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Portrait de l'auteur
Par Michel Hajji Georgiou
Publié sept. 6, 2026 - 13:31
Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer . Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
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Une semaine sous le signe de l’escalade verbale et militaire

Alors que les négociations sur le front américano-iranien piétinent et que les incidents sécuritaires se multiplient dans le Golfe, les autorités libanaises se distinguent par une vision stratégique clairement souverainiste, alors que dans le même temps une escalade militaire est survenue en fin de semaine avec un bombardement de la banlieue-sud et une menace iranienne contre Israël. « Le Liban est notre pays pas le vôtre. » Ces mots prononcés par le président libanais Joseph Aoun lors d’une interview très suivie avec la grande journaliste de CNN, Christiane Amanpour, vendredi, ont non seulement marqué la semaine qui vient de s’écouler au Liban, mais renforcent certainement la tendance à une évolution claire dans le discours officiel dans le sens du message souverainiste qui était au centre du discours d’investiture du chef de l’Etat. Les critiques acerbes du président Joseph Aoun à l’égard du régime iranien et du Hezbollah ont entrainé une violente attaque de certains médias iraniens contre Baabda. Parallèlement à cette escalade verbale, la semaine s’est achevée sur un grave développement militaire. En riposte à des tirs de roquettes lancés par le Hezbollah en direction du nord d’Israël, l’aviation de l’Etat hébreu a mené dimanche après-midi trois raids contre un centre d’opération du parti pro-iranien dans la banlieue-Sud. Rappelons à ce propos qu’à la suite de la récente intervention du président Donald Trump visant à empêcher, il y a quelques jours, une attaque massive contre la banlieue-sud, en contrepartie d’un arrêt des tirs du Hezbollah contre Israël, les dirigeants israéliens avaient averti que la banlieue-sud serait bombardée si le parti chiite lançait des roquettes contre le Nord d’Israël. Or en fin de semaine, le Hezb a repris ses tirs contre le territoire israélien, ce qui a entrainé la riposte de dimanche après-midi qui a fait deux morts (des cadres du Hezbollah) et onze blessés. Tel-Aviv devait indiquer en soirée qu’elle avait averti Washington, en amont, de sa décision de lancer un raid contre une permanence de la formation pro-iranienne. De fait, le président Trump devait déclarer dimanche soir qu’il appuyait les attaques israéliennes contre le Hezbollah, soulignant que les Etats-Unis étaient prêts à aider l’armée israélienne à lancer «une attaque bien ciblée contre le Hezbollah», précisant sur ce plan qu’il était prêt à demander au président syrien Ahmed Chareh d’apporter une aide à d’éventuelles opérations contre le Hezb. A la suite du triple raid contre la banlieue-sud, le régime iranien a menacé ouvertement de lancer des missiles contre Israël. Ce à quoi les dirigeants israéliens ont répondu que si l’Iran attaque Israël, cela risque d’entrainer une relance de la guerre iranienne. Les positions souverainistes du régime Pour en revenir à la stigmatisation par le pouvoir libanais de l’attitude de la République islamique à l’égard du Liban, les propos tenus par le président Aoun à la CNN, ont été précédés d’un discours tout aussi acerbe du Premier ministre Nawaf Salam, lors du lancement d’un appel à l’aide internationale en faveur des déplacés des zones de conflit au Liban. M. Salam a notamment souligné à cette occasion que «le Liban ne saurait être une carte entre les mains de qui que ce soit». M. Salam faisait référence au choix des autorités libanaises de se lancer dans des négociations directes avec Israël depuis début avril, plutôt que de voir le dossier libanais intégré dans les négociations irano-américaines, comme le souhaitent les partis chiites. Ces déclarations n’ont peut-être rien de nouveau en soi: depuis son élection, Joseph Aoun martèle sa volonté de monopole des armes aux mains de l’Etat, qui doit passer nécessairement par le désarmement de la milice du Hezbollah, et il est soutenu en cela par le chef du gouvernement. Toutefois, sa volonté de sortir le Liban de l’influence iranienne n’est jamais apparue de façon aussi claire et déterminée que durant cette interview de très grande écoute, sur une chaîne américaine. Le président libanais s’en est directement pris aux Gardiens de la Révolution d’Iran qui ont été les premiers à rejeter un accord de principe sur un cessez-le-feu au Liban, obtenu lors de la réunion libano-israélienne des 2 et 3 juin à Washington. Sans surprise, ces propos ont attiré au président Aoun les foudres non seulement des partis chiites, mais de certains médias iraniens. On retiendra la pique lancée aussi par le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, conseillant au président libanais « de sauver le Liban de son véritable ennemi », à savoir Israël, faisant valoir que « ce n’est pas son pays qui occupe le cinquième du Liban » actuellement. M. Araghchi néglige de rappeler que c’est le front ouvert par le Hezbollah pour soutenir l’Iran contre l’attaque israélo-américaine du 28 février qui a plongé le Liban dans ce nouveau conflit meurtrier, et lui a attiré une nouvelle occupation israélienne au Liban-Sud. La trêve avortée Les propos des dirigeants libanais ont aussi approfondi un peu plus les divisions internes avec le camp pro-iranien. Et il n’y a pas que les déclarations publiques qui ont provoqué l’ire de ce camp: les réunions du 2 et 3 juin à Washington susmentionnées, entre les délégations libanaise et israélienne, sous parrainage américain, ont valu à l’exécutif libanais de virulentes réponses sur la scène interne. Du Hezbollah bien sûr, notamment par la voix de son secrétaire général Naïm Qassem, qui l’a qualifié de « capitulation », mais, surtout, du président du Parlement et chef d’Amal (l’autre composante du duo chiite), Nabih Berry, vu jusque-là comme potentiel porteur d’une position différenciée par-rapport à son allié pro-iranien. Ce dernier s’en est violemment pris à l’accord, en considérant qu’il est « piégé » et « injuste ». Si les deux partis ont été si virulents, c’est que la déclaration suite à cet accord s’est faite sous la forme d’un communiqué conjoint libano-israélo-américain. Et il n’y a pas que la forme : dans le fond, les trois parties dénoncent les attaques iraniennes sur les pays du Golfe, et considèrent que le Hezbollah doit arrêter ses opérations en premier dans cette confrontation qui se poursuit au sud. Dans tous les cas, cet accord a très vite été mis à mal, non seulement par la réponse négative envoyée par le Hezbollah au président Aoun, mais aussi par un évident manque de volonté israélienne de mettre fin aux combats. