


Le ballet diplomatique visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran se poursuit avec la visite à Téhéran d’un nouveau haut responsable pakistanais, médiateur des discussions.
Entre les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a affirmé que des « progrès avaient été réalisés », et celles du ministère iranien des Affaires étrangères, selon lesquelles « les négociations portent, à ce stade, sur la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban», un certain optimisme semblait émerger après une série de messages explosifs échangés de part et d’autre.
Mais une information publiée jeudi par l’agence Reuters concernant le nucléaire iranien, ainsi qu’un durcissement de la position des Pasdaran au sujet du détroit d’Ormuz, sont venus balayer cette accalmie diplomatique.
Selon Reuters, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a donné pour directive que l’uranium iranien enrichi à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire ne soit pas transféré à l’étranger.
« La directive du Guide suprême, ainsi que le consensus au sein de l’establishment, est que le stock d’uranium enrichi ne doit pas quitter le pays », a indiqué l’une des deux sources iraniennes citée par Reuters, et qui s’exprimait sous couvert d’anonymat.
Selon ces sources évoquées, les plus hauts responsables iraniens estiment qu’un transfert de cette matière à l’étranger rendrait le pays plus vulnérable à de futures attaques américaines ou israéliennes.
Les deux responsables iraniens ont également affirmé qu’une profonde méfiance règne à Téhéran quant à la trêve actuelle, perçue comme une possible manœuvre tactique de Washington destinée à créer un faux sentiment de sécurité avant une reprise des frappes aériennes.
Selon les sources, les deux parties ont commencé à réduire certaines divergences, mais des désaccords majeurs persistent concernant le programme nucléaire iranien — notamment le sort des stocks d’uranium enrichi et la demande de Téhéran de voir reconnu son droit à l’enrichissement.
L’une des sources a toutefois affirmé qu’il existait des « formules réalisables » pour résoudre ce différend.
« Il existe des solutions, comme la dilution du stock sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique », a indiqué l’un des responsables iraniens, cité par l’agence londonienne.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que l’Iran possédait 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % lorsque Israël et les États-Unis ont frappé des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. La quantité de matière ayant survécu à ces frappes reste inconnue.
Cette décision durcit la position de Téhéran sur l’une des principales exigences américaines dans le cadre des pourparlers de paix.
L’ordre de l’ayatollah Khamenei pourrait accentuer les tensions avec le président américain Donald Trump et compliquer davantage les discussions visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Donald Trump a affirmé jeudi que les États-Unis ne permettraient pas à l’Iran de conserver son stock d’uranium hautement enrichi. « Nous allons le récupérer. Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas. Nous le détruirons probablement une fois en notre possession, mais nous ne les laisserons pas le garder », a déclaré Trump à des journalistes à la Maison Blanche.
Ormuz: l’Iran élargit ses revendications
Concernant un deuxième point sensible des négociations avec les Etats-Unis, le nouvel organisme iranien de gestion du détroit d'Ormuz a revendiqué jeudi une zone de contrôle allant jusqu'aux eaux situées au sud du port émirati de Fujaïrah, s'attirant les foudres de son voisin du Golfe.
Téhéran contrôle la navigation dans cette voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Si un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, les autorités exigent que les bateaux transitant par le détroit obtiennent des autorisations des forces armées iraniennes.

La toute nouvelle "Autorité du détroit du Golfe Persique", qui dispose désormais d'un compte officiel sur X, a publié mercredi un message accompagné d'une carte, disant avoir délimité "la zone de compétence réglementaire pour la gestion" du détroit.
Elle écrit que cette zone s'étend "de Kuh-e Mubarak en Iran jusqu'au sud de Fujaïrah aux Emirats arabes unis" concernant l'entrée est du détroit, et du côté ouest "de l'île de Qeshm à Umm Al-Quwain”, un des sept émirats constituant les UAE.
"Le transit dans cette zone dans le but de traverser le détroit d'Ormuz nécessite une coordination avec l'Autorité du détroit du golfe Persique et son autorisation", est-il spécifié.
De quoi irriter Abou Dhabi, alors que le port de Fujaïrah se trouve au coeur de sa stratégie pour contourner le blocage du détroit.
"Le régime (iranien) tente d'imposer une nouvelle réalité (...), mais les tentatives de contrôle du détroit d'Ormuz ou d'atteinte à la souveraineté maritime des Emirats ne sont qu'une chimère", a réagi sur X le conseiller du président émirati, Anwar Gargash.
Sanctions US contre Amal et le Hezbollah
Sur un autre plan, Washington a annoncé jeudi placer sur sa liste de personnes et entités sous sanctions neuf individus, accusés d'être proches ou membres de la direction du Hezbollah et d'"entraver la paix et le désarmement" du groupe libanais pro-iranien.
Parmi les cibles des sanctions du département américain du Trésor se trouvent l'ambassadeur désigné de l'Iran au Liban, Mohammad Reza Raouf Sheibani, des responsables des services de renseignement libanais, des alliés politiques du Hezbollah et quatre responsables du groupe.
L'un d'entre eux est le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, qui a également dirigé la radio (Al-Nour) et la télévision (Al-Manar) du mouvement.
Le gouvernement libanais a refusé mi-mars les lettres de créance de l'ambassadeur iranien et ordonné son départ du pays, mais M. Sheibani a refusé de quitter Beyrouth.
Les mesures prises par le département du Trésor visent également Ahmad Baalbeki et Ali Safawi, deux responsables du mouvement Amal, présidé par le chef du Parlement Nabih Berri.
Dans son communiqué le secrétaire du Trésor, Scott Bessent, a déclaré que "le Hezbollah est une organisation terroriste qui doit être totalement désarmée. Le département du Trésor continuera de s'en prendre aux responsables ayant infiltré le gouvernement libanais et permettant au Hezbollah de mener sa campagne de violence sans but contre le peuple libanais et d'entraver la paix".
Les sanctions impliquent le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement et indirectement par les personnes ciblées ainsi que l'interdiction pour les citoyens et entreprises américains de mener des échanges avec elles.
Cette interdiction s'applique également aux entreprises étrangères si elles disposent d'une filière aux Etats-Unis ou réalisent une partie de leurs échanges en dollars.
Sur le terrain, un hôpital au Liban-Sud a été endommagé jeudi par une frappe israélienne, selon le ministère de la Santé, l'armée israélienne poursuivant ses raids malgré une trêve fragile avec le Hezbollah pro-iranien.
"Deux frappes israéliennes ont visé la localité de Tebnine, près de l'hôpital gouvernemental", dans la région de Bint Jbeil, a rapporté de son côté l'Agence nationale d'information.
Le ministère a par ailleurs précisé que la frappe a fait "neuf blessés, parmi lesquels sept membres du personnel de l'hôpital dont cinq femmes".
Le ministère avait indiqué mercredi que trois hôpitaux dans le sud avaient été fermés et 16 autres endommagés depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.