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Le contournement d'Ormuz explique la folie iranienne

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Par Khairallah Khairallah
Publié juil. 9, 2026 - 21:36

En profondeur, une question s’impose: qu’est-ce qui a conduit l’Iran à violer de façon aussi flagrante le protocole d’accord conclu avec les États-Unis à l’issue des négociations menées en Suisse avec une délégation américaine conduite par le vice-président J. D. Vance?

Les raisons susceptibles d’expliquer un comportement iranien aussi étrange, proche de la folie, sont nombreuses. Donald Trump est allé jusqu’à qualifier les responsables iraniens de «malades» et de «menteurs» avec lesquels aucun dialogue n’est possible. Il est même allé plus loin encore, employant des termes qui traduisaient sa profonde déception envers les dirigeants iraniens avant d’annoncer la fin du protocole d’accord.

La principale explication de cette dérive tient toutefois à la volonté des pays de la région de trouver des moyens de contourner le détroit d’Ormuz, que ce soit par la mer Rouge ou par la Méditerranée. Une telle évolution suppose des ententes avec la Jordanie et la Syrie, ou avec l’Irak et la Turquie, afin d’acheminer le pétrole et le gaz vers des ports permettant leur exportation vers l’Europe et d’autres régions du monde, sans dépendre du bon vouloir de l’Iran. Téhéran a tout simplement compris que le temps sur lequel il comptait ne jouait plus en faveur de sa stratégie et que des efforts concrets étaient engagés pour se passer du détroit d’Ormuz, qu’il considérait comme son principal levier face aux États-Unis.

La recherche, par les États du Golfe, de nouveaux itinéraires pour les oléoducs et les gazoducs a ainsi privé la «République islamique» de son principal atout, celui-là même qui avait conduit l’administration américaine à conclure ce protocole d’accord avec l’Iran, sans mesurer qu’elle avait affaire à un régime d’une nature particulière, étranger à toute valeur liée au droit international et au respect de la souveraineté des autres États. Depuis son instauration en 1979, une seule politique caractérise véritablement le régime iranien: le chantage.

Quoi qu’il en soit, le recours des États-Unis à des frappes militaires en réponse aux attaques menées par les Gardiens de la révolution contre plusieurs pétroliers, dont un qatari et un saoudien qui traversaient le détroit d’Ormuz, traduit la découverte, bien tardive, par le président américain de la véritable nature des dirigeants iraniens et du régime lui-même. Que Donald Trump découvre enfin la réalité du régime iranien, même tardivement, vaut toujours mieux que de ne jamais la découvrir.

Il n’aura pourtant pas fallu autant de temps pour comprendre avec qui il traitait et constater que le régime iranien n’a jamais changé. Il n’a jamais respecté ni le droit international ni les valeurs les plus élémentaires de l’humanité. La tragédie du Liban-Sud, provoquée par la «République islamique», en apporte une démonstration éclatante. Aux yeux des dirigeants iraniens, le protocole d’accord conclu avec l’administration américaine n’était qu’une occasion de gagner du temps. Ils n’en ont d’ailleurs pas respecté la clause essentielle, celle qui, dans la conception américaine, garantissait la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

Le maintien d’Ormuz ouvert constituait un enjeu central pour Donald Trump lui-même, qui voyait dans la baisse des prix du pétrole un succès majeur à faire valoir auprès de l’opinion américaine. Il avait besoin de cet argument politique pour conforter sa position auprès du citoyen américain ordinaire. Sa colère a donc été immense lorsque les Gardiens de la révolution ont recommencé à entraver la navigation dans le détroit d’Ormuz. Entre-temps, l’Iran avait mesuré le sérieux avec lequel les pays de la région s’employaient à réduire leur dépendance au détroit. C’est ce qui explique le retour de l’attention iranienne vers le Yémen et les Houthis, qui ont repris leurs menaces contre l’Arabie saoudite après avoir observé, durant une longue période, une forme d’accalmie à son égard.

Pour l’Iran, les Houthis peuvent jouer un rôle déterminant en perturbant la navigation en mer Rouge et en empêchant le passage des pétroliers. Ce n’est pas un hasard si la «République islamique» a violé l’interdiction internationale frappant l’aéroport de Sanaa, afin de rappeler que les Houthis demeurent l’une de ses cartes maîtresses et qu’ils ne sont pas en mesure de s’affranchir de la discipline imposée par Téhéran.

Un autre élément revêt une importance capitale. Donald Trump n’est pas le seul à avoir redécouvert la véritable nature des Iraniens et du régime de Téhéran. Le Pakistan lui-même a fini par constater, tout simplement, que sa médiation entre les États-Unis et l’Iran ne servait à rien. Tout ce qu’il peut réellement faire, c’est demeurer une carte entre les mains de l’Iran, rien de plus. La «République islamique» a exploité le Pakistan jusqu’à l’extrême limite. Islamabad a contribué à convaincre l’administration Trump qu’un accord équilibré avec l’Iran demeurait possible, à condition de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

La stratégie iranienne consistant à gagner du temps s’est finalement retournée contre elle. Avant tous les autres, les pays de la région refusent désormais de rester prisonniers du détroit d’Ormuz. C’est ce qui explique cette fuite en avant de l’Iran, qui n’avait manifestement pas anticipé que Donald Trump perdrait patience et reviendrait à une logique de rapport de force.

La guerre est-elle de retour? La question reste entière, et il est encore trop tôt pour y répondre. Une certitude demeure toutefois: priver la «République islamique» de la carte que représentait le détroit d’Ormuz et travailler à le contourner l’ont conduite à compromettre le protocole d’accord conclu avec les États-Unis. Car que vaut encore un tel accord lorsque l’Iran ne dispose plus de la carte d’Ormuz pour faire pression sur le monde et peser sur les prix du pétrole et du gaz?

Le détroit constituait le principal atout de Téhéran. C’est grâce à lui que l’Iran avait obtenu un protocole d’accord dans lequel les États-Unis avaient consenti d’importantes concessions, allant jusqu’à associer la République islamique au règlement de la question libanaise.

Le contournement du détroit, auquel travaillent aujourd’hui les pays de la région, ressemble à un enfant auquel on retire son jouet préféré. Le comportement des Gardiens de la révolution n’est finalement que celui d’un enfant à qui l’on vient d’arracher son jouet préféré.

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