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a-t-il intérêt à se montrer conciliant sur ce front si le Hezbollah poursuit ses attaques, alors même que ses différends avec le président américain éclatent au grand jour et qu’il prépare déjà les futures élections dans son pays? Quoi qu’il en soit, malgré les négociations en cours, notons que l’intensité des combats n’a pas faibli au sud du Liban, d’un côté comme de l’autre. Pire encore, le Hezbollah recommence à frapper le nord d’Israël (ce à quoi il avait semblé renoncer quelques jours auparavant). Israël, de son côté, n’hésite plus à cibler l’armée libanaise: il l’a fait à plus d’une reprise cette semaine, notamment lors d’une attaque meurtrière samedi, au cours de laquelle deux officiers et un soldat ont trouvé la mort dans un véhicule militaire sur une route de Nabatiyeh. Réouverture de l’aéroport de Qlayaat Pour toutes ces raisons, les déclarations hostiles aux ingérences iraniennes de la part des présidents Aoun et Salam semblent des graines semées pour l’avenir, qui peinent à germer en milieu hostile. Même les déclarations du président américain, qui a affirmé à plus d’une reprise «avoir parlé au Hezbollah» (ce dont doutent nombre d’experts, privilégiant la thèse de l’intervention de tiers, notamment iraniens), pourraient mettre dans l’embarras la position officielle libanaise. La réalité est cependant plus contrastée. Les propos de M. Aoun lui ont attiré des soutiens de la part de plusieurs pays arabes comme Bahreïn. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont profondément divisées, mais le président est vu par beaucoup comme porteur d’une volonté inédite de « libérer » le pays de toutes les ingérences. En clair, le pays apparaît comme tiraillé entre deux puissants courants, marchant sur un fil vers un avenir incertain. Mais le camp hostile à la mainmise iranienne a marqué un autre point cette semaine. Samedi, la réouverture de l’aéroport de Qlayaat, dans le Akkar, cette région au nord du pays devenue synonyme de négligence et de sous-développement, a donné une toute autre image du pays. Pourquoi la réouverture de cet aéroport est-elle synonyme d’émancipation? Parce que la perspective d’un second aéroport au Liban s’est souvent heurtée à un veto du Hezbollah et de ses alliés, et les gouvernements qui lui étaient acquis ne s’y sont jamais aventurés. En effet, l’aéroport de Beyrouth, qui se situe dans la banlieue-sud (fief du parti jaune), était soumis au contrôle officieux du parti chiite, et toute autre infrastructure située dans une région qui ne lui est pas acquise aurait échappé à son contrôle. On comprend mieux l’engouement pour les images de cette inauguration samedi, avec l’arrivée du Premier ministre dans un avion privé qui s’est posé sur la piste. Des images qui ont été ressenties comme symbole d’un véritable changement. Enfin, notons la visite effectuée par le commandant en chef de l’armée libanaise Rodolphe Haykal ce week-end au Pakistan, le pays qui joue le rôle de médiateur principal entre les Etats-Unis et l’Iran. Entre-temps, sur le front irano-américain Les négociations américano-iraniennes, justement, ont donné l’impression de piétiner toute cette semaine. Les déclarations de Donald Trump sur l’imminence d’un accord (contrebalancées par ses menaces d’une nouvelle attaque) se sont poursuivies avec la même régularité, mais sans aboutir à des percées. De leur côté, les Iraniens continuent de démentir systématiquement toute déclaration du président américain. Dans un cas comme dans l’autre, les mots n’engagent la région dans aucune avancée significative. Cette zone grise qui s’installe coïncide avec le début prochain d’un événement sportif mondial qui risque de détourner durablement l’attention du conflit en cours au Moyen-Orient, la Coupe du monde de football, qui se déroule en partie aux Etats-Unis… et à laquelle participe l’équipe iranienne. Celle-ci devrait disputer son premier match à Los Angeles, et les joueurs ont obtenu leur visa pour les Etats-Unis cette semaine. Face à ce surplace politique, le terrain s’enflamme de plus en plus. Les affrontements entre les Gardiens de la Révolution et l’armée américaine se multiplient dans la zone du détroit d’Ormuz, qui reste partiellement fermé. Des tirs américains sur l’île iranienne de Qeshm notamment ont appelé une riposte iranienne, de toute évidence dirigée principalement vers les pays du Golfe. On retiendra principalement cette frappe sur l’aéroport du Koweït mardi, qui a fait un mort et 63 blessés dont certains gravement atteints. Il faut signaler également que la situation en Cisjordanie et à Gaza s’est enflammée également cette semaine, avec plusieurs attaques sur la bande ayant fait de nombreux morts. En Cisjordanie, les exactions contre le peuple palestinien, surtout par des colons souvent secondés par des soldats, se multiplient. De tels épisodes de violence font monter les tensions dans l’intérieur israélien. Dimanche, des coups de feu ont été entendus simultanément dans quatre régions israéliennes, et l’armée a déclaré faire face à un «incident» qui a fait un tué et plusieurs blessés. Un assaillant a été tué, et un autre arrêté.

