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L'Essentiel de la semaine

Une semaine sous le signe de l’escalade verbale et militaire

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Des soldats de l’armée libanaise portent le cercueil du général de brigade Wissam Sabra, tué dans une frappe israélienne, lors de ses funérailles à Beyrouth, le 7 juin 2026. (AFP)
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Par LevantTime .
Publié juin 7, 2026 - 23:08

Alors que les négociations sur le front américano-iranien piétinent et que les incidents sécuritaires se multiplient dans le Golfe, les autorités libanaises se distinguent par une vision stratégique clairement souverainiste, alors que dans le même temps une escalade militaire est survenue en fin de semaine avec un bombardement de la banlieue-sud et une menace iranienne contre Israël.

« Le Liban est notre pays pas le vôtre. » Ces mots prononcés par le président libanais Joseph Aoun lors d’une interview très suivie avec la grande journaliste de CNN, Christiane Amanpour, vendredi, ont non seulement marqué la semaine qui vient de s’écouler au Liban, mais renforcent certainement la tendance à une évolution claire dans le discours officiel dans le sens du message souverainiste qui était au centre du discours d’investiture du chef de l’Etat.

Les critiques acerbes du président Joseph Aoun à l’égard du régime iranien et du Hezbollah ont entrainé une violente attaque de certains médias iraniens contre Baabda.

Parallèlement à cette escalade verbale, la semaine s’est achevée sur un grave développement militaire. En riposte à des tirs de roquettes lancés par le Hezbollah en direction du nord d’Israël, l’aviation de l’Etat hébreu a mené dimanche après-midi trois raids contre un centre d’opération du parti pro-iranien dans la banlieue-Sud.

Rappelons à ce propos qu’à la suite de la récente intervention du président Donald Trump visant à empêcher, il y a quelques jours, une attaque massive contre la banlieue-sud, en contrepartie d’un arrêt des tirs du Hezbollah contre Israël, les dirigeants israéliens avaient averti que la banlieue-sud serait bombardée si le parti chiite lançait des roquettes contre le Nord d’Israël. Or en fin de semaine, le Hezb a repris ses tirs contre le territoire israélien, ce qui a entrainé la riposte de dimanche après-midi qui a fait deux morts (des cadres du Hezbollah) et onze blessés.

Tel-Aviv devait indiquer en soirée qu’elle avait averti Washington, en amont, de sa décision de lancer un raid contre une permanence de la formation pro-iranienne.

De fait, le président Trump devait déclarer dimanche soir qu’il appuyait les attaques israéliennes contre le Hezbollah, soulignant que les Etats-Unis étaient prêts à aider l’armée israélienne à lancer «une attaque bien ciblée contre le Hezbollah», précisant sur ce plan qu’il était prêt à demander au président syrien Ahmed Chareh d’apporter une aide à d’éventuelles opérations contre le Hezb.

A la suite du triple raid contre la banlieue-sud, le régime iranien a menacé ouvertement de lancer des missiles contre Israël. Ce à quoi les dirigeants israéliens ont répondu que si l’Iran attaque Israël, cela risque d’entrainer une relance de la guerre iranienne.

Les positions souverainistes du régime

Pour en revenir à la stigmatisation par le pouvoir libanais de l’attitude de la République islamique à l’égard du Liban, les propos tenus par le président Aoun à la CNN, ont été précédés d’un discours tout aussi acerbe du Premier ministre Nawaf Salam, lors du lancement d’un appel à l’aide internationale en faveur des déplacés des zones de conflit au Liban.

M. Salam a notamment souligné à cette occasion que «le Liban ne saurait être une carte entre les mains de qui que ce soit». M. Salam faisait référence au choix des autorités libanaises de se lancer dans des négociations directes avec Israël depuis début avril, plutôt que de voir le dossier libanais intégré dans les négociations irano-américaines, comme le souhaitent les partis chiites.

