Logo Levant Time

Articles

Image d'actualité
Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
Portrait de l'auteur
Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
Portrait de l'auteur
Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
Image d'actualité
Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
Image d'actualité
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Plus d'articles
Trier par: RécentsAnciens
Quand les Druzes disent : «Assez… il est temps d'aller faire la paix»

Dans le jargon druze, il existe une formule que l'on emploie aux moments de transition : «Assez… il est temps d'aller présenter nos félicitations.» Dans un autre contexte, le même réflexe peut prendre la forme suivante : «Il est temps d'aller présenter nos condoléances.» Il ne s'agit pas là d'une simple courtoisie sociale, mais d'un réflexe politique façonné par l'histoire. Cela signifie qu'un moment s'est achevé, qu'un autre commence, et que ceux qui comprennent le monde tel qu'il est, et non tel qu'ils voudraient qu'il soit, doivent agir en conséquence. Les Druzes ont toujours été sensibles aux changements politiques. La géographie leur a enseigné cela. L'histoire l'a renforcé. La survie en a fait un instinct. Ils n'ont pas toujours besoin de déclarations officielles émanant des capitales pour savoir que le vent a tourné. Souvent, ils le sentent avant les autres. C'est pourquoi les récents sondages révélant un large soutien druze aux négociations, et même à un accord de paix avec Israël, ne devraient pas surprendre autant qu'on le prétend. La surprise n'est pas que les Druzes soient ouverts à une nouvelle orientation politique. La surprise est qu'ils aient dit ouvertement ce que beaucoup de Libanais comprennent en silence : le vieux langage de la guerre permanente s'est épuisé. D'après les chiffres, 72 % des Druzes interrogés se sont déclarés favorables à des négociations directes entre le Liban et Israël, dont une majorité y étant fortement favorable. Plus frappant encore, 84,2 % ont soutenu l'idée d'un accord de paix signé par le président libanais et le gouvernement, tandis que 80,7 % ont approuvé des contacts entre le président libanais et Netanyahu. Des chiffres qui ne sauraient être qualifiés de marginaux, et qui témoignent d'un climat politique clair : le public druze n'attend pas de permission idéologique pour reconnaître que le Liban a besoin d'une issue. Ces chiffres demandent toutefois à être bien lus. Le soutien druze à la négociation ne traduit pas nécessairement de l'amour pour Israël, ni une capitulation devant la mémoire, la souveraineté ou la dignité nationale. C'est une réponse pragmatique à une réalité qui s'effondre. Les mêmes données révèlent une communauté qui relie massivement la stabilité au retour de l'État, au renforcement de l'armée et à la fin du monopole du Hezbollah sur les décisions de guerre et de paix. Les répondants druzes ont accordé à l'armée libanaise et à son commandant l'une des meilleures cotes de popularité, à 93 %, tandis que 77,2 % se sont prononcés pour le désarmement du Hezbollah. Ils ont également exprimé l'un des jugements les plus sévères sur le rôle de l'Iran au Liban, à 93 % d'avis négatifs. Pris dans leur ensemble, ces éléments forment un message cohérent. Les Druzes ne disent pas simplement «la paix avec Israël». Ils disent qu'il faut restaurer l'État, restaurer l'armée, restaurer la capacité de décision, et mettre fin à la guerre sans fin qui a consumé le Liban. C'est précisément là que le Hezbollah et ses alliés déforment délibérément le débat. Ils veulent effacer toutes les distinctions : la paix devient normalisation, la négociation devient capitulation, et le retour de l'autorité étatique devient défaite. Dans leur vocabulaire, toute tentative d'arracher le Liban à la logique de l'affrontement sans fin est une trahison. Toute discussion des intérêts libanais est une défection. Toute proposition visant à restaurer le droit exclusif de l'État à décider de la guerre et de la paix est traitée comme un complot. Or la vérité est bien plus simple. Que l'État libanais négocie dans des conditions clairement souveraines ne signifie pas que le Liban s'agenouille. Cela pourrait signifier le contraire : que le Liban se redresse enfin, après des décennies durant lesquelles sa décision nationale lui a été confisquée. Les Druzes semblent avoir compris ce moment. Ils ne sont pas plus pro-israéliens que les autres, et ils ne sont pas moins attachés au Liban, à la Palestine ou aux causes arabes. Mais historiquement, ils ont été parmi les communautés libanaises les plus alertes à la différence entre un slogan qui protège et un slogan