Le détroit d’Ormuz, miroir des contradictions du monde

Le détroit d’Ormuz a placé le monde face à un miroir grossissant de ses propres contradictions, à la manière de la crise du Covid-19 ou de la guerre en Ukraine et à Gaza. La prospérité moderne repose sur la stabilité mondiale et la fluidité des échanges matériels — routes maritimes, molécules, câbles, ports, taux d’intérêt — dans une mondialisation fondée sur l’économie du réel contemporain. Confrontées à une crise énergétique, les réactions suivent désormais un schéma familier: la montée du prix du pétrole rend les énergies renouvelables plus attractives, l’envolée du prix du gaz accroît l’importance des routes plus sûres, et les concepts de souveraineté retrouvée s’imposent à nouveau dans le débat. Cette logique n’est pas fausse, mais elle est tout simplement incomplète. Avec la crise d’Ormuz, la mondialisation entre dans une phase de naufrage progressif, sa liquidité se perdant dans les labyrinthes des dunes de sable. Les États qui veulent simultanément se réarmer, décarboner, protéger leur modèle social, financer le vieillissement de leur population, investir dans l’intelligence artificielle, soutenir leur industrie et réduire leur dette se retrouvent pris dans un contexte de croissance atone et de marges budgétaires qui s’amenuisent, au milieu d’effondrements structurels ayant rapproché l’Europe, jadis «cœur du monde», des conditions du tiers-monde, à mesure que s’achève le chapitre de son progressisme culturel et de son autorité intellectuelle. S’y mêle la désillusion mélancolique face à la chute du rêve américain que proclamait jadis la célèbre Déclaration d’indépendance de 1776, tandis que les espaces démocratiques se dissolvent dans les vides et les populismes politiques. Le secteur privé et la société civile ne sauraient se substituer à l’État lorsqu’il s’agit d’assumer les risques politiques ou stratégiques, ni prendre en charge à eux seuls le retour à un état de choses plus satisfaisant. La stabilité ne survient en réalité qu’après un désengagement du risque assumé par le secteur public, et non à sa place. L’équation est redoutable: plus le monde devient dangereux, plus les investissements de souveraineté deviennent indispensables — mais ils exigent des États dotés d’une solvabilité intellectuelle, politique, financière et sociale, alors que la multiplication des crises rend précisément ces mêmes États plus fragiles. Le service mondial est en voie de désintégration — dettes mutualisées, ambitions rabottées —, les solutions sont connues, les désaccords aussi. La crise du détroit ne constitue pas seulement un choc sur les prix des hydrocarbures, une inflation des coûts de fret, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et des surcoûts industriels ; elle révèle également le choc subi par la capacité des sociétés modernes à s’adapter aux conflits et aux effondrements dans la « Tour de Babel » des fractures géopolitiques, ainsi que la menace que représente une minorité de milliardaires se présentant comme supérieurs et tout-puissants, capables de mettre le monde en coupe réglée au gré d’intérêts démesurément cultivés, sans en assumer le moindre coût moral. Hamlet , le chef-d’œuvre shakeapearien consacré au prince inconstant, semble traverser un moment singulièrement élu. Cette fiction de la perte qui a inspiré la création de Hamlet — personnage pragmatique et irréductiblement idéal — convient parfaitement à notre époque, où la fluidité des mauvaises nouvelles n’en finit pas d’alimenter des interrogations existentielles, et où les hommes sont épuisés par le déferlement des catastrophes du monde. Comment cet homme aux multiples dissonances intérieures peut-il trouver sa place dans un monde qui persiste à le mécomprendre, à reformuler en récits simplifiés ses angoisses, à le confronter à la complicité avec un système politique défaillant, si étroitement apparenté au nôtre qu’il engendre une tristesse générale et diffuse? Le monde perçoit bien que tout ce que veut le président américain Donald Trump, c’est, en substance : «Prends cette chose et fais-en ce que bon te semble.» Chaque jour, il exhibe ses gesticulations facétieuses, s’adressant directement au public avec une constance théâtrale qui n’est pas sans peser lourd. Et cette manière d’être installe dans le monde un malaise persistant — un président hyperconnecté sur sa plateforme Truth Social , publiant toutes les heures ou presque une déclaration qui mobilise le monde entier, des choses difficiles à déchiffrer. Le rythme du monde tourne désormais sur les récits qui entourent l’Amérique et l’Iran: se rapprochent-elles d’un accord, ou peut-être pas ; l’accord avec l’Iran serait en grande partie conclu