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Un milicien visiblement heureux après la prise de contrôle par le Hezb de la partie ouest de Beyrouth. (AFP)
Strategia
Portrait de l'auteur
Par Khalil Helou
Publié sept. 7, 2026 - 13:10
Cette série d’articles permet de mieux comprendre la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Notre approche vise à laisser au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Les quatorze parties précédentes étaient une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah, ses conflits armés avec Israël et son hégémonie au Liban, depuis l’accord de Taëf, jusqu’à l’accord de Doha. Mai 2008, la montagne après Beyrouth. Le 7 mai 2008, le Hezbollah et ses alliés (le mouvement Amal et le Parti syrien national social, PSNS) occupèrent manu militari les bureaux du Courant du Futur de Saad Hariri à Beyrouth et une grande partie des quartiers sunnites de la capitale, qui constituaient la base populaire de la coalition du 14 Mars. Les positions du Courant du Futur sont rapidement tombées aux mains des attaquants, l’armée s’était largement tenue à l’écart de ces affrontements, et les médiations politiques n’ont pas eu le temps d’arrêter l’opération. Le commandant en chef de l’armée était confronté à un dilemme : d’une part, il était conscient que l’intervention de la troupe par la force en milieu urbain serait coûteuse en vies humaines aussi bien civiles que militaires, sans compter les dégâts matériels; d’autre part, il faisait face à la frustration des officiers, surtout ceux de confession sunnite, qui voyaient les quartiers de leurs proches privés de la protection de l’armée. Le siège de la Future TV saccagé à Beyrouth. (AFP) L’état-major avait toujours en mémoire la bataille de Nahr El Bared qui avait opposé l’armée à l’organisation terroriste Fatah al Islam un an auparavant, et qui avait coûté la vie à 170 militaires dans des combats qui avaient duré 105 jours sur un théâtre d’opérations moins urbain et vide de ses habitants, ne dépassant pas un kilomètre carré. Une bataille à Beyrouth où la population est dense, aurait été trop coûteuse en vies humaines, se serait étendue géographiquement sur tout le territoire libanais et aurait été sans fin, avec un Hezbollah jouissant de lignes logistiques grandes ouvertes depuis la Syrie. Cependant, l’armée a eu l’opportunité de se déployer en force entre le Hezbollah et les partisans du Courant du Futur dans la rue Mazra’a, empêchant par la force tout mouvement milicien de traverser cette rue de part et d’autre, et empêchant une attaque contre le quartier de Tarik el Jdideh, bastion du Courant du Futur. La troupe a également constitué des carrés de sécurité autour du sérail gouvernemental où se trouvait le Premier ministre Fouad Siniora, et autour de la résidence de Walid Joumblatt, ténor de la coalition du 14 Mars. Des miliciens chiites près de la rue de Hamra: celui qui manipule une roquette antichar RPG-7 porte l’uniforme des Forces de sécurité intérieure… (AFP) Ces mesures, en plus des contacts entrepris par les capitales du Golfe, ont contribué à dissuader le Hezbollah d’attaquer le Sérail. Toutefois, le parti chiite a voulu contrôler le bastion druze du Mont-Liban. Les tensions ont atteint leur apogée le 9 mai lorsque des militants du Hezbollah ont enlevé des policiers municipaux à Aley, déclenchant une riposte de la milice du Parti Socialiste Progressiste (PSP) druze. Les combats se sont rapidement généralisés à Choueyfat, Aley, Souk el Gharb et Baisour. Les deux camps ont utilisé les armes lourdes et les combattants du PSP ont pris position dans les anciennes fortifications et tranchées héritées de la guerre civile, réussissant ainsi à stopper l’avance du Hezbollah. Celui-ci a tenté à occuper sans succès la colline 888 surplombant l’aéroport de Beyrouth, située entre Aley et Souk el Gharb. Par contre, il a réussi à occuper l’ancienne forteresse de Niha, au Chouf, afin de sécuriser une ligne logistique directe reliant la Békaa au Liban-Sud sans devoir passer par la route côtière. Le dirigeant druze libanais Walid Joumblatt (au premier plan, au centre) et le ministre de l’Information Ghazi al-Aridi (au centre à gauche) participent à un rassemblement dans le village druze de Baysour, au Mont-Liban, au lendemain de la levée des barrages routiers dans la capitale, qui a mis fin à une semaine de violences meurtrières. (AFP) Durant la journée du dimanche 11 mai le Hezbollah a tenté d’attaquer sans succès Barouk et Choueyfat, ce qui a coûté la vie à 36 de ses combattants, dont le commandant de la force attaquante à Choueyfat. Le même jour, l’armée s’est déployée dans la ville, sommant les deux parties à se retirer. Le PSP a alors remis ses positions à la troupe, et le Hezbollah s’est retiré avec ses morts et blessés. Des responsables politiques alliés au Hezbollah ont tenté par des voies indirectes et directes de retarder le déploiement de l’armée à Choueyfat, en vain. Leur but était de donner le temps au Hezbollah de se réorganiser, de reprendre l’offensive, et de réaliser une victoire dans la ville, mais le commandant de la troupe qui était en charge de la mission a répondu par une fin de non-recevoir épargnant ainsi à la ville des destructions supplémentaires, et soulageant les villages environnants de Kfarchima, Wadi Chahrour et Bsaba. Les miliciens ont laissé sur la porte de cet appartement à Choueifat un message assez clair... (AFP) Le même jour, le Hezbollah a propagé des rumeurs complètement infondées, affirmant que les Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea s’apprêtaient à attaquer la résidence de Michel Aoun, leader du Courant Patriotique Libre (CPL) à Rabieh, et les villages chiites du caza de Jbeil. Ces rumeurs visaient à étendre le conflit armé vers les régions chrétiennes en y impliquant le CPL et les FL. Toutefois, les services de renseignements militaires sont intervenus et ont mis fin à ces rumeurs. Le triptyque, armée, peuple, résistance Le courant du Futur et ses alliés de la coalition du 14 Mars ont été menés à négocier après leur défaite du 7 mai 2008. Le Qatar