qui met en danger. Ils savent quand le langage se décroche de la réalité. Ils savent quand la résistance passe de la défense nationale à une structure de domination intérieure. Ils savent quand le coût de prétendre devient plus grand que le coût de changer de cap. C'est pourquoi leur position doit être lue comme pragmatique, et non idéologique. Un vote pour arrêter la guerre, et non pour effacer l'histoire. Un vote pour protéger le Liban, et non pour blanchir Israël. Un vote pour restaurer l'État, et non pour célébrer la normalisation. Et pourtant, cette humeur publique druze semble en avance sur une grande partie de la direction politique druze traditionnelle. Cette hésitation est compréhensible dans une certaine mesure. La direction porte le traumatisme des guerres du Liban, des trahisons régionales, des assassinats, des alliances changeantes et des promesses brisées, et elle souffre d'une sorte de coup du fouet historique. Chaque virage brutal au Liban peut avoir un prix, et chaque position avancée peut être exploitée, déformée ou sanctionnée. Or la prudence est une chose, et la paralysie en est une autre. La politique n'est pas seulement mémoire. C'est aussi la capacité de reconnaître l'avenir à mesure qu'il arrive. Si une large part du public druze dit que le temps est venu d'échapper à la captivité de la guerre, sa direction ne peut pas se contenter de gérer la peur. Elle doit contribuer à forger une position nationale sérieuse : pas de paix en dehors de l'État, pas de négociations en dehors de la souveraineté, et pas de décision de guerre ou de paix en dehors des institutions constitutionnelles. C'est là, cependant, que la plus grande responsabilité incombe à l'État libanais. Il n'est pas demandé au peuple libanais de se précipiter émotionnellement vers la paix, ni d'oublier l'occupation, le sang, les déplacements ou la cause palestinienne. Mais si des négociations sont sur la table, l'État a le devoir d'expliquer pourquoi la paix peut être un intérêt libanais. Il doit expliquer ce que le Liban aurait à gagner, quelles garanties seraient nécessaires, ce qu'il adviendrait du territoire libanais occupé, quel rôle jouerait l'armée, et comment un éventuel accord protégerait la souveraineté plutôt qu'il ne la minerait. La paix ne peut pas être vendue comme une vague transaction. Elle requiert un argumentaire national, et elle requiert un État prêt à affronter la machinerie d'intimidation et de bêtise qui s'obstine à qualifier chaque option diplomatique de « normalisation » et chaque sortie de guerre de «défaite». Mettre fin à la guerre n'est pas une défaite. La vraie défaite, c'est que le Liban reste suspendu entre une guerre qu'il ne peut pas gagner et une paix qu'il n'a pas le droit de discuter. La vraie défaite, c'est que des citoyens libanais meurent, émigrent, perdent leurs économies, leurs maisons et leur avenir pour défendre des formules qu'ils n'ont pas le droit de remettre en question. La vraie défaite, c'est qu'un pays ait un État de nom, mais pas d'autorité. La victoire, en revanche, réside peut-être dans le fait que le Liban décide enfin que son intérêt national n'est pas une note de bas de page dans les calculs des autres. Elle réside peut-être dans le fait de dire que le Liban-Sud est protégé par l'État libanais, et non par l'instabilité permanente. Que la dignité ne se mesure pas au nombre de fronts ouverts, mais à la capacité d'un pays à protéger son peuple, sa terre, son économie et ses institutions. Vue sous cet angle, les chiffres druzes ne sont pas une anomalie. Ce sont un avertissement précoce. Une petite communauté, longuement exercée à survivre aux tempêtes, dit au Liban qu'une ère est en train de se clore. Cela ne signifie pas que la paix est facile, garantie ou sans risques. Cela ne signifie pas qu'il faudrait faire aveuglément confiance à Israël, ni que les craintes libanaises sont illégitimes. Mais cela signifie que la guerre ne peut plus être sacralisée, et la paix ne peut plus être traitée comme un crime. Les Druzes ont peut-être dit, à leur manière, ce que l'État libanais craint encore de dire : assez. Il est temps d'aller, non pas féliciter Israël, mais féliciter le Liban s'il parvient à reconquérir son État. Il est temps que la paix cesse d'être traitée comme une accusation, et que la guerre cesse d'être traitée comme un destin. Il est temps que quelqu'un explique aux Libanais que mettre fin à la guerre, lorsque cette décision est prise par l'État et protégée par la souveraineté, n'est pas tant une normalisation avec l'ennemi qu'une normalisation avec l'idée que le Liban mérite de vivre.

La torture, de l’essence du régime syrien déchu!

