


Dans des situations de guerre globale ou de crise existentielle aigue menaçant profondément le sort de toute une population, les positions frileuses, hésitantes, en demi-teintes, ne sont plus tolérables. Lorsqu’un pays est la cible des visées expansionnistes et hégémoniques d’une puissance sans foi ni loi, lorsqu’un régime tyrannique et sanguinaire se livre impunément à des massacres à grande échelle, perpétrés aveuglément contre des civils, des jeunes, des adolescents… dans de telles situations extrêmes, une attitude manichéenne, tranchée, s’impose, loin de tout louvoiement éhonté. C’est le cas à n’en point douter – on l’aura sans doute deviné – du pouvoir iranien en place.
La nouvelle négociation (encore une; la énième en plusieurs décennies!) engagée entre négociateurs américains et iraniens n’est rien d’autre que pure chimère. Cela est devenu une lapalissade, comme l’illustrent les nombreuses expériences passées : les dirigeants de la République islamique sont passés maîtres dans l’art de « dialoguer » de manière stérile, d’induire la perception qu’ils sont ouverts aux discussions, au compromis ; mais leur objectif se limite en réalité à gagner du temps, à louvoyer, dans l’attente d’un changement de conjoncture.
Les mollahs de Téhéran misent ainsi sur l’incontournable alternance dans l’exercice du pouvoir dans les sociétés occidentales afin de tirer profit d’un affaiblissement ou d’un changement de régime dans un pays qui «fâche». Cette classique manœuvre leur permet de rebondir et de relancer de plus belle leur campagne belliqueuse contre la partie adverse. Sauf que dans le même temps qu’ils se livrent à leur jeu favori de la « négociation » à la recherche d’un prétendu « deal » – qu’ils ne respecteront jamais – ces mollahs commanditent des tueries innommables et des rafles à la pelle, surtout dans les rangs des jeunes et des étudiants.
Un membre de la commission de l’Éducation au sein du Parlement iranien a eu l’audace dans ce cadre d’indiquer il y a quelques jours que 28 pour cent des personnes emprisonnées au lendemain du soulèvement de janvier dernier ont moins de 20 ans… Pire encore : une association iranienne a rendu publique la liste des noms de 200 enfants tués au cours des dernières manifestations ! L’ampleur du massacre a poussé un politologue et conseiller libano-américain, proche des milieux républicains, Walid Phares, à exhorter les dirigeants à Washington, s’ils s’obstinent malgré tout à vouloir poursuivre le «dialogue», à imposer l’arrêt effectif et réel des tueries et des arrestations en masse, ainsi que la libération des prisonniers détenus depuis janvier, comme condition sine qua non à toute négociation avec les Iraniens.
Le président Donald Trump ne s’y est pas trompé sur ce plan en relevant fort à propos, au cours de l’un de ses déplacements, que les hauts responsables de la République islamique ne cessent de donner l’impression depuis 47 ans qu’ils désirent « dialoguer » avec l’Occident lorsqu’ils se trouvent en difficulté, alors que d’une manière concomitante ils se livrent à des tueries intermittentes et des atrocités inqualifiables dont sont victimes des milliers de prisonniers politiques qui périssent en prison.
Le caractère foncièrement stérile de toute négociation avec un régime tel que celui des mollahs a été habilement mis en évidence par le Secrétaire d’État Marco Rubio qui a rappelé que l’Iran est gouverné par des religieux chiites radicaux qui définissent leur attitude et leurs choix stratégiques sur base de considérations purement théologiques, loin de tout réalisme géopolitique.
Mais ce sont les récents propos tenus par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi qui ont surtout très clairement illustré cette propension trompeuse qu’a le régime des mollahs à engager constamment des discussions sans fin, en trouvant toujours effrontément le moyen de ne jamais respecter ses engagements écrits. Peu de temps après la dernière réunion de Genève avec la délégation américaine, il devait souligner sans ambages qu’il sera «difficile de rédiger le texte final d’un éventuel accord avec les États-Unis». En clair, Téhéran réduit de la sorte la portée de tout accord avec Washington à un exercice stylistique, à une phraséologie farcie de pièges linguistiques, délibérément ambiguë pour paver la voie à toute sorte d’interprétation du texte de manière à se dérober sournoisement aux dispositions concrètes prévues par l’accord qui aurait été signé avec la partie adverse.
La situation à laquelle est parvenue aujourd’hui la République islamique pourrait être comparée quelque peu à celle d’une plante atteinte d’un état de dépérissement avancé. Il ne servirait à rien d’élaguer, de couper uniquement la tige et les branches flétries tout en conservant les racines enfouies sous la terre… Ces racines laissées intactes finiront en effet, au terme d’un laps de temps pas trop long, par faire repousser la plante de façon encore plus forte qu’avant le dépérissement… Tel serait le sort de tout deal boiteux, et piégé, qui serait conclu avec le régime des mollahs en s’abstenant d’arracher radicalement les racines profondes qui œuvrent patiemment et minutieusement dans l’ombre afin de redonner vie à une plante jadis putréfiée.