et serait annoncé prochainement, ou bien il n’y aurait aucune urgence à l’annoncer, voire aucun accord du tout. Ce ne sont là qu’un échantillon des messages déconcertants de Trump. Il semble pourtant que les parties belligérantes s’approchent effectivement d’une entente, même si celle-ci ne sera pas un accord global mettant fin à la guerre de manière définitive. Dans le meilleur des cas, il s’agirait vraisemblablement d’un accord provisoire autour d’un ensemble de principes généraux — une extension du cessez-le-feu d’au moins soixante jours —, le temps de négocier les modalités de mise en œuvre de ces principes, les négociateurs devant encore travailler sur les détails. Chaque détail, chaque mot d’une déclaration d’intentions aura son poids et sera examiné à la loupe. Mais l’essentiel dépendra de ce qui adviendra par la suite. L’Iran veut à tout prix éviter le scénario d’un accord provisoire et fragile que ses adversaires pourraient utiliser pour préparer une guerre que Trump n’engagera vraisemblablement plus après la fin de la Coupe du monde, et à quelques semaines seulement des élections de mi-mandat. Mais l’Iran peut-il obtenir des États-Unis l’engagement qu’Israël sera également lié par l’accord ? Rien n’est moins sûr. Le régime iranien a peut-être survécu à la guerre. Les Gardiens de la révolution ont consolidé leur emprise sur le pouvoir et ont démontré aux États-Unis, à Israël et aux pays du Golfe qu’une guerre de grande envergure n’avait pas suffi à les faire plier, sans parler de les renverser. Ils ont découvert que la fermeture du détroit d’Ormuz constituait un moyen de dissuasion presque équivalent à une arme nucléaire et entendent désormais en percevoir des droits de passage pour compenser les dommages causés par le conflit. Mais qui se chargera de vérifier le respect des engagements? Que deviendront les installations nucléaires existantes? Ce seront là des discussions nucléaires longues et complexes, portant notamment sur le stock iranien qui dépasse les quatre cents kilogrammes d’uranium enrichi. L’Amérique réclame depuis longtemps son transfert à l’étranger, tandis que l’Iran insiste pour le diluer sur son propre sol. M. Trump a laissé entendre qu’il pourrait accepter cette dernière option, peut-être sous la supervision d’une «commission de l’énergie atomique», sans qu’il soit clair s’il entendait par là l’organisme américain portant ce nom — dissous en 1974 — ou l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’instance onusienne de surveillance nucléaire. La question la plus épineuse reste la revendication iranienne de bénéfices économiques substantiels. Le régime espère récupérer rapidement une partie de ses avoirs, estimés à cent milliards de dollars, gelés dans des banques étrangères. Les responsables américains se disent prêts à accorder une dérogation permettant à l’Iran d’exporter une partie de son pétrole, mais refusent tout déblocage direct des fonds tant qu’aucun progrès définitif n’aura été enregistré. Quant au régime théocratique, il table déjà sur tout ce qu’il peut espérer obtenir, à commencer par la reconstruction de son programme de missiles balistiques et de ses milices grâce aux milliards qui afflueront dans ses caisses avec la levée potentielle des sanctions dans le cadre d’un accord final — ce qui ne ferait que compliquer davantage une situation déjà très chargée. Des situations troublantes, ou du moins quasi-troublantes : une guerre partiellement perdue, partiellement manquée, une guerre pour rien ou seulement pour ne rien gagner. Une guerre où les pertes et les gains s’avèrent insuffisants pour justifier la compétition, et qui laisse surtout tout en très deçà du statu quo ante. C’est là la crainte politique de laisser les pays du Golfe et de la région sous le choc, avec un moral au plus bas, menaçant des régimes politiques peu accoutumés, d’un côté comme de l’autre, à cohabiter avec l’instabilité — sous le mot d’ordre de la «paix par la force», censé s’étendre à un Moyen-Orient entièrement nouveau. Et si la confiance n’a pas disparu, mais a tout simplement déserté la région du Moyen-Orient sous l’effet de la volonté américaine d’occuper tout l’espace à des milles marins de la Chine, de tout contrôler, de tout réduire à une narration, et où chaque promesse est perçue comme conçue pour être monnayée — alors le monde doit cesser de chercher une confiance absolue. Les deux années à venir seront décisives dans la capacité à demeurer dans le jeu mondial sur les plans industriel, technologique et géopolitique. Chacun arrivera avec ses pressions, ses craintes et ses priorités nationales propres, au moment même où le monde doit penser collectivement pour régler la facture d’un temps qui passe.