Ces déclarations n’ont peut-être rien de nouveau en soi: depuis son élection, Joseph Aoun martèle sa volonté de monopole des armes aux mains de l’Etat, qui doit passer nécessairement par le désarmement de la milice du Hezbollah, et il est soutenu en cela par le chef du gouvernement.

Toutefois, sa volonté de sortir le Liban de l’influence iranienne n’est jamais apparue de façon aussi claire et déterminée que durant cette interview de très grande écoute, sur une chaîne américaine.

Le président libanais s’en est directement pris aux Gardiens de la Révolution d’Iran qui ont été les premiers à rejeter un accord de principe sur un cessez-le-feu au Liban, obtenu lors de la réunion libano-israélienne des 2 et 3 juin à Washington.

Sans surprise, ces propos ont attiré au président Aoun les foudres non seulement des partis chiites, mais de certains médias iraniens. On retiendra la pique lancée aussi par le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, conseillant au président libanais « de sauver le Liban de son véritable ennemi », à savoir Israël, faisant valoir que « ce n’est pas son pays qui occupe le cinquième du Liban » actuellement.

M. Araghchi néglige de rappeler que c’est le front ouvert par le Hezbollah pour soutenir l’Iran contre l’attaque israélo-américaine du 28 février qui a plongé le Liban dans ce nouveau conflit meurtrier, et lui a attiré une nouvelle occupation israélienne au Liban-Sud.

La trêve avortée

Les propos des dirigeants libanais ont aussi approfondi un peu plus les divisions internes avec le camp pro-iranien. Et il n’y a pas que les déclarations publiques qui ont provoqué l’ire de ce camp: les réunions du 2 et 3 juin à Washington susmentionnées, entre les délégations libanaise et israélienne, sous parrainage américain, ont valu à l’exécutif libanais de virulentes réponses sur la scène interne.

Du Hezbollah bien sûr, notamment par la voix de son secrétaire général Naïm Qassem, qui l’a qualifié de « capitulation », mais, surtout, du président du Parlement et chef d’Amal (l’autre composante du duo chiite), Nabih Berry, vu jusque-là comme potentiel porteur d’une position différenciée par-rapport à son allié pro-iranien. Ce dernier s’en est violemment pris à l’accord, en considérant qu’il est « piégé » et « injuste ».

Si les deux partis ont été si virulents, c’est que la déclaration suite à cet accord s’est faite sous la forme d’un communiqué conjoint libano-israélo-américain.

Et il n’y a pas que la forme : dans le fond, les trois parties dénoncent les attaques iraniennes sur les pays du Golfe, et considèrent que le Hezbollah doit arrêter ses opérations en premier dans cette confrontation qui se poursuit au sud.

Dans tous les cas, cet accord a très vite été mis à mal, non seulement par la réponse négative envoyée par le Hezbollah au président Aoun, mais aussi par un évident manque de volonté israélienne de mettre fin aux combats.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a-t-il intérêt à se montrer conciliant sur ce front si le Hezbollah poursuit ses attaques, alors même que ses différends avec le président américain éclatent au grand jour et qu’il prépare déjà les futures élections dans son pays?

Quoi qu’il en soit, malgré les négociations en cours, notons que l’intensité des combats n’a pas faibli au sud du Liban, d’un côté comme de l’autre.

Pire encore, le Hezbollah recommence à frapper le nord d’Israël (ce à quoi il avait semblé renoncer quelques jours auparavant).

Israël, de son côté, n’hésite plus à cibler l’armée libanaise: il l’a fait à plus d’une reprise cette semaine, notamment lors d’une attaque meurtrière samedi, au cours de laquelle deux officiers et un soldat ont trouvé la mort dans un véhicule militaire sur une route de Nabatiyeh.

Réouverture de l’aéroport de Qlayaat

Pour toutes ces raisons, les déclarations hostiles aux ingérences iraniennes de la part des présidents Aoun et Salam semblent des graines semées pour l’avenir, qui peinent à germer en milieu hostile. Même les déclarations du président américain, qui a affirmé à plus d’une reprise «avoir parlé au Hezbollah» (ce dont doutent nombre d’experts, privilégiant la thèse de l’intervention de tiers, notamment iraniens), pourraient mettre dans l’embarras la position officielle libanaise.

