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Analyse

Liban: le Hezb dans une phase de non-retour?

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(Photo Anwar AMRO/AFP)
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Par Jad Akhawi
Publié juil. 23, 2026 - 03:12

Depuis la fin de la guerre de juillet 2006, Libanais et observateurs avaient pris l’habitude de mesurer la puissance du Hezbollah au nombre de missiles qu’il possédait, à l’ampleur de son arsenal ou à sa capacité de menacer Israël. Mais les évolutions actuelles imposent un tout autre critère. La question n’est plus de savoir quelles armes lui restent, mais s’il est encore capable de reconstituer la puissance qu’il a bâtie au cours de plus de quatre décennies.

C’est précisément là que se situe l’enjeu de la période actuelle.

À la suite de la rencontre entre le président de la République, le général Joseph Aoun, et le président américain Donald Trump, de l’intense activité diplomatique américaine qui l’a précédée et suivie, du processus de négociation engagé à Rome, ainsi que des discussions croissantes sur l’extension du déploiement de l’armée libanaise et sur le lien établi entre la reconstruction et le rétablissement, par l’État, de son autorité en matière de sécurité, il apparaît que l’approche internationale ne vise plus uniquement le désarmement du Hezbollah, qu’il soit obtenu par une décision politique ou par une opération militaire. Elle cherche désormais à rendre la reconstitution de sa puissance militaire de plus en plus difficile, voire impossible.

Autrement dit, la stratégie est passée de la destruction des capacités à l’empêchement de leur reconstitution.

C’est à la lumière de cette évolution qu’il faut comprendre ce que l’on pourrait appeler une «érosion structurelle», un processus qui affecte simultanément cinq dimensions interdépendantes: le territoire, l’arsenal, l’environnement social, les institutions et la profondeur régionale.

Premièrement: la perte du territoire comme espace militaire

Les villages du Liban-Sud n’étaient pas de simples lieux de déploiement des combattants du Hezbollah. Ils faisaient partie d’une architecture militaire complexe comprenant des tunnels, des dépôts d’armes, des centres de commandement et des positions de tir fortifiées.

La dernière guerre a frappé cette infrastructure avec une intensité sans précédent. Parallèlement, le déploiement de l’armée libanaise et les mécanismes internationaux de surveillance rendent toute tentative de reconstruction plus difficile et beaucoup plus exposée à la détection comme aux frappes.

La maîtrise du territoire ne se résume plus à une simple présence géographique. Elle implique la capacité de l’exploiter à des fins militaires. Or cette capacité s’érode rapidement.

Deuxièmement: un affaiblissement des capacités militaires

Le Hezbollah dispose encore d’armes et conserve la capacité de mener des opérations limitées s’il le décide. Mais il existe une différence fondamentale entre posséder des moyens de nuisance tactique et être en mesure de soutenir une guerre stratégique de longue durée.

Son arsenal de missiles de précision a subi des pertes importantes. Les structures de commandement et de contrôle sont devenues plus vulnérables, tandis que les lignes d’approvisionnement ne fonctionnent plus comme auparavant.

Dans le même temps, les transferts d’armes via la Syrie et l’Irak se sont considérablement compliqués sous l’effet des évolutions politiques et sécuritaires dans ces deux pays, auxquelles s’ajoute un contrôle régional et international toujours plus étroit.

Le Hezbollah paraît ainsi davantage en mesure d’utiliser ce qui lui reste que de remplacer ce qu’il a perdu.

Troisièmement: l’évolution de l’environnement social

Il s’agit peut-être du facteur le plus sensible.

Le Liban-Sud est sorti de la guerre accablé par les destructions, les déplacements de population et les pertes économiques. Face à l’urgence de la reconstruction, une partie croissante de la population dépend désormais davantage de l’État ainsi que des aides arabes et internationales.

Parallèlement, les institutions sociales et financières du Hezbollah ne semblent plus en mesure d’assumer le rôle qu’elles avaient joué après la guerre de 2006, en raison des contraintes économiques, des difficultés logistiques et de l’évolution du contexte régional.