La diplomatie s’active: Haykal à Islamabad

La diplomatie pakistanaise s’active sur les deux fronts, libanais et iranien, avec la visite officielle du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à Islamabad, et celle du ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, à Téhéran. Quoique différentes, les deux missions se situent dans le prolongement des efforts soutenus engagés pour rétablir le calme dans la région. L’armée libanaise a annoncé samedi le départ de son commandant pour Islamabad, à l’invitation de son homologue et du ministre de la Défense pakistanais, sans préciser l’objectif de la visite. À cause des frictions entre Beyrouth et Téhéran, exacerbées par l’accord libano-israélien de cessez-le-feu de mercredi, tout porte à croire que le déplacement du général Haykal à Islamabad s’inscrit dans le cadre de la médiation menée par le Pakistan entre les États-Unis et l’Iran. Et pour cause: le dossier du Hezbollah fait partie des points de discorde entre Washington et Téhéran. Soucieuse de préserver son influence au Liban, qu’elle considère comme un État satellite, la République islamique ne compte pas lâcher cette carte maîtresse en vue de ses négociations à venir avec Washington. Elle l’a encore une fois montré, lorsqu’elle a contesté ouvertement jeudi, l’accord de trêve qui relève pourtant d’une décision souveraine libanaise. L’opposition iranienne, à laquelle a fait écho le Hezbollah en rejetant à son tour l’accord, complique l’exécution du document. Trois militaires libanais tués au sud D’ailleurs, le cessez-le-feu, tributaire de l’arrêt des tirs de la formation pro-iranienne contre Israël, se fait toujours attendre. La guerre se poursuit, au même rythme, depuis mercredi au Liban-Sud où Israël a dit avoir frappé «environ 150 objectifs» du Hezb en 48 heures. Trois militaires libanais ont été également tués, samedi, dans une frappe israélienne entre Khardali et Nabatiyé. Vivement dénoncée par les autorités libanaises, cette attaque injustifiée fait l’objet d’une enquête à Tel Aviv, selon le porte-parole militaire israélien, qui a évoqué la possibilité d’une erreur liée, selon, lui à «un mouvement qui a été jugé suspect près d’une zone de combat». Cette attaque a été immédiatement instrumentalisée par un Hezbollah toujours en mal d’arguments pour justifier l’aventure destructrice dans laquelle il a entraîné le Liban. Selon lui, le raid qui a tué un général de brigade, un capitaine et un soldat «est la conséquence du mépris du pouvoir pour la souveraineté, ainsi que de ses concessions gratuites». Cette accusation gratuite, empreinte de mauvaise foi, s’inscrit dans le prolongement des reproches formulés par le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, au président Aoun. Ce dernier avait stigmatisé, vendredi, dans le cadre d’une interview à CNN, le rôle déstabilisateur de Téhéran au Liban. «D'après les propos de M. Aoun, on pourrait croire que c'est l'Iran qui a occupé un cinquième du Liban, déplacé un quart des Libanais et bombarde son pays au quotidien», a réagi sur X Araghchi. «Si le Liban avait été une monnaie d'échange pour l'Iran, nous aurions conclu un accord depuis longtemps. Sauvez le Liban de votre véritable ennemi, Monsieur le président», a ajouté le ministre qui, en toute mauvaise foi lui aussi, se contente de se concentrer sur les conséquences de l’action dont son pays est directement responsable. Ses propos déplacés adressés au président de la République ont suscité des réactions indignées au Liban où le député Ghayath Yazbek (Forces libanaises) a prié le ministre iranien, non sans ironie, de laisser le Liban tranquille. «Merci, Monsieur Araghchi. Nous vous déchargeons de votre sollicitude envers le Liban. Allez signer un accord avec Washington et laissez-nous vivre en paix», a-t-il écrit sur X, avant de comparer l’Iran au «pompier pyromane». «Votre État en a fait le symbole de sa politique étrangère, fondée sur le mauvais voisinage, le sabotage et l’exportation du chaos et la mise à disposition de ses services», a-t-il ajouté. Ciblage de Bahreïn et de Koweït Cette accusation intervient quelques heures après de nouveaux tirs iraniens, dans la nuit de vendredi à samedi, contre Bahreïn et le Koweït qui ont affirmé se réserver le droit de défendre leurs pays respectifs. L’attaque iranienne était consécutive à des tirs de l’armée américaine qui a abattu vendredi six des sept missiles balistiques et des drones iraniens lancés en direction du détroit d’Ormuz et des alliés arabes du Golfe. Le septième n’a pas atteint sa cible, selon le Centcom qui a dit avoir également frappé, en riposte, les sites radar, y compris une île dans le détroit, «afin de se défendre contre de nouvelles attaques». C’est dans ce contexte de tension renouvelée que le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, s’est rendu samedi à Téhéran, porteur, selon des médias panarabes, de nouvelles propositions américaines relatives notamment au déblocage des avoirs iraniens, sur lequel la République islamique insiste. Ouverture de l’aéroport de Qlayaat Sur un autre plan, le Liban a lancé samedi le projet de développement et d’exploitation de l’aéroport de Qlayaat, dans le Akkar, lors d’une officielle organisée en présence du chef du gouvernement, Nawaf Salam et de nombreux officiels. L’aéroport a accueilli à titre symbolique, un premier avion. L’importance de ce projet n’est pas seulement d’ordre socio-économique. Elle est aussi politique dans la mesure où la mise en service de l’aéroport René Moawad marque un pas supplémentaire sur la voie de l’affranchissement du joug du Hezbollah. Ce dernier, avec ses alliés au Liban, s’y opposait pour diverses raisons. Le Hezb avait réussi à avoir une présence active au seul aéroport international de Beyrouth, qui était pour lui d’une importance stratégique capitale, étant donné surtout sa situation géographique. L’AIB est situé dans son fief, la banlieue sud de Beyrouth. Il suffit d’ailleurs de rappeler que cette formation avait réalisé son coup de force à Beyrouth, en mai 2008, lorsque le gouvernement de Fouad Siniora avait décidé, dans une tentative de réduire son influence au sein de l’État, de limoger le chef de la sécurité à l’AIB, Wafic Choucair, et de démanteler son réseau de communications.