s’imposa comme médiateur et parraina l’accord de Doha (mai 2008) qui était un compromis largement en faveur du Hezbollah et ses alliés. Cet accord a abouti à l’élection du commandant en chef de l’armée le général Michel Sleiman à la présidence de la République, comblant ainsi un vide présidentiel de six mois, car aucun des deux candidats à la présidence des alliances du 14 et du 8 Mars ne pouvait assurer une majorité suffisante des votes au Parlement. Fouad Siniora a été reconduit à son poste de Premier ministre et avec l’implication directe du Qatar, il forma un gouvernement d’union nationale. Toutefois, ce gouvernement était à l’avance destiné à la paralysie concernant les grandes décisions car il comprenait 16 ministres appartenant à la majorité parlementaire du 14 Mars, et 11 à l’opposition du 8 Mars, incluant le Hezbollah, le mouvement Amal et le CPL. Ces derniers avaient donc le « tiers de blocage ». La déclaration ministérielle de ce gouvernement incorpora la formule du triptyque « armée, peuple, résistance. Cette formule avait commencé son cheminement avec Emile Lahoud et Hassan Nasrallah. Lahoud, lors d’un discours devant l’assemblée générale de l’ONU, le 21 septembre 2006, juste après la guerre de juillet entre le Hezbollah et Israël, déclara textuellement : « … cette barbarie (israélienne) n’a pas affaibli mon peuple, ni entamé sa détermination à résister, ni influé sur son attachement à l’Etat, à l’armée et à la résistance nationale … ». Déjà dans les années 1990, lorsqu’il était commandant en chef de l’armée, il signifiait dans ses allocutions les liens indissociables entre soldats réguliers, les citoyens et la résistance face à Israël. Hassan Nasrallah pour sa part, expliquait dans ses multiples discours, après la guerre des 33 jours, que le Liban avait pu résister à Israël uniquement grâce à la coordination spontanée entre l’armée et des militants, et le soutien de la population.
L'Essentiel de la semaine
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Par LevantTime . - Publié sept. 6, 2026 - 23:27
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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
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Youssef Mouawad
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Des procès, il y en eut à Nuremberg (1945-46) et à Tokyo (1946-48), et même qu’à Istanbul, on dressa les potences en juillet 1919 pour exécuter de Jeunes Turcs responsables du génocide arménien. Cela dit, l’on s’était légitimement demandé pourquoi le pouvoir d’Ahmed al-Chareh tardait à mettre en branle la machine judiciaire. Ce dernier hésitait-il à sanctionner les exactions commises contre tout un peuple par la dynastie des tyrans Al-Assad et par leurs camarillas? La question était d’autant plus lancinante que plus d’une vingtaine de responsables – des premiers et deuxièmes couteaux, si vous me passez l’expression – avaient été appréhendés et croupissaient dans les geôles en attente d’un jugement. Or voilà que le 26 avril dernier s’ouvrait à Damas la première audience publique par cette déclaration du juge Fakhr al-Din al-Aryane : « Aujourd’hui, nous entamons les premiers procès relevant de la justice transitionnelle en Syrie ». Brève comparaison Qui ne souhaiterait à notre voisine la Syrie la tenue des procès publics lesquels, en condamnant les criminels du régime baasiste, feraient non point vengeance, mais justice? Et pour cela, ne faudrait-il pas éviter de prendre exemple sur le modèle irakien ou sur le modèle libanais ? Rappelons qu’en Irak, se déroula en 2006 un simulacre de procès, le fameux kangaroo trial de Saddam Hussein. Ce dernier fut exécuté à la hâte après sa condamnation dans l’affaire de Dujail et avant que ne s’achevât le procès relatif à l’affaire de Halabja de 1988, où des armes chimiques furent utilisées contre la population civile. Aussi, les Kurdes, comme tant d’autres proches des victimes, furent-ils privés d’une saine administration de la justice, qui aurait certainement atténué le sentiment d’iniquité absolue qu’ils éprouvaient: un procès dans les règles ne pouvant que contribuer au travail de deuil. Quant au Liban, pays d’exception qui avait connu quinze années de conflit civil larvé et d’occupations étrangères, on se révéla plus expéditif et autrement plus laconique : la loi d’amnistie de 1991 effaça d’un trait de plume les horreurs commises. En attendant Bachar et Maher et les autres Faut-il croire que les choses seront différentes en Syrie? En tout cas, les tribunaux syriens ne chôment pas le dimanche puisque c’est en un tel jour que s’était tenue à Damas la première audience d’un processus qui va décidément mettre à nu les horreurs du pouvoir déchu. Manquaient cependant à l’appel deux invités de marque: le président déchu Bachar al-Assad et son frère Maher. Ils s’étaient dissipés dans la nature comme tant d’autres massacreurs qui se la coulent douce soit en Russie, soit au Liban, soit en Irak ou en Iran, voire en Allemagne, en Suède et en Belgique, nous dit-on! Les criminels du régime qui échapperont à la justice de leur pays se comptent par milliers. Des « fusibles » payeront en lieu et place de ceux qui avaient planifié et ordonné carnages et tortures systématiques, cette marque déposée du système pénitentiaire syrien. Justice transitionnelle et règle de droit ? Un procès, il en faut, ne serait-ce que pour ses effets cathartiques. Mais point une revanche dictée par la loi du talion! La « justice transitionnelle » que n’a pas manqué de souligner le juge Al-Aryane ne doit pas prendre l’allure d’un règlement de compte; elle doit établir la vérité des faits, compenser les victimes et préparer la voie à une réconciliation nationale. Mais, est-ce là autre chose qu’un vœu pieux ? Jeunes, nos maîtres nous prévenaient contre les illusions et l’idéalisme. Car, comme la charité, la justice ne saurait être dans sa mise en œuvre que « partielle et partiale ». *Certains crimes comme ceux commis à l’encontre de personnalités politiques, religieuses ou diplomatiques n’étaient cependant pas couverts par la loi d’amnistie.

