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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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Bienvenue chez Ramsès II
Par
Micha Moussallem
Publié

Dans notre premier article, nous avons suivi les étapes de la construction du Musée National égyptien et avons exploré son département technique, chargé de la restauration des objets découverts par les archéologues. Il est temps de découvrir certains des trésors qu’il recèle. Dès qu’on pousse la porte du GEM, un hall majestueux (l’Atrium) de 10 000 mètres carrés nous accueille sous un toit de verre et un escalier grandiose de 108 marches s’étendant sur une superficie de 6 000 mètres carrés sur 6 étages. Le musée comprend 12 galeries et dispose d’une structure organisée autour de trois thèmes principaux : la royauté, la société et les croyances, couvrant ainsi des périodes allant de l'époque pré-dynastique à l'ère gréco-romaine.​ Un fabuleux voyage à travers 7000 ans d’histoire Le Grand hall est dominé par la statue colossale de Ramsès II, découverte près de l’ancienne Memphis en 1820. Vieille de 3000 ans, haute de 11 mètres et pesant plus de 80 tonnes de granit rouge, l’imposante statue semble s’avancer pour nous accueillir. Avant le GEM, celle-ci trônait à l’entrée de la gare du Caire sur la place qui porte le nom du pharaon. Elle a dû être placée à l’intérieur du musée avant même la construction du hall, car il était impossible de la faire entrer par les portes, eu égard à ses dimensions exceptionnelles. Quant au grand escalier, il est lui-même conçu comme une œuvre d’art et offre une vue imprenable sur les pyramides. Il est orné de statues colossales de pharaons, de sarcophages et d’objets à la valeur inestimable disposés selon quatre thèmes précis obéissant à une mise en scène spectaculaire : les statues des rois et des reines, les lieux de prière, la relation du roi avec les dieux, et enfin les sarcophages des rois et des reines. En haut des marches et tout le long du parcours, le clou du spectacle est bien sûr, la vue imprenable sur les pyramides. Quelques merveilles Le musée réunit les plus beaux trésors de l’Égypte ancienne et contient des milliers de pièces qui ont toutes été soigneusement restaurées in situ, dans les laboratoires du musée. D’ailleurs des milliers d’autres pièces attendent à leur tour d’être restaurées. Parmi ces merveilles, un étage consacré à Toutankhamon. Le jeune pharaon, mort à 19 ans, fascine tout autant les touristes du monde entier que les égyptologues et autres chercheurs. Ceci vient surtout du trésor inouï découvert intact dans sa tombe par l’architecte Howard Carter et dont la découverte a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’égyptologie. Le trésor de Toutankhamon comprend plus de 5000 objets exposés dans 2 galeries de 7000 mètres carrés. Parmi les pièces fabuleuses appartenant à Toutankhamon, se trouve son célèbre masque funéraire, un chef-d'œuvre du savoir-faire et de l’orfèvrerie de l’Égypte antique. Il est en or massif serti de turquoise, de lapis-lazuli, de quartz... et il pèse près de 10 kg. Il était placé dans la tombe du pharaon afin de permettre à l’âme de celui-ci de reconnaitre son corps une fois dans l’au-delà. On peut également admirer dans les deux galeries qui lui sont dédiées, son trône doré et ses six chars de guerre, ses trois lits funéraires dont un en or massif et des centaines d’objets (bijoux, amulettes, vêtements…etc.) destinés à l’accompagner dans l’au-delà. Le bateau de Khéops Autre attraction majeure du musée, la salle des Barques de Khéops où l’on peut admirer la barque solaire du pharaon, constructeur de la Grande Pyramide. Elle mesure 43,5 mètres de long pour une largeur de 5,9 mètres et elle est vieille de plus de 4 600 ans. Objet symbolique de la mythologie égyptienne liée au cycle de Râ, le dieu soleil, elle est considérée comme le plus ancien navire intact au monde. Ce chef-d'œuvre en bois de cèdre du Liban, très prisé dans l'Antiquité, devait servir à transporter le roi défunt vers l'au-delà. Elle a été retrouvée intacte dans une fosse, mais en pièces détachées sous forme d’un puzzle de 1224 pièces. Il a fallu 10 ans aux experts pour la remonter, son mécanisme ne comprenant ni vis ni clous. Dans notre prochain article, nous étudierons l’impact du musée, source de fierté nationale, sur le rayonnement culturel et sur l’économie de l’Égypte.

