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Perspective

Supercherie et poudre aux yeux…

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Le quartier général des Marines américains à Beyrouth, après sa destruction par un attentat-suicide au camion piégé, le 23 octobre 1983. (DOD / AFP)
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بقلم Michel Touma
نُشر mai 26, 2026 - 08:54

«Même si un accord préliminaire est conclu, cela ne changera pas la vision que l’Iran se fait de l’Amérique»… En peu de mots, l’agence iranienne Tasnim, qui reflète les positions des Gardiens de la révolution islamique, a évoqué de manière indirecte la source du mal qui sous-tend la crise existentielle qui déstabilise les pays du Levant et menace certains États du Golfe depuis des décennies. Cette petite phrase illustre en effet un grave problème de fond: la dimension idéologique divine qui dicte la ligne de conduite du régime des mollahs et qui est constamment occultée, ou parfois méconnue, par certains dirigeants occidentaux.

 

Dans la pratique, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a parfaitement mis en évidence, en ce début de semaine, l’une des manifestations de ce problème de fond, en l’occurrence la stratégie qui consiste à tergiverser, louvoyer, gagner du temps afin de permettre à la République islamique de se doter des instruments stratégiques militaires, sécuritaires, politiques, institutionnelles, économiques et financiers lui permettant de bien préparer sa bataille contre les puissances occidentales.

 

Plus d’un responsable du pouvoir en place à Téhéran a ainsi souligné ces dernières semaines que le régime se préparait depuis plus d’une quinzaine d’années à cette guerre contre les États-Unis et Israël. L’on comprend mieux de ce fait la position affichée par le porte-parole de la diplomatie iranienne qui a souligné, lundi 25 mai, sans ambages: «Nous négocions pour mettre un terme à la guerre et nous ne discutons pas actuellement des questions nucléaires (…); l’Iran se réserve le droit de choisir le timing de sa réponse à ‘l’ennemi’.» Tout est dit…

 

Cette précision, particulièrement explicite, nous ramène à ce que le président Donald Trump avait souligné, fort à propos, il y a quelques jours: «Depuis 47 ans (depuis la conquête du pouvoir par Khomeyni, en 1979), le régime iranien nous mène en bateau, il nous fait attendre, tue nos hommes (…), réprime brutalement les soulèvements populaires (…).» Il ne s’agit là, nullement, d’un procès d’intention. Le dossier du nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium est soulevé par la communauté internationale, et non pas seulement par les États-Unis, depuis le début des années 2000. Le 31 juillet 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1696 «exigeant la suspension immédiate de l’enrichissement de l’uranium». Le vote de cette résolution s’est fait avec l’aval (sans le veto) de la Russie et de la Chine.

 

Le régime iranien n’a, évidemment, nullement tenu compte de la mise en demeure de l’ONU, de sorte que le 23 décembre 2006 le Conseil de sécurité adoptait la résolution 1737 imposant une première série de sanctions à la République islamique. En vain… Le Conseil de sécurité adoptait de ce fait (toujours sans le veto de la Russie et de la Chine) trois autres résolutions successives imposant à l’Iran des sanctions de plus en plus sévères: les résolutions 1747 du 24 mars 2007; 1803 du 3 mars 2008; 1929 du 9 juin 2010. Près de vingt ans plus tard, nous en sommes au même point et aujourd’hui, le porte-parole iranien des AE nous informe que les «pourparlers» sur ce même dossier nucléaire, discuté depuis 2006, et même avant, doivent être ajournés, la priorité devant être accordée à l’arrêt des hostilités…

 

Cette stratégie de louvoiement ne devrait pas surprendre, d’autant qu’elle a constamment été accompagnée, au fil des ans, d’une attitude belliqueuse permanente à l’égard de plusieurs pays arabes et occidentaux, plus particulièrement les États-Unis, comme l’illustrent les nombreuses actions terroristes commanditées par ce régime, à commencer par l’occupation et la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran pendant 444 jours, en 1979. Une longue série d’actes hostiles a suivi depuis le début des années 1980: l’attaque au camion piégé qui a détruit le bâtiment de l’ambassade américaine à Aïn Mreissé, en avril 1983; le double attentat meurtrier d’octobre 1983, à Beyrouth, contre le quartier général des Marines US et contre le cantonnement des parachutistes français de la Force multinationale; l’attentat contre le centre juif à Buenos Aires en juillet 1994; l’implantation de cellules subversives à Chypre, en Bulgarie, en Allemagne, au Royaume Uni, au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats, en Syrie… Il ne s’agit là que de quelques exemples, auxquels s’ajoutent évidemment l’assassinat de Rafic Hariri, les assassinats politiques lors de la Révolution du Cèdre, les guerres imposées au Liban et, surtout, la répression sauvage des mouvements de contestation menés par le peuple iranien.

 

Un tel comportement, qui s’étend dans la durée, qui ne tient compte ni de l’espace ni du temps, obéit à une logique bien particulière: celle de l’idéologie divine, de la mission messianique dont se croient doter les Gardiens de la révolution.

 

C’est cette dimension messianique en tous points irrationnelle qui est malencontreusement occultée par certains dirigeants et qui fait que toute recherche d’une issue à la crise actuelle sur base d’une approche purement cartésienne, faussement «diplomatique», ne tenant compte que d’intérêts économiques conjoncturels ou de réflexes nationaux réducteurs, ne fera qu’ajourner le problème et semer les germes d’une nouvelle guerre, d’une nouvelle crise existentielle, plus grave que les précédentes.

 

Négocier une «solution» avec une faction dont le comportement idéologique «divin» est fondé sur la déraison, dont l’action continue ne s’encombre en aucune façon de considérations morales, éthiques, ou humanitaires, constitue une vaste supercherie, une approche fondamentalement trompeuse. Dans ce genre de situation, il devient impératif de s’attaquer à la source du mal, d’en arracher radicalement les profondes racines. Toute autre issue à la crise reviendrait à jeter dangereusement de la poudre aux yeux…

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