Bras-de-fer irano-US: des propositions en boucle, mais pas de percée

Sur une échelle de 1 à 10, l’optimisme quant à une percée dans les pourparlers irano-américains d’Islamabad, reste inférieur à la moyenne, Téhéran et Washington étant toujours au stade d’échange de conditions et d’exigences. L’agence officielle iranienne, Irna, a révélé vendredi que la République islamique a soumis jeudi soir aux États-Unis, via le médiateur pakistanais, une nouvelle proposition pour une reprise des négociations, lesquelles sont supposées mettre fin durablement à la guerre. Irna n’a pas donné de détails sur le contenu de l’offre iranienne alors que ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, entrait en contact avec ses homologues saoudien, qatari, turc, égyptien, irakien, et azerbaïdjanais. Selon les médias iraniens, il les aurait informés d’un prochain nouveau round de pourparlers avec les États-Unis, alors même que le président Donald Trump annonçait, devant les journalistes à la Maison Blanche, qu’il n’était pas satisfait du nouveau document iranien. «Ils veulent un accord parce qu’ils n’ont plus de capacités militaires, mais je ne suis pas satisfait de leurs propositions. On va voir ce qui va se passer», a-t-il déclaré, avant de préciser: «Ils me demandent d’accepter des choses que je ne peux accepter». Le nouveau document soumis, constitue une contre-proposition à celle que Washington avait soumise à l’Iran en début de semaine. Le site américain d’informations, Axios, rappelle ainsi que lundi, l’émissaire de la Maison-Blanche, Steve Witkoff, a adressé à la partie adverse, toujours via le médiateur pakistanais, des amendements à des propositions iraniennes rejetées plus tôt par le président Donald Trump. Téhéran se disait disposé à rouvrir le détroit d’Ormuz mais proposait de repousser à une date ultérieure les pourparlers au sujet du nucléaire, alors que ce dossier est central aussi bien pour les États-Unis que pour Israël. Steve Witkoff a donc réintroduit le dossier nucléaire au texte amené à être étudié. Toujours selon Axios, parmi les modifications apportées au document iranien, l’exigence que Téhéran s’engage à ne pas transférer d’uranium enrichi hors de ses installations nucléaires endommagées, ni à reprendre d’activités sur ces sites, durant toute la durée des négociations. Téhéran, pour sa part, étranglé par le blocus imposé par les États-Unis à ses ports refuse de reprendre les pourparlers tant que le siège américain n’est pas levé. Qui des deux sera amené à faire des concessions? Pour l’heure chacune des deux parties semble camper sur ses positions, sous les yeux inquiets des dirigeants israéliens qui redoutent une certaine flexibilité américaine que Donald Trump a balayé en affirmant que l’option militaire n'est toujours pas exclue. Tel Aviv reste en faveur d’une opération militaire «chirurgicale» de nature à porter le coup de grâce au régime des Mollahs -un des premiers objectifs de la guerre lancée le 28 février- et d’anéantir à tout jamais le programme nucléaire iranien. Pour l’heure, Téhéran et Washington continuent donc de dire qu’ils sont pour les pourparlers, mais en poursuivant l’échange de menaces. Par la voix du chef de son pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, l’Iran a de nouveau rejeté vendredi toute politique «imposée sous la menace» tout en se disant ouvert au dialogue avec les États-Unis. «Nous n'approuvons d'aucune manière la guerre, nous ne voulons pas la guerre, nous ne voulons pas qu'elle continue. La République islamique ne s'est jamais dérobée aux négociations (...) mais nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose» une politique, a déclaré M. Ejei dans une vidéo diffusée sur le site du pouvoir judiciaire, Mizan Online. Il a indiqué que l'Iran n'est «absolument pas disposé à renoncer à ses principes et à ses valeurs face à un ennemi malveillant afin d'éviter la guerre ou d'empêcher qu'elle ne se poursuive». Estimant que les États-Unis n'avaient «rien obtenu» lors de la guerre, il a insisté sur le fait que Téhéran ne «céderait pas» lors de négociations. Mercredi, le président Donald Trump avait averti que les Iraniens avaient «intérêt à devenir intelligents et vite!», en évoquant la possibilité d'une prolongation du blocus maritime «pendant plusieurs mois», selon un haut responsable de la Maison Blanche. Sanctions américaines Entre-temps, c’est la pression américaine qui monte. Vendredi, quelques heures donc après avoir reçu le texte des nouvelles propositions iraniennes, Washington a de nouveau imposé vendredi des sanctions contre six individus et plus de 20 entités, tous liés au Corps des Gardiens de la révolution et à la structure financière iranienne. Mais dans le même temps, Washington a légèrement allégé sa présence militaire dans la région. Un des trois porte-avions américains déployés au Moyen-Orient, l'USS Gerald Ford, déployé pour la guerre en Iran, a quitté la région, a indiqué un responsable américain vendredi, deux autres de ces bâtiments y restant positionnés. Le plus grand porte-avions du monde se trouve actuellement dans la zone de commandement américain pour l'Europe, selon ce responsable, qui a estimé à vingt le nombre de navires de la marine américaine restant déployés au Moyen-Orient. Ce décompte inclut les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS George Bush. Est-ce à dire que les États-Unis ont renoncé à des frappes contre l’Iran? La réponse est évidemment négative, ce redéploiement pouvant être une simple tactique militaire. Toujours est-il que le président américain ne compte pas solliciter l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre contre l’Iran. Vendredi marque en effet l’échéance des 60 jours après laquelle Donald Trump doit en principe demander cette autorisation. Devant les journalistes à la Maison Blanche, il a annoncé qu’il n’allait pas le faire. De toute façon, les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter cette obligation constitutionnelle, comme ils n’ont pas la majorité au Congrès. Prié de dire s’il envisageait de nouvelles frappes contre l’Iran, il