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Opinion

Qu’avons-nous à faire de cet Accord provisoire de cessez-le-feu?

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Par Youssef Mouawad
Publié avr. 11, 2026 - 08:54

Pour une victoire éclatante, ce n’en fut pas une! Donald Trump, craignant de s’engouffrer dans le golfe Persique, a trouvé une porte de sortie en modérant ses ambitions. Plus question de changer le régime de wilayat al-Faqih, ni de mettre radicalement fin au nucléaire iranien (1). Avec l’Accord d’Islamabad du 7 avril, il devra se contenter d’un prix de consolation: la réouverture des voies de communication et une libre circulation dans le détroit d’Ormuz « en coordination avec les forces armées iraniennes ». La victoire est-elle pour autant celle des ayatollahs ? Assurément, que non!

 

Javad Zarif et « Foreign Affairs »

 

Si l’Iranien a fait preuve de résilience, ses forces sont, en revanche, épuisées et son pays exsangue. Et qui plus est, ses négociateurs à Islamabad vont semble-t-il abandonner leur proxy libanais à son sort. Téhéran ne va pas l’admettre formellement, mais Javad Zarif l’a cependant laissé entendre dans un article de la revue Foreign Affairs (2). Cet ex-ministre des Affaires étrangères iranien avait saisi l’occasion d’une contribution académique (?) pour proposer une feuille de route mettant fin au conflit régional qui fait rage: il y préconisait des concessions réciproques entre belligérants, une désescalade et une normalisation diplomatique.

 

En contrepartie de la levée des sanctions américaines et de l’interdiction frappant la vente de ses hydrocarbures, l’Iran réduirait drastiquement son programme d’enrichissement de l’uranium qui serait d’ailleurs sous supervision internationale, etc. La sécurité régionale ayant étant assurée, le golfe Persique deviendrait une zone de prospérité et d’échanges fructueux. Dans cette vision idyllique de l’avenir, plus question d’exporter la révolution islamique. Ce qui expliquerait pourquoi on y trouve nulle mention de notre Proche-Orient méditerranéen, et encore moins de la cause palestinienne ou de la mosquée Al-Aqsa !

Curieux quand même que Javad Zarif ne nous dise pas quel sort il compte réserver au Hezbollah. Compte-t-il le sacrifier comme pion sur l’échiquier politique ? (3)

 

Les « Ténèbres Éternelles » et l’Accord d’Islamabad

 

Le plan proposé par Zarif suggère qu’on doive laisser l’Iran déclarer une victoire stratégique, afin qu’il ne perde pas la face et qu’il puisse entamer des négociations avec le grand Satan. Et d’ailleurs, c’est ce qui est arrivé : à peine le cessez-le-feu était-il proclamé, que le Hezbollah, et pas seulement l’Iran, affirmait être à « l’aube d’une grande victoire historique ».

 

Il n’empêche que la milice iranienne appela cependant les déplacés du Sud, de Dahiyé et de la Békaa « à faire preuve de patience, à rester ferme» et à ne pas rentrer dans leurs foyers avant qu’elle n’ait donné le feu vert. À raison d’ailleurs, puisque ledit cessez-le-feu, qui supposément consacrait la victoire iranienne, ne concernait guère le théâtre d’opérations libanais. Le Liban n’était pas censé jouir de l’arrêt des combats. D’ailleurs, Eyal Zamir, le chef d’état-major israélien allait déclarer en date du 8 avril: «nous continuerons à frapper le Hezbollah terroriste et à exploiter chaque opportunité …Les frappes se poursuivront dans le cadre de l’opération «Ténèbres Éternelles».

 

Alors, à ceux de nos concitoyens qui ont crié victoire trop tôt, nous disons: n’allez pas vous méprendre sur les intentions de Benyamin Netanyahu. Pour ce qui est de sa frontière Nord, celui-ci a opté pour l’escalade tous azimuts. Et il tient à nous le rappeler à toute heure par des frappes multipliées, de l’air de dire: «Je ne suis pas lié par l’Accord d’Islamabad».  Et d’ajouter : «Libanais, vous servez de boucliers humains au Hezbollah!»

 

Postface

A l’heure où le Liban officiel s’apprête à démarrer des négociations de paix à Washington avec l’État d’Israël, on peut s’attendre à un coup fourré de la part de la République Islamique. Cette dernière, qui risque de perdre l’usage de son proxy, le parti de Dieu, cherchera à court-circuiter le gouvernement et n’hésitera pas à attiser un conflit civil entre libanais si cela pouvait servir ses intérêts.  Perdu pour perdu, le Hezbollah servirait encore une fois à semer le chaos !

 

1-À signaler que la version en farsi de l’Accord de cessez-le-feu stipule la poursuite de l’enrichissement de l’uranium dans le cadre du programme nucléaire iranien. Cette adjonction ne figure pas dans la version originale, qui circule en langue anglaise dans les cercles des diplomates et des journalistes. Et ce n’est pas le seul exemple d’inadéquation entre les deux versions.

 2- Javad Zarif, “How Iran should end the war, A deal Teheran could take”, Foreign Affairs, April 2026. Pour n’avoir pas pris en considération les intérêts nationaux, cet article a aussitôt valu à son auteur un blâme de la part des autorités iraniennes.

 3-Aussi les menaces iraniennes de se retirer de l’Accord, suite au carnage du « mercredi noir », ne seraient que de pure forme ! Qu’un écran de fumée et un subterfuge pour masquer leurs intentions réelles !

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