Crimes syriens et norme «Yamashita»
Par
Youssef Mouawad
Publié

Que ne ferait un inculpé ou un accusé pour sauver sa tête! Poursuivi devant une cour de justice, pour crime contre l’humanité ou crime de guerre, que ne dirait un officier syrien des ex-moukhabarat, s’il devait répondre de ses turpitudes? Les ongles arrachés des enfants de Deraa Le premier à comparaître aux « Procès de Damas » fut Atef Najib. Nous avons suivi sa prestation sur les réseaux sociaux: cet accusé répondait au questionnement de la Cour criminelle d’un ton froid et détaché, comme s’il n’était pas concerné par le sort des adolescents qu’il avait livré aux pires supplices. Certes, il avait reconnu les faits pour ce qu’ils étaient : une quinzaine d’écoliers, ayant gribouillé sur les murs de leur école des slogans anti-Assad, avaient été détenus plus d’un mois pour subir de graves sévices dont le passage à tabac et l’arrachement d’ongles. Cela dit, Atef Najib nia vertement son implication directe et personnelle dans le traitement inhumain qui fut infligé à ces jeunes gens. Pour se tirer d’affaire, il argua de la responsabilité d’autres officines chargées de la répression. En somme, la torture qu’avaient subie ces écoliers ne relevait pas de sa propre initiative mais plutôt d’une « chaîne de commandement » plus large. De l’air de dire : qu’y pouvais-je si tel était le fonctionnement hiérarchique et collectif des services de sécurité syriens? Le transfert de responsabilité, mécanisme récurrent de défense Se défausser sur une « instance supérieure ou diffuse » ou sur le système qui prévaut est une manœuvre classique pour se dédouaner ou pour diluer sa propre faute. Mais, pour tout dire, les cours de justice internationales sont prémunies contre ce procédé récurrent de défense qui rejette la faute sur la hiérarchie. Il n’empêche qu’en invoquant, à tort ou à raison, les instructions reçues, Atef Najib a appelé les hautes sphères de l’État détentrices du pouvoir décisionnaire, à assumer leur responsabilité. Au bout du compte, la question se posera avec encore plus d’acuité, quand comparaîtra en justice le général Khardal Ayoub, impliqué qu’il est dans l’attaque chimique de la Ghouta orientale en 2013. La norme Yamashita En droit pénal international, la responsabilité du commandement (chain command) est aussi connue comme la norme Yamashita, du nom du général japonais qui fut poursuivi et exécuté pour des crimes commis par ses troupes lors du deuxième conflit mondial. Car un chef militaire a l’obligation de surveiller ses hommes et de les contenir. Et c’est là un concept qui n’est pas tout récent: il a été établi par les Conventions de La Haye de 1899 et de 1907 et constamment mis à jour et confirmé depuis. Pour se disculper, le président syrien déchu Bachar el-Assad ne saurait arguer de son ignorance d’une attaque aux armes chimiques lancée par des subalternes, fussent-ils généraux ou trouffions, ni du fait qu’il n’avait pas donné d’instructions spécifiques en ce sens. En application de la norme précitée, en tant que commandant suprême, il est responsable pénalement du moment « qu’il a su - ou qu’il était censé savoir - qu’ils avaient commis des crimes et qu’il n’a pas pris des mesures nécessaires pour les en empêcher ou pour les punir » Edgard Morin et le repentir Edgard Morin, sociologue et militant antinazi, vient de nous quitter. Juif séfarade, il n’avait pas préconisé la vengeance contre les « architectes de la solution finale ». Son attitude pétrie d’humanisme se dévoile dans un texte consacré à la mémoire de la Shoah où il dit : «Je suis de ceux qui attendent le repentir du méchant. Je suis de ceux qui n’ont jamais enfermé l’homme qui a commis un crime dans le concept de criminel qui le recouvre en entier.» Mais accorder le pardon ne veut pas dire consentir à l’oubli ou à l’occultation! Alors, au préalable, justice doit être faite. Et ce ne serait pas équitable qu’en Syrie les seuls Atef Najib et Khardal Dayoub aient à payer en lieu et place des fugitifs qui se calfeutrent à Moscou! Une justice transitionnelle est certes la condition d’une réconciliation nationale. Mais nulle justice ne se ferait tant que Bachar, Maher et les membres du haut commandement syrien n’aient comparu devant les juridictions de droit. Et tant qu’ils n’aient pris connaissance, debout dans le box des accusés, du verdict les condamnant!

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (8)

Cette série d’articles permettra de mieux comprendre la situation actuelle au vu du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, Il revient au lecteur d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Les sept parties précédentes étaient une relecture des événements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’au retrait de l’armée israélienne du Liban en mai 2000, l’instauration d’un Hezbollahland au Sud et le déclenchement de la guerre des 33 jours en juillet 2006, initiée par Ali Larijani. La guerre de 2006 à Gaza L’opération transfrontalière militaire «Promesse sincère» du Hezbollah sur la Ligne bleue avait un double objectif: ouvrir un second front afin de soulager celui de Gaza et, surtout, détourner l’attention du dossier nucléaire iranien. Celle menée par Israël contre Gaza en juin et juillet 2006 était baptisée «Pluies d’été» (Summer Rains). Elle a été déclenchée le 28 juin, soit exactement deux semaines avant le début de la guerre au Liban, suite à l’enlèvement d’un soldat israélien, Gilad Shalit, par le Hamas, le 25 juin. C’était la première opération terrestre d’envergure d’Israël dans l’enclave palestinienne depuis le retrait israélien unilatéral de 2005, dans le cadre d’un plan baptisé «désengagement». Les deux conflits (Gaza et Liban) se sont ainsi déroulés de manière simultanée durant l’été 2006. L’opération «Pluies d’été» a atteint son point culminant le 12 juillet par l’entrée de l’armée israélienne au centre de Gaza, soit le jour où le Hezbollah a attaqué Israël, déclenchant une