s’est contenté de répondre: «Pourquoi vous le dirais-je?» Escalade continue au Liban-Sud Surf le front libanais, l’escalade se poursuit au Liban-Sud où l’armée israélienne a bombardé sans relâche de nombreux sites attribués au Hezbollah et mené de larges opérations de dynamitage qui n’ont pas épargné des sites historiques et archéologiques. L ’armée israélienne a fait sauter un vieux monastère et une école tenus par des religieuses, à Yaroun, ainsi que le site historique de Chamah, qui abrite le maqâm de Chamoun as-Safa, ainsi qu’une forteresse historique. Des raids violents ont été menés contre un grand nombre de villages, notamment Habbouche, dont les habitants avaient été appelés plus tôt à évacuer les lieux. Une dizaine de personnes ont été tuées dans cette localité. Le Hezbollah a réagi en lançant à son tour des drones explosifs et des roquettes contre des positions israéliennes dans la nouvelle zone tampon établie par Tel Aviv à la frontière. Cette nouvelle vague de violence, devenue quotidienne, a été suivie d’un vaste mouvement d’exode vers Saïda et Beyrouth, de nombreux Sudistes redoutant un élargissement du conflit. Alors que l’armée israélienne reconnaissait avoir des difficultés à contrer la menace des drones explosifs du Hezbollah, la formation pro-iranienne annonçait avoir réussi à acheminer des renforts au Liban-Sud. Lors d’un entretien avec un groupe de journalistes, dont l’AFP, le directeur des relations avec les médias de ce groupe, Youssef el-Zein, a révélé que ces renforts n’ont pas emprunté les routes contrôlées par l’armée libanaise, en précisant que «les autres accès au sud du Litani n’ont pas été fermés». «Nous sommes convaincus que l’armée est une armée nationale», qui «n’entrera pas dans une confrontation avec le Hezbollah», a-t-il dit. Pour le responsable, si Israël a pu s’infiltrer en profondeur en territoire libanais c’est parce que «la résistance avait remis ses armes au sud du Litani» et «ses infrastructures, dont les tunnels, ont été détruits». Mais il a assuré que le Hezbollah avait pu «reconstituer ses forces» après la dernière guerre avec Israël et qu’il était «préparé à une longue bataille». Interrogé au sujet de l’utilisation récente par le Hezbollah de drones explosifs à fibre optique contre l’armée israélienne, Youssef al Zein a dit qu’il s’agissait d’une «tactique» du groupe. «Nous connaissons la supériorité de l’ennemi, mais nous profitons dans le même temps de ses points faibles» , a-t-il dit. M. Zein, qui a remplacé Afif Naboulsi, tué dans une frappe israélienne sur Beyrouth en novembre 2024, a indiqué que ces drones étaient «fabriqués au Liban». Les attaques menées à l’aide de ces drones ont fait deux morts et plusieurs blessés au cours des trois derniers jours. Au niveau politique, l’épreuve de force se poursuit entre l’État et le Hezbollah. Le bloc parlementaire de cette formation que préside le député Mohammad Raad, a de nouveau rejeté, en des termes très durs, tout dialogue direct entre le Liban et Israël, fustigeant ce qu’il a appelé «la politique destructrice d’un pouvoir en déclin» et se vantant d’avoir «réussi à établir une nouvelle équation militaire face à Israël». Les perspectives d’un lancement de pourparlers entre Beyrouth et Tel Aviv ont été passés en revue durant l’entretien que le président Joseph Aoun a eu vendredi avec l’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Michel Issa, qui s’était auparavant entretenu avec le Premier ministre libanais, Nawaf Salam. Ces deux entretiens interviennent au lendemain de l’annonce faite par le président Trump, selon laquelle, les négociations libano-israéliennes devraient démarrer d’ici deux semaines. Mais la position du Liban demeure inchangée: Pas de pourparlers tant que Tel Aviv n’a pas mis fin à ces attaques contre les localités et les infrastructures libanaises au sud du pays. Le président Aoun a réitéré cette condition devant le diplomate.

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (4)

Dans une série d’articles, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Nous laissons au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Il est grand temps, dans ce contexte de guerre, de contrecarrer sérieusement la rhétorique stérile de résistance. Non pas par une contre-rhétorique, mais par une approche en profondeur, prônant la culture de l’État de droit, lequel ne pourrait être édifié qu’à travers la souveraineté. Les trois premiers articles présentaient une relecture des événements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf en passant par l’opération «Règlement de comptes», l’«Entente de juillet» (1993), jusqu’à la veille de sa deuxième guerre avec Israël. Étape 5: De l’«Entente d’avril» à la guerre d’usure Suite à l’«Entente d’avril 1996», le Hezbollah, encouragé par l’Iran et la Syrie, a poursuivi sans relâche sa guerre d’usure, lancée en 1991 contre l’armée israélienne et l’Armée du Liban-Sud (l’ALS). Le but déclaré était de libérer la «zone de sécurité» de l’occupation israélienne, mais elle servait dans le même temps un autre but: torpiller les pourparlers de paix dont l’Iran était exclu. Parallèlement, la position de Washington est restée inchangée depuis les conférences de Madrid et d’Oslo dont l’objectif était d’instaurer une paix définitive au Moyen-Orient. Pour initier et maintenir ce processus, les administrations américaines successives n’ont cessé d’empêcher toute riposte israélienne d’envergure aux frappes du Hezbollah, misant sur le processus de paix syro-israélien. Le résultat de cette guerre d’usure a été assez lourd pour toutes les parties. Entre 1996 et 2000, Israël a perdu 193 hommes, l’ALS 175, et le Hezbollah 375. Le point culminant des pertes israéliennes s’est produit en février 1997, avec la collision de deux hélicoptères transportant des troupes du Sayeret Matkal (unité d’élite de l’armée israélienne) vers le Liban-Sud. L’accident a fait 73 morts, le bilan le plus lourd de l’histoire de cette armée. Il a provoqué un choc qui a mené l’opinion publique israélienne à s’interroger sur le prix humain de la «zone de sécurité». En septembre