La réalité est cependant plus contrastée.

Les propos de M. Aoun lui ont attiré des soutiens de la part de plusieurs pays arabes comme Bahreïn. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont profondément divisées, mais le président est vu par beaucoup comme porteur d’une volonté inédite de « libérer » le pays de toutes les ingérences.

En clair, le pays apparaît comme tiraillé entre deux puissants courants, marchant sur un fil vers un avenir incertain.

Mais le camp hostile à la mainmise iranienne a marqué un autre point cette semaine. Samedi, la réouverture de l’aéroport de Qlayaat, dans le Akkar, cette région au nord du pays devenue synonyme de négligence et de sous-développement, a donné une toute autre image du pays. Pourquoi la réouverture de cet aéroport est-elle synonyme d’émancipation? Parce que la perspective d’un second aéroport au Liban s’est souvent heurtée à un veto du Hezbollah et de ses alliés, et les gouvernements qui lui étaient acquis ne s’y sont jamais aventurés.

En effet, l’aéroport de Beyrouth, qui se situe dans la banlieue-sud (fief du parti jaune), était soumis au contrôle officieux du parti chiite, et toute autre infrastructure située dans une région qui ne lui est pas acquise aurait échappé à son contrôle.

On comprend mieux l’engouement pour les images de cette inauguration samedi, avec l’arrivée du Premier ministre dans un avion privé qui s’est posé sur la piste. Des images qui ont été ressenties comme symbole d’un véritable changement.

Enfin, notons la visite effectuée par le commandant en chef de l’armée libanaise Rodolphe Haykal ce week-end au Pakistan, le pays qui joue le rôle de médiateur principal entre les Etats-Unis et l’Iran.

Entre-temps, sur le front irano-américain

Les négociations américano-iraniennes, justement, ont donné l’impression de piétiner toute cette semaine.

Les déclarations de Donald Trump sur l’imminence d’un accord (contrebalancées par ses menaces d’une nouvelle attaque) se sont poursuivies avec la même régularité, mais sans aboutir à des percées.

De leur côté, les Iraniens continuent de démentir systématiquement toute déclaration du président américain. Dans un cas comme dans l’autre, les mots n’engagent la région dans aucune avancée significative.

Cette zone grise qui s’installe coïncide avec le début prochain d’un événement sportif mondial qui risque de détourner durablement l’attention du conflit en cours au Moyen-Orient, la Coupe du monde de football, qui se déroule en partie aux Etats-Unis… et à laquelle participe l’équipe iranienne. Celle-ci devrait disputer son premier match à Los Angeles, et les joueurs ont obtenu leur visa pour les Etats-Unis cette semaine.

Face à ce surplace politique, le terrain s’enflamme de plus en plus. Les affrontements entre les Gardiens de la Révolution et l’armée américaine se multiplient dans la zone du détroit d’Ormuz, qui reste partiellement fermé. Des tirs américains sur l’île iranienne de Qeshm notamment ont appelé une riposte iranienne, de toute évidence dirigée principalement vers les pays du Golfe. On retiendra principalement cette frappe sur l’aéroport du Koweït mardi, qui a fait un mort et 63 blessés dont certains gravement atteints.

Il faut signaler également que la situation en Cisjordanie et à Gaza s’est enflammée également cette semaine, avec plusieurs attaques sur la bande ayant fait de nombreux morts.

En Cisjordanie, les exactions contre le peuple palestinien, surtout par des colons souvent secondés par des soldats, se multiplient.

De tels épisodes de violence font monter les tensions dans l’intérieur israélien. Dimanche, des coups de feu ont été entendus simultanément dans quatre régions israéliennes, et l’armée a déclaré faire face à un «incident» qui a fait un tué et plusieurs blessés. Un assaillant a été tué, et un autre arrêté.

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