », a déclaré l'amiral Cooper. « Ce sont là des progrès concrets en matière de sécurité que nous pouvons réaliser sur le terrain grâce à une étroite coopération avec les forces gouvernementales syriennes. »



Quid du contingent américain en Syrie ?



« Le déploiement de nos forces pour éliminer ces individus renforce la sécurité des États-Unis et de la région », a déclaré Cooper. « Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec nos partenaires syriens pour traquer les réseaux de l'EI et empêcher sa résurgence. »

Pendant la guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par des manifestations prodémocratie, l'EI avait contrôlé de vastes territoires, dont la région de Palmyre, avant d'être défait par la coalition internationale en 2019.

Malgré sa défaite, ses combattants repliés dans le vaste désert syrien continuent épisodiquement de mener des attaques.

Le retour au pouvoir de Donald Trump, sceptique de manière générale sur les déploiements de soldats américains à l'étranger, pose la question du maintien de cette présence militaire.

Le Pentagone avait annoncé en avril que les Etats-Unis réduiraient de moitié le nombre de soldats américains en Syrie, dont l'effectif total actuel n'est pas officiellement connu.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays, la visite de la délégation américaine à Palmyre "s'inscrit dans le cadre d'une stratégie des Etats-Unis visant à élargir leur présence en Syrie", et notamment dans les zones désertiques.

Présents en Syrie depuis plusieurs années, les Américains ont créé en 2016 une base à Al-Tanf dans le sud du pays, à l'intersection des frontières de la Syrie, de la Jordanie et de l'Irak.

Ils sont également présents dans les provinces de Hassaké et de Raqqa, pour soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes de la "Rojava" (le Kurdistan syrien). Ils combattent des milices pro-iraniennes basées dans la région de Deir Ezzor.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes et soutenues par les États-Unis, tiennent une part de la rive orientale de l'Euphrate.

Elles ont gagné ces territoires en combattant avec le soutien de la coalition emmenée par Washington contre Daech. En effet, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI chassé de ses fiefs en Syrie en 2019, après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la conquête de vastes territoires dans ce pays et dans l'Irak voisin.

Daech a été officiellement déclaré "défait" en 2019 à Baghouz, à la frontière syro-irakienne.

La coalition internationale dispose également des bases sur le champ pétrolier d'Al-Omar, le plus grand de Syrie, ainsi que sur le champ gazier de Conoco.

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