guerre destructrice. Dans ce genre de contexte géopolitique, les coïncidences sont plutôt rares. L’ouverture des deux fronts simultanément avait été interprétée par de nombreux observateurs comme une manœuvre stratégique coordonnée entre l’Iran et le Hamas d’une part, et l’Iran, la Syrie et le Hezbollah de l’autre pour servir les intérêts régionaux de Téhéran. Le général Qassem Soleimani, commandant de la Force al-Qods à l’époque (assassiné sur ordre de Donald Trump le 3 janvier 2020 à sa sortie de l’aéroport de Bagdad), a confirmé des années plus tard qu’il est lui-même entré au Liban via la Syrie, dès le début du conflit pour superviser les opérations aux côtés de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, assassiné par Israël en septembre 2023, et Imad Moghniyeh, chef militaire de cette formation et son ami personnel. Ce dernier avait été formé par des officiers iraniens dès le début des années 1980. Il est devenu, au fil des années, le principal agent de liaison entre le Hezbollah et l’Iran pour les «opérations spéciales» à l’étranger. Des experts soulignent qu’il avait «un pied dans le Hezbollah et un autre en Iran». Il court-circuitait sa hiérarchie en élaborant ses rapports et en prenant ses instructions directement de la Force al-Qods. Il parlait couramment le persan et voyageait fréquemment muni de documents diplomatiques iraniens. De nombreuses attaques d’envergure qui lui sont attribuées, comme les attentats de Buenos Aires (1992 et 1994) ou le soutien aux milices chiites en Irak dans les années 2000, auraient été orchestrées à la demande directe de Téhéran. «Promesse sincère» Le 12 juillet 2006, le Hezbollah a attaqué une patrouille israélienne composée de deux véhicules tout-terrain blindés de type Humvee, qui circulait sur la route longeant la clôture frontalière du côté israélien. Il a utilisé des engins explosifs et des missiles antichars pour immobiliser les véhicules. Il a lancé, en même temps, une pluie de roquettes et de mortiers sur plusieurs localités du nord d’Israël, ainsi que sur des postes militaires israéliens de l’autre côté de la frontière pour saturer les communications et détourner l’attention du commandement israélien. Une équipe de commandos du Hezbollah a franchi la clôture frontalière, attaqué les Humvees, tué dans un premier temps, trois soldats israéliens et capturé deux autres (avérés morts par la suite). Dans un deuxième temps, trois autres soldats israéliens à l’intérieur des blindés ont été tués lors de l’échange de tirs. Immédiatement après le rapt des deux militaires israéliens, un char Merkava a franchi la frontière pour intercepter les ravisseurs. Il a cependant sauté sur une mine de forte puissance posée par le Hezbollah qui l’a pulvérisé, tuant sur le coup, les quatre membres de l’équipage. Un autre soldat israélien a été tué par des tirs de mortier alors qu’il tentait de dégager les corps des tankistes. Cette opération, menée professionnellement, a poussé le gouvernement israélien à prendre immédiatement la décision d’entrer en guerre. C’était le début de la guerre dite des 33 jours. L’embuscade avait été préparée pendant plusieurs mois par l’unité d’élite du Hezbollah, avec l’aide d’officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ces derniers ont conseillé le commandement de la milice pro-iranienne sur les tactiques d’infiltration qu’il fallait couvrir et camoufler par des opérations de diversion en ouvrant le feu sur plusieurs secteurs de la frontière libano-israélienne. Les commandos de la milice engagés étaient des membres de l’unité alors appelée «Forces d’intervention» (future unité Radwan). Ils avaient été formés par des instructeurs de la Force al-Qods du CGRI aux techniques d’embuscade et à l’utilisation de missiles antichars. L’opération a été dirigée par Imad Moghniyeh, assassiné par le Mossad 3 ans plus tard en Syrie. Opération «Toile d’acier» La riposte israélienne s’est traduite par une opération baptisée «Toile d’acier», en réponse notamment à un discours de Hassan Nasrallah, prononcé dans le stade de football de Bint Jbeil, six ans plus tôt, 24 heures seulement après le retrait israélien du 26 mai 2000. Ce jour-là, il avait présenté Israël comme étant «plus faible qu’une toile d’araignée». L’armée israélienne a mené une campagne aérienne massive de plusieurs jours, ciblant tout le territoire libanais, avant de lancer une offensive terrestre au Liban-Sud, contre plusieurs localités. La plus importante était celle de Bint Jbeil, ville symbolique majeure en raison du fameux discours de Nasrallah. Les affrontements les plus acharnés s’y sont d’ailleurs déroulés. Bataille de Bint Jbeil L’armée israélienne l’a encerclée le 24 juillet, soit 12 jours après le début des combats et la prise de Maroun el-Ras, village jouxtant Bint Jbeil, du côté sud-est. Le 25 juillet, un général israélien a annoncé le contrôle total de la ville, alors que le centre-ville continuait à résister. Le 26 juillet, une unité de la brigade Golani est tombée dans l’embuscade la plus meurtrière du conflit, aux alentours de la ville. Huit soldats israéliens ont été tués et des dizaines d’autres ont été blessés. Faute de pouvoir sécuriser le centre-ville, Israël a privilégié les frappes aériennes et l’artillerie, transformant la bourgade en un champ de ruines. Bint Jbeil était défendue par 150 combattants incluant des unités de la Force Radwan (1) . Retranchés dans des bunkers et des tunnels, ils ont repoussé plusieurs tentatives de percées terrestres par des tirs de missiles antichars et de mortiers. Les combattants du Hezbollah, déployés le long de l’axe Bint Jbeil-Wadi el Houjeyr, et à la grande surprise des observateurs, étaient massivement armés de missiles de précision antichars de type Kornet, dans leurs deux versions, russe et iranienne, et de type Metis de fabrication russe, fournis par la Syrie et l’Iran. Le bilan de la bataille de Bint Jbeil, côté israélien, était lourd: 17 militaires tués dont au