Pour un retour au legs politique de Mohammed Mehdi Chamseddine

Le Liban et, plus spécifiquement, la communauté chiite ont commémoré il y a quelques jours le 25e anniversaire du décès, le 10 janvier 2001, de l’ancien président du Conseil supérieur chiite (CSC), l’imam Mohammed Mehdi Chamseddine. Celui qui fut pendant plus de deux décennies le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, succédant à l’imam Moussa Sadr – mystérieusement disparu lors d’une visite en Libye en 1978 – a laissé derrière lui un « testament » politique dont de nombreux Libanais et étrangers, notamment dans les milieux universitaires et journalistiques, ignorent (ou occultent…) l'existence et la véritable portée. La dimension historique et véritablement existentielle de ce legs est mise en relief par les développements dramatiques dont le Liban et la région sont actuellement le théâtre. Plus que jamais, le pays du Cèdre et le Levant ont besoin de l’apport dans la vie publique d’une personnalité combinant, à l’instar de l’imam Chamseddine, autorité morale, ouverture d’esprit et vision lucide des réalités socio-politiques du moment. A la fin de sa vie, et bien qu’affaibli par la maladie, il avait enregistré sur cassette ses mémoires et des recommandations quant à la ligne de conduite que devraient adopter les chiites du Liban et de la région. Il avait notamment exhorté ses coreligionnaires à ne pas avoir de « projet politique propre aux chiites » et à mener la lutte pour acquérir leurs droits « en s’intégrant à la société au sein de laquelle ils évoluent ». En clair, il rejetait d’une manière à peine voilée le principe de l’exportation de la Révolution islamique iranienne initié par les Pasdaran au lendemain de l’accession de Khomeiny au pouvoir en 1979. Il contestait surtout dans ce cadre le système mis en place par Khomeiny, fondé sur l’autorité du walih el-faqih, à savoir le Guide suprême de la révolution islamique iranienne – en l’occurrence lui-même et ses successeurs – doté, en sa qualité de descendant direct du Prophète, d’un pouvoir décisionnel absolu et sans appel pour les questions d’ordre stratégique, dont notamment la décision de guerre et de paix. En instaurant un tel système politique, l’ayatollah Khomeiny avait semé les germes d’une déstabilisation régionale chronique, fruit du comportement d’un pouvoir autocratique qui plongera l’ensemble du Moyen-Orient dans le chaos pendant plus de quatre décennies. Et pour cause : la wilayat el-faqih avait été conçue pour être une autorité de référence absolue non seulement pour les Iraniens, mais également pour tous les chiites. Sur le plan de la pratique religieuse, tout groupement ou individu chiite se doit en effet d’opter pour le chef spirituel de son choix. Or en s’octroyant un pouvoir fondé sur une « légitimité » divine (donc non discutable), le nouveau Guide de la République islamique (Khomeiny puis Khamenei, actuellement) se plaçait au-dessus de toute autre autorité religieuse, au service, de surcroît – et c’est là que le bât blesse – d’un projet politique transnational, expansionniste, hégémonique, répressif, sacralisant la violence comme mode d’action. Cette « greffe » khomeyniste opérée sur le corps socio-politico-religieux chiite ne pouvait être qu’une source de tension et de conflits dans le monde arabe, sous le poids de « l’exportation de la Révolution islamique » et du pouvoir divin octroyé au Guide suprême. En bon visionnaire, cheikh Mohammed Mehdi Chamseddine avait vu le danger poindre à l’horizon, prenant clairement ses distances à l’égard des fondements de la wilayet el-faqih et des ambitions expansionnistes des Pasdaran, à l’instar d’ailleurs du chef spirituel de la communauté chiite en Irak, l’ayatollah Sistani, de l’imam Moussa Sadr et même de cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, que nombre d’observateurs occidentaux qualifiaient à tort de « guide spirituel du Hezbollah », alors que bien au contraire il contestait le pouvoir divin du walih el-faqih et exprimait, de ce fait, des réserves au sujet de la ligne de conduite du Hezbollah au Liban. Plus de vingt-cinq ans plus tard les événements ont illustré le caractère visionnaire du legs politique de cheikh Chamseddine. De fait, c’est sur base du « projet (transnational) propre aux chiites », dénoncé par l’ancien président du CSC, que le pouvoir iranien a eu recours à des miliciens de pays arabes pour réprimer sauvagement dans le sang, il y a quelques jours, son propre peuple. Le slogan « Ni Gaza, ni Hezbollah, nous donnons notre vie à l’Iran », lancé par les révolutionnaires iraniens, résume à lui seul toute la dimension historique et existentielle de la vision exprimée par l’imam Chamseddine. Il reflète surtout dans ce cadre le grave ressentiment à l’égard des populations arabes manifesté par une large partie de l’opinion iranienne qui ne comprend pas comment l’aile radicale du régime iranien a pu dépenser des dizaines de milliards de dollars pour entretenir des proxys dans les pays arabes alors que l’Iran fait face à une lourde crise socio-économique sans précédent. C’est également sur cette même base du « projet (transnational) propre aux chiites » que le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, ne cesse de faire prévaloir l’intérêt supérieur du régime iranien au détriment des impératifs de l’édification d’un Etat libanais fort et souverain. Il ira jusqu’à proférer des menaces contre le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi (jugé trop souverainiste !), sans oublier au passage de brandir le spectre de troubles internes si le gouvernement venait à mettre à exécution sa décision de désarmer le Hezbollah… Lors de l’une de ses récentes interventions publiques, le président Joseph Aoun a appelé le Hezbollah à « la raison », ce qui a ouvertement déplu à Naïm Kassem (intérêt supérieur de l’Iran des mollahs oblige !). Pour stopper une telle dérive suicidaire de la part de la formation pro-iranienne, une démarche impérative s’impose aujourd’hui, en toute urgence : l’alignement sur les recommandations, sur le legs politique prophétique, de Mohammed Mehdi Chamseddine. Même si cela doit passer inéluctablement – il faudra qu’ils l’admettent un jour – par une véritable « révolution culturelle » pour remodeler leur doctrine politique élaborée au milieu des années 1980…