De quoi s’extasier devant la panoplie des instruments de torture figurant au menu des geôles syriennes! C’est que les officines des divers services de moukhabarat n’avaient pas chômé pendant plus de cinquante ans de dictature prorogée. Alors, pour exercer leurs talents pervers, arracher des aveux à leurs victimes et surtout intimider la population, les tortionnaires du Baas avaient le choix entre le « doulab », le « ‘abd al-aswad » et le « bisat al-rih ». Difficile de départager les supplices, mais le deuxième de la liste est d’une telle perversité qu’Amnesty International n’avait pas manqué de le décrire dans son Rapport de 1984 en ces termes : « La victime, ligotée, est assise sur un appareil qui, lorsqu’on le branche, lui introduit une lame de métal chauffée dans l’anus ». Notez bien la date ci-dessus et dites-vous qui était au pouvoir à Damas. Et pour cause, il y en a qui, au Liban, sont nostalgiques du régime de Hafez el-Assad et qui, pour rehausser le prestige de cet autocrate, vont jusqu’à dénigrer la prestation de son fils Bachar qui n’a pas été, d’après eux, à la hauteur de la mission qui lui a été confiée par son géniteur. La Stasi est-allemande pour coach! Un constat préalable : les diverses branches des moukhabarat, piliers du pouvoir instauré à Damas, avaient été encadrées, sinon formées, par la Stasi est-allemande, de sinistre réputation. Et ce, depuis les années 1960 à la chute du mur de Berlin ! Mais là a joué la différence de culture entre les deux services de renseignement et de répression (1). En effet, les agents de la Stasi trouvaient que leurs homologues syriens avaient opté pour un modèle de torture spectaculaire et systématique et que leur modus operandi s’était caractérisé par une brutalité débridée et une « violence sadique immédiate ». Tandis qu’eux, en artistes raffinés des bords de la Spree et de l’Elbe, privilégiaient « la destruction psychologique, la surveillance et le chantage ». C’est dire que même à l’aune des normes est-allemandes, les procédés du clan Assad étaient d’une férocité excessive, gratuite et inutile. À cet égard, les archives de la police politique de l’Allemagne dite démocratique et populaire, ayant été dépouillées par chercheurs et universitaires, laissent entendre combien la « praxis syrienne » était commandée par des logiques vindicatives, claniques et confessionnelles qui n’avaient pas cours derrière le rideau de fer (2). La torture, marqueur d’identité du régime Non seulement les détenus étaient à l’agonie mais également tout un peuple, un peuple dans lequel il fallait étouffer par la terreur et l’intimidation toute forme d’opposition et toute velléité de dissidence. En janvier 2025, se fondant sur plus de 2000 témoignages, la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Syrie a publié un rapport, « The Web of Agony » dénonçant la pratique systématique de la torture par le pouvoir en exercice. En donnant libre cours à leurs instincts, voilà à quoi se livraient les exécuteurs des basses œuvres : « Le tabassage, les chocs électriques, les brûlures, l’arrachage des ongles, les viols et autres violences sexuelles, le refus de soins médicaux et les tortures psychologiques ». Et c’est sans parler des détentions arbitraires et liquidations de masse. Les procès de Damas ou l’heure du jugement Une page est tournée ! Les survivants du régime pénitentiaire syrien s’expriment désormais librement sur les réseaux sociaux. Bientôt les audiences des tribunaux prendront le relais des podcasts pour nous détailler des horreurs commises dans les centres de détention. Du parti Baas en Syrie comme en Irak, on ne retiendra que l’oppression, l’épouvante et les crimes. Ce n’est pas à l’époque de Saddam ni à celle des Assad que les libertés ont eu le loisir d’éclore ! Et comme on ne pourra jamais se figurer Hitler sans Auschwitz-Birkenau, ni Staline sans le goulag, on ne pourra guère évoquer Hafez ou Bachar sans l’infamante torture ! 1-John O. Koehler, “Stasi: The untold story of the east German secret police”, Basic Book, 1999. 2- Sophia Hoffmann, “Intelligence fields: The relations of the East German Stasi and Syrian Mukhabarat” (1960-1990), Publications du Leibniz-Zentrum Moderner Orient, Berlin.

Forcing diplomatique: les missions se multiplient en Iran

Vendredi, l’Iran n’avait toujours pas répondu aux conditions américaines pour une reprise des négociations avec Washington qui affiche un optimisme prudent quant à un possible déblocage. Les marchés boursiers mondiaux évoluaient d’ailleurs dans le vert, au cours de la journée, portés par l'espoir entretenu par le forcing diplomatique mené pour parvenir à une déclaration d’intention qui servirait de base pour une reprise des pourparlers irano-américains. Le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, est attendu à Téhéran pour des entretiens avec de hauts responsables, selon l’agence officielle iranienne, IRNA. Reuters a fait état de la présence d’une délégation qatarie en Iran, dans le cadre d’une mission menée en coordination avec Washington, alors que le site Axios indique que l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie sont également impliqués dans les efforts diplomatiques en cours. Mais pour l’heure, Téhéran, qui espère avoir les États-Unis à l’usure afin de leur arracher le maximum de concessions, continue de défier Donald Trump. Les Gardiens de la révolution ont ainsi annoncé dans la matinée le nombre de cargos et pétroliers qui ont traversé le détroit d’Ormuz sur base des nouvelles règles de péage imposées par la République islamique. Celles-ci sont «contraires au droit international», a rappelé l’Union européenne. Bruxelles a