de la même année, 16 soldats israéliens de l’unité d’élite du Shayetet 13 sont tombés dans une embuscade dressée par le Hezbollah à Ansariya (à 20 km au sud de Saïda). Douze d’entre eux y ont laissé leur vie. L’incident a confirmé ainsi la prouesse tactique du Hezbollah, renforcé et encadré directement par des officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ajouté à celui du crash des deux hélicoptères, il a alimenté en Israël le sentiment d’une guerre sans perspective claire. L’une de ses conséquences a été la naissance du mouvement citoyen «Arba Imaot» (les quatre mères) fondé par des mères endeuillées de soldats tués. La question militaire s’est ainsi transposée vers un débat sociétal et moral, dans lequel le retrait du Liban a été imposé comme exigence politique. La campagne des «Arba Imaot» a contraint les responsables et les candidats israéliens aux élections à se positionner publiquement sur un départ inconditionnel du Liban. Shimon Pérès, puis Benjamin Netanyahu et enfin Ehud Barak, avant et après leurs entrées en fonction comme Premiers ministres, n’avaient qu’un discours: le retrait du Liban. En janvier 1998, Benjamin Netanyahu, Premier ministre de l’époque, a déclaré qu’«Israël est prêt à accepter la résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU (1) à condition qu’il soit possible de parvenir à un accord avec le Liban qui garantira les procédures de sécurité requises par Tel Aviv». Un mois plus tard, il a affirmé: «Ce que nous devons faire, c’est quitter le Liban. Ce que le monde doit faire, c’est menacer les Syriens s’ils soutiennent des attaques contre nous.» Dans les rangs de l’ALS, c’est l’inquiétude. Celle-ci a pressenti l’abandon israélien, surtout que les forces de Tel Aviv avaient été sensiblement réduites dans la zone de sécurité. L’élection d’Ehud Barak en mai 1999, faisant campagne en faveur d’un retour des troupes, a marqué une accélération du processus du retrait: Barak avait promis de ramener ses hommes en juillet 2000. Étape 6: Pour Damas et Baabda, le retrait israélien était un «complot sioniste» Début janvier 2000, Bill Clinton a réuni Ehud Barak et Farouk el-Chareh, ministre syrien des Affaires étrangères, dans la ville de Shepherdstown (USA). Ce fut la seule négociation directe syro-israélienne de l’histoire, terminée par un échec. Durant la réunion, les services de renseignements occidentaux et israéliens ont appris que Damas a autorisé Téhéran à réarmer le Hezbollah et à augmenter ses capacités offensives à travers des livraisons immédiates et intenses d’équipements et de munitions à l’aéroport de Damas, que des camions syriens transportaient vers les dépôts du Hezbollah, au Liban, sous l’œil bienveillant du président libanais Émile Lahoud, totalement inféodé au régime de Hafez el-Assad. Malgré cela, Ehud Barak a ordonné à son armée de ne pas cibler les dépôts approvisionnés par les Syriens et, surtout, de ne pas viser ces derniers. Il espérait que les pourparlers de paix avec Damas reprendraient plus tard. Peu après, l’armée israélienne, ayant tenté d’assassiner le leader militaire du Hezbollah au Liban-Sud, a mené des représailles intenses. Le cabinet de sécurité restreint israélien a autorisé une série de frappes aériennes contre le Hezbollah, mais avec interdiction formelle de viser des objectifs syriens. Ceci a valu à Ehud Barak des éloges de Martin Indyk, ambassadeur des États-Unis en Israël et ancien secrétaire d’État adjoint pour les affaires du Moyen-Orient. De plus, Barak ne ratait pas une occasion en public et en privé pour faire savoir qu’il cherchait une stratégie de retrait du Liban. En contrepartie, les ténors du régime Assad ont mené une campagne tambour battant auprès de leurs alliés libanais, affirmant que la proposition de retrait Israélien était un «complot sioniste» visant à assiéger la Syrie exactement comme l’Irak l’était par les États-Unis. Dans les mois qui suivent, Émile Lahoud a multiplié les interventions pour dénoncer ce qu’il considérait comme une manœuvre tactique dangereuse d’Israël. Il considérait qu’un retrait du Liban sans un retrait du Golan était un piège. Le 9 mars 2000, il a déclaré: «Les plans déclarés d’Israël de se retirer du Liban sont destinés à saboter le processus de paix.» Il a ajouté que tout retrait israélien serait «le fruit du soutien libanais à la résistance (Hezbollah) et de l’unité de la position libano-syrienne», et non pas d’une vraie volonté de paix. Le paradoxe du régime d’Émile Lahoud est qu’il appuyait à fond la guérilla menée par le Hezbollah pour libérer le sud, ignorant le processus de paix. Il ne voulait pas de retrait israélien, car le maintien de l’occupation israélienne permettait à l’époque de réaliser trois objectifs: la justification de l’occupation syrienne du Liban, le discours de résistance du Hezbollah, et le maintien d’Israël dans le «bourbier libanais» tant que le plateau du Golan n’est pas rendu à la Syrie. À cette époque, l’hégémonie du Hezbollah sur les institutions de l’État était encore au stade embryonnaire, alors même que cette formation jouissait déjà d’un potentiel militaire important. C’étaient les Syriens qui contrôlaient totalement l’État au Liban. (à suivre) (1) La résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU a été votée après l’invasion israélienne du Liban-Sud, suite aux opérations de guérilla des organisations armées palestiniennes contre Israël à partir du territoire libanais. Celles-ci duraient depuis 1969. La résolution 425 stipule le retrait immédiat et inconditionnel d’Israël du Liban et le déploiement de 3.000 hommes de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban) à l’époque. À lire sur le même sujet: Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (3) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (2) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (1)

La fixation iranienne sur Nabih Berry
Par
Khairallah Khairallah
