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Analyse

Iran: le jeu dangereux de l’escalade régionale face aux sanctions US

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La propagande de la République islamique tourne à plein régime, allant jusqu'à revendiquer une "grande victoire" iranienne dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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Par Tilda Abou Rizk
Publié août 27, 2026 - 22:56

L’exacerbation des tensions au Liban, à Gaza, en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz fait craindre un scénario auquel l’Iran et ses alliés ont déjà eu recours: celui de provocations militaires qui iraient crescendo pour contrer le D-Day économique américain. L’armée israélienne affirme d’ailleurs se préparer à un possible «embrasement sur plusieurs fronts», à la veille d’une série de fêtes juives qui commencent le 11 septembre.

Si l’Iran se garde bien de provoquer Israël, pour éviter une riposte qui lui coûterait très cher, il n’hésiterait pas, par contre, à inciter ses alliés à jouer aux fauteurs de troubles, au cas où l’étau économique américain se resserrerait davantage sur lui.

Ce qui n’est pas, semble-t-il, encore le cas, le Pakistan ayant fait savoir, jeudi, par le biais du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Tahir Andrabi, qu’Islamabad «n’est pas tenu de se conformer à des sanctions unilatérales américaines contre l’Iran, à moins que celles-ci ne soient imposées par les Nations unies».

Concrètement, cela signifie que le Pakistan entend poursuivre ses échanges commerciaux avec Téhéran, malgré la menace du président américain Donald Trump de sanctionner les pays qui maintiennent des échanges de tous genres avec la République islamique.

Selon le porte-parole pakistanais, Islamabad estime que les sanctions américaines «ne sont pas conformes au droit international et que les différends (américano-iraniens) doivent être réglés par le dialogue».

Le porte-parole omet de relever à cet égard que ce prétendu «dialogue» dure depuis plus de vingt ans, plus précisément depuis 2006, date à laquelle le Conseil de Sécurité de l’Onu a sommé la République islamique d’arrêter l’enrichissement de l’uranium.

Durant trois années de suite, depuis 2006, le Conseil de Sécurité a adopté des sanctions, de plus en plus sévères, contre l’Iran en raison de son refus de se conformer aux injonctions onusiennes…

Il reste que l’attitude d’Islamabad constitue la première position officielle d’un État au D-Day économique annoncé lundi par le président Trump contre l’Iran.

Tension croissante

Sur le terrain, la tension est montée d’un cran sur presque tous les fronts.

À Gaza, l’affaire des cerfs-volants, des ballons et des drones, lancés contre le territoire israélien, a bien failli dégénérer. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense, Israël Katz, ont tous deux averti le Hamas d’une intensification des frappes si ces lancers se poursuivaient.

En mer Rouge, deux sites stratégiques donnant accès au détroit tout aussi stratégique de Bab el Mandeb, le port de Mokha et la localité d’al-Khawkha, sur la côte ouest yéménite, ont été la cible de violentes frappes houthies et restent le théâtre de violents combats entre le groupe pro-iranien et l’armée régulière yéménite.

Dans le détroit d’Ormuz, les navires qui s’aventurent dans les couloirs sécurisés par les États-Unis restent la cible d’attaques.

Au Liban, une femme a été tuée et six autres personnes, dont une fillette, ont été blessées dans des raids israéliens qui ont visé la localité d’Arabsalim, dans le caza de Nabatiyé, quelques heures après une attaque au drones piégés du Hezbollah contre les forces israéliennes stationnées dans le secteur de la colline stratégique d’Ali Taher, dans le même caza.

Les tirs et les raids se sont intensifiés en ce jeudi, contre de nombreux villages libanais au Liban-Sud.

L’escalade est d’autant plus préoccupante que les opérations militaires israéliennes ne se limitent pas à la zone dite de sécurité.

Le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, a d’ailleurs annoncé un relèvement du niveau d’alerte parmi ses troupes et évoqué des plans opérationnels «sur tous les fronts, de l’Iran au Liban et jusqu’à Gaza», face à un risque d’«embrasement multi-fronts».

Des tentatives de médiation, mais…

Cette situation constitue un indicateur de l’échec, jusque-là, des tentatives de médiation qui ont repris entre Téhéran et les États-Unis. Après le chef d’état-major pakistanais, le maréchal Syed Asim Munir, et le ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr Al-Busaidi, reçus successivement lundi et mardi à Téhéran, c’est au tour de Doha de tenter de relancer la diplomatie.

Le Premier ministre qatari, Mohammad ben Abdel Rahman al-Thani, s’est rendu jeudi en Iran où il a eu deux entretiens avec le président Massoud Pezeshkian, et le chef du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Assiste-t-on encore une fois à une course contre la montre entre la diplomatie et l’option militaire? Il faut dire que celle-ci reste du dernier ressort pour Washington, à en croire les responsables américains, mais pour l’Iran, où la pression commence à se faire sentir très fort à l’intérieur du pays, le calcul est plutôt délicat: subir les sanctions ou augmenter la pression sur le terrain.

C’est ici que le Liban est particulièrement concerné et où le rôle du Hezbollah devient sensible, alors que l’État continue d’ajourner sine die l’affaire du désarmement de la milice pro-iranienne.

Le président Aoun a abordé indirectement, jeudi, le bras-de-fer (verbal) avec ce groupe, en faisant état d’un «conflit interne» entre «ceux qui cherchent à renforcer les institutions de l’État et ceux qui profitent de leur faiblesse», sans évoquer une possible feuille de route pour régler justement ce conflit.

Beyrouth continue de miser sur les pourparlers directs avec Israël qui doivent reprendre en septembre, à Rome, selon le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, sans toutefois préciser de date.

Pour comprendre le cœur du problème au Liban, il faut suivre les déclarations de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, qui a de nouveau insisté jeudi sur la priorité d’un désarmement du parti pro-iranien, tout en relevant la dimension régionale de ce problème.

«Le Hezbollah, a relevé l’ambassadeur US, doit remettre ses armes et l’État doit être la seule autorité.

Quant aux garanties, elles impliquent que la souveraineté soit exclusivement entre les mains de l’État et que la défense relève également de celui-ci.

Du moment qu’il détient l’autorité, contrôle les institutions et entretient des relations avec les autres États, il pourra toujours faire appel à eux afin qu’ils lui apportent l’aide» dont il aurait besoin, a déclaré le diplomate US après un entretien avec le cheikh Akl druze, Sami Aboul-Mona.

Mais pour que cela soit possible, il faut que le Hezb se détache de l’Iran, ce qui n’est pas évident, a reconnu le diplomate. «Jusqu’à présent, le Hezbollah ne veut parler ni avec l’État, ni avec nous, ni avec Israël, parce qu’il ne fait que recevoir des ordres de l’Iran», a-t-il souligné.

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