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Strategia

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (8)

Une troisième guerre, signée Ali Larijani

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La guerre de 2006 est survenue un an après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, attribué au Hezbollah. Ce même mouvement a ensuite déclenché les hostilités contre Israël. (AFP)
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Par Khalil Helou
Publié juin 6, 2026 - 12:19

Cette série d’articles permettra de mieux comprendre la situation actuelle au vu du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, Il revient au lecteur d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Les sept parties précédentes étaient une relecture des événements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’au retrait de l’armée israélienne du Liban en mai 2000, l’instauration d’un Hezbollahland au Sud et le déclenchement de la guerre des 33 jours en juillet 2006, initiée par Ali Larijani.

La guerre de 2006 à Gaza

L’opération transfrontalière militaire «Promesse sincère» du Hezbollah sur la Ligne bleue avait un double objectif: ouvrir un second front afin de soulager celui de Gaza et, surtout, détourner l’attention du dossier nucléaire iranien.

Celle menée par Israël contre Gaza en juin et juillet 2006 était baptisée «Pluies d’été» (Summer Rains). Elle a été déclenchée le 28 juin, soit exactement deux semaines avant le début de la guerre au Liban, suite à l’enlèvement d’un soldat israélien, Gilad Shalit, par le Hamas, le 25 juin. C’était la première opération terrestre d’envergure d’Israël dans l’enclave palestinienne depuis le retrait israélien unilatéral de 2005, dans le cadre d’un plan baptisé «désengagement».

Les deux conflits (Gaza et Liban) se sont ainsi déroulés de manière simultanée durant l’été 2006. L’opération «Pluies d’été» a atteint son point culminant le 12 juillet par l’entrée de l’armée israélienne au centre de Gaza, soit le jour où le Hezbollah a attaqué Israël, déclenchant une guerre destructrice.

Dans ce genre de contexte géopolitique, les coïncidences sont plutôt rares. L’ouverture des deux fronts simultanément avait été interprétée par de nombreux observateurs comme une manœuvre stratégique coordonnée entre l’Iran et le Hamas d’une part, et l’Iran, la Syrie et le Hezbollah de l’autre pour servir les intérêts régionaux de Téhéran. Le général Qassem Soleimani, commandant de la Force al-Qods à l’époque (assassiné sur ordre de Donald Trump le 3 janvier 2020 à sa sortie de l’aéroport de Bagdad), a confirmé des années plus tard qu’il est lui-même entré au Liban via la Syrie, dès le début du conflit pour superviser les opérations aux côtés de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, assassiné par Israël en septembre 2023, et Imad Moghniyeh, chef militaire de cette formation et son ami personnel.

Ce dernier avait été formé par des officiers iraniens dès le début des années 1980. Il est devenu, au fil des années, le principal agent de liaison entre le Hezbollah et l’Iran pour les «opérations spéciales» à l’étranger. Des experts soulignent qu’il avait «un pied dans le Hezbollah et un autre en Iran». Il court-circuitait sa hiérarchie en élaborant ses rapports et en prenant ses instructions directement de la Force al-Qods. Il parlait couramment le persan et voyageait fréquemment muni de documents diplomatiques iraniens. De nombreuses attaques d’envergure qui lui sont attribuées, comme les attentats de Buenos Aires (1992 et 1994) ou le soutien aux milices chiites en Irak dans les années 2000, auraient été orchestrées à la demande directe de Téhéran.

«Promesse sincère»

Le 12 juillet 2006, le Hezbollah a attaqué une patrouille israélienne composée de deux véhicules tout-terrain blindés de type Humvee, qui circulait sur la route longeant la clôture frontalière du côté israélien.

Il a utilisé des engins explosifs et des missiles antichars pour immobiliser les véhicules. Il a lancé, en même temps, une pluie de roquettes et de mortiers sur plusieurs localités du nord d’Israël, ainsi que sur des postes militaires israéliens de l’autre côté de la frontière pour saturer les communications et détourner l’attention du commandement israélien.