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Il est frappant de constater avec quelle insistance la «République islamique» s’obstine à prétendre négocier au nom du Liban et à s’attribuer le mérite du cessez-le-feu dans ce pays. C’est ce qu’atteste la déclaration du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi qui, s’adressant au président Nabih Berry par téléphone, lui a communiqué que «là cessation des agressions israéliennes contre le Liban est couverte par notre accord avec les Américains». Ce n’est pas un hasard si c’est à Berry qu’Araghchi a choisi de téléphoner, comme pour signifier que le président du Parlement est désormais le dernier refuge de l’Iran au Liban. Cette posture iranienne à l’égard du Liban révèle une faillite sans précédent, d’autant qu’il n’existe en réalité aucun cessez-le-feu véritable. Tout ce qui se passe, c’est qu’Israël poursuit sa guerre contre le Liban, une guerre que le Hezbollah a lui-même déclenchée. Dans cette phase, Israël concentre ses opérations sur les territoires situés au sud du Litani, débordant parfois sur la Békaa-ouest pour y mener des frappes ciblées. En somme, il ne s’agit pas d’un cessez-le-feu mais de la poursuite d’une guerre que l’État hébraïque conduit en tenant compte de certaines exigences américaines. L’État hébraïque épargne pour l’heure Beyrouth, conformément au souhait du président Donald Trump, qui entretient vis-à-vis du Liban des calculs bien particuliers, souhaitant ménager un pays qu’il dit «aimer». Ces considérations semblent relever de motivations personnelles davantage que de préoccupations liées à l’Iran, et s’expliquent surtout par le désir de voir aboutir toute négociation entre le Liban et Israël. On notera à cet égard que le président américain a tenu à accueillir le dernier cycle des pourparlers préliminaires entre le Liban et Israël à la Maison-Blanche plutôt qu’au Département d’État. La position iranienne à l’égard du Liban donne la mesure des illusions dans lesquelles la «République islamique» demeure enfermée. Au premier rang de ces illusions figure la conviction que le Liban lui est encore soumis. Téhéran refuse d’admettre que le Liban s’est déplacé vers un autre horizon. Ce qu’elle se refuse à reconnaître, c’est que la décision politique libanaise n’est plus entre ses mains, surtout depuis son retrait de Syrie. La «République islamique» fait abstraction du fait que le Liban a besoin de se défaire des armes du Hezbollah, et plus encore de parvenir à des arrangements sécuritaires avec Israël pour permettre sérieusement le retour des déplacés du Sud dans leurs villages, ou ce qu’il en reste. Elle ignore tout autant que le Liban ne peut survivre sous la menace d’une bombe à retardement qui porte le nom de plus d’un million de déplacés du Liban-Sud, dépossédés de tout ce qu’ils possédaient. La part essentielle du tableau libanais échappe ainsi à la vision iranienne : d’un côté les souffrances des gens du Liban-Sud, de l’autre la volonté israélienne de modifier la nature même du sol sudiste. La manière dont Israël a détruit un tunnel de deux kilomètres creusé par le Hezbollah à Kantara en est le témoignage vivant : il ne s’agissait pas simplement de détruire un ouvrage souterrain, mais de reconfigurer physiquement le territoire lui-même. Face à son incapacité à tenir tout le Liban sous sa coupe et au lendemain de la défaite militaire subie par le Hezbollah, l’Iran concentre désormais son attention sur Nabih Berry, lequel s’applique ces jours-ci à se démarquer des positions du président de la République Joseph Aoun et du président du Conseil Nawaf Salam. Berry ménage les désirs iraniens en se réclamant d’une préservation de l’unité communautaire, au lieu d’adopter la position nationale libanaise qu’imposent conjointement les circonstances intérieures, régionales et internationales. Il s’en tient à des formules du type : il est favorable aux négociations indirectes avec Israël, sans se demander comment de telles négociations pourraient permettre la restitution du territoire par le biais d’un retrait israélien de quelque cinq pour cent des terres libanaises encore occupées. La manœuvre iranienne, qui consiste à utiliser le président du Parlement pour arrimer le Liban aux négociations américano-iraniennes reconverties en pourparlers indirects, réussira-t-elle ? Elle est vouée à l’échec, au regard de la réalité sur le terrain, où Israël détruit quotidiennement ce qui subsiste de villages à majorité chiite dans le but d’établir une zone tampon au Liban-Sud. En définitive, quiconque s’engage dans la logique iranienne, que ce soit Nabih Berry ou tout autre acteur, ne fait que servir la logique de l’occupation et en consolider l’enracinement, rien de plus. Ce n’est un secret pour personne que le Hezbollah se nourrit de l’occupation, comme l’atteste le fait qu’il a tout fait pour en favoriser le retour. C’est lui qui a délibérément déclenché la «guerre de soutien à Gaza» le 8 octobre 2023, dont on connaît les résultats, notamment l’assassinat de Hassan Nasrallah et de la quasi-totalité des cadres dirigeants du parti, sans qu’il soit besoin de revenir sur l’opération des bipeurs ou sur ce qu’elle a révélé de la connaissance qu’Israël avait de la structure interne du Hezbollah et des lieux de résidence de ses dirigeants. Le Hezbollah et, derrière lui, l’Iran n’ont tiré aucune leçon des conséquences de la «guerre de soutien à Gaza». La «guerre de soutien à l’Iran», déclenchée le 2 mars 2026, n’a fait qu’aggraver la situation : Israël a élargi son occupation. La question qui demeure est de savoir comment un homme tel que Nabih Berry, fort de toute son expérience politique, peut s’engager dans une politique iranienne qui a atteint une impasse totale au lieu de soutenir la position nationale de Joseph Aoun et de Nawaf Salam. Il est difficile de comprendre l’attitude du président du Parlement à l’heure où le Liban a plus que jamais besoin d’affirmer sa rupture avec l’Iran, plutôt que de continuer à payer le prix des méfaits de la «République islamique» depuis le premier jour de son avènement en 1979. Le président du Parlement libanais n’a-t-il pas pris acte du fait que l’Iran vient de tirer la majeure partie de ses missiles et drones… en direction des pays du Golfe arabe, et non en direction d’Israël ?

