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Opinion

Le Liban n’est pas Gaza
Por
Makram Rabah
Publicado
mai 1, 2026 - 03:43

Lorsque des responsables israéliens menacent de réserver au Liban-Sud le même sort que Gaza, cette déclaration n'est pas seulement irresponsable, mais politiquement révélatrice, en ce qu'elle expose la mesure dans laquelle l'escalade régionale s'est enchevêtrée aux calculs de politique intérieure israélienne, tout en reflétant, parallèlement, la paralysie structurelle propre au Liban lui-même. Une telle rhétorique mérite d'être renvoyée à ce qu'elle est réellement, à savoir une posture électoraliste habillée en doctrine stratégique, sans pour autant qu'on puisse la dissocier d'une réalité autrement plus lourde de conséquences : le Liban a été entraîné, une fois de plus, dans une guerre qu'il n'a pas choisie, par un acteur qui ne répond pas de ses actes devant l'État, et qui ne supporte pas, de manière responsable, le coût de ses décisions.

Quand le vol devient un «trou financier»
Por
Mona Fayad
Publicado
avr. 30, 2026 - 20:43

Le Liban n’a pas sombré à cause d’un dysfonctionnement dans les chiffres, mais parce que les significations et les valeurs se sont effondrées. Soudain, l’argent des gens spolié n’a plus été appelé vol, mais « trou financier ». Il n’y a plus eu de responsables, seulement des « pertes ». Et il n’y a plus eu de victimes, mais des « déposants » à qui l’on demande de comprendre la situation et de participer à l’absorption des coûts. Ce n’est pas seulement une question de langage. C’est le cœur même du combat. Quand un crime est réduit à un terme comptable, le débat devient technique plutôt qu’éthique et juridique. La question est soustraite au champ de la justice pour être versée dans celui de la gestion, du « qui a volé ? » au « comment distribuer la perte ? ». C’est là que commence le grand glissement : les victimes se transforment progressivement en acteurs de la solution, et non en détenteurs de droits.

Le curare et l’État
Por
Jawad Pakradouni
Publicado
avr. 29, 2026 - 10:26

La question philosophique de qui précède qui, l’œuf ou la poule, paraît presque simple au regard de la problématique à laquelle fait face le pays: un traité (de paix) dont la signature est conditionnée par le désarmement du Hezbollah. Cette condition décidée par notre gouvernement, imposée par les Israéliens, et espérée par la majorité grandissante du peuple libanais, ne peut cependant pas se réaliser dans un laps de temps donné. D’ailleurs, que ce soit à travers l’armée libanaise ou les bombardements des sites du Hezb, l’arsenal milicien est toujours opérationnel. Le problème n’est pas seulement la présence des armes, mais bien l’infiltration de la milice dans certains segments de l’appareil étatique. Celle-ci paralyse toute mesure entreprise à son encontre et, pire, provoque des remous internes, tout en faisant planer le risque de mutinerie sur un navire à la dérive qui a entamé son naufrage.

Le Liban et la triple influence
Por
Jad Akhawi
Publicado
avr. 27, 2026 - 20:34

Les Libanais répètent volontiers une formule qui est devenue quasi axiomatique pour décrire leur crise : le Liban serait pris au piège d'une triade « extrémiste » sur les plans doctrinal et religieux, incarnée par Israël, l'Iran et les États-Unis d'Amérique. Cette formulation condense un sentiment profond d'encerclement et de pression, et traduit une conscience populaire selon laquelle le destin du pays ne se façonne plus seulement de l'intérieur. Mais la force de ce récit réside dans sa simplicité, tandis que sa faiblesse tient à ce qu'il risque de masquer la complexité du réel et la multiplicité de ses strates.

L’Iran et le Liban: deux théâtres, une même guerre?
Por
Jean-Patrick Dayras
Publicado
avr. 27, 2026 - 11:21

Les différentes déclarations et voltes-faces du président Donald Trump vont modifier les relations avec les Européens, l’OTAN et les alliés des Etats-Unis. Elles vont entraîner des réactions de la part des pays du Pacifique et du Moyen-Orient. Les Occidentaux jouent la modération et veulent assumer un rôle dans la sécurisation du détroit d’Ormuz après la cessation des hostilités. Les États-Unis seront-ils hors-jeu dans la région? Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire contre l’Iran sans en informer au préalable les chefs d’État et de gouvernement des pays occidentaux et membres de l’OTAN. Dans la foulée, le président américain, Donald Trump, a cependant sollicité leur soutien, notamment pour la sécurisation du détroit d’Ormuz, mais aussi pour fournir un appui direct aux opérations américaines.

