


Après avoir défini l’espace géographique de l’Union méditerranéenne et exposé les raisons pour lesquelles les mers adjacentes ainsi que les pays riverains non liés à la Méditerranée en ont été écartés, les Conseils de la Baltique et nordique, ainsi que leurs objectifs, seront présentés afin d’identifier ce qui les rapproche de cette Union et les différences d’objectifs qui les caractérisent.
Les limites géographiques de l’Union méditerranéenne étaient précisément déterminées: la mer Méditerranée, délimitée par les détroits de Gibraltar et des Dardanelles ainsi que par le canal de Suez. Les pays concernés, à savoir ceux que l’on peut désigner comme l’arc méditerranéen de l’Europe (en incluant, en raison de sa langue, de son histoire et de sa culture, le Portugal), ainsi que les pays riverains du Sud et de l’Est, au nombre de seize : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Palestine, Syrie, Turquie ; pour l’Adriatique: Bosnie-Herzégovine, Croatie, Albanie et Monténégro; enfin, la Mauritanie, pour une raison similaire - bien que non identique - à celle justifiant la présence du Portugal.
Il était voulu par l’initiateur que la Méditerranée n’apparaisse pas comme une simple succession continue de pays entourant un ensemble vide, mais comme un espace de vie, de production et d’échanges humains, commerciaux et culturels, composé de la mer Méditerranée et des pays riverains qui l’entourent. Il s’agissait d’un ensemble indissociable: union de pays, de terres donc, mais aussi union de ces terres avec la mer, espace central qui les relie. Pourtant, il apparaît que les objectifs assignés sont essentiellement terrestres. Aucun ne concerne directement la mer.
La chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, a exigé que ce projet englobe les vingt-sept pays de l’Union européenne. Pour éviter tout affrontement, le président français Nicolas Sarkozy a dû modifier le projet d’union en y intégrant l’ensemble des pays de l’UE et en adaptant son appellation afin d’écarter toute ambiguïté.
Il est toutefois parfois utile de faire ressurgir les différentes phases de la création d’un processus pour comprendre les raisons de ses succès ou de ses échecs, et, par là même, les difficultés rencontrées par l’Union pour la Méditerranée (UpM) à avancer au rythme souhaité. Nous verrons qu’elle ne constitue pas un échec, mais peut-être - en partie - une victime des pesanteurs liées à sa macrostructure, telles que l’Europe sait en produire.
Deux instances sont ici présentées : le Conseil des États de la Baltique, qui s’apparente - de loin, par ses ambitions et ses objectifs - à l’Union méditerranéenne (ou à l’UpM), et, pour mémoire, le Conseil nordique. Ce dernier sera traité très brièvement, car il n’est pas centré sur et autour de la Baltique dans sa vocation.
Le Conseil des États de la Baltique
Ce Conseil** a été créé en 1992 à l’initiative de l’Allemagne et du Danemark afin de favoriser la coopération dans la région de la mer Baltique, notamment en matière de sécurité et d’environnement. Il joue un rôle de plateforme régionale de coopération sur des enjeux civils, environnementaux, maritimes et sociétaux.
Il s’agit d’un forum régional regroupant dix États - Danemark, Estonie, Finlande, Allemagne, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pologne et Suède - qui ont tous adhéré à l’Union européenne, à l’exception de l’Islande et de la Norvège. Des pays comme la France disposent en outre d’un statut d’observateur à titre national. Son secrétariat est établi à Stockholm.
L’invasion russe de l’Ukraine a modifié certaines composantes de ce Conseil avec la suspension de Moscou.
Ses objectifs sont:
* promouvoir l’identité et la coopération régionale autour de la mer Baltique ;
* favoriser un développement durable et prospère de la région ;
* assurer une région sûre et sécurisée (sécurité civile, protection des personnes, coopération transfrontalière) ;
* garantir la protection de l’environnement et la résilience démocratique ;
* encourager les contacts humains et une croissance économique équilibrée.
Les domaines d’action incluent notamment la protection maritime, l’économie maritime durable, la lutte contre la traite des êtres humains et le crime organisé, ainsi que l’éducation, la jeunesse et la culture, avec un rôle renforcé dans la coopération régionale européenne du Nord-Est.
Le Conseil nordique
Créé en 1952, le Conseil nordique, et son pendant ministériel instauré en 1971, visent à renforcer la coopération entre les pays nordiques dans de nombreux domaines (mobilité, environnement, culture, société). Sa vision est clairement orientée vers une coopération et une intégration politiques, économiques, sociales et culturelles. Il constitue un modèle d’union régionale démocratique.
Ce Conseil regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, ainsi que leurs territoires autonomes (Groenland, îles Féroé, Åland). Son siège est à Copenhague. Ses objectifs essentiels sont de favoriser un espace nordique intégré - libre circulation, égalité, durabilité et innovation - et de promouvoir les valeurs démocratiques et la solidarité régionale.
Le Conseil nordique n’inclut ni l’Allemagne ni les autres pays de l’Union européenne. Il est néanmoins mentionné afin de montrer que des instances géographiquement constituées, regroupant certains pays de l’UE autour de projets communs avec des pays non membres de l’Union dans une aire géographique définie, coexistent et opèrent activement. Elles fonctionnent sans doute plus aisément que l’UpM, vaste et peut-être trop lourde à porter et à faire fonctionner de manière dynamique.
Seul le Conseil des États de la Baltique peut être comparé à l’Union méditerranéenne, les deux étant structurés autour d’un ensemble maritime à partir de pays riverains. Les objectifs de ce Conseil n’ont cependant pas l’ampleur de ceux de l’Union méditerranéenne.
Or, cette dernière, bien qu’encerclant la mer Méditerranée – avec en outre un volet adriatique et une ouverture atlantique – demeure dépourvue d’objectifs véritablement maritimes.
L’Union méditerranéenne fut éphémère. Elle a cédé la place à l’Union pour la Méditerranée, qui existe aujourd’hui. C’est essentiel pour les peuples méditerranéens. Le Liban y a toute sa place.
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