d’ailleurs décidé, vendredi, d’étendre les sanctions imposées à l’Iran, aux «personnes et entités impliquées dans les actions qui menacent la liberté de navigation au Moyen-Orient». Parmi les pays lésés et importunés par les mesures iraniennes sur Ormuz, les Émirats arabes unis, qui ont appelé l'Iran, par la voix du haut conseiller du président émirati, Anwar Gargash, à «ne pas surestimer ses cartes» dans les négociations à venir avec Washington. Pour lui, les chances d'un accord Iran-États-Unis permettant de débloquer ce détroit sont à «50-50». Par ailleurs, M. Gargash a mis en garde contre un cessez-le-feu «sans issue, qui sèmerait les germes d'un nouveau conflit à l'avenir». «Le programme nucléaire iranien, qui était notre deuxième ou troisième préoccupation, est désormais notre première préoccupation, a-t-il souligné. Nous nous sommes rendus compte que l'Iran est capable d'utiliser n'importe quelle arme dont il dispose». Le choc des sanctions américaines Au Liban, par ailleurs, on reste sous le choc des sanctions imposées par Washington à un groupe de députés et, pour la première fois, à des responsables de sécurité jugés proches du Hezbollah et du mouvement Amal du président de la Chambre, Nabih Berry. Il s’agit, en l’occurrence, du chef du département de la sécurité nationale à la Sûreté générale, le général Khattar Nassereddine, et du chef du bureau des Renseignements de l’armée dans la banlieue sud de Beyrouth, le colonel Samir Hamadé. Les deux sont accusés par le Trésor américain d’avoir «partagé des renseignements importants avec le Hezbollah au cours du conflit en cours». Les autres personnes visées sont les députés hezbollahis Hassan Fadlallah, Ibrahim Moussaoui, Hussein Hajj Hassan, ainsi que l’ancien ministre Mohammad Fneich, membre du conseil exécutif de la formation pro-iranienne et ancien député, l’ambassadeur accrédité par Téhéran à Beyrouth, Mohammad Reza Chibani, ainsi que Ahmad Assaad Baalbacki et Ali Ahmad Safaoui, tous deux des responsables de sécurité d’Amal. L'armée libanaise a rejeté indirectement les accusations portées par Washington contre son officier, accusé d’aider le Hezb, en soulignant dans un communiqué que la loyauté de ses soldats va «uniquement à l'institution». Tous les officiers et soldats «accomplissent leurs missions nationales (...) conformément aux décisions du commandement de l'armée», selon un communiqué de la Troupe qui a dit ne pas avoir été informée des sanctions «par les canaux de communication habituels» avec Washington. L’Iran a dénoncé les sanctions contre son ambassadeur, les qualifiant d'«illégales». Sur le terrain, au Liban, une frappe israélienne a fait six tués, dont deux secouristes et une fillette, dans le village de Deir Qanoune al-Nahr, dans la région de Tyr. Dans la nuit de jeudi à vendredi, quatre secouristes affiliés au Hezbollah ont été tués dans un raid sur Hanaouay, près de Tyr. L’Otan et Trump Par ailleurs, réunis en Suède, les ministres des Affaires étrangères des pays européens de l'Otan espéraient obtenir vendredi des éclaircissements de la part des États-Unis sur leur présence militaire en Europe, surtout après l’annonce faite par Donald Trump de déployer 5000 soldats américains en Pologne, alors qu’il envisageait d’atténuer la présence militaire américaine sur le Vieux continent. Au cours de cette réunion, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a dit à ses alliés de l'Otan que les décisions américaines sur les déploiements de troupes en Europe annoncées ces dernières semaines par Donald Trump n'avaient rien de «punitives». «C’est simplement un processus continu qui existait auparavant», a-t-il affirmé, ajoutant qu'il faudra «répondre» aux «inquiétudes» de M. Trump sur le Moyen-Orient. A Washington, la cheffe du renseignement américain Tulsi Gabbard a annoncé sa démission. Celle qui a semblé être en désaccord avec le président Donald Trump à propos de la guerre en Iran, dirige la Direction nationale du Renseignement (DNI), l'organisme qui chapeaute toutes les agences du renseignement, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Tulsi Gabbard était donnée partante par les médias américains, semblant être en porte-à-faux avec Donald Trump. Elle avait notamment refusé lors d'une audition parlementaire en mars de confirmer les propos du républicain selon lesquels l'Iran représentait une "menace imminente" avant les frappes américano-israéliennes qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient. Elle est la quatrième femme à quitter le gouvernement Trump en trois mois, après la ministre de la Justice Pam Bondi, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem et la ministre du Travail Lori Chavez-DeRemer. Le 3 avril dernier, en pleine guerre en Iran, le Pentagone a annoncé le départ du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, un limogeage qui allonge la liste des hauts gradés évincé par l’administration Trump.

Entre Trump, Poutine, Xi et l’Iran: une nouvelle géopolitique s’annonce (2/2)