Entre négociations et terrain: une conciliation est-elle possible?
Por
Rami Rayess
Publicado
avr. 25, 2026 - 23:50

Le Liban et les Libanais ne sauraient affronter les défis qui se dressent devant le pays avec un tel degré de division sur les grandes options stratégiques, notamment la question de la façon dont il convient d'aborder l'occupation israélienne et de régler le problème du monopole des armes par l'État, exigence légitime, évidente et consacrée dans tous les pays du monde, car il n'existe aucun État qui accepte la présence d'une faction armée échappant à son contrôle, capable de déclencher une grande guerre non seulement sans son accord, mais sans même l'avoir consulté. Les lignes de fracture verticale au Liban ne cessent de s'élargir, et le fossé entre les Libanais se creuse de plus en plus, jusqu'au point où la littérature politique libanaise se trouve enserrée entre deux pôles : celui qui court vers une paix dont les conditions ne sont pas encore mûries, et celui qui se replie sur le terrain sans lire les mutations exceptionnelles que la région a connues au cours des trois dernières années, de la suprématie israélienne sans partage à la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie en passant par la guerre américano-israélo-iranienne.

Le Hezb, un bras armé d'un corps décapité
Por
Jean Feghali
Publicado
avr. 25, 2026 - 22:36

Quiconque examine le logo du Hezbollah et l'image qu'il représente constatera que, depuis sa création, ce parti est un bras armé de la République islamique d'Iran. Il ne s'agit plus d'une simple représentation symbolique, mais d'une réalité étayée par les faits: le Hezbollah a soutenu l'Iran parce qu'il en est le bras armé, et l'Iran s'est souvent vanté de contrôler quatre capitales arabes, dont Beyrouth. Le lien organique entre la «tête» et le «bras armé» a été confirmé par les cessez-le-feu en Iran et au Liban. Les deux accords étaient inextricablement liés; lorsqu'un accord vacillait à Téhéran, l'autre vacillait à Beyrouth. À tel point que certains centres de recherche et études affirment que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), tout comme il contrôle les centres de décision en Iran, contrôle également ceux du Hezbollah à Beyrouth. Il existe au moins deux éléments de preuve à l'appui:

Une amnistie générale chiite... pour entrer dans le siècle
Por
Élie Hajj
Publicado
avr. 24, 2026 - 03:45

J’ai suivi un jour un long discours du secrétaire général défunt du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, dans lequel il racontait avec une précision minutieuse ce qui s’était passé « le jour où les femmes de la famille du Prophète furent emmenées en captivité ». Il en était profondément ému. Je me souviens avoir été fort surpris de voir cet événement douloureux convoqué comme s’il avait eu lieu deux ou trois jours auparavant, exposé sur un mode qui n’admettait aucun doute quant à son authenticité, comme s’il avait été transmis par des témoins oculaires dont les paroles ne souffraient nulle contestation.

Tandem chiite et pensée unique
Por
Youssef Mouawad
Publicado
avr. 23, 2026 - 15:19

C’est un hangover que vit la communauté chiite, une gueule de bois ! Le tandem Hezbollah-Amal l’avait bien portée au faîte de sa puissance : ayant investi l’État profond, cette communauté s’y était retranchée comme elle s’était positionnée en interlocuteur régional après des siècles de marginalisation et de discrimination. Et puis, à partir de septembre 2024, le château de cartes s’est mis à s’écrouler sous les coups de boutoir des Israéliens. Et pour finir, des milliers de familles déplacées ! Un crève-cœur que ces voitures en file indienne qui, s’étant rendues dans le Sud, à l’annonce du cessez-le-feu du 17 avril, ont aussitôt rebroussé chemin. Une tragédie humaine qui se poursuit depuis des semaines et dont souffre un groupe confessionnel et ses membres parfois stigmatisés par leurs concitoyens libanais.

Liban: quand la haine devient système
Por
Mona Fayad
Publicado
avr. 21, 2026 - 21:39

La division au Liban n'est plus la conséquence de la guerre, elle en est devenue l'un des instruments. Ce que nous observons aujourd'hui pourrait se définir comme une économie de la division, soit la haine convertie en matière première, produite quotidiennement, fabriquée, distribuée et consommée, servant à la fois plusieurs parties, fussent-elles en état de belligérance déclarée. Le conflit a migré de la violence militaire vers la violence symbolique. Quand un vieil homme se lève pour insulter le chef du gouvernement dans un langage abject, quand un autre s'en prend au président de la République en lui rappelant le destin de Sadate, quand on dresse des enfants à l'injure et qu'on glorifie la militarisation jusque dans une chaussure, la question ne concerne plus les personnes visées, mais ce qu'elles représentent: un contournement de l'angoisse et de la peur ressenties, une volonté délibérée d'ancrer dans la conscience populaire l'image d'un État en déliquescence, de banaliser l'insulte comme mode d'expression politique, en déplaçant le conflit de la critique du pouvoir vers son avilissement et son procès en trahison. Cela dépasse largement le cadre d'un déclin moral ou d'une colère incontrôlée ; c'est, en profondeur, le signe d'une mutation bien plus grave: frapper l'image de l'État dans la conscience collective et substituer à la délibération publique la diffamation.