Le "Vieux continent" entre mémoire fondatrice et désarmement civilisationnel

La notion de « Vieux Continent » renvoie à une Europe façonnée par une longue histoire, une pluralité de peuples et une profondeur spirituelle singulière. Toutefois, cette Europe n’est pas une réalité figée : elle a été pensée, reconstruite et réinterprétée selon les époques. Deux visions permettent d’en mesurer l’évolution et les tensions contemporaines : celle élaborée dans l’après-Seconde Guerre mondiale par Robert Schuman et la démocratie chrétienne ; et celle décrite aujourd’hui par Chantal Delsol dans L’Insurrection des particularités. Entre ces deux moments, l’Europe est passée d’un projet de civilisation fondé sur la réconciliation à une crise identitaire marquée par la fragmentation et l’impuissance stratégique. Dans l’immédiat après-guerre, la pensée de Robert Schuman s’enracine dans une expérience historique traumatique. L’Europe sort exsangue de deux guerres mondiales nées sur son sol. Le mot d’ordre implicite qui habite alors les consciences est simple, radical, presque existentiel : « Plus jamais ça ». Plus jamais la guerre fratricide, plus jamais les nationalismes meurtriers, plus jamais la négation de la dignité humaine. Ce refus absolu du retour à la barbarie constitue le socle moral du projet européen tel que le conçoivent Schuman, Adenauer ou De Gasperi, tous issus de la tradition de la démocratie chrétienne. Pour Schuman, l’Europe n’est pas d’abord un espace économique ou technocratique, mais une communauté de destin fondée sur une certaine idée de l’homme. Cette anthropologie est héritée du christianisme, non comme dogme imposé, mais comme matrice culturelle ayant façonné la conception européenne de la personne, de la loi et du pouvoir. C’est dans ce sens qu’il affirme, selon une formule restée célèbre : « La démocratie sera chrétienne ou elle ne sera pas » (1). Loin de signifier une confusion entre foi et politique, cette phrase exprime la conviction que la démocratie ne peut survivre sans un socle moral reconnaissant la dignité de la personne humaine, la responsabilité, la solidarité et la limite du pouvoir. La déclaration du 9 mai 1950 traduit concrètement cette vision. L’Europe ne se fera pas par décret, mais par des réalisations concrètes créant une solidarité de fait. Il ne s’agit pas d’abolir les nations, mais de les inscrire dans un cadre supérieur capable de neutraliser leurs pulsions destructrices. Le « Vieux Continent » est alors conçu comme une civilisation consciente de ses racines gréco-romaines, chrétiennes et humanistes, et décidée à transformer sa mémoire tragique en principe de paix durable. La démocratie chrétienne propose ainsi une synthèse originale : unité sans uniformité, pluralité sans affrontement, mémoire sans ressentiment. Prochaine article: L’insurrection des particularités : une Europe désarmée face à l’histoire (1) René Lejeune, Robert Schuman, père de l'Europe, Fayard (p 169).

