


Dans l’actuel conflit qui décidera vraisemblablement du sort de la République islamique iranienne, il devient plus que jamais vital de faire preuve de transparence et de dire les choses comme elles sont, sans complaisance ni tergiversation: nombreux sont les hauts responsables politiques, experts, universitaires et journalistes qui font fausse route dans leur perception de l’enjeu véritable de cette crise existentielle qui secoue l’ensemble de la région et qui se répercute, par ricochet, sur le marché international.
Le plus grave serait dans le contexte présent de se tromper de bataille. L’adversaire à combattre aujourd’hui n’est nullement le président Donald Trump, quels que soient les griefs que l’on pourrait retenir contre lui sur le plan du comportement, de l’attitude hautaine, de ses écarts de langage ou de ses rapports avec les dirigeants censés être ses alliés. Est-il nécessaire de rappeler à cet égard, pour illustrer notre propos, que ces mêmes défauts étaient reprochés à Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale, mais le général de Gaulle, en plein conflit avec le régime nazi, n’avait pas pour autant focalisé tout son combat sur ses tiraillements et différends avec l’ancien Premier ministre britannique…
Si de nombreux responsables et experts politiques font aujourd’hui fausse route dans leur perception du conflit iranien c’est essentiellement parce qu’ils se refusent d’admettre que les véritables enjeux de ce conflit ne se limitent pas à la seule libre circulation maritime au détroit d’Ormuz et à la sauvegarde de l’économie mondiale. L’enjeu ne porte nullement sur l’arrêt de l’escalade et des opérations militaires pour favoriser «la voie diplomatique» et la recherche d’une «solution négociée acceptable par les deux parties»…
De tels objectifs auraient été concevables et compréhensibles si l’on se trouvait en présence de factions, même rivales, ayant une ligne de conduite conforme aux normes rationnelles coutumières. Cela est loin d’être le cas des dirigeants de la République islamique iranienne, plus précisément de son épine dorsale, les Gardens de la Révolution. Les porte-étendards de la «voie diplomatique» et détracteurs de la méthode musclée mise en place par le président Trump occultent, par calcul égocentrique ou par angélisme mal placé, ce qui devrait être le véritable enjeu de ce conflit: l’éradication du régime iranien, ou tout au moins de son aile dure belliqueuse, représentée par les Pasdaran.
Il ne s’agit là nullement d’un simple enjeu de pouvoir ou de l’imposition d’un quelconque équilibre de force, mais d’un enjeu fondamentalement existentiel dont il serait dangereux de négliger la dimension idéologique divine… Il est en effet grand temps d’admettre une réalité indéniable, confirmée par des faits tangibles: les Etats-Unis, l’Union européenne, le monde occidental en général, les Etats du Golfe, les pays du Levant sont confrontés depuis des décennies aux affres et agressions d’un pouvoir théocratique, dictatorial et sanguinaire iranien, qui se croit investi d’une mission messianique et qui s’est fixé une ligne de conduite fondée sur une vision obscurantiste et rétrograde du monde, de la société, de la vie et de la mort, de la place de l’Homme et de la Femme dans leur environnement…
Ce projet de société khomeyniste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) est bâti sur des pratiques, des coutumes, un mode de vie, des règles sociales d’un autre âge. Il est porté à bouts de bras par l’aile radicale du régime de Téhéran depuis l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, en 1979. D’entrée de jeu, les Pasdaran ont adopté le slogan de l’exportation de la Révolution islamique et ils l’ont mis en pratique en implantant des milices vassales au Liban, en Irak, au Yémen, en Syrie, à Gaza, et en se livrant à une politique expansionniste et déstabilisatrice dans nombre de zones de la région, plus particulièrement dans plusieurs pays du Golfe.
Pour préserver leur pouvoir et le régime khomeyniste dans son ensemble, les «gardiens du temple» – les Pasdaran – ne reculent devant rien et ne s’encombrent en aucune façon de quelconques considérations d’ordre humanitaire. Dernier exemple en date: les pendaisons en masse d’adolescents, de jeunes à la fleur de l’âge, d’étudiants universitaires, de cadres supérieurs, accusés d’avoir participé à des manifestations pacifiques (600 pendaisons depuis le début de l’année et plus de 2100 en 2025, sans que les «intellectuels» et les «bien-pensants» ne s’en émeuvent outre mesure).
Peut-on oublier que lors des dernières manifestations de masse dans la plupart des régions iraniennes, l’appareil répressif du régime a massacré en deux jours, les 8 et 9 janvier 2026, plus de 40 000 civils! Est-il besoin de rappeler le soulèvement de 2009 (le «Mouvement vert») provoqué par la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad et sauvagement réprimé par les Pasdaran, ou encore le «Novembre sanglant» de 2019 qui a fait non moins de 300 morts, et surtout la vaste contestation «Femme, vie, liberté» de 2022, déclenchée par la mort en détention de la jeune fille d’origine kurde Mahsa Amini et qui a été réprimée dans le sang par des tirs à balles réelles, par des milliers d’arrestations et des cas de torture innommables… Mais l’apogée de l’atrocité a été atteinte lors de la guerre contre l’Irak, lorsque le régime a envoyé des centaines d’enfants se faire tuer sur des champs de mines pour ouvrir la voie aux forces régulières!
En dépit de ce sinistre passé, sur lequel il est possible de s’attarder longuement en exposant moult détails sur les répressions et méfaits du régime, nombre de pays occidentaux et d’Etats arabes continuent de prôner le «dialogue» et une solution «diplomatique» pour mettre un terme au présent conflit armé et trouver une issue au problème du programme nucléaire iranien et de l’enrichissement de l’uranium. Ces pays feignent à cet égard d’oublier que cela fait plus de … vingt ans (!), depuis le début des années 2000, que ces dossiers du nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium sont discutés, négociés, débattus, examinés, scrutés, renégociés de multiples fois au fil des ans, en long et en large. Plus de vingt ans de discussions stériles qui ont permis au régime des mollahs de gagner du temps pour développer sans cesse son programme nucléaire et accélérer l’enrichissement de son uranium, jusqu’à atteindre le seuil de 60 pour cent et plus.
Le président Trump a mis récemment le doigt sur la plaie en relevant, à juste titre, ce que d’autres dirigeants s’obstinent à ne pas reconnaitre: «Depuis 47 ans (depuis 1979), le régime iranien nous mène en bateau; il nous fait attendre, tue nos hommes au moyen de bombes artisanales plantées en bordure de route, réprime brutalement les soulèvements populaires et récemment encore a massacré 42000 manifestants innocents sans défense » (…).
Face à ce constat lugubre et cette réalité répugnante, qu’y a-t-il encore à négocier avec un tel régime assassin, mû par le culte du martyre, par une idéologie divine rétrograde qui n’a aucune considération pour la personne humaine, pour l’individu en tant que valeur absolue? Aurait-il été concevable, à titre de comparaison, de prôner en 1944-1945 le «dialogue» avec Hitler pour aboutir à une «solution diplomatique» avec le régime nazi?