


Ainsi, après la « brillante » performance militaire (!) de la « guerre de soutien » au Hamas et à Gaza, voici que cheikh Naïm Kassem nous promet une nouvelle « guerre de soutien », mais cette fois-ci avec comme objectif de voler au secours d’un acteur régional encore plus lointain : l’ayatollah Khamenei et la République islamique iranienne. Le chef du Hezbollah a donc décidé, ou plutôt a annoncé (puisque ce n’est pas lui qui décide en la matière…), que les Libanais se doivent de faire preuve d’un don de soi aveugle, sans limite aucune, jusqu’au sacrifice ultime, pour « défendre » (?) une force étrangère…
Pour tous ceux qui avaient encore quelques doutes à cet égard, ou qui refusaient de reconnaitre la vérité en face, cheikh Naïm Kassem vient de confirmer avec éclat ce qui était pourtant – pour les observateurs avertis – une lapalissade : le Hezbollah n’est pas un parti libanais. Ses membres sont certes libanais, mais sa décision politique, sa ligne de conduite, son projet politique, sont d’ordre transnational et ne tiennent nullement compte des réalités locales et des intérêts supérieurs du pays du Cèdre.
De fait, dès sa formation au milieu des années 1980, le parti a très clairement indiqué dans sa charte politique que pour toutes les décisions à caractère stratégique, dont la décision de guerre et de paix, il fait acte d’allégeance envers le Guide suprême de la révolution islamique, en sa qualité de représentant divin, direct, du douzième imam chiite occulté, l’imam al-Mahdi. Le Hezbollah voue ainsi au Guide iranien, le walih el-faqih, une « obéissance religieuse » totale qui ne s’encombre pas outre mesure des contingences de ce monde, à caractère national, étatique, ou socio-économique.
Dans l’optique de cette doctrine qui accorde au walih el-faqih un pouvoir absolu exercé au nom de l’imam occulté, l’existence d’une République islamique sur base de ces fondements définis en 1979 par l’ayatollah Khomeiny ainsi que la pérennité d’une « résistance armée – au service de ce projet – deviennent un devoir profondément religieux, d’autant plus dogmatique qu’il vise, tel un catalyseur, à paver la voie au retour de l’imam occulté.
Afin de s’en tenir, quelles que soient les circonstances, au caractère sacré de cet édifice doctrinal, les comportements les plus irrationnels deviennent permis, en l’occurrence, à titre d’exemple : la répression, même dans le sang, et à grande échelle, de toute opposition, présentée comme une « atteinte à Dieu » (ce qui fournit le prétexte des verdicts expéditifs prononcés par les tribunaux islamiques iraniens contre les manifestants) ; l’obstruction systématique à toute tentative d’édification d’un Etat central fort et souverain, comme l’illustrent notamment le cas irakien ainsi que l’attitude présente du Hezbollah qui oppose une fin de non-recevoir à la remise de son arsenal militaire à l’armée ; la déstabilisation manu militari des pays du Levant par le biais de l’exportation de la révolution islamique, initiée dès 1979 par le Corps des gardiens de la Révolution.
Dans le but de créer progressivement et minutieusement les conditions favorables à l’aboutissement de ce projet khomeyniste transnational, le régime des mollahs joue sur le facteur « temps »… La déconstruction de l’ordre établi ne peut se faire en effet que lentement et graduellement, tout en suscitant des blocages et en étendant des tentacules aux différents niveaux du pouvoir et des secteurs économiques.
Lorsque les circonstances du moment ou l’équilibre de force ne sont pas favorables à ce projet théocratique, la stratégie suivie est claire : donner l’impression de vouloir « dialoguer » et « négocier » un accord avec la partie adverse. Mais il ne s’agit là que d’une perception trompeuse, le but véritable étant de gagner du temps, de tergiverser, dans l’attente que la conjoncture défavorable change ou évolue. Cela explique la notion de « patience stratégique », prônée par Khamenei et qui n’est qu’une version diplomatique de la taqiyya, laquelle consiste à dissimuler ses véritables desseins en attendant des jours meilleurs.
Malencontreusement, certains hauts responsables, libanais et occidentaux, se laissent prendre naïvement à ce jeu. Les négociations sur le programme nucléaire iranien durent depuis plus de vingt ans ! Le pouvoir en place à Téhéran affichait durant toute cette période la perception qu’il cherchait une entente sur ce dossier, mais dans le même temps l’enrichissement de l’uranium se poursuivait de façon continue, loin des feux de la rampe. C’est aussi sur base de cette même approche pernicieuse que le Hezbollah ne cesse de souligner qu’il est disposé à « discuter » de son désarmement. Sauf que cette « discussion » dure, de manière épisodique, depuis … 2006, lorsque le président de la Chambre Nabih Berry avait organisé une conférence de dialogue qui avait planché longuement sur la question ! Les Libanais se souviennent-ils sur ce plan du nombre de fois où la prétendue « politique de défense » a été, depuis Taëf, au centre des débats et des « discussions » dans les plus hautes sphères du pouvoir ?
Les bouleversements dramatiques de ces deniers mois, aussi bien à Gaza qu’au Liban, et tout récemment en Iran – avec le véritable bain de sang dont a été victime la population civile – illustrent la nécessité impérieuse de mettre enfin le holà à la naïveté, ou peut-être l’hypocrisie politique, dont font preuve certains dirigeants à l’ombre des manœuvres pernicieuses et meurtrières des idéologues qui se cramponnent à des méthodes moyenâgeuses, et surtout inhumaines, dans l’exercice du pouvoir.
La faiblesse, la complaisance, et les comportements poltrons face au chantage milicien et aux campagnes d’intimidation à caractère mafieux ne peuvent avoir pour conséquence en définitive que de transposer le terrorisme d’État aux sociétés occidentales, comme le démontrent les menaces frontales proférées pas plus tard que mardi par le ministère iranien des Affaires étrangères contre les pays de l’Union européenne, « sommés » sans scrupule de ne pas inscrire les Pasdaran sur la liste des organisations terroristes.