Liban, Terre d’Asile
Par
Jawad Pakradouni
Publié

« Le Liban se distingue par la proximité unique entre la mer et la montagne. Les imposantes chaînes de montagnes du Liban s’étendent parallèlement au littoral de la mer Méditerranée, créant une diversité géographique saisissante qui réunit des plages magnifiques, des vallées verdoyantes et des montagnes couvertes de neige en hiver. » Introduction type que l’on retrouve dans tous les manuels de géographie libanaise qui décrit un pays unique en son genre, tout aussi captivant pour les autochtones que pour les touristes. Il ne faut donc pas s’étonner de l’afflux massif de ressortissants étrangers, notamment Syriens et Iraniens (lesquels, parait-il contribuent à une hausse soudaine du taux d’occupation de certains hôtels) : le Liban paie la rançon de son succès. Il est vrai que nous aurions préféré voir débarquer des Occidentaux ou des Arabes du Golfe Persique, mais malheureusement, nous ne choisissons pas nos touristes, et c’est bien le ministère concerné qui s’était fendu du slogan « Ahla Bhal Tallé » sans préciser les nationalités de la « tallé ». En effet, force est de constater que les Syriens en question ont soudainement décidé de visiter le pays à partir de décembre 2024, la grande majorité d’entre eux préférant s’installer aux frontières, dans la vallée de la Békaa, connue pour son climat rude en hiver et sec en été, mais nécessairement moins rude et sec que le climat politique qui règne en Syrie, pour ceux qui justement ont décidé précipitamment de fouler le sol libanais. Il en est de même pour les Iraniens qui ont très récemment – selon les informations qui circulent – envahi certains hôtels, une variante plus délicate que l’invasion opérée en mai 2008 par leur milice locale, mais qui demeure gênante, dans la mesure où il se trouverait certaines personnes fichées dans les banques de données des hirondelles israéliennes dont le bourdonnement ne cesse d’agrémenter nos journées. Dans le fond, ces touristes d’un autre genre s’acclimateront très facilement dans certaines de nos régions. En effet, il existe des plages qui répondent à leurs critères sociaux et culturels : unisexes, bien viriles où Mohammad Raad officie comme GO (Gueulard Organisateur), en guise d’animateur, ce sera Hussein Hajj Hassan dont le physique rappelle celui de Gordon Shumway (accréditant ainsi l’une des prémonitions les plus loufoques de Michel Hayek), et bien évidemment Naim Kassem en DJ, remplaçant le David Guetta de la milice, celui qui faisait vibrer la république avec son doigt. Il est cependant navrant de constater que la terre d’accueil qu’est le Liban ne reçoit que les personnalités de deuxième, voire troisième rang, les célébrités et autre VIP quant à elles préférant passer à l’Est du mur de Berlin (qui est en fait l’Ouest pour eux), en Russie, quand bien même la fragilité notoire des balcons et l’effet purgatif de leurs thés. Selon les rapports publiés par « World Population Review » fin 2025, le Liban tient la place de la première dauphine dans le monde arabe et la cinquième au classement mondial en termes de prévalence des maladies mentales et troubles psychologiques. Déjà qu’on est un asile de fous à ciel ouvert, si en plus, on devait servir d’asile pour les criminels….

L’idée méditerranéenne à l’épreuve des équilibres européens (2/5)