moins deux officiers supérieurs, et plusieurs chars Merkava endommagés par des missiles. Côté Hezbollah, il l’était davantage: 60 tués, dont le commandant des opérations du secteur, et la destruction massive d’infrastructures et dépôts de munitions. Une autre bataille qui a marqué cette guerre a été celle de Wadi el Houjeyr. (à suivre) (1) Unité d’élite offensive du Hezbollah, spécialisée dans les opérations commandos et les incursions en territoire israélien, cette unité est subdivisée en deux groupes, l’un ayant pour mission d’ouvrir des brèches à la frontière libano-israélienne et l’autre conquérir des points stratégiques dans le nord d’Israël. Dans l’un de ses discours, Hassan Nasrallah avait menacé de conquérir la Galilée, fort de cette unité Radwan. À lire sur le même sujet: Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (7) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (6) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (5) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (4) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (3) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (2) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (1)

Beyrouth défie Téhéran et accélère le virage souverainiste

La déclaration, qualifiée d’« historique », issue jeudi des négociations de Washington, a été suivie vendredi par des prises de position inédites et déterminantes au sommet de l’État libanais. Des déclarations qui semblent accélérer la dynamique en faveur du rétablissement complet de la souveraineté du Liban face à l’Iran et à son bras armé, le Hezbollah. Vendredi, le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont adressé des avertissements fermes à Téhéran, l’appelant à cesser toute ingérence dans les affaires libanaises. « Ce n’est pas votre pays, c’est le nôtre (...) Vous n’avez pas à intervenir dans notre pays », a lancé le président Aoun à l’adresse de l’Iran lors d’un entretien accordé à CNN. Le chef de l’État a également appelé le Hezbollah à privilégier le dialogue. « Le Hezbollah doit comprendre qu’il n’existe pas d’autre solution que de s’asseoir à la table des négociations. Il n’y a pas d’autre moyen de sauver ce qu’il reste du pays que par la négociation et la diplomatie », a-t-il déclaré. « Il s’agit du peuple libanais, pas du peuple de Naïm Qassem », affirmant que Naïm Qassem ne représente pas le peuple libanais, en référence au secrétaire général du Hezbollah, qui avait rejeté jeudi l’accord conclu à Washington. « La majorité du peuple libanais en a assez de la guerre. » Évoquant les opérations militaires israéliennes, Joseph Aoun a estimé qu’Israël « peut raser tout le pays, mais ne pourra jamais atteindre son objectif », avant d’ajouter : « Ils l’ont tenté à Gaza. Le Hamas existe toujours, non ? » Le président libanais a également affirmé qu’« une grande opportunité » existait aujourd’hui pour mettre fin à l’état d’hostilité entre le Liban et Israël, tout en soulignant que la question du Hezbollah ne pouvait être réglée que dans un cadre strictement libanais. S’adressant aux autorités israéliennes, il a déclaré : « Vous devez faire preuve d’une volonté réelle de mettre fin à cette guerre. Nous sommes prêts, nous avons la volonté et l’engagement. Et vous ? » De son côté, Nawaf Salam a exhorté l’Iran à cesser d’utiliser le Liban comme « moyen de pression » dans ses discussions avec les États-Unis visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Téhéran exige en effet que tout accord avec Washington inclue également la fin des hostilités sur le front libanais et le retrait des forces israéliennes. Le président du Parlement, Nabih Berri, qui joue un rôle d’intermédiaire auprès du Hezbollah, a pour sa part, évoqué, pour la première fois, la possibilité d’un retrait du mouvement chiite du sud du Liban, à condition qu’Israël se retire du territoire libanais et qu’un cessez-le-feu « global et sans conditions » soit conclu. Faisant écho à ces déclarations, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré lors d’une réunion du cabinet de sécurité qu’il privilégiait la voie diplomatique concernant le Liban, alors que plusieurs ministres plaidaient pour une extension des opérations militaires, selon les médias israéliens. Netanyahu a toutefois indiqué que l’accord de cessez-le-feu n’était pas encore définitivement finalisé. Israël conditionne son approbation au maintien d’une zone tampon dans le sud du Liban ainsi qu’à la préservation de sa liberté d’action militaire. Ces développements interviennent alors que la nouvelle trêve annoncée par Washington entre Israël et le Hezbollah semble déjà compromise. Rappelons à ce propos que la déclaration conjointe américano-libano-israélienne ayant conclu le quatrième cycle de négociations à Washington souligne que « l’avenir des relations entre Israël et le Liban doit être décidé par les deux gouvernements souverains ». Les trois signataires affirment également rejeter « toute tentative menée par un État ou un acteur non étatique de prendre le Liban en otage », dans une allusion à peine voilée à l’Iran et au Hezbollah. Sur le terrain, l’armée israélienne a poursuivi ses frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation d’une dizaine de localités, maintenant sa pression militaire sur le Hezbollah qui avait rejeté l’accord la veille. L’armée israélienne a également mené une frappe à l’entrée de Tyr. Selon une source de la Défense civile citée par l’AFP, des bombardements sur la ville dans la nuit de jeudi à vendredi ont fait sept morts et légèrement endommagé l’hôpital Jabal Amel. Le Hezbollah a, de son côté, revendiqué plusieurs attaques contre les forces israéliennes déployées dans une partie du sud du Liban, sans annoncer d’opérations contre le nord d’Israël. Face à l’ampleur des destructions causées par le conflit, l’ONU a plus que doublé son appel à l’aide humanitaire et sollicite désormais près de 640 millions de dollars pour les six prochains mois.