En pleine guerre des tarifs et des restrictions commerciales entre Pékin et Washington, et de leurs confrontations sur les problèmes de Taïwan et de la Mer de Chine méridionale, Trump et Xi Jinping ont tenu une première rencontre, le 30 octobre 2025, à l'aéroport de Busan, en Corée du Sud, en marge du sommet du Forum de la Coopération Économique pour l’Asie-Pacifique. Cette réunion, rendue nécessaire par les problèmes économiques urgents qui se posaient aux deux pays, avait abouti à la conclusion d’une trêve commerciale d’un an entre les deux parties. Cette trêve a porté sur une baisse immédiate des tarifs douaniers américains sur les marchandises chinoises, dépassant les 100% dans certains cas. Ces tarifs ont été réduits jusqu’à une moyenne de 47%. De plus, le président Trump avait suspendu l’inscription sur les listes noires des filiales dont 50% ou plus des actions appartenaient à des groupes chinois sanctionnés. Il avait, en outre, promis de lever les restrictions sur l’exportation vers la Chine de micro-puces relatives à l’Intelligence Artificielle. En contrepartie, la Chine s'était engagée à intensifier la lutte contre le trafic vers l’Amérique de matières premières servant à fabriquer des narcotiques. Elle avait, d’autre part, suspendu ses restrictions drastiques sur l'exportation de métaux rares indispensables aux industries technologiques et de défense américaines, dont 90% des approvisionnements en ces métaux viennent de Chine. De plus, Xi s’était engagé à reprendre ses importations massives de soja américain, à raison de 11 milliards de US$ par an, et à acheter des avions Boeing sans préciser le nombre. Enfin, les deux pays avaient gelé les taxes portuaires réciproques sur leurs navires de commerce, et s’étaient promis de discuter plus tard des dossiers structurels plus lourds. Cela indique un besoin de collaboration et le début d’une nouvelle ère géopolitique aux retombées mondiales. Preuve en est le voyage de Poutine à Pékin, suite à celui de Trump. Rencontre Trump-Xi des 14 et 15 mai 2026 L’importance historique de cette rencontre a été minimisée par les médias qui se sont efforcés de démontrer que peu de progrès ont été réalisés, et qui ont surtout mis en relief l’insistance de Xi Jinping à réintégrer Taïwan à la Chine. En réalité, ce sommet a consolidé, élargi et prolongé la trêve commerciale fragile signée à Busan sept mois plus tôt, et il sera suivi d’autres sommets. Dans son discours, Xi a affirmé sa volonté d’entente stratégique avec les États-Unis, basée sur «une coexistence pacifique et une coopération mutuellement avantageuse». Il a relevé que les relations sino-américaines concernent le bien-être de plus de 1,7 milliard de personnes dans les deux pays et ont un impact sur les intérêts de plus de 8 milliards d'habitants de la planète». Cela est totalement nouveau dans le discours politique chinois. Consolidation de la trêve commerciale Le président Trump était accompagné à ce sommet de 17 chefs d’entreprises américaines dont la somme des capitaux s’élève à 15 mille milliards de dollars, équivalents à la moitié du PIB américain, et à trois fois le PIB de la France. Cette somme dépasse les PIB du Japon, de l’Allemagne et de l’Inde réunis. Parmi les chefs d’entreprises ayant accompagné le chef de la Maison Blanche figuraient Tim Cook, patron de Apple, Elon Musk, patron de Tesla et ambassadeur officieux de Washington, responsable de la passerelle naturelle pour le commerce entre les États-Unis et la Chine , Jensen Huang, patron de Nvidia, et Kelly Ortberg patronne de Boeing . Apple assemble en Chine près de 80 à 90% de ses iPhones et iMacs . Suite au sommet, elle a réussi à protéger cette production en gardant les droits de douane bilatéraux abaissés pour une période de trois ans. En outre, Apple a un chiffre d’affaires en Chine de 80 milliards de dollars (20% de ses ventes mondiales), qu’elle cherche à augmenter. Tesla, qui fabrique en Chine des voitures électriques et des équipements pour l’énergie solaire, a réussi à consolider la protection de son usine de Shanghai contre les barrières douanières bilatérales, sachant que celle-ci fabrique plus de la moitié de la production mondiale de Tesla . L’une des percées de ce sommet a été l’autorisation officielle accordée par Trump à Nvidia pour les ventes de sa puce d'intelligence artificielle H200 (la plus convoitée du marché) à des grands groupes technologiques chinois. La Chine représentait jusqu'à 25 % des revenus de Nvidia ; ce chiffre est tombé à près de 11% en raison des restrictions, qui maintenant sont levées. Le grand gagnant du sommet fut Boeing qui a signé un accord pour livrer 200 avions de ligne à Pékin, ce qui est une réussite totale pour sa patronne Kelly Ortberg, et constitue une bouffée d’oxygène financière permettant de redresser la compagnie. Boeing estime que la Chine aura besoin de plus de 8 500 nouveaux avions de ligne d'ici 2043 et espère dans la foulée de ce contrat en décrocher d’autres dans les années à venir, le nombre d’avions pouvant alors s’élever à 750. La question de Taïwan Le sommet a figé un statu quo sur la question de Taïwan. Le président Trump est clair dans son refus de l’indépendance formelle de l'île, qu'il juge dangereuse, tous aspects confondus. Le méga-contrat d'armement avec Taipei de 14 milliards de dollars est gelé et constitue un puissant levier de négociation face à Pékin. De son côté, le Kouo-Min-Tang (KMT), parti d’opposition taïwanais, nationaliste de droite, prône le dialogue avec Pékin et maintient sa position en faveur d’une seule Chine. D’ailleurs, sa présidente, Cheng Li-wun, a effectué une visite historique à Pékin du 7 au 12 avril derniers. Elle a rencontré Xi Jinping pour rétablir le dialogue. Contrairement au KMT, le parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir, défend fermement l'identité nationale taïwanaise. Toutefois, il prône le maintien du statu quo face aux revendications de la Chine continentale pour éviter le conflit armé. En résumé, alors que la classe politique taïwanaise cherche à préserver sa démocratie sans provoquer de conflit, Donald Trump a abordé le dossier sous un angle strictement pragmatique. La crise de l’Iran et du détroit d’Ormuz La crise du nucléaire iranien et la paralysie du détroit d’Ormuz demeurent sans solution, bien que ces dossiers