Cela ne signifie pas qu’un basculement politique soit en train de s’opérer au sein de la communauté chiite. En revanche, les priorités semblent évoluer: l’aspiration à la stabilité et à la reconstruction de la vie quotidienne tend progressivement à l’emporter sur la logique de l’affrontement permanent.

Dans ce contexte, offrir une couverture sociale à la reconstitution de l’infrastructure militaire devient plus difficile que jamais.

Quatrièmement: l’État reprend sa place

Pour la première fois depuis de longues années, l’État libanais agit, avec un soutien international explicite, pour réaffirmer son rôle en matière de sécurité dans le Liban-Sud.

L’armée libanaise n’est plus seulement une force déployée aux côtés d’autres acteurs. Elle est désormais considérée comme la seule institution légitime appelée à exercer le monopole de la force armée.

Dans cette perspective, les négociations en cours ne ressemblent plus à de simples arrangements sécuritaires provisoires. Elles visent à ancrer une nouvelle réalité dans laquelle les zones de déploiement de l’armée relèvent exclusivement de l’autorité de l’État, tandis que les aides internationales et la reconstruction demeurent conditionnées au maintien de cette situation.

La marge de manœuvre militaire du Hezbollah se réduit ainsi progressivement, non seulement sur le terrain, mais également sur les plans juridique et politique.

Cinquièmement: une profondeur régionale profondément transformée

Depuis sa création, le Hezb a bénéficié d’un réseau régional de soutien mis en place par l’Iran par l’intermédiaire de la Syrie, puis, plus tard, de l’Irak.

Aujourd’hui, ce réseau est confronté à des défis croissants.

Les frontières font l’objet d’une surveillance renforcée. Les équilibres politiques à Damas comme à Bagdad ont évolué. Les États-Unis cherchent, quant à eux, à inscrire ces contraintes dans une architecture régionale de sécurité inscrite dans la durée, qui empêcherait la reconstitution des capacités militaires en contrepartie de la reconstruction et de la stabilité.

L’objectif n’est donc plus de confisquer chaque arme, mais de rendre tout projet de réarmement politiquement, économiquement et militairement prohibitif.

Au-delà des armes: la bataille de la capacité de régénération

L’importance de ces évolutions réside dans le fait qu’elles ne visent pas un seul élément. Elles frappent l’ensemble du mécanisme qui permettait au Hezbollah de reconstituer continuellement sa puissance.

Le territoire n’offre plus la même sécurité. Les lignes d’approvisionnement sont plus fragiles. L’environnement social est davantage éprouvé. L’État renforce sa présence. Enfin, le soutien international s’affirme avec une clarté nouvelle.

Dès lors, la véritable question n’est plus: le Hezbollah possède-t-il encore des missiles?

Elle est désormais la suivante: sera-t-il encore capable, dans cinq ans, de retrouver le niveau de puissance qui était le sien avant la guerre?

C’est la réponse à cette interrogation qui dessinera l’avenir du Liban, bien davantage que le nombre de missiles encore disponibles aujourd’hui.

Vers un nouveau modèle

Si Washington parvient, avec ses partenaires régionaux et internationaux, à consolider dans les prochains mois les acquis du processus de Rome, le Liban pourrait entrer dans une transition historique, passant de la logique de «l’équilibre par les armes» à celle du monopole de la force par l’État.

Cette transition ne sera ni rapide ni exempte d’obstacles ou de tentatives d’entrave. Les indices actuels suggèrent toutefois que la stratégie internationale ne consiste plus à vaincre militairement le Hezbollah, mais à l’intégrer progressivement dans le système politique libanais, tout en le privant, étape après étape, des ressorts qui ont fait de lui, au cours des dernières décennies, une puissance militaire régionale.

C’est là que la notion d’érosion structurelle prend tout son sens.

L’histoire enseigne que les organisations armées ne disparaissent pas lorsqu’elles perdent une bataille, mais lorsqu’elles perdent la capacité de compenser leurs pertes et de reconstituer leur puissance.

C’est peut-être là que réside aujourd’hui le principal défi auquel le Hezb est confronté. C’est aussi, sans doute, le véritable fil conducteur de la nouvelle phase dans laquelle entrent le Liban et l’ensemble de la région.

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