Après avoir défini l’espace géographique de l’Union méditerranéenne et exposé les raisons pour lesquelles les mers adjacentes ainsi que les pays riverains non liés à la Méditerranée en ont été écartés, les Conseils de la Baltique et nordique, ainsi que leurs objectifs, seront présentés afin d’identifier ce qui les rapproche de cette Union et les différences d’objectifs qui les caractérisent. Les limites géographiques de l’Union méditerranéenne étaient précisément déterminées: la mer Méditerranée, délimitée par les détroits de Gibraltar et des Dardanelles ainsi que par le canal de Suez. Les pays concernés, à savoir ceux que l’on peut désigner comme l’arc méditerranéen de l’Europe (en incluant, en raison de sa langue, de son histoire et de sa culture, le Portugal), ainsi que les pays riverains du Sud et de l’Est, au nombre de seize : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Palestine, Syrie, Turquie ; pour l’Adriatique: Bosnie-Herzégovine, Croatie, Albanie et Monténégro; enfin, la Mauritanie, pour une raison similaire - bien que non identique - à celle justifiant la présence du Portugal. Il était voulu par l’initiateur que la Méditerranée n’apparaisse pas comme une simple succession continue de pays entourant un ensemble vide, mais comme un espace de vie, de production et d’échanges humains, commerciaux et culturels, composé de la mer Méditerranée et des pays riverains qui l’entourent. Il s’agissait d’un ensemble indissociable: union de pays, de terres donc, mais aussi union de ces terres avec la mer, espace central qui les relie. Pourtant, il apparaît que les objectifs assignés sont essentiellement terrestres. Aucun ne concerne directement la mer. La chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, a exigé que ce projet englobe les vingt-sept pays de l’Union européenne. Pour éviter tout affrontement, le président français Nicolas Sarkozy a dû modifier le projet d’union en y intégrant l’ensemble des pays de l’UE et en adaptant son appellation afin d’écarter toute ambiguïté. Il est toutefois parfois utile de faire ressurgir les différentes phases de la création d’un processus pour comprendre les raisons de ses succès ou de ses échecs, et, par là même, les difficultés rencontrées par l’Union pour la Méditerranée (UpM) à avancer au rythme souhaité. Nous verrons qu’elle ne constitue pas un échec, mais peut-être - en partie - une victime des pesanteurs liées à sa macrostructure, telles que l’Europe sait en produire. Deux instances sont ici présentées : le Conseil des États de la Baltique, qui s’apparente - de loin, par ses ambitions et ses objectifs - à l’Union méditerranéenne (ou à l’UpM), et, pour mémoire, le Conseil nordique. Ce dernier sera traité très brièvement, car il n’est pas centré sur et autour de la Baltique dans sa vocation. Le Conseil des États de la Baltique Ce Conseil** a été créé en 1992 à l’initiative de l’Allemagne et du Danemark afin de favoriser la coopération dans la région de la mer Baltique, notamment en matière de sécurité et d’environnement. Il joue un rôle de plateforme régionale de coopération sur des enjeux civils, environnementaux, maritimes et sociétaux. Il s’agit d’un forum régional regroupant dix États - Danemark, Estonie, Finlande, Allemagne, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pologne et Suède - qui ont tous adhéré à l’Union européenne, à l’exception de l’Islande et de la Norvège. Des pays comme la France disposent en outre d’un statut d’observateur à titre national. Son secrétariat est établi à Stockholm. L’invasion russe de l’Ukraine a modifié certaines composantes de ce Conseil avec la suspension de Moscou. Ses objectifs sont: * promouvoir l’identité et la coopération régionale autour de la mer Baltique ; * favoriser un développement durable et prospère de la région ; * assurer une région sûre et sécurisée (sécurité civile, protection des personnes, coopération transfrontalière) ; * garantir la protection de l’environnement et la résilience démocratique ; * encourager les contacts humains et une croissance économique équilibrée. Les domaines d’action incluent notamment la protection maritime, l’économie maritime durable, la lutte contre la traite des êtres humains et le crime organisé, ainsi que l’éducation, la jeunesse et la culture, avec un rôle renforcé dans la coopération régionale européenne du Nord-Est. Le Conseil nordique Créé en 1952, le Conseil nordique, et son pendant ministériel instauré en 1971, visent à renforcer la coopération entre les pays nordiques dans de nombreux domaines (mobilité, environnement, culture, société). Sa vision est clairement orientée vers une coopération et une intégration politiques, économiques, sociales et culturelles. Il constitue un modèle d’union régionale démocratique. Ce Conseil regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, ainsi que leurs territoires autonomes (Groenland, îles Féroé, Åland). Son siège est à Copenhague. Ses objectifs essentiels sont de favoriser un espace nordique intégré - libre circulation, égalité, durabilité et innovation - et de promouvoir les valeurs démocratiques et la solidarité régionale. Le Conseil nordique n’inclut ni l’Allemagne ni les autres pays de l’Union européenne. Il est néanmoins mentionné afin de montrer que des instances géographiquement constituées, regroupant certains pays de l’UE autour de projets communs avec des pays non membres de l’Union dans une aire géographique définie, coexistent et opèrent activement. Elles fonctionnent sans doute plus aisément que l’UpM, vaste et peut-être trop lourde à porter et à faire fonctionner de manière dynamique. Seul le Conseil des États de la Baltique peut être comparé à l’Union méditerranéenne, les deux étant structurés autour d’un ensemble maritime à partir de pays riverains. Les objectifs de ce Conseil n’ont cependant pas l’ampleur de ceux de l’Union méditerranéenne. Or, cette dernière, bien qu’encerclant la mer Méditerranée – avec en outre un volet adriatique et une ouverture atlantique – demeure dépourvue d’objectifs véritablement maritimes. L’Union méditerranéenne fut éphémère. Elle a cédé la place à l’Union pour la Méditerranée, qui existe aujourd’hui. C’est essentiel pour les peuples méditerranéens. Le Liban y a toute sa place. Prochain article: La transmutation du Processus de Barcelone en Union pour la Méditerranée (3/5) Article précédent : Union méditerranéenne: qu'est devenu le processus de Barcelone? (1/5)