Le Liban n’est pas Gaza
Par
Makram Rabah
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Lorsque des responsables israéliens menacent de réserver au Liban-Sud le même sort que Gaza, cette déclaration n'est pas seulement irresponsable, mais politiquement révélatrice, en ce qu'elle expose la mesure dans laquelle l'escalade régionale s'est enchevêtrée aux calculs de politique intérieure israélienne, tout en reflétant, parallèlement, la paralysie structurelle propre au Liban lui-même. Une telle rhétorique mérite d'être renvoyée à ce qu'elle est réellement, à savoir une posture électoraliste habillée en doctrine stratégique, sans pour autant qu'on puisse la dissocier d'une réalité autrement plus lourde de conséquences : le Liban a été entraîné, une fois de plus, dans une guerre qu'il n'a pas choisie, par un acteur qui ne répond pas de ses actes devant l'État, et qui ne supporte pas, de manière responsable, le coût de ses décisions. Il n'est pas de comparaison valable entre Gaza et le Liban-Sud, non pas parce que l'ampleur des destructions diffère, mais parce que l'architecture politique qui sous-tend chacun de ces cas est fondamentalement distincte. Gaza est gouvernée par une autorité qui revendique ouvertement la responsabilité de sa posture militaire, tandis que le Liban demeure prisonnier d'une inversion dangereuse où l'État supporte le poids de la guerre sans exercer de contrôle souverain sur les instruments qui la produisent. L'affrontement en cours le long de la frontière sud n'est donc pas simplement un conflit bilatéral entre Israël et le Hezbollah, mais bien la manifestation d'une crise plus profonde de la gouvernance libanaise, où l'absence d'une autorité décisionnelle unifiée a transformé le pays en arène plutôt qu'en acteur. La conduite militaire d'Israël dans le sud, notamment le ciblage systématique des infrastructures et des réseaux de tunnels, est souvent présentée comme une nécessité sécuritaire, alors qu'elle ressemble en pratique à l'application forcée, par une puissance de feu écrasante, de résolutions internationales que l'État libanais a failli à mettre en œuvre ou a refusé d'appliquer. La référence persistante à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies n'est pas fortuite ; elle souligne à quel point Israël prétend désormais faire respecter, par des voies unilatérales, des obligations auxquelles le Liban s'est dérobé. Cette dynamique ne fait pas seulement éroder une souveraineté libanaise déjà fragile ; elle place également l'État dans la position intenable d'être simultanément jugé et contourné par des acteurs extérieurs qui ne distinguent plus entre les institutions étatiques et le groupe armé qui opère à leurs côtés. Ce qui rend ce moment particulièrement périlleux, c'est l'écart croissant entre les récits officiels et les réalités vécues sur le terrain. L'armée libanaise a à plusieurs reprises signalé sa conformité avec le cadre censé démilitariser la zone au sud du Litani, pourtant les développements en cours suggèrent soit un défaut d'application, soit un manque de volonté politique pour faire face aux violations. Cette ambiguïté a créé un vide dans lequel prolifèrent les revendications concurrentes, offrant à Israël les arguments pour justifier la poursuite de ses opérations, tout en laissant au Hezbollah l'espace pour entretenir son propre discours de dissuasion et de résistance. Dans un tel environnement, la vérité devient secondaire par rapport à l'utilité, et les faits sont mobilisés de manière sélective pour servir des agendas préétablis plutôt que pour éclairer la politique. Les conséquences de cette dissonance ne se limitent pas au champ de bataille ; elles s'étendent au tissu social et politique du Liban lui-même. Le déplacement des populations du sud a mis à nu l'ampleur de l'effondrement infrastructurel et l'impossibilité de maintenir une vie civile digne dans les conditions actuelles, tandis que les évacuations répétées des habitants, souvent sur l'instigation des acteurs mêmes qui prétendent les défendre, révèlent un schéma troublant où les populations sont traitées comme des variables sacrifiables dans un calcul stratégique plus large. La dimension humanitaire de ce conflit, bien que fréquemment invoquée, demeure subordonnée aux impératifs du maintien d'un théâtre d'affrontement qui sert des intérêts extérieurs aux frontières du Liban. Au cœur de cette crise réside une vérité plus inconfortable, que les responsables libanais ont été peu enclins à articuler avec clarté : l'érosion de la souveraineté n'est plus une préoccupation abstraite mais une condition vécue, façonnée par l'enracinement d'une puissance militaire non étatique et son intégration dans un axe régional conduit par l'Iran. La présence de décideurs qui opèrent en dehors du cadre des mécanismes de responsabilité libanais, et dont les priorités s'alignent sur des objectifs stratégiques extérieurs, a effectivement transformé des pans entiers du pays en prolongements d'un affrontement géopolitique plus vaste. Cette réalité complique toute tentative de négocier un cessez-le-feu ou une désescalade, dans la mesure où elle pose la question fondamentale de savoir qui, exactement, détient l'autorité pour engager le Liban sur la voie de la paix. C'est dans ce contexte que doit être compris le débat sur les négociations. L'insistance de certains à considérer l'engagement dans des pourparlers comme une trahison reflète une culture politique qui a longtemps confondu la diplomatie avec la faiblesse et valorisé l'affrontement perpétuel comme marqueur de la dignité nationale. Pourtant, l'alternative, autrement dit poursuivre une guerre sans objectif clair, sans consentement de l'État et sans voie viable vers une résolution, n'offre guère plus que la promesse d'une destruction accrue. Les négociations, en ce sens, ne constituent pas une concession mais une nécessité, à condition qu'elles soient ancrées dans une vision cohérente de l'autorité étatique et soutenues par la volonté d'affronter la cause profonde de l'impasse actuelle : l'existence d'une entité armée opérant indépendamment du commandement national. Les acteurs internationaux et régionaux, notamment ceux du Golfe arabe, ont rendu leur position de plus en plus explicite. L'aide financière et le soutien à la reconstruction ne se déverseront pas dans un système perçu comme subordonné au contrôle des milices, pas plus qu'un appui politique ne sera accordé à un État incapable d'affirmer sa propre primauté dans les domaines de la guerre et de la paix. Cette conditionnalité, souvent critiquée comme pression extérieure, reflète en réalité un consensus plus large selon lequel la stabilité ne peut pas être construite sur l'ambiguïté, et que la souveraineté ne peut pas s'exercer de manière sélective. Le Liban se trouve aujourd'hui à un carrefour qu'il a souvent approché sans jamais le traverser pleinement. Le choix qui se pose à lui n'est pas entre la guerre et la paix au sens conventionnel, mais entre continuer d'exister comme une arène fragmentée pour des puissances rivales ou se reconstituer en État capable de prendre ses propres décisions et de les faire respecter. Tant que le monopole de la violence demeurera contesté, chaque cessez-le-feu sera temporaire, chaque effort de reconstruction provisoire et chaque affirmation de souveraineté incomplète. La voie à suivre n'est ni aisée ni immédiate, mais elle commence par une reconnaissance simple, souvent esquivée : un pays qui ne contrôle pas ses armes ne contrôle pas son avenir.