Une équipe de commandos du Hezbollah a franchi la clôture frontalière, attaqué les Humvees, tué dans un premier temps, trois soldats israéliens et capturé deux autres (avérés morts par la suite). Dans un deuxième temps, trois autres soldats israéliens à l’intérieur des blindés ont été tués lors de l’échange de tirs. Immédiatement après le rapt des deux militaires israéliens, un char Merkava a franchi la frontière pour intercepter les ravisseurs. Il a cependant sauté sur une mine de forte puissance posée par le Hezbollah qui l’a pulvérisé, tuant sur le coup, les quatre membres de l’équipage. Un autre soldat israélien a été tué par des tirs de mortier alors qu’il tentait de dégager les corps des tankistes.

Cette opération, menée professionnellement, a poussé le gouvernement israélien à prendre immédiatement la décision d’entrer en guerre. C’était le début de la guerre dite des 33 jours.

L’embuscade avait été préparée pendant plusieurs mois par l’unité d’élite du Hezbollah, avec l’aide d’officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ces derniers ont conseillé le commandement de la milice pro-iranienne sur les tactiques d’infiltration qu’il fallait couvrir et camoufler par des opérations de diversion en ouvrant le feu sur plusieurs secteurs de la frontière libano-israélienne.

Les commandos de la milice engagés étaient des membres de l’unité alors appelée «Forces d’intervention» (future unité Radwan). Ils avaient été formés par des instructeurs de la Force al-Qods du CGRI aux techniques d’embuscade et à l’utilisation de missiles antichars. L’opération a été dirigée par Imad Moghniyeh, assassiné par le Mossad 3 ans plus tard en Syrie.

Opération «Toile d’acier»

La riposte israélienne s’est traduite par une opération baptisée «Toile d’acier», en réponse notamment à un discours de Hassan Nasrallah, prononcé dans le stade de football de Bint Jbeil, six ans plus tôt, 24 heures seulement après le retrait israélien du 26 mai 2000. Ce jour-là, il avait présenté Israël comme étant «plus faible qu’une toile d’araignée».

L’armée israélienne a mené une campagne aérienne massive de plusieurs jours, ciblant tout le territoire libanais, avant de lancer une offensive terrestre au Liban-Sud, contre plusieurs localités. La plus importante était celle de Bint Jbeil, ville symbolique majeure en raison du fameux discours de Nasrallah. Les affrontements les plus acharnés s’y sont d’ailleurs déroulés.

Bataille de Bint Jbeil

L’armée israélienne l’a encerclée le 24 juillet, soit 12 jours après le début des combats et la prise de Maroun el-Ras, village jouxtant Bint Jbeil, du côté sud-est.

Le 25 juillet, un général israélien a annoncé le contrôle total de la ville, alors que le centre-ville continuait à résister.

Le 26 juillet, une unité de la brigade Golani est tombée dans l’embuscade la plus meurtrière du conflit, aux alentours de la ville. Huit soldats israéliens ont été tués et des dizaines d’autres ont été blessés. Faute de pouvoir sécuriser le centre-ville, Israël a privilégié les frappes aériennes et l’artillerie, transformant la bourgade en un champ de ruines.

Bint Jbeil était défendue par 150 combattants incluant des unités de la Force Radwan(1). Retranchés dans des bunkers et des tunnels, ils ont repoussé plusieurs tentatives de percées terrestres par des tirs de missiles antichars et de mortiers.

Les combattants du Hezbollah, déployés le long de l’axe Bint Jbeil-Wadi el Houjeyr, et à la grande surprise des observateurs, étaient massivement armés de missiles de précision antichars de type Kornet, dans leurs deux versions, russe et iranienne, et de type Metis de fabrication russe, fournis par la Syrie et l’Iran.

Le bilan de la bataille de Bint Jbeil, côté israélien, était lourd: 17 militaires tués dont au moins deux officiers supérieurs, et plusieurs chars Merkava endommagés par des missiles. Côté Hezbollah, il l’était davantage: 60 tués, dont le commandant des opérations du secteur, et la destruction massive d’infrastructures et dépôts de munitions.

Une autre bataille qui a marqué cette guerre a été celle de Wadi el Houjeyr. (à suivre)

(1) Unité d’élite offensive du Hezbollah, spécialisée dans les opérations commandos et les incursions en territoire israélien, cette unité est subdivisée en deux groupes, l’un ayant pour mission d’ouvrir des brèches à la frontière libano-israélienne et l’autre conquérir des points stratégiques dans le nord d’Israël. Dans l’un de ses discours, Hassan Nasrallah avait menacé de conquérir la Galilée, fort de cette unité Radwan.

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