


Notre République décatie a retrouvé son lustre. Il a suffi qu’un
de nos ministres fasse preuve de fermeté et « congédie », dans
le respect des règles d’usage, le représentant accrédité de
l’Iran. Et c’était d’autant plus à l’honneur de Youssef Rajji
qu’il a su braver la tempête suscitée par son impertinence.
Cependant, il ne faut pas croire que ce coup de force
diplomatique irait jusqu’à rétablir la crédibilité de ce
gouvernement ou de cette administration. Il en faudrait
bougrement plus ; et des purges d’ampleur stalinienne y
suffiraient à peine !
Le Khalij à feu et à sang
Mais rendons-nous dans le golfe Persique, puisqu’il faut
l’appeler par son nom. Acculé dans ses derniers
retranchements, Téhéran a décidé de mettre ledit Khalij à feu
et à sang ! C’est certainement la carte maîtresse des mollahs et
probablement la dernière. Une simple comparaison au terme
d’un mois d’opérations militaires : pour 4391 attaques
iraniennes contre les pays arabes (Arabie saoudite, EAU,
Qatar, Koweït, Bahreïn, Oman et Abou Dhabi), il n’y eut que
930 contre Israël. En proportion globale, si 17% des frappes
ont ciblé l’État hébreu, 83 % étaient destinées aux pays arabes,
toutes nations confondues !
Comment réagir à ces agressions flagrantes ?
Le Sultanat d’Oman qui, en date du 29 mars, a formellement
condamné l’agression « traîtresse et couarde » dont il a été
l’objet, s’abstient d’en désigner l’auteur et appelle à un
recours aux usages diplomatiques. Dans la foulée, l’Etat du
Qatar a stigmatisé l’attaque qui a visé les usines électriques et
de dessalement du Koweït. Sans plus ! Ces pays ne sont pas
les seuls à faire preuve de retenue et d’extrême prudence.
Jusque-là nul ambassadeur d’Iran dans les pays membres de la
Ligue arabe, n’a été déclaré persona non grata. Et si certains
membres du Conseil de coopération du Golfe ont « remercié »
des attachés militaires iraniens ou des employés subalternes et
adjoints, jamais ils ne s’en sont pris au légat-en-chef de la
République des ayatollahs. Ce qui aurait été d’un tout autre
acabit et ce qui aurait eu une autre résonnance !
La cyclothymie américaine
Certes, les capitales agressées ont cherché à renforcer leur
coordination sécuritaire face à ce qu’elles perçoivent comme
une menace iranienne croissante ; cependant, elles hésitent
encore à emprunter la voie de l’escalade et de la riposte
militaire qui serait légitime. Sauf peut-être Riyad qui fourbit
ses armes… et adopte un ton menaçant. Ces capitales
appréhendent en fait la réactivation sur leur propre territoire de
cellules dormantes aussi bien que des frappes massives visant
leurs infrastructures pétrolières et autres usines de
dessalement. Mais ce qu’elles craignent par-dessus tout, c’est
l’imprévisibilité de Donald Trump. Une imprévisibilité que
n’a pas manqué de souligner Emmanuel Macron le premier
avril à Tokyo et que n’a pas dissipé l’allocution télévisée,
tenue dans la foulée, par le locataire de la Maison Blanche*.
On ne bâtit pas des alliances solides quand on ne sait sur quel
pied danser avec son partenaire. Le Président américain peut
convoquer trois porte-avions, des B52, des avions furtifs et des
troupes aéroportées sur le théâtre des opérations, mais il peut
tout aussi bien filer à l’anglaise, sans demander son reste. Et,
s’il a des fois surpris alliés et adversaires par des opérations
éclairs, combien de fois n’a-t-il pas tenu promesses et
engagements ? Son imprévisibilité tactique (ou peut-être son
bluff) ne sont pas de nature à rassurer ses alliés arabes ! Alors,
ils adoptent une impassible neutralité à l’heure de
« l’opportunité historique » de refaire le Moyen-Orient !
*Si Donald Trump a remercié, dans son intervention du mercredi
premier avril, les pays du Golfe, il s’est désintéressé, en revanche, de
la liberté de la navigation dans le détroit d’Hormuz. Par ailleurs, qui
peut croire que bombarder sans relâche l’Iran pendant 2 à 3
semaines, comme il l’a promis, serait en mesure d’écarter la menace
qui pèse sur les pays arabes riverains !