Iran: une guerre civile, comme celle de Syrie, reste probable

N’allez pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Le régime de Téhéran n’est pas tombé ; et quand bien même il serait fragilisé, il ne vacille pas. Si les manifestations et les émeutes déclenchées dans les villes d’Iran sont à l’honneur des universitaires, des femmes, des bazaris comme des autres strates de la société, c’est à se demander si elles ont dépassé en ampleur celles qui avaient déboulonné le Chah en 1979. Mais ces convulsions et protestations peuvent soudain atteindre une gravité insoupçonnée, et il ne serait pas illusoire de parier sur leur succès comme n’hésite pas à le déclarer le chancelier allemand. Et même en cas de frappe israélienne ou américaine ! Il n’empêche qu’on n’assistera pas de sitôt à la débandade de l’élite politico-cléricale iranienne, ni à celle de ses mamelouks que sont les pasdarans et les bassidjis *. Ce ne sont pas des gens à prendre la poudre d’escampette face à des protestataires désarmés. Et puis, l’ayatollah Khamenei, même diminué par la maladie, n’est pas le Premier ministre Mohammad Mossadegh qu’un coup d’État fomenté en 1953 par la CIA américaine et le MI6 britannique avait aisément renversé pour réinstaurer Mohammad Reza Pahlavi. Alors à moins que le régime ne se retourne contre lui-même, c’est sur les barricades que se jouera l’avenir du pays. Les pontes du régime ne vont pas renoncer à leur ascendant et les Gardiens de la Révolution n’ont qu’une envie : celle d’en découdre avec l’ennemi intérieur. Tout ce beau monde a trop à perdre d’une alternance au pouvoir. Et puis ayant trempé dans la corruption et la répression, où les barons et piliers de l’Etat trouveraient-ils refuge ? En Chine ou en Fédération de Russie, le Venezuela leur étant supposément interdit ? Cependant, sous la menace extérieure, la classe dirigeante peut jeter du lest. Elle peut aller jusqu’à réduire l’autorité du Guide suprême, ou même céder sur le nucléaire, mais elle ne lâchera pas pour autant le pouvoir. Soyons clairs, une malveillante cyberattaque ou même un bombardement américain, sans engagement de troupes au sol, ne sont pas en mesure d’abattre le régime honni. Alors, encore une fois, ce sera au peuple qui a investi les rues d’emporter la victoire à l’arraché. Une guerre civile asymétrique au départ, comme ce fut le cas en Syrie, est donc probable. Et là, il ne faudrait pas exclure une intervention russe et/ou chinoise, ne serait-ce que pour faire pendant à l’ingérence israélienne et américaine. Et le Liban alors ? Cela dit, on n’est pas sorti de l’auberge : si le sang doit être versé dans les provinces de la République islamique, autant s’attendre à une déflagration au Liban. Car si jamais il se voit menacé en son siège même, le régime des mollahs n’hésitera pas à embraser le Proche-Orient dans son entièreté. Oui, une décision suicidaire n’est pas à écarter de la part de ceux qui ont dégringolé la pente en moins de deux ans et qui vivent un état effarant de déni. D’où l’appel à veiller et à rester vigilant ! *Si leur potentiel actuel atteint les 200.000 soldats, il ne faut pas perdre de vue « qu’au moins 2 millions de pasdaran, et autant de bassidji, ont connu la terrible expérience du front. Cette fraternité d’armes explique l’influence ultérieure de leurs réseaux de solidarité de vétérans démobilisés dans l’ensemble du corps social ». Jean-Paul Burdy, « Iran : Une militarisation du régime par les Gardiens de la Révolution », Magazine Moyen-Orient, 10 janvier 2024