Washington et Tel-Aviv menacent l’Iran d’une opération décisive

Les États-Unis et leur allié israélien ont menacé hier de reprendre les frappes contre l’Iran afin d’obliger la République islamique à revenir à la table des négociations. Malgré la trêve et des premiers pourparlers, le 11 avril à Islamabad, la diplomatie peine encore à s’imposer. Selon le site américain Axios , le président Donald Trump devait être briefé par le commandant du Centcom (Commandement central des États-Unis), Brad Cooper, sur de possibles nouvelles opérations militaires contre l'Iran. Le but étant de mener une action militaire décisive. Les options que lui présenterait le chef du Centcom comprennent une vague de frappes visant des infrastructures, mais aussi la possibilité d'une prise de contrôle du détroit d'Ormuz, éventuellement avec une participation des forces américaines au sol, selon le site qui cite deux sources proches du dossier. Le spectre d’un retour des frappes a poussé certains pays, comme les Émirats arabes unis, à adresser de nouveau des avertissements à leurs ressortissants, leur demandant d’éviter de se rendre en Iran, en Irak et au Liban. Elle a encouragé ceux qui s’y trouvent à les quitter. Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les États-Unis imposent un blocus des navires iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. En écho aux informations en provenance de Washington, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a prévenu que Tel Aviv pourrait «devoir agir à nouveau» contre l'Iran, afin qu'il ne «redevienne pas une menace pour Israël». La réponse iranienne ne s’est pas fait attendre: les déclarations incendiaires se sont succédé en fin de journée. À commencer par le guide suprême qui a affirmé que les États-Unis avaient subi une «défaite honteuse» face à son pays: «Deux mois après le plus grand déploiement militaire et l'agression menés par les tyrans de ce monde dans la région, et après la défaite honteuse des Etats-Unis, un nouveau chapitre s'ouvre» pour le Golfe et le détroit d'Ormuz, a lancé l'ayatollah Mojtaba Khamenei dans un message écrit. Blessé dans des frappes, il n'a pas été vu en public depuis sa nomination. Le président iranien Massoud Pezeshkian a dénoncé pour sa part le blocus américain dans lequel il a dit voir un «prolongement des opérations militaires» américaines. Même ton victorieux chez le commandant de la Force aérospatiale du Corps des Gardiens de la révolution, Majid Moussavi, qui a averti sur la télévision d'État que même une «brève» opération ennemie entraînerait «des frappes douloureuses, prolongées et étendues». Crise énergétique majeure La guerre des déclarations n’a pas tardé à semer la panique sur les marchés. La remontée des tensions a fait bondir les cours du pétrole: le Brent a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars le baril, un niveau inédit depuis 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. En effet, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance. «Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire», a ainsi jugé le patron de l'Agence internationale de l'Énergie, Fatih Birol. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est lui aussi alarmé de l'«étranglement» de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit. Et la Banque centrale européenne a alerté contre «l'intensification» des risques pour l'inflation et la croissance en zone euro. Pourparlers libano-israéliens «d’ici deux semaines» Sur le front libanais, 15 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes dans le sud du pays, tandis que le président Joseph Aoun a condamné les «violations persistantes» de la trêve par Israël, entrée en vigueur le 17 avril. «Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition et le rasage de maisons et lieux de culte, alors que le nombre de victimes grimpe de jour en jour», a dénoncé le président Aoun. Au niveau politique, le fossé se creuse toujours entre le président Aoun, décidé à mener des négociations directes avec Israël, et le Hezbollah, qui s'y oppose et mène campagne contre lui. Le président Trump a annoncé au cours d’une conférence de presse, jeudi, une reprise des pourparlers entre Libanais et Israéliens, à Washington «d’ici deux semaines», alors qu’à Beyrouth, l’ambassade américaine soulignait sur son compte X que le Liban se trouve aujourd’hui «à un tournant historique». Selon la chancellerie, le dialogue à venir représente pour le pays «une occasion historique, permettant à son peuple de reprendre les choses en main et d’édifier une nation souveraine et indépendante». Pour l’ambassade américaine, ce sont les négociations directes qui vont permettre au Liban d’avoir «des garanties solides pour un rétablissement de la souveraineté nationale, la préservation de son intégrité territoriale et de la sécurité de ses frontières». Elles sont également de nature à «garantir un soutien humanitaire et à la reconstruction». Affirmant que Washington est disposé à soutenir le Liban dans cette tâche, l’ambassade encourage le pays à «être le seul maître de son propre sort».