aient été certainement débattus dans les semaines qui ont précédé la rencontre de Pékin. Le président Trump a affirmé que Xi avait souscrit à l'interdiction absolue pour Téhéran de posséder l'arme nucléaire, tout en s'engageant à bloquer toute livraison d'armes conventionnelles chinoises à l'Iran. Le chef de la Maison Blanche a également soutenu que Pékin refusait le principe du péage maritime imposé par la République islamique dans le détroit. De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé à un cessez-le-feu global, maintenant le flou diplomatique. En contrepartie, des rapports indiquent que Pékin paie discrètement à Téhéran des droits de transit pour ses pétroliers qui traversent Ormuz, sous couvert de «frais environnementaux». La Chine a tout intérêt à obtenir l’ouverture du détroit car elle importe plus de 50% de son pétrole non seulement d’Iran mais aussi des pays du Golfe. Enfin, le partenariat stratégique entre Pékin et Téhéran, signé en 2021, prévoyait des investissements de 400 milliards de dollars en Iran. Or jusqu’à cette date, ils ne dépassent pas quelques milliards, ce qui indique que Xi Jinping, depuis bien longtemps, ne veut pas risquer de mécontenter Washington et les pays du Golfe. Une nouvelle donne géopolitique Le sommet de Pékin fait partie d’un processus qui mène vers un nouvel ordre mondial qui remplacera celui qui a prévalu après la Seconde Guerre mondiale. Géopolitique impose… Il est clair que Xi Jinping, Trump et Poutine mettent en avant leurs priorités internes avant tout le reste, ce qui nécessite une normalisation des liens économiques et technologiques entre leurs pays respectifs. Poutine a d’ailleurs donné des signes d’ouverture tous azimut, notamment vers Trump et Xi Jinping, qu’il s’est empressé de visiter après le président américain, ainsi que vers l’Europe. Cela n’avantage pas du tout Téhéran qui risque fort bien de faire les frais de cette nouvelle réalité géopolitique.

Ormuz, uranium enrichi… l’Iran durcit sa position

Le ballet diplomatique visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran se poursuit avec la visite à Téhéran d’un nouveau haut responsable pakistanais, médiateur des discussions. Entre les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a affirmé que des « progrès avaient été réalisés », et celles du ministère iranien des Affaires étrangères, selon lesquelles « les négociations portent, à ce stade, sur la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban», un certain optimisme semblait émerger après une série de messages explosifs échangés de part et d’autre. Mais une information publiée jeudi par l’agence Reuters concernant le nucléaire iranien, ainsi qu’un durcissement de la position des Pasdaran au sujet du détroit d’Ormuz, sont venus balayer cette accalmie diplomatique. Selon Reuters, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a donné pour directive que l’uranium iranien enrichi à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire ne soit pas transféré à l’étranger. « La directive du Guide suprême, ainsi que le consensus au sein de l’establishment, est que le stock d’uranium enrichi ne doit pas quitter le pays », a indiqué l’une des deux sources iraniennes citée par Reuters, et qui s’exprimait sous couvert d’anonymat. Selon ces sources évoquées, les plus hauts responsables iraniens estiment qu’un transfert de cette matière à l’étranger rendrait le pays plus vulnérable à de futures attaques américaines ou israéliennes. Les deux responsables iraniens ont également affirmé qu’une profonde méfiance règne à Téhéran quant à la trêve actuelle, perçue comme une possible manœuvre tactique de Washington destinée à créer un faux sentiment de sécurité avant une reprise des frappes aériennes. Selon les sources, les deux parties ont commencé à réduire certaines divergences, mais des désaccords majeurs persistent concernant le programme nucléaire iranien — notamment le sort des stocks d’uranium enrichi et la demande de Téhéran de voir reconnu son droit à l’enrichissement. L’une des sources a toutefois affirmé qu’il existait des « formules réalisables » pour résoudre ce différend. « Il existe des solutions, comme la dilution du stock sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique », a indiqué l’un des responsables iraniens, cité par l’agence londonienne. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que l’Iran possédait 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % lorsque Israël et les États-Unis ont frappé des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. La quantité de matière ayant survécu à ces frappes reste inconnue. Cette décision durcit la position de Téhéran sur l’une des principales exigences américaines dans le cadre des pourparlers de paix. L’ordre de l’ayatollah Khamenei pourrait accentuer les tensions avec le président américain Donald Trump et compliquer davantage les discussions visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Donald Trump a affirmé jeudi que les États-Unis ne permettraient pas à l’Iran de conserver son stock d’uranium hautement enrichi. « Nous allons le récupérer. Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas. Nous le détruirons probablement une fois en notre possession, mais nous ne les laisserons pas le garder », a déclaré Trump à des journalistes à la Maison Blanche. Ormuz: l’Iran élargit ses revendications Concernant un deuxième point sensible des négociations avec les Etats-Unis, le nouvel organisme iranien de gestion du détroit d'Ormuz a revendiqué jeudi une zone de contrôle allant jusqu'aux eaux situées au sud du port émirati de Fujaïrah, s'attirant les foudres de son voisin du Golfe. Téhéran contrôle la navigation dans cette voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Si un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, les autorités exigent que les bateaux transitant par le détroit obtiennent des autorisations des forces armées iraniennes. La toute nouvelle "Autorité du détroit du Golfe Persique", qui dispose désormais d'un compte officiel sur X, a publié mercredi un message accompagné d'une carte, disant avoir délimité "la zone de compétence réglementaire pour la gestion" du détroit. Elle écrit que cette zone s'étend "de Kuh-e Mubarak en Iran jusqu'au sud de Fujaïrah aux Emirats arabes unis" concernant l'entrée est du détroit, et du côté ouest "de l'île de Qeshm à Umm Al-Quwain”, un des sept émirats constituant les UAE. "Le transit dans cette zone dans le but de traverser le détroit d'Ormuz nécessite une coordination avec l'Autorité du détroit du golfe Persique et son autorisation", est-il spécifié. De quoi irriter Abou Dhabi, alors que le port de Fujaïrah se trouve au coeur de sa stratégie pour contourner le blocage du détroit. "Le régime (iranien) tente d'imposer une nouvelle réalité (...), mais les tentatives de contrôle du détroit d'Ormuz ou d'atteinte à la souveraineté maritime des Emirats ne sont qu'une chimère", a réagi sur X le conseiller du président émirati, Anwar Gargash. Sanctions US contre Amal et le Hezbollah Sur un autre plan, Washington a annoncé jeudi placer sur sa liste de personnes et entités sous sanctions neuf individus, accusés d'être proches ou membres de la direction du Hezbollah et d'"entraver la paix et le désarmement" du groupe libanais pro-iranien. Parmi les cibles des sanctions du département américain du Trésor se trouvent l'ambassadeur désigné de l'Iran au Liban, Mohammad Reza Raouf Sheibani, des responsables des services de renseignement libanais, des alliés politiques du Hezbollah et quatre responsables du groupe. L'un d'entre eux est le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, qui a également dirigé la radio (Al-Nour) et la télévision (Al-Manar) du mouvement. Le gouvernement libanais a refusé mi-mars les lettres de créance de l'ambassadeur iranien et ordonné son départ du pays, mais M. Sheibani a refusé de quitter Beyrouth. Les mesures prises par le département du Trésor visent également Ahmad Baalbeki et Ali Safawi, deux responsables du mouvement Amal, présidé par le chef du Parlement Nabih Berri. Dans son communiqué le secrétaire du Trésor, Scott Bessent, a déclaré que "le Hezbollah est une organisation terroriste qui doit être totalement désarmée. Le département du Trésor continuera de s'en prendre aux responsables ayant infiltré le gouvernement libanais et permettant au Hezbollah de mener sa campagne de violence sans but contre le peuple libanais et d'entraver la paix". Les sanctions impliquent le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement et indirectement par les personnes ciblées ainsi que l'interdiction pour les citoyens et entreprises américains de mener des échanges avec elles. Cette interdiction s'applique également aux entreprises étrangères si elles disposent d'une filière aux Etats-Unis ou réalisent une partie de leurs échanges en dollars. Sur le terrain, un hôpital au Liban-Sud a été endommagé jeudi par une frappe israélienne, selon le ministère de la Santé, l'armée israélienne poursuivant ses raids malgré une trêve fragile avec le Hezbollah pro-iranien. "Deux frappes israéliennes ont visé la localité de Tebnine, près de l'hôpital gouvernemental", dans la région de Bint Jbeil, a rapporté de son côté l'Agence nationale d'information. Le ministère a par ailleurs précisé que la frappe a fait "neuf blessés, parmi lesquels sept membres du personnel de l'hôpital dont cinq femmes". Le ministère avait indiqué mercredi que trois hôpitaux dans le sud avaient été fermés et 16 autres endommagés depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Halte, fausse route …
Par
Michel Touma
Publié

Dans l’actuel conflit qui décidera vraisemblablement du sort de la République islamique iranienne, il devient plus que jamais vital de faire preuve de transparence et de dire les choses comme elles sont, sans complaisance ni tergiversation: nombreux sont les hauts responsables politiques, experts, universitaires et journalistes qui font fausse route dans leur perception de l’enjeu véritable de cette crise existentielle qui secoue l’ensemble de la région et qui se répercute, par ricochet, sur le marché international. Le plus grave serait dans le contexte présent de se tromper de bataille. L’adversaire à combattre aujourd’hui n’est nullement le président Donald Trump, quels que soient les griefs que l’on pourrait retenir contre lui sur le plan du comportement, de l’attitude hautaine, de ses écarts de langage ou de ses rapports avec les dirigeants censés être ses alliés. Est-il nécessaire de rappeler à cet égard, pour illustrer notre propos, que ces mêmes défauts étaient reprochés à Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale, mais le général de Gaulle, en plein conflit avec le régime nazi, n’avait pas pour autant focalisé tout son combat sur ses tiraillements et différends avec l’ancien Premier ministre britannique… Si de nombreux responsables et experts politiques font aujourd’hui fausse route dans leur perception du conflit iranien c’est essentiellement parce qu’ils se refusent d’admettre que les véritables enjeux de ce conflit ne se limitent pas à la seule libre circulation maritime au détroit d’Ormuz et à la sauvegarde de l’économie mondiale. L’enjeu ne porte nullement sur l’arrêt de l’escalade et des opérations militaires pour favoriser «la voie diplomatique» et la recherche d’une «solution négociée acceptable par les deux parties»… De tels objectifs auraient été concevables et compréhensibles si l’on se trouvait en présence de factions, même rivales, ayant une ligne de conduite conforme aux normes rationnelles coutumières. Cela est loin d’être le cas des dirigeants de la République islamique iranienne, plus précisément de son épine dorsale, les Gardens de la Révolution. Les porte-étendards de la «voie diplomatique» et détracteurs de la méthode musclée mise en place par le président Trump occultent, par calcul égocentrique ou par angélisme mal placé, ce qui devrait être le véritable enjeu de ce conflit: l’éradication du régime iranien, ou tout au moins de son aile dure belliqueuse, représentée par les Pasdaran. Il ne s’agit là nullement d’un simple enjeu de pouvoir ou de l’imposition d’un quelconque équilibre de force, mais d’un enjeu fondamentalement existentiel dont il serait dangereux de négliger la dimension idéologique divine… Il est en effet grand temps d’admettre une réalité indéniable, confirmée par des faits tangibles: les Etats-Unis, l’Union européenne, le monde occidental en général, les Etats du Golfe, les pays du Levant sont confrontés depuis des décennies aux affres et agressions d’un pouvoir théocratique, dictatorial et sanguinaire iranien, qui se croit investi d’une mission messianique et qui s’est fixé une ligne de conduite fondée sur une vision obscurantiste et rétrograde du monde, de la société, de la vie et de la mort, de la place de l’Homme et de la Femme dans leur environnement… Ce projet de société khomeyniste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) est bâti sur des pratiques, des coutumes, un mode de vie, des règles sociales d’un autre âge. Il est porté à bouts de bras par l’aile radicale du régime de Téhéran depuis l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, en 1979. D’entrée de jeu, les Pasdaran ont adopté le slogan de l’exportation de la Révolution islamique et ils l’ont mis en pratique en implantant des milices vassales au Liban, en Irak, au Yémen, en Syrie, à Gaza, et en se livrant à une politique expansionniste et déstabilisatrice dans nombre de zones de la région, plus particulièrement dans plusieurs pays du Golfe. Pour préserver leur pouvoir et le régime khomeyniste dans son ensemble, les «gardiens du temple» – les Pasdaran – ne reculent devant rien et ne s’encombrent en aucune façon de quelconques considérations d’ordre humanitaire. Dernier exemple en date: les pendaisons en masse d’adolescents, de jeunes à la fleur de l’âge, d’étudiants universitaires, de cadres supérieurs, accusés d’avoir participé à des manifestations pacifiques (600 pendaisons depuis le début de l’année et plus de 2100 en 2025, sans que les «intellectuels» et les «bien-pensants» ne s’en émeuvent outre mesure). Peut-on oublier que lors des dernières manifestations de masse dans la plupart des régions iraniennes, l’appareil répressif du régime a massacré en deux jours, les 8 et 9 janvier 2026, plus de 40 000 civils! Est-il besoin de rappeler le soulèvement de 2009 (le «Mouvement vert») provoqué par la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad et sauvagement réprimé par les Pasdaran, ou encore le «Novembre sanglant» de 2019 qui a fait non moins de 300 morts, et surtout la vaste contestation «Femme, vie, liberté» de 2022, déclenchée par la mort en détention de la jeune fille d’origine kurde Mahsa Amini et qui a été réprimée dans le sang par des tirs à balles réelles, par des milliers d’arrestations et des cas de torture innommables… Mais l’apogée de l’atrocité a été atteinte lors de la guerre contre l’Irak, lorsque le régime a envoyé des centaines d’enfants se faire tuer sur des champs de mines pour ouvrir la voie aux forces régulières! En dépit de ce sinistre passé, sur lequel il est possible de s’attarder longuement en exposant moult détails sur les répressions et méfaits du régime, nombre de pays occidentaux et d’Etats arabes continuent de prôner le «dialogue» et une solution «diplomatique» pour mettre un terme au présent conflit armé et trouver une issue au problème du programme nucléaire iranien et de l’enrichissement de l’uranium. Ces pays feignent à cet égard d’oublier que cela fait plus de … vingt ans (!), depuis le début des années 2000, que ces dossiers du nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium sont discutés, négociés, débattus, examinés, scrutés, renégociés de multiples fois au fil des ans, en long et en large. Plus de vingt ans de discussions stériles qui ont permis au régime des mollahs de gagner du temps pour développer sans cesse son programme nucléaire et accélérer l’enrichissement de son uranium, jusqu’à atteindre le seuil de 60 pour cent et plus. Le président Trump a mis récemment le doigt sur la plaie en relevant, à juste titre, ce que d’autres dirigeants s’obstinent à ne pas reconnaitre: «Depuis 47 ans (depuis 1979), le régime iranien nous mène en bateau; il nous fait attendre, tue nos hommes au moyen de bombes artisanales plantées en bordure de route, réprime brutalement les soulèvements populaires et récemment encore a massacré 42000 manifestants innocents sans défense » (…). Face à ce constat lugubre et cette réalité répugnante, qu’y a-t-il encore à négocier avec un tel régime assassin, mû par le culte du martyre, par une idéologie divine rétrograde qui n’a aucune considération pour la personne humaine, pour l’individu en tant que valeur absolue? Aurait-il été concevable, à titre de comparaison, de prôner en 1944-1945 le «dialogue» avec Hitler pour aboutir